OBIGIRB SB LA MAISON DE 8AV0IB BT CAUSES OB SA GRANDEUR
HUMBBRT BLANC BB-MAIll.
ABBdAb l**. — ODOB. — AMÉBÉB II. — BVMBBBT II. AHÉDÉB III. — HUHBBBT III LB SAIKT. — TBOlf AS l*^ — AHADÉB IT« SOBIPACB. — PIBBRB. — PBILIPPB I*'.
Au moyeu âge, à cette époque de bouleversement, lorsque rédiûce d'une civilisation factice et fondée sur la violence s'écroulait de toutes parts sous les coups réitérés des Barbares, opposant leur vigueur juvénile à la corruption décrépite de Tempire romain ; lorsque l'Europe dissoute se morcelait en mille États divers, oubliant touL à la fois son passé, ses instituLious , ses gloires, ses habitudes et ses atïections, Tun des plus petits parmi ces États, le plus obscur et le plus pauvre as-
t UiSTOiUE Db LA MAISON DE SAVOIE.
surément, le plus exposé par sa position géographique aux invasions des peuples couquérauls , devint la pro* priété du petit-fils d*uQ protégé de Gharlemagae, d*Hr^bert BlaiK he-.\laiii, descendant de la maison de Saxe,
Les Étals de ce petit prince étaient placés au cœur des Alpes cottiennes, et touchaient à cette branche des Apennins qui côtoie les uins de fiènes et de Toscane. Le noin de ce petit État lui vint (si i on en croit les anciens historiens de l'Italie) de la sécurité de ses routes (Savoia de Sûlvfi vNt), sécurité relative sans doutç aux -au très passages des Alpes, qu' in testaient d'innombrables bandes de brigands. Ce petit État comptait d'abord douze villes placées à de si grandes distances les unes des autres, que Ton pourrait s'y tromper, et se faire une idée tout à fait erronée de son étendue, si Ton ne se rappelait que les souveiains de cette épo({ue étaient plutôt des propriétaires de liefs que des chefs de nations. Le prince rassemblait ses tenanciers pour attaquer ses voisins, pour se défendre d'eux, ou pour obéir à l'appel de son souverain ; il leur faisait cultiver ses terres au moyen de corvées, et remplissait ses coffres à l'aide d'exactions arbitraires, iiKils aucun plan d^administration générale, ni de législation uniforme et commune, n entrait dans les idées de ce temps, et ne faisait sentir à ces seigneurs le besoin de concentrer leurs pouvoirs et leurs lurces. De même qu'aujourd'hui tel propriétaire foncier possède une terre en Poitou et une autre en Normandie, sans se trouver pour cela fort à phiindre; les princes du \^ et du xi« siècle tenaient une ville en Dauphiné, une forteresse en Ligurie, etc., sans ressentir, ou du moins sans coiii^readie les iûconv éuients de cet épaipillement. Leurs
ORIGINE DE LA HÂrSON DE SÂTOIE. 3
voisins^ c'est-à-dire leurs ennemis, étaient par là plus nombreux : cela est incontestable ; mais il y avait cbm^ peijsat'ion , puisque Jes chances de s'emparer du bien d' autrui étaient aussi nombreuses que celles de perdre le sien propre. La guerre était en ce temps Tétat bar bitael et normal de la. iocititc ; nul ne songeaal à s'assurer une paix durable.
