CHAPITRE DEUXIEME IO
conduite de Piccolomini, envahirent la Picardie, répandant l'épouvante dans la capitale (i), Louis XIII se transporta à Chantilly pour surveiller les opérations militaires. Les maréchaux de Chatillon et de Brézé avaient pour mission de défendre la vallée de l'Oise. Montataire par sa magnifique position, pouvait devenir un poste important. Isaac de Madaillan ne voulait pas qu'il fut abandonné aux ennemis. A ce propos, il eut avec le roi un différend qui aurait pu entraîner des suites fâcheuses.
...Le roy alla à Chantilly, et envoya le mareschal de Chastillon pour faire rompre les ponts de l'Oise. Montatère, gentilhomme d'auprès de Liancourt, rencontre le mareschal et luy dit : Que ferons-nous donc, nous autres de delà la rivière? il semble que vous nous abandonniez au pillage. — Envoyez, dit le mareschal, demander des gardes à M. Piccolomini ; je vous donnerai des lettres, il est de mes amys ; nous en usasmes ainsy en Flandres, après la bataille d'Avein. — M. de Liancourt et M. d'Humières ayant appris cela, se joignent à Montatère. Le mareschal escrit : Picolomini envoyé trois gardes [trois troupes armées] et mande au mareschal que si c'eust esté le mareschal de Brézé, il ne les auroit pas
eus. Picolomini estoit homme d'ordre M. de Saint-Simon [père de l'auteur des
Mémoires]^ chevalier de l'ordre et capitaine de Chantilly, pour faire le bon valet, alla dire au roy qu'il y avoit un garde à Montatère ; que c'estoit un lieu fort haut ; que de là on pouvoit descouvrir quand le roy ne seroit pas bien accompagné, et le venir enlever avec cinq cens chevaux, car il y avoit, disoit-il, des guéz à la rivière. Voylà la frayeur qui saisit le roy ; il se met à pester contre Montatère, et dit qu'il vouloit que dans trois jours il eust la teste coupée, et que c'estoit luy qui avoit donné ce bel exemple aux autres. Montatère ne se monstre point, quoy que ce fust au mareschal de Chastillon qu'il s'en fallait prendre. Le roy luy mesme avoit donné lieu à la terreur qu'on avoit dans le pays, car il avoit fait desmeubler Chantilly qui a de bons fossés, et qui est au deçà de la rivière. Cette colère dura deux jours, au bout desquels Sanguin, maistre d'hostel ordinaire, servit au roy des poires qu'il avoit eues de Montatère. Le roy les trouva bonnes, et demanda d'où elles venoient : " Sire, luy dit-il en riant, si vous sçaviez d'oîi elles viennent, vous n'en voudriez peut-estre plus manger; mangez, mangez, puis jevous le diray.» Après il luy dit : 'i C'est cet homme contre lequel vous pestiez tant hier qui me les a données pour vous les servir ». Il se mit à rire et dit qu'il en vouloit avoir des greffes. Enfin M. d'Angoulesme fît la paix de Montatère, à condition qu'il n'en parleroit point. En effet le roy lui dit : « Montatère je te pardonne, mais point d'éclaircissement », et il tourna le dos (2).