CHAPITRE DEUXIEME
Dupleix, racontant un des principaux épisodes de la journée
dit que le roi « aïant ordonné aussi à la compagnie du
« prince de Condé commandée par le sieur de Montataire et « celle du prince de Conti... [Ces compagnies]... donnèrent « fortement dans les ligueurs et perçant ou renversant tout te « qu'elles rencontrèrent, pénétrèrent jusqu'à la cornète blanche « du duc de Mayenne >/. (i).
Après avoir assisté, le 14 mars 1590, à la bataille d'Ivry, Jean de Madaillan fit une brillante campagne au Maine, en compagnie de du Hertray, gouverneur d'Alençon, et de L'Estelle dont il devint le beau-frère, en cette même année, comme nous le verrons ci-après. Non loin d'Alençon, il battit une petite armée de la Ligue commandée par du Bellay (2) et vint défendre la ville de Mayenne menacée par Guy de Saint-Gellais-Lansac auquel le duc de Mercœur avait fourni des troupes.
Le lendemain comme les assiégeans pensoient à faire retraite, ils sortirent sur eux par deux endroits, Hertré et Jean de Madaillan de Montataire avec soixante cuirasses et 130 mousquetaires d'un côté et L'Estelle avec pareil nombre d'un autre, le dernier ayant rompu trois barricades sur la chaussée de l'estang et poussé devant luy tout ce qui se présenta, trouva Lansac dans la grand'place qui estoit à la teste d'un gros de cavalerie et avoit à sa droite un bataillon de deux mille hommes de pied. Comme il eut un peu considéré sa contenance, il ordonna à cinquante mousquetaires de tirer dans ce gros de cavalerie ; la première décharge y tua quelques chevaux, la seconde le mit tout à fait en desroute, et lui après donnant dans le bataillon lui fit lascher le pied et le poussa hors de la ville. Les gens de Lansac ayant dans la plaine reconnu l'advantage de leur nombre essayèrent de s'y rallier, mais ils en furent empeschez par Hertré et Montataire et gagnèrent pays jusqu'à une lieue de là, ou de rechef ils se rallièrent... le marquis de Vilaines y estant arrivé avec cent cuirasses de renfort^ ils furent taillez en pièces, et à peine s'en pût-il sauver six ou 700 de 2000 qu'ils estoienl. Les victorieux y gagnèrent deux petites pièces de canon, six enseignes et une cornète, firent 300
I. Ce récit est reproduit par le baron de Condé, p. 290. 3. Marquis de Lassay, ihiii.^p. 356.
g6 LA MAISON DE MADAILLAN
prisonniers et coinptcrent parmi les morts qui estoient au nombre de plus de neuf cens, le baron de Montesson et huit ou dix autres gentils-hommes... (i).
Après cette affaire de Mayenne, Jean de Madaillan aidé de L'Estelle, soumit au roi tout le pays environnant et reprit Lassay sur Pierre le Cornu, seigneur du Plessis de Cosme, capitaine de Craon pour la Ligue, lequel s'en était emparé par surprise après la mort du gouverneur Hurault de Villeluysant (2), assassiné dans la chapelle du château par le sieur de Hautevayse dit la Bique, ainsi que nous le verrons plus loin.
Pendant la campagne de Dijon, Jean de >Ladaillnn était auprès du roi et assistait, le 5 juin 1595, au célèbre et fougueux combat de Fontaine-Française où, sous les yeux du connétable de Castille, Henri, à la tête d'une poignée de braves (mille bons chevaux et cinq cens carabins, dit Dupleix) culbuta Mayenne et les Espagnols, portant ainsi le coup de grâce à la Ligue. Avant de charger, le roi, l'épée haute, avait dit à ses compagnons : '< A moi, Messieurs, et faites comme « vous m'allez voir faire. >/ On lui a reproché de s'être trop exposé dans cette mêlée furieuse où il courut les plus grands dangers. « Il allait être frappé quand Monsieur de Montataire " fit diversion et reçut la blessure qui lui était destinée à^. (3).
Tel fut le succès de ce combat si fameux... non par le nombre des combattants, car il n'y eut de part et d'autre que sept ou 800 chevaux qui allèrent à la charge ; ny pour celuy des morts car il n'y demeura pas plus de six vingt hommes sur la place ; mais parce que ce fut une merveilleuse preuve du bon-heur et de la vail-
I. Meierii, Histoire Je France, cJ. in-f» Je mocli, t. m, pp. 800, 801. Voir aussi sur cette affaire, Palma Cayet, Chronologie iiovennaire. Histoire des guerres d'Henri IV, t. m, pp. 65, 710 et suiv.
9. Une coiuniission royale du 39 avril 1^87 avait conHé la garde de la ville et du chJteau de Lassay i Louis Huraull sierr de Villcluisant, genlillioiiinie du roi et nicslre de camp, (f-smi liistoriijiie sur le ihâleau di Laisûv, par un membre de la société Hisl. et Arch . du Maine. — Paris, Le Mans, 187b, CBuvre anonyme du marquis de Deauchesne, p. 49.1
?. Vie d'Henri IV, par M. de Lcscure, Paris. Hachette, 1876, p. 3)1. — Le mcui; fjit «st raconté dans le Journal ySililtiire, d'Henri /l'. p. 89,