Les douze villes composant le domaine d'Humbeit étaieat donc : Genève, Chambéry, Embrun, Gap, Suse, Digne» Savone» Barcelonette , Nice, iilxiiles, Glandèves, Vence et Grazianopoli (Grasse). Le dauphin de Grenoble, le comte de Provence, les uiarquis d'ivrée, de Montferrat, de Saluées, de Del Carretto et de Final, entouraient Jes États d*Humbert, et y pénétraient en les séparant les uns des autres. Ses égaux, pour le moins, en puissance, presque tous le surpassaient en richesses, et pourtant ils n'étaient encore que les plus faibles et les moins re^ doutés de ses rivaux. Les ducs de Bourgogne d'un côté, les princes de la maison d'Anjou, les Beringen et les Guides, Gènes, et dans la suite les Visconti, les Sforza et les Médicis de Florence, ou du nioiiis ceux de ces princes qui visèrent au titre et à Fautorité de rois d' Italie ; les emperenis d'Allemagne, les rois de France et d'Espagne, -et même le pape, ne voyaient dans les descendants d'Humbert que des subalternes à sacrifier, des embarras à détruire ou des rivaux à écraser. Maîtres d'un territoire stérile, chefs d'une population pauvre et ignorante, à une époque où l'industrie, qui crée la richesse et par conséquent la puissance en dépit de la nature même, n'existait seulement pas de nom, quel avenir leur était réservé? devaient-ils pas être brisés au preoûer choc
entre leurs voisins? On croirait n'avoir à rechercher que la mamëre dont ils ont péri , et la prolongation de leur existence semble complètement hors de question. Leurs États seroot-ils partagés entre leurs plus proches voisins? Iront-ils grossir les marquisats de Salaces et de Montferrat, les comtés de Genève et de Provence ? Seront-ils balayés par le passage d'une armée irançaise? absorbés par la Confédération des Cantons suisses ? Tratneront-ils une misérable et ignoble existence sous la protection et aux gages des empereuis, des rois ou des papes, jusqu'au jour où leurs descendants, de jour en jour amoindris et humiliés, auront vu ies derniers restes de leurs titats annexés à un grand empire, et auront reçu, en dédommageméht de leur déchéance, une maigre pension de quelques milliers de francs? Tel a été en effet le sort des puissants voisins et des ambitieux rivaux des descendants d'Humbert Blanche-Main« Que sont devenus les Yiseontî, les Sforza, les Gonzague, les Scaliger, les Mé* dicis et tant d'autres?
Victor-Emmanuel pourtant attire aujourd'hui tous les cœurs italiens.' Chef d'un État prospère, d'une population brave et éclairée, d'un gouvernement libéral et italien, disposant de toutes ies ressources d'un territoire fertile et d*un climat tertipéré, d'une nation sobre, indqstrieuse et infatigable , Victor-Emmanuel est la pierre angulaire de l'édifice que les Italiens brûlent de construire. Aimé * des siens, respecté de tous, craint par plusieurs, son nom est en ce moment sur toutes les lèvres ; son avenir, coufondu désormais avec celui de l'Italie, je dirais presque avec celui de l'Europe, préoccupe tous les esprits. Il est la grande allaire du joui* : c'est pour lui que s'assemblent
^tîUANDELR DE LA MAISON DE SAVOIE. 5
les congrès et les armées; il trouble le repos de souverains bien pins puissants que lui, Taccord des alliés et la paix des cabinets*
Gomment la maison de Savoie a*t-e1te échappé au sort commun à tous les princes italiens sortis comme elle des débris de TËmpire romain ? Comment la plus pauvre et la plus faible de toutes au début, est-elle restée seule debout et a-t-elle acquis une importance sentie et reconnue par r£urope tout entière? Un coup d'ceil jeté aussi rapidement que possible sur les siècles qui séparent Humbert Blanche-Main de Victor-Emmanuel, nous aidera sans doute à résoudre ce difficile problème.
Si Ton passe en revue la série des princes de la maison de Savoie, op est tout d'abord étonné du grand
nombre d'homme^ supérieurs qu'on y rencontre. Ce n'est pourtant pas là le trsdt le plus saillant de cette famille. Ce qui est vraiment singulier, c'est qu'on n'y découvre pas un seul de ces princes incapables, voluptueux, fainéants ou étourdis, qui semblent prendre à tâche de détruire les progrès accomplis par leurs prédécesseurs, et de préparer à leurs héritiers Tingrate besocrne de ramener les hommes et les choses au point où les uns et les autres étaient pamnus deux générations auparavant. Tous les princes de la maison de Savoie ne sont pas également grands par l'esprit ou par le caractère; mais aucun n'est entièrement dépourvu des qualités qui constituent un bon prince. Les régences y sont jCréquentes, et quoique on en rencontre d'orageuses, aucune (si Ton en excepte celle de Christine de France) ne fut complètement malheureuse pour le pays qui les subit, ni pour le mineur
qui leur était confie. Les principales de ces régences tombèrent entre des mains de femmes; mais Bonne de Savoie, Yolande de Bourbon, Blanche de Montferrat, Christine de France, étaient douées de quelques-unes des qualités qui font les grands rois, et leur gouvernement a Isûssé des souvenirs glorieux et des sentiments de reconnaissance et de respect.
Ceci semble nous montrer d'abord que la Providence avait choisi la maison de Savoie pour en faire l'instrument de ses desseins; mais il nous reste à connaître quels étaient ces^ desseins, et comment les d^endants d'Humbert les ont aidés et servis.
La politique et les passions des petits princes italiens les ont conduits tous par la même pente uniforme et monotone au même dénouement, c'est-à-dire à leur perte. Jaloux les uns des autres, ils se vendaient aux souverains d' outre-monts, pour obtenir l'abaissement ou la ruine de leurs voisins. L'esprit de discorde, l'envie et quelquefois l'ambition les aveu}j;laient jusqu'à leur faire mépriser ce bien, le plus grand de tous pour les peuples et pour les princes : l'indépendance. Dépendants les uns des autres par les liens féodaux, loui à tour suzerains pour telles parties de leurs domaines et simples seigneurs pour telles autres , la hiérarchie féodale n'engendra que confusion parmi les princes du nord de l'Italie, tandis qu'ailleurs elle eut au moins l'avantage de classer distinctement les nobles et de les maintenir à la place qui leur était assignée. Rien de plus fatigant à liie que l'histoire des quoi rlles entre les mai-quis de Montferrat, de Saluces et de Final, les princes d'Achale et les comtes de Genève, au sujet des terres tenues par les uns, ujais
relevant des autres, et dont chacun se prétendait le
maître unique et absolu, grâce à des ventes et à det. arbitrages, ou même par la force des armes. Je ne sais si c'est un effet de la négligence on de l'inexactitude des^ historiens que j'ai à celte heure sous les yeux, mais je n'y vois pour ainsi dire en aucun cas les princes de la maison de Savoie y jouer ce triste rôle. On dirait que, ^fésle début de leur carrière, ils n*ont tenu de fiefs que des rois ou des empereurs, mais jamais de leurs petits voisins, leurs égaux en puissance, tandis que ceux-ci relevaient d'eux pour la plus grande partie de leurs États, Ils ont fait souvent la guerre aux autres princes du Piémont pour les empêcher de briser les liens féodaux qui les plaçaient dans leur dépendance , jamais pour se soustraire à de semblables obligations. Il est difficile de croire que, dès leur origine, les seigneurs du pauvre comté'de Maurienneetdes douze villes se trouvassent placés si fort au-dessus de leurs voisins, et j'aime mieux supposer que Humbert et ses descendants renoncèrent à des propriétés qu'ils auraient dû tenir des marquis, ou qu'ils les échangèrent volontairement contre d'autres plus pauvres sans doute, mais qui ne relevaient que de princes établis à une plus grande distance et portant au moins le titre de ducs.
Une conséquence non moins remarquable de cette supériorité de caractère qui distingue de tout temps les princes de la maison de Savoie, c'est la fréquence avec laquelle nous les voyons choisis par leurs rivaux pour prononcer 'en qualité d'arbitres sur leurs différends. Pour ne pas m' étendre trop longtemps sur ces considérations générales, je me bornerai à rappeler qu'en iS65 on 1360, Amédée, dit le comte Vert, fut invité par.
l'empereur d'Orient, Jean Paléologue, à accommoder le
différend qui venait de s'élever entre lui et le roi des Bulgares; qu'en 1379, le même comte Verl lut choisi ' pour arbitre entre Barnabe Yisconti et le seigneur de Vérone ; que plus tard, il reçut le même témoignage de confiance de la part des Vénitiens, du roi de Chypre et de l'empereur d'Orient d'un côté, des Génois, du roi d^ Hongrie et du prince de Padoue de l'autre ; et que, dans toutes ces négociations, qui ne lurent pas les seules, il s'acquitta de ses difficiles missions avec tant de sagesse, qu'aucune des parties soumises à son arbitrage ne sut trouver de prétexte pour se soustraire après coup à son jugement.
La maison de Savoie, aujourd'hui la plus ancienne entre toutes les familles régnantes de l'Ëurope, eut à son début l'inconvénient de la nouveauté. Humbert n'était qu'un parvenu au milieu des marquis ses voisins, dont la grandeur et la puissance remontaient à Gbarle» magne. C'était en effet ce prince qui, voulant garder per> pétuellement les passages alpestres conduisant de l'Allemagne en Italie, les avait confiés à des margraffs on marquis de son choix.
Tels étaient les marquis de Suse, d'Ivrée, de Saluces et de Montferrat, quoique les deux derniers ne datassent que d'une époque un peu plus récente. La marche de Suse comprenait toutes les vallées situées entre la Doire- Baltée et le Pesio ; la marche d'Ivrée se composait des vallées d'Aoste et d'Ossola, du Ganevalals et du Vercellais, de plusieurs gorges des Alpes pennines (ce qui fut depuis le bas Hontferrat), et de la partie de l'ancienne
liigurie comprise entre TOrba et le Tanaro. La marche de MoTïtferrat n'était formée d'abord que du territoire
compris entre Verceii, Ivrée et Turiû, Entin, le marquisat de SalQces, créé seulement au commencement du XTi* siècle, et composé en grande partie des débris de ceux dont je viens de parler, contenait les vallées occidentales et méridionales des Alpes» entre le Pesio et la Pésia. Plus tard les marquisats secondaires de Final, de Savone, de Vaste, de Busca, de Del Carretto, etc., etc., furent composés de quelques terres ou provinces , enlevées ou arrachées aux quatre grandes marches. Mais ces petits marquisats mômes sont presque tous aiiléi ieurs à la maison de Savoie et à l'érection delà comté de Maurienne* Et ce n*était pas tout encore. Les trois grands marquis de Suse, d'Ivrée et de Montfen atj avaient successivement acquis des fiefs détachés dans les Langhes, dans la Rivière de Gênes, dans le Pavésan , dans ce qui compose anjourd'liui le duché de Parme, dans le Chabiais, le Valais et même la Franche-Comté, propriétés qui ajoutaient considérablement à la richesse et à la grandeur des marquis. Il est vrai que ces fiefs détachés ne relevaient pas tous de l'Empire, et qu'ils plaçaient parfois leurs seigneurs dans une certaine dépendance à l'égard d'autres princes d'un rang moins élevé que le leur, et d'autant plus jaloux de leurs droits que ceux-ci les élevaient au-dessus de leurs supérieurs. C'est ainsi que les comtes de Savoie comptaient les grands marquis (ceux du moins de Montf errât et de Saluées) au nombîre de leurs vassaux ; ce sont précisément ces rapports de vasselage que les descendants d'Humbert Blanclie-Main eurent soin de ne jamais laisser s'établir d'eux à leurs voisins.
si ce n'est eo se réservant le rang de seigneurs suzerains.
Outre ces graïKÎes uuu chcs et leurs appendices , le nord de l'Italie comptait un grand nombre de comtés que l'on a généralement considérés comme des apanages détachés des grandes ma relies. Soit que la N auilé des comtes se soit trouvée flattée de cette origine, soit que les témoignages de Thistoire leur aient été favorables, toujours est-il que les privilép^es de ces derniers ne différaient guère d'avec ceux des marquis, et que le titre de comte fût même quelquefois préféré à celui de marquis.
Les évèques de certains sièges exerçaient aussi l'autorité féodale tels étaient cegx de ïurin^ dMvrée, d'Asti, de Verceil, de Novare, de Genëvé, de Lausanne, de Sion, etc. Quelques barons enfin, qui ne relevaient que de l'Empire ou de rÉglise, s'attribuaient une origine presque fabuleuse et des droits égaux à ceux des grands marquis.
Mais ce n'était pas assez pour le guerrier saxon protégé par rempereur Conrad le Salique; d'avoir à s'établir au milieu de cette noblesse si nombreuse» si ancienne, si puissante et si orgueilleuse; d avuu' à se faire admettre 'par elle comme son égal d'abord, et son supérieur plus tard : il dut aussi se frayer un chemin côte à côte avec la démocratie de certaines villes. i)ujà, à cette époque si reculée de l'histoire. Asti était une ancienne république* Gbieri, Savillian, Coni, Mondovi, Alba et Bene, l'avaient pris pour modèle; et, tout en admettant i autorité de leur évèque et de son chapitre, Turin, Ivrée et Gasal possédaient un rounicipe à peu près indépendant.
Ce fut au milieu de ces msusons puissantes, de ces populations remuantes, ambitieuses et agitées, que Conrad
HUMBËRT ^^ AMÉDËE [*% ODON. Il
le Saliqiie établit, vers Taii 10*27, soii favori et son parent, Humbert filanche-MaÎD, auquel il composa un domaîne en réunissant la moitié de la vallée de Maurienne à quelques lambeaux du marquisat d hrée, que Tambition d'Ardouin» son dernier seigneur, et ses prétentions au titre de roi d'Italie, avaient condamné à disparaître. On ne connaît guère de ce fondaieur de la maison de Savoie que le nom et la provenance. Son successeur immédiat n'a pas laissé de plus profondes traces : il s'appelait Amédée, et c était le premier-né des fils d*Humbert; mais sa vie ne fut pas longue, et son frère Ûdon, qui lui succéda, s'éleva subitement au rang des grands feudataires des Alpes, grâce à son mariage av ec Adélaïde, fdle unique et par conséquent héritière du dernier marquis de Suse. Toilà donc le second fils d'Humbert le Saxon maître des vallées comprises entre la Done-Baltée et le Pesio, qui' feront désormais partie de l'héritage des princes savoyards, ainsi qu'une grande partie de l'ancien marquis sat d'ivrée, dont la même Adélaïde avait hérité et qu elle transmit à ses enfants* L'entrée de cette princesse dans Ih maison de Savoie eut pour celle-ci d^ autres avantages encore ; car en dotant ime de ses filles de quelques liefs ^détachés de son héritage, Adélaïde plaça naturellement les détenteurs de ces fiefs dans la dépendance féodale des comtes de Savoie dont ils relevaient; et lorsque, par l'effet d'un second mariage, ces mêmes fiefs vinrent à passer dans la maison de Saluées, les marquis de ce nom devinrent les vassaux des comtes de Savoie, pour les fiefs hérités d'Adélaïde. Ce vasselage pesait à l'ambition de ces marquis, et lit d'eux, pendant plusieurs siècles, les ennemis les plus implacables de la maison de Savoie;
mais cette inimitié même tourna à l'avantage des princes savoyards» en leur fournissant des griefs contreles marquis de Saluées, et en les autorisant à ne plus restreindre leurs prétentions au siin|)le exercice des droits que leur conférait le testament d'Adélaïde de Suse*
Âmédée II, qui succéda à cet Odon, second fils d'Humbert, reçut de l'einpereur Henri J V, lors du voyage que fit celui-ci en Italie pour obtenir du pontife Grégoire VU le retrait de Fanathème lancé contre lui, l'investiture du Bugey»qui à partir de cette époque entra dans le domaine de la maison de Savoie. Adélaïde sa mère avait obtenu en même temps l'inféodation d' une i^rande partie du marquisat d'Ivrée, qui lui revenait en sa qualité d héritière des biens maternels. Ce ne fut pourtant qu*Humbert II, fils d'Amédée, qui ajouta à son titre de comte de Maurienne celui de marquis de Suse , titre que ses successeurs laissèrent tomber en désuétude et auquel ils préférèrent toujours celui de comte de Savoie. C'était ce dernier que les descendants d'Humbert le Saxon devaient rendre célèbre. Humbert II ajoute la Tarantaise à ses domaines en forçant le seigneur de Briançou à l'évacuer, et en achetant de son métropolitain et de son chapitre le droit de régale en échange de la protection qu'il leur accorda * contre leur ancien seigneur.
/ Les droits féodaux et les droits viagers conférés par les empereurs d'Allemagne à leurs vicaires ou intendants étaient à cette époque singulièrement confondus. Cette confusion eut généralement pour résultat l'abaissement des * miûsons souveraines de l'ItaUe et la lente usurpation de leurs droits par les prétendus héritiers de l'Empire romain, dont les forces étaient si incomparablement supérieures
AMÉDÊE III, HUHBERT HT. 13
à celles des princes italiens. La maison de Savoie est la seule peut-^tre qui, ainsi placée vîs-à*vis des empereurs, et n'ayant pu échapper à cette sorte d'enclievètiement de ses droits avec ceux de TEmpire, soit parvenue à les démêler petit à petit sans en perdre un seul. Bien plus, elle mi U'aiisiui mer certains droits viagers qui venaient des empereurs en droits absolus, transmissibles par hérita|^ C'est ce que nous verrons dans la suite de cette étude.
La première trace qui nous apparaît de la confusion existant entre les droits des teneurs de fiefs italiens, et ceux des empereurs, remonte à Amédée III et au XII* siècle, car ce prince a régné depuis l'année 1103 jusqu'en iJ AS. Conrad le Salique avait investi son parent HumbertBlanche-Main des fiefs du Gbablais et de la vallée d'Aoste, et dans une charte de 106A, citée par le Génois Louis délia Ghiesat Adélaïde de Suse et d'Ivrée est désignée, entre autres titres, par celui de duchesse du Chablai^ Et pourtant sous le règne d'Amédée lll ces ' deux provinces, le Chablais et la vallée d'Aoste, étaient gouvernées par un lieutenant iinpéria^. Fort heureusement pour Aniédée, ce gouverneur tyraniiique avait excité au plus haut degré le mécontentement et la haine des populations. Amédée en profita; et, sans perdre son temps à revendiquer des droits qui eussent sans doute été contestés et méconnus, il intervint hardiment à main armée dans la province et chassa le gouverneur impérial, comme il eût fait son propre lieutenant. Ce procédé eut un plein succès. L'Empire était vacant à cette époque, mais rien n'indique que le nouvel empereur ait songé depuis à évincer le couiie de Savoie de ces deux provinces. Il est vraisemblable n^nmoins qu'il lui garda quelque rancune;
car le peti^fils d'Amédée ill, Thomas 1", qui succéda à l'âge de onze ans à Humbert III le Saint, fut redevable au marquis de Moatferrat, son tuteur, de son rétablissement dans les bonnes grâces de l'empereur Frédéric II, qui lui accorda en 1207, c est-à-dire dix-neuf ans après son avènement à la succession paternelle, l'iuvestiture de ses États, sans en excepter ni le Ghablais, ni la vallée d'Aoste. Ce Thomas régna pendant quarante-cinq années (1189-1233), et ce long règne,presque constarament troublé par des guerres et par des révoltes» fut pourtant Tun des plus heureux pour la maison de Savoie. Thomas acheta la vUle de Gbambc^ry, et se Tattacb^a en lui accordant des franchises et en 1^ dotant d'un code municipal, bienfait dont bien peu de villes jouissaient à cette époque. 11 acquit aussi les seigneuries de Saint-Hubert dans le Bugey, de Saillan dans le pays de Vaud et de Fétence dans le Ghablaîs* Prévoyant Tes embarras que lui susciterait r esprit indépendant des populations de la vallée et de la ville d'Aoste, il renonça en faveur de leur évéque à ce qu'on nommait alors le droit de régale, droit que son père avait acheté au prédécesseur de ce même évéque, et il affranchit les populations de toutes exactions forcées. De telles concessions sembleraient dangereuses aujourd'hui, et seraient considérées comme un symptôme de la faiblesse du souverain qui y souscrirait ; mais le reproche de faiblesse ne saurait être adressé aux princes de la maison de Savoie. Le moment d'organiser et de bien administrer leurs États, de s'assurer un revenu fixe et suffisant par des moyens réguliers, d'augmenter leurs richesses en augmentant la propriété nationale, d'établir de bonnes lois et de les coordonner, ce moment n'était