‹ Histoire de la maison de SavoieChapitre 22 sur 23 · VICTOR-EMMANUEL IL · texte numérisé non relu

VICTOR-EMMANUEL IL

Durant Thiver de 1858 à 1859« tout était prêt pour

raction. Le Piémont était armé; les popiilaii du nord et du centre de i itaiie atteudaieot pour se déclarer qu'il leur en donnât le signal. La France n'avait plus qu*à franchir les Alpes. 11 y eut alors un moment d'an êi. Q^ii jetterait le gant? Qui tirerait le premier )*épée? Lepréteiite manquait seul, mais il manquait, et il était indispensable. Les choses ne pouvaient demeurer longtemps en cet état, et déjà le mot de désarmement avait été prononcé par les puissances du nord, lorsque l'Antriche tira le Piémont d'embarras par une de ces résolutions qui appartiennent exclusivement aux individus ou aux peuples qui ont fait leur temps, et qui, s'étant placés en travers des desseins de la Providence, sont aveuglés par Dieu, qui veut les perdre. L'Antriche passa le Tessin (avril 1859). Gela suffit. Aussitôt les Français descendirent des Alpes, ou débarquèrent à Gènes. L'armée piémontaise marcha vers le Tessin ; et les populations des Duchés, de la Toscane et des Légations, chassèrent leurs maitres ou leur inspirèrent tant de terreur qu'ils se retirèrent d'eux-mêmes, dans le secret espoir que, rendus subiteiiit nl à une liberté sans limites, leurs peuples se livreraient au désordre et à l'anarchie. Vain espoir de ces cœurs impies, de ces intelligences en retard ! Le seul usage que les populations délivrées firent de leur liberté, ce fut d'euvoyer des députations au roi Victor-Emmanuel pour ^e donner à lui. Elles demeurèrent ensuite pendant plusieurs mois livrées entièrement à elles-mêmes, sans être contenties par aucune force armée, suivant, comme de dociles enfants, les sages conseils et la direction des représeutants que le roi leur avait envoyés» et attendant patiemment

%n HISTOIRE DR LA MAISON DB SAVOIE.

que leur sort fût décidé» et que la diplomatie leur permît d'exister. L'Autriche avait fait le premier pas sur cette route fatale qui devait la conduire à Solferino (2à juin), et qui pouvait la conduire beaucoup plus loin en* core. Elle rebroussa chemin après les joui nées de Montebello (20 mai) et de Palestro (EO, mai) , où elle fut bat-^ tue, et elle repassa le Tessin entre Novare et Hagenta. Elle y fut encore battue (à juin); alors elle évacua Milan^ et elle fut battue à Melegnano ( 8 juin ) . Elle doubla le pas, et ne s'arrêta plus qu'après avoir atteint son fameux quadrilatère, le terrain de ses évolutions annuelles, la plus formidable parmi les positions mWu taires de la Lom hardie, entre Brescia, Peschiera et Mantoue. Elle y fut battue plus complètement que jamais, à Solferino et à Saint-Martin. J*ai suivi les vicissitudes de la grande armée autrichienne, et j'ai négligé de parler du corps détacbé commandé par le général lirban, qu'on vantait comme brave, parce qu'il était féroce, et qu'on prétendit opposer avec avantage aux zouaves de la France et aux volontaires de Garibaldi. Ce corps eut le même sort que la grande armée. Terrible, violent et cruel envers les pauvres paysans qu'il trouvait désarmés et qu'il rançonnait à la manière des bandits, il s'anéantit et disparut devant Garibaldi et une poignée de ses héros, qui le battirent à Como et à Varese.

La paix de Villafranca, paix mystérieuse et encore inexpliquée, termina brusquement une série non interrompue de triomphes, qu'on se croyait assuré de pousser au moins jusqu'à l'Adriatique (juiiret). Si les conditions de cette paix, ou plutôt de ces préliminaires, eussent été acceptées et exécutées par Tltalie, sa situa-

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tton eût été incomparablement plus malheureuse que

celle dont elle avait cru sortir par la guerre. Le Piémont, augmenté de la seule Lombardie, ayant les Autrichiens fortifiés à ses portes, entouré d*États ennemis et dépendaots de l'Autriclie, attaché à une confédération qui n'eût eu d'italien que le nom, et qui Teût forcément entraîné ' à sa remorque, eôt été complètement livré à T Autriche, qui Teût écrasé au gré de son caprice. L'Italie avait cru toucher à la réalisation de tous ses vœux. L* ennemi fuyait ; quelques pas encore, et on le jetterait au delà des Alpes; et ce fut à ce moment qu'un trait de plume l'arrêta. Le vieil ennemi restidt parmi nous. Ses lieutenants rentraient dans les Ëtats qui s'en étaient crus délivrés pour toujours. Une Italie morcelée, soumise à l'Autriche, et le Piémont réduit, comme le reste, k ralternative d'obéir à l'Autriche ou de périr, tels étaient les fnûts que portaient les préliminaires de Villafranca. Je ne m'arrêterai pas ici à raconter le désespoir qui s'empara un instant de tous les Italiens, ni par quelle intervention bien évidente de la Providence leur résolution s'affermit sons ce coup, au lieu de céder ou de se transformer en fureur. Ce n'est pas dans un récit aussi rapide que je pourrais suivre pas à pas les Italiens dans leurs prudentes démarches, dans les manifestations fermes et respectueuses de leur volonté. Ce n'est pas dans les dernières pages d'un livre aussi long que je pourrais rendre compte de Timpression que leur conduite produisit peu à peu sur l'Europe, ni comment elle finit par convaincre le monde que la résolution de Fltalie était conforme à ses droits, et qu'elle ne serait jamais vaincue, si ce n est par la force brutale. On comprit que les Italiens pou-

vaieot périr, mais non se soumettre vivants. Quand uoe

pareille conviction s'est établie dans Tesprit de ceux-là mêmes qui disposent de cette force brutale, il est rare qu'ils se décident à l'employer. Personne n'accepte voloiiiairoment la luUe avec des hommes résoins et désespérés. On permit aux italiens d'être et de s'un.ir. .

lie grand drame de l'émancipation italienne n'est évidemuieul pas achevé. Venise, Uome et Napies sont encore enchaînées. Mais l'Italie, digne de son nom, et forte de ses onze niillions d'homnies, est anjorird'hui constiUiée en nation par le seul fait de son inébranlable volonté, de la bravoure de ses soldats, de la loyauté et de la grandeur d àftie de son roi, du génie de son ministre, de la protection de son alliée.

A l'henre où j'écris ces lignes, le Parlement italien vient de s'assembler. Le descendant d'iimmanuel-Philibert et de Yictor-Amédée 11 l'a ouvert par un discours qui résume son beau passé, en saluant un avenir plus beau encore. L'alliance avec la France a résisté à la paix de Yillafranca, et, disons*le à l'bonneur de celui qui l'a dictée, elle a résisté aux événements qui en ont suivi les préliminaires, et qui en ont été le démenti le plus formel. Le grand ministre, qui a préparé et dirigé l'exécution d'aussi admirables desseins, tient encore dans sa main puissante les rênes du gouvernement. La pensée des douleurs de Venise et de Rome, des orages qui attendent encore les peuples du Midi de l'Italie, sont coujuie un nuage qui voile à nos yeux la splendeur de notre renaissance. Mais le passé et le présent nous sont de surs garants de l'avenir. Ceux qui ont accompli d aussi

grandes clioses n'ont pas besoin de repos, car le succès ae fatigue ni n'épuise les hommes faits pour l'obtenir. UimpulsioD a été donnée, et elle est toute-puissante. Le mot d'ordre en Italie est aujourd'hui il* Union, Ni Victor- Emmanuel ni son ministre n'ont atteint l'âge du déclin. D'ailleurs, la maison de Savoie ne menace pas de s'éteindre, et si elle devait compter un jour parmi les dynasties du passé, ce ne serait pas au moins avant que l'un de ses rejetons eût été sa|ué rot d'Italie., de l'Italie entière. Ceux qui essayeraient d'y mettre obstacle se lèveraient contre les décrets de Dieu, si visiblement écrits dans le passé et déjà plus qu'à moitié accomplis.

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