‹ Histoire de la maison de SavoieChapitre 3 sur 23 · IV AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

IV AVANT-PROPOS

' Uenne> et lltalie accourait se ranger autour

. de lui. Elle avait besoin d'une amie qui lui tendît la main et qui Faidàt : Dieu lui suscita la France, En quel<jjies jours , la victoire se déclara pour le bon droit : nos ennemis marchaient de défaite en déiaite , ils .reprenaient le chemin des Alpes ; ils allaient quitter un sol qu ils avaient si longtemps foulé de leurs pieds sanglants, et où ils n'avaient semé que la haine, les pleurs ou la vengeance. Mais un obstacle que personne ne connaît encore se dressa tout à coup entre nous et Faccomplissement de nos légitimes désirs. Une province italienne fut donnée à T Autriche, et les moyens de nous re* plonger dans Tesclavage lui furent ou laissés ou rendus. Enfin, on voulut consulter TEurope sur le sort qui devait nous être fait. C'est à l'Europe que fut confié le soin de décider pour nous ce qui nous convient* Nous avions cru toucher au port ; nous étions repoussés en pleine mer, exposés de nouveau aux tempêtes et aux naufrages.

Que voulait pourtant TEurope? Que pouvaitelle vouloir ? Était-il dans son intérêt de perpétuer la guerre à lune de ses extrémités, pour qu'elle pénétrât un jour dans son sein et y dé* tiuiàit son propre repos? Ne devait-elle pas se

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hâter^ au cbutraire, d'éteindre ce foyer toujours

ardent de révolutions et de discordes que le malheur et Toppression ont allumé et entre-tenu en Italie? Puisqu'il est impossible aujourd'hui de détruire matériellement une nation, n'est -il pas. naturel et sage d'essayer de la transformer, en faisant d'un peuple jusque-là perturbateur» un modèle d'ordre, de bon sens pratique, d'union, et de progrès? '

L'Ëurope semble avoir compris que le seul moyen d'obtenir cette transformation, d'éteindre ce foyer de révolutions, c'est de satisfaire ou du muni 8 de ne pas contrarier les vœux des Italiens, vœux qui se résument ainsi : fusion des divei^ses nationalités piémontaise, lombarde, vénitienne, toscane , etc. , dans une nation ita* lienue ; et destruction de toute domination étrangère.

L'£urope semble avoir compris que s opposer à la réalisution de ces vœux, ce serait perpétuer Tagitation en Italie, et se condamner elle-même à demeurer constamment sous les armes^ à craindre incessamment les révolutions, à se voir chaque jour menacée de la guerre civile et de la guerre étrangère. Elle semble l'avoir compris, ou du moins soupçonné, car elle a refusé de se constituer notre juge et Tarbitre de

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nos destinées; et, lorsque le premier pas vers

cette unité à laquelle nous tendons a été accomplie, malgré les menaces hautement proférées ou secrètement insinuées, de quelques puissances, elle s'est abstenue de nous condamner. C'est à la terme et froide résolution de 1 Italie centrale que nous devons ce beau résultat. Mais ce n'est là qu'uu pi'emier pas vers la formation d'une nouvelle Italie. Pour que ce premier pas soit une conquête durable et soit suivi par d'autres dirigés vers le même but, il faut que la protection de l'Europe nons soit conservée.

Or iien n'est mieux fuit pour nous maintenir cette protection, que la démonstration évidente de la conformité de nos vœux avec les desseins de la Providence. Que l'Europe soit convaincue de cette conformité, et elle cessera de regarder l'accomplissement de nos vœux avec déliance et avec inquiétude.

Telles sont les réflexions qui m'ont décidée à rassembler en toute hâte mes notes, à les relier avec autant de suile (jue je l'ai pu, et à les publier sans retard. Si je me croyais ca- |)able de ramener les esprits à ma propre conviction par la seule force de mon raisonnement, j'aurais du moins la vulgaire sagesse de le dissimuler. Mais mes arguments ne sont que

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des faits, et je me borne à rappoi*ter ces faits. S'ils n'ont pas produit déjà Timpression que j'en attends y c'est qu'ils ne sont pas générale** ment connus. L'histoire de la muisou de Savoie est, en effet, aussi ignorée dans son ensemble que dans ses détails, et la cause de cette ignorance est la petitesse des États soumis aux des^ cendauts d'Humbert le SajLOn. L'histoire des petits États ne présente qu'un faible intérêt aux lecteurs placés en dehors de leurs étroites fron*tières. L'intérêt général commence à peine à se porter sur les États sardes, et il y a quelques années encore, ou ne supposait pas h la maison de Savoie un plus brillantavenir qu'à la maison d'Esté ou à celle des Bourbons de Naples. Et . depuis que les événements ont commencé à dissiper le nuage qui enveloppait les destinées de cette noble et antique maisou, ces mêmes événements n'ont guère laissé de loisir aux amateurs de recherches historiques. Que la simple exposition des faits relatifs à la maison de Savoie, du développement de sa puissance et de son caractère produise sur quelques esprits la même impression que ces laits ont produite sur moi; qu'en assistant par la. pensée au développement de tant de nobles existences^ le lecteur tire de ce récit les conséquences qui

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me semblent en découler naturellement, et le . but de mon travail est atteint. Quant aux fautes de tout genre que la précipitation ne m'a pas permis de corriger, je me soumets d'avance à la sévérité de la critique. C'est un sacrifice d* amour-propre que je fais de grand cœur. Plus tard, si Dieu m'en accorde le temps, je reviendrai sur ce travail^ et je lui donnerai le développement qu'il devait avoir d'après le plan que je m'étais primitivement tracé. Aujourdkui, je ne me pardonnerais pas de perdre , dans Tintérêt de ma vanité, Toccasion de faire de Tliistoire de la maison de Savoie un argument en faveur de mon pays.

J'en ai assez dit pour m'excuser auprès de mon lecteur, et j'ai par conséquent assez parlé de moi. C'est la maison de Savoie qui est inoii sujet. Puisse-trelle être appréciée, comme elle mérite de l'être, et vaincre, eu se faisant connaître, les préjugés et les répugnances que quelques-uns lui gardent encore 1 .

Christine Taivulce de Brlgiojoso.

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