‹ Histoire de la maison de SavoieChapitre 7 sur 23 · AMÉDÉE MIL · texte numérisé non relu

AMÉDÉE MIL

caiioui etCavour seulement formèreut l'apauage d*un IjIs natarel deLudovîc (lAiS).

Le marquis Thomas de Saltices ne régna que peu d'années, et il mourut en laissant pour héritier son lils LudoviCf encore enfant» sous la tutelle de sa mère, Marguerite de Rouai. Aiuijdée, qui connaissait le penchant de cette iaaiiile à se soustraire à ses devoirs envers lui, exigea de la tutrice qu'elle lui rendit sur-le-champ hommage au nom de son fils, et Marguerite se hâta île le satisfaire. L'époque de cette régence fut un temps de paix et de repos^pour les États de Saluces; car, ayant su s'entourer de sages conseillers, Marguerite évita tout sujet de contestation avec tous ses voisins.

Les marquis de Geva avaient prêté de l'argent à la commune de Goni, qui leur avait remis comme gage de Temprunt les vallées de Borgo et de Gesso. Mais lorsque la commune oiïrit de rembourser les créanciers de la somme prêtée, et demanda la restitution des territoires abandonnés en gage, les marquis refusèrent de s'en dessaisir. Goni alors s adressa à Amcdee comme à son protecteur et à son souverain, pour qu'il lui fit rendre justice, et elle l'obtint, car les princesde cette maison prenaient au sérieux leurs engagements. Amédée fnarcba contre les marquis, les battit, les fit prisonniers et les tint enfermés dans le château de Pignerol.

Une paix de quelque durée était impossible alors en Italie, parmi tous ces petits princes ambitieux et cupides , qui n'avaient pour guide de leur conduite que le soin de leurs propres intérêts, sans connaître l'idée du devoir. Toujours ingrat et cruel, Philippe Yisconti chasse durement le , général comte de Gar-

Digit

inagnole» qui lui avait fait remporter tant de victoires. Ganuagnole était Pîémontais ; et, dans le premier transport de son indigaation, il s adressa à soû protec- • teur naturel, le duc de Savoie, pour obtenir vengeance de son perfide maître. Aniédéc se prépara, en effet, à chà.tier Philippe ; mais Carmagnole implora eu même temps d'autres secours, et il les obtint, car la tyrannie et la mauvaise foi de ce Vis.conti ne lui avaient créé que des ennemis. Les Vénitiens et le marquis de MonUerrat se joignirent à Amédée et défirent complètement les troupes Diil;iaaises. Philijipn alors s'efforça de dissoudre la ligue formée contre lui, en gagnant quelques-uns de ses chefs* Celui auquel il s'adressa d'abord fut Amédée de Savoie, sans doute parce qu*il le considérait comme le plus important et le moins exigeant à la fois. 11 lui oilVit une de ses filles en mariage et la ville de Verceil avec tout son territoire, placé entre la Sesia et le Tessin. La proposition n'était pas à dédaigner; mais il est vraisemblable qu'Amédée exigea en outre la réparation des injures dont Carmagnole avait souffert, puisque les Vénitiens s'aperçurent que le ressentiment de celui-ci contre Philippe était éteint, qu'ils le soupçonnèrent de travailler secrètement à leur défaite, et qu'ils le firent mourir.

La ligue se trouva naturellement dissoute. Des trois vengeurs de Carmagnole, Tun était tourné contre lui el l'avait condamné au supplice des traîtres ; un autre s'était accordé avec l'ennemi commun. Le marquis de Montferrât demeurait seul en butte à la colère de Philippe, et ses procédés envers la maison de Savoie n'avaient jamais été de nature à lui donner aucun titre à Tappui d' Amédée. Aussi n'eu espérait-il et n'en reçut-il aucun, jusqu'à

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AMËDËB YllI. 57

* ce que François Sforza, le nouveau capitaine de Philippe,

Teiit réduit aux abois. Alors seulement il se décida à implorer le secours d'Amédée, qui le lui accorda, à condi* tion pourtant qu'il lui rendrait hommage comme à sou souveiain pour tout le Montferrai, condition que le marquis accepta avec les plus vives déiuonstiations de joie et de reconnaissance. Amédée s'occupa alors de calmer le ressenLiuieut de Philippe contre son nouveau vassal; mais, craignant d'échouer auprès du vindicatif Philippe, ' il engagea l'empereur Stgismond à le seconder dans ses tentatives d'accommodeiuent; et, grâce à ce puissant auxiliaire, il détourna Torage prêt à éclater sur la tète du marquis de Montferrat. Celui-ci n'avaitdonc plus rien à craindre ; pour lui, c'était n'avoir plus rien à ménager. Sa première pensée fut de se soustrdre aux engagements contractés envers Amédée. Ne sachant quel ennemi lui susciter , et n'osant encore se déclarer lui-môme, il essaya de séduire le prince de Piémont (c'était le titre donné au prince héréditaire de Savoie) moyennant une forte somme d'argent, espérant introduire ainsi au sein même des conseils et de la famille d'Âmédée un ennemi d'autant plus redoutable qu'il serait moins redouté. Ce fut son propre ills que le marquis chargea de cette tentative de séduction.

Le jeune homme alla donc trouver le prince Ludovic, et lui fit part des propositions dont il était chargé ; mais Ludovic n'était ni assez sim[)Ie pour tomber dans un piège, ni assez déiiaturé pour essayer d'y pousser son père. U fit arrêter l'ambassadeur et l'envoya au duc Amédée, qui, poussé à bout cette fois par tant de déloyauté, ne relâcha son prisonnier que contre un acte de cession, dressé

devant notaire et selon tontes les exigences de la loi, de la ville et du territoire de Ghivasso , de cette partie du Montferrat qui est située sur la rive droite du Pô, et en dernier lieu de la ville et du territoire d'Aglié (1^32). 11 eut pourtant la générosité, ou, si l'on veut, la sagesse de ne pas garder cette dernière acquisition, mais de la rendre imiiHuédiatement au fils du marquis à litre de fief noble, et à la condition de sa réversibilité à la maison de Savoie, en cas que les fils du marquis actuel viendraient à mourir sans laisser d'enfants mâles et légitimes. Ce fut sur cette convention que les descendants d'Amédée se fondèrent pour réclamer la possession du Montferrat après la mort de Jean-George, dernier marquis.

Ce fut sur ces entrefaites que le marquis de Saluées épousa une fille du marquis de Montferrat, nièce dn prince de Piémont.

On a écrit des volumes sur la singulière résolution de Charles-Quint, descendant spontanément d'un trône qu'il avait rendu si puissant, pour se vouer à la vie monastique. Ce fait n'était pourtant pas sans précédent. Le duc Âmédée n'avait guère éprouvé que le succès, et on ne lui connaissait aucun cliagrin sufTisautpour expliquer son dégoût soudain du monde et de ses splendeurs, des affaires et des préoccupations qu'elles entraînent. Et pourtant on le vit tout à coup céder tout pouvoir à son fils, et se retirer dans un couvent situé près de Genève et appelé Ripaille, nom qui devint p^ir la suite, je ne sais pourquoi, synonyme en France de bonne chère et de bombance (liSÂ) . 11 y vécut quelque temps dans la retraite et Tétude des sciences; mais une destinée plus étrange l'attendait encore. En 1439, le concile assemblé à Bâle déposa «

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d'après les instances et les conseils de Philippe Visconti, le pape Eugène IV, et nomma à sa place notre Âmédée.

Sou couronnement fut d*une rare niagiiilkence. Ses deux fils, le duc Ludovic de Savoie, son successeur, et le comte Philippe de Genève, son puîné, y assistaient, ainsi que lemaixiuis de Saluées. Plus de cinquau te mille personnes, dit-on, étaient accourues pour être présentes à cette hriUante cérémonie et aux réjouissances qui la suivirent.

Tout en acceptant cet honneur, Âmédée, qui prit alors le nom de Félix V, ne le reçut qu'à regret. S'il avait

renoncé au gonvernemeut de ses propres États, à Tadministration d'affaires qu'il connaissait bien , ce n'était certainement pas pour se charj^ei d'intérêts étrangers et inconnus; s'il était volontairement sorti d' une route qu il parcourait depuis tant d'années avec un bonheur si constant, ce ne pouvait être pour se jeter dans une route nouvelle, plus difficile, plus pénible et plus dangereuse . que la première. Il n'accepta donc qu'à contre-cœur et pour ne pas offenser les promoteurs de son élection. Mais sa condescendance n'alla pas plus loin, et il résista avec fermeté aux instances de Philippe Visconti, qui voulait le faire marcher à la tête d'une arniée contre Rome, afin d'en chasser l'autre pape, £ugène IV. Philippe avait espéré que l'âme guerrière et ambitieuse du duc de Savoie l'accompagnerait dans sa nouvelle dignité, et ^ qu'en plaçant la tiare sur la tête d'un aussi vaillant capitune, il trancherait par la voie des armes la question si compliquée du pontificat. Découragé par l'invincible résistance d' Âmédée, il en conçut un amer dépit et s'éloigna de lui.

Rendu à lui-même par cet aI)aDdoii, et affligé par le

speciacle des décliirt niPiiisde l'hglise auxquels sou élection ftTait encoreajouté, Amédée céda, sans trop de répugnance, aux prièresdereLopereui Fi tdéric 111, et renonça au pontiiicat en faveur de Mcolas Y, ne se réserxant que le titre de cardinal de Sainte-Sabine, et la dignité de légat apostolique , dans la Haute-Italie et dan.^ lioe partie de la Suisse Ces titres mêmes, il ne les

garda pas longtemps, car la mort Tenleva en iAôl.

Mais avant^de mourir il avait eu plus d un sujet de regretter sa première abdication en faveur de son fils Ludovic. Celiiî-ci n'avait pas hérité de la sagesse paternelle. Ino rivalité toujours croissante partageait le centre et le midi de l'Europe, et les princes de la maison de Savoie, depuis Thomas V\ avaient toujours pcnclié vers l'une des pui^uces rivales, tout en pioclamant hautement leur rigoureuse neutralité. Je n'ai pas besoin de noiniiier ces puissances rivales, et chacun comprend qu'il s agit de la France et de TEmpire. Le fondateur de lamaison deSavoie, Humbert Blanche-Main, était, comme on Ta vil, le parent et le favori de Conrad le Salique, auquel il devait ses États. Ses descendants exercèrent presque tous les fonctions de vicaires impériaux dans une partie de la Iladte-Italiô, et depuis quelques générations, cette dignité était devenue héréditaire pour eux. Les empereurs étaient d'ailleurs plus étroitement mêlés aux ailaires de cette partie de Tltaiie que ne pouvaient l'être les rois de France ; car le plus grand nombre des fiefs du nord de ritalie relevaient de l'Empire, et chaque fois que les empereurs avaient été appelés, goit par les Italiens, soit par le soin de leurs propres intérêts, à

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prendre iipe part active et directe dans les alTaires ita* liennes, .ils avaient toujours téuioigué à la maisou de Savoie une faveur toute particulière* Tout récenunent

encore, Amédée VIII, père du duc Ludovic, avait été élevé par Tempereur Frédéric à la diguité de duc. La France, au contraîre« avait plus d'une fois réclamé le secours des armées savoyardes, qui ne lui avait jctiiiais été refusé ; mais, eu échaoge des services reçus, la seule part qu'elle eût encore prise aux affaires de la maison de Savoie avait été, coiume on l'a vu, d'accepter l'ijoiiiuiage illégal et illicite du marquis de Saluées, et de prononcer l'injuste décret qui affranchissait celui-^i de toute dépendance eûvei*s le comte de Savoie, son légitime seigneur. Mais, malgré d*aussi puissants motifs pour préférer Ta* initié des empereurs à celle des rois de France, jauiais jusque-là les princes de la maison de Savoie ne s'étaient prononcés ouvertement pour ceux-là contre céux-ci, et n'avaient abjuré une neutralité que leur position géographique leur commandait d'ailleurs. Le duc Ludovic fut le premier de sa race qui dévia de cette ligne prudente, je dirai môme nécessaire.

Sans y avoir été provoqué, ou du moins sans avoir reçu aucune provocation dont l'histoire ait pris note, Ludovic envahit en iàA2 leDauphiné, qui faisait déjà partie delà France. Le premier résultat de cette malheureuse entre* prise fut une révolte des populations piéniontaises, réduites à la pauvreté par les impôts extraordinaires et insolites dont le duc avait dû les grever pour subvenir aux frais de cette guerre. Son père lui adressa à ce sujet des reproches qui l'irritèrent sans l'arrêter; et, ce qui eût dû lui fûre comprendre sa folie, ce fut l'ennemi de sa maison

qui lui porta secours. C'était en effet la jalousie de son ennemi que Ludovic servait en ce moment en s aventurant sur une route semée de tant de périls.

11 fut battu, et ce résultat, quoi qu'on puisse en penser aujourd'hui, n'était pas inévitable ; car, à cette époque de féodalité, le roi de France lui-même n'était pas toajours en mesure de mettre sur pied des forces do beaucoup supérieures à celles du duc de Savoie, surtout pour les envoyer dans une province aussi éloignée de sa capitale. Ce résultat n'était pas non plus le plus funeste pour le duc ; car on se remettait assez promptement d'une défaite dans ce siècle qui n'avait encore vu ni de grandes armées, ni de grandes batailles, et lorsque toutes les forces d'un État n'étaient guère engagées dans une seule campa^e. La conséquence la plus fâcheuse de cette guerre, ce fut de réveiller l'aversion que certains rois de France avaient déjà témoignée à certains comtes de Sarvoie, et que la sage modération des derniers Amédée était parvenue à assoupir, sinon à éteindre complètement. L'ancien arrêt du Parlement contre le comte de Savoie et en faveur du manjuis de Saluées, arrêt qui n'avait jamais été accepté par le premier, et qui était tombé, pour ainsi dire, dans l'oubli, fut aussitôt renouvelé, et Ludovic sommé de s'y soumettre. Il essaya de s'en dispenser, sans s'y déclarer résolu ; mds ses tergiversations ne lui réussirent pas mieux que sa folle audace ne lui avait réussi d'abord. Charles VII, alors roi de France, envoya contre lui ses troupes. Plus courageux que sage, meilleur capitaine qu'homme d'État, Ludovic résista à des forces supérieures sans les vaincre, mais aussi sans succomber devant elles. Sa fermeté et son habileté dans la

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conduite de cette guerre n'eurent pourtant d'autre eflet que d'en prolonger la durée et d'en rendre par conséquent les tristes suites plus déplorables pour son pays. Cette guerre, commencée en iàà^, se continuait encore en iihh. Revenant alors à une politiqne plus conforme à sa position et aux exemples laissés par ses aïeux, Ludovic Imposa silence à son orgueil et s'appliqua à gagner la faveur de son ennemi. Il l'apaisa en s'engageânt à paraître devant lui, lorsr[u'il y serait appelé, pour défendre sa cause contre le marquis de Saluces ; mais cette concession ,n*eùt probablement pas suffi, si Ludovic n'eût gagné en même temps la protection de l'avide dauphin par le don d'une somme de 20,000 écus d'or. Le dauphin conseilla à son père de laisser le dnc en repos, et le roi rappela ses troupes.

Ce fut à peu près en ce temps que le dernier roi de Chypre mourut sans laisser d'autre enfant légitime

qu'une fille nommée Charlotte et mariée au second fils du duc Ludovic* Charlotte et son mari furent donc salués roi et reine par les Cypriotes ; mais cette couronne ne reposa pas longtemps sur leur tête. Jacques, fils naturel du dernier roi, contracta alliance avec le Soudan d'Egypte, chassa sa sœur et son beau-frère de leurs États, les contraignit à chercher un asile en Piémont, et prit leur place sur le trône de Chypre.

Charles Vil, roi de France, étant mort en l/i61, ce fut le dauphui, protecteur -du duc Ludovic, qui monta sur le trône de France, sous le nom de Louis XI. Il n'avait pas oublié l'amitié qu'il avait vouée au dnc lAulovic ; et, lorsque celui-ci vint lui rendre visite, accompagné de son frère, le comte de Genève, et du marquis de Saluces, le

64 UiSTOIKK l)H LA MAISON DB SAVOIE.

nouveau roi lui fit le plus gracieux accueil. Cette faveur eoûta pourtant fort cher à Ludovic ; car» malgré sa propre déclaration relativement à rinaliénabilité des domaines de sa couronne, il dut céder au nouveau roi la suzeraineté des comtés de Diois et de Yalentinois. Il veûdit aussi au duc de Bourbon la suzeraineté du pays de Dofobes, et la baronnie de Gex au comte de Dunois. La gu( rrc qu'il venait de soutenir contre la France avait é[)uisé son trésor et'lui rendait ces aliénations nécessaires. 11 obtint du marquis del Carretto un faible dédommagement de tant de pertes, par la cesûon que lui fit ce marquis de quelques fiefs dans les Langhes.

AKtDftE IX. — FHILIBSaT l".

Ludovic laissa en mourant (l/i65) un nombre très-coasidérable d'enfants. Outre i'ainé, qui lui succéda sous lé nom d' Amédée IX, et Ludovic, qui avait épousé Charlