CHAPITRE CINQUIÈME
municipale de Lévignac signala, non au Directoire du département, mais directement au général de division Chai bon, sous le commandement duquel était placé le Lot-et-Garonne, et au ministère de la guerre « le citoyen L. Madaillan, ci-de- « vant officier d'infanterie, habitant le canton de La Sauvetat, « comme prévenu d'émigration >/. En même temps il invitait ce général « à ne se servir ppur faire arrêter ledit Madaillan « d'aucune brigade du département de Lot-et-Garonne, parce « que ledit étant étayé dans sa commune, ayant même son •« oncle, ex-garde du corps, capitaine commandant de la gen- « darmerie à Agen, il serait très difficile de l'arrêter ». Louis de Madaillan fut arrêté sur cette fausse dénonciation et successivement détenu à Périgueux et à Agen. Son arrestation d'ailleurs ne porta pas bonheur à ceux qui l'avaient provoquée ; dès le commencement de brumaire an vu l'administration municipale de Lévignac fut révoquée (i).
Après avoir inscrit sur la liste fatale les émigrés réels on y inscrivit les émigrés imaginaires. Plus tard Portalis écrivait : Des pères de famille qui n'étaient jamais sortis de leur maison, des vieillards qui n'avaient jamais quitté leur lit figurèrent parmi les émigrés (rapport de Portalis au Conseil des Anciens du 17 février 1796, Moniteur du 23). 70,000 Français formaient, en 1796, la liste de ces faux émigrés. (LalIy-ToUendal, Défense des Emigrés, tome 11, p. 62), et Dubreuil, député de l'Aveyron, prouvait, le 24 aoiit 1796, au Conseil des Cinq-Cents, que sur 1.500 noms d'émigrés qui figuraient sur la liste de son département, les véritables émigrés ne s'élevaient qu'à 6. {Moniteur du 29 août 1796). Tous ces malheureux étaient proscrits pour leurs domaines comme Quintus Aurélius l'était sous la tyrannie de Scylla pour sa maison d'Albe (2).
Par contrat passé à Lévignac, le 6 brumaire an v, le citoyen Louis Madaillan avait épousé la citoyenne Antoinette Cornier, fille des citoyens Henri Louis Cornier et Louise Mor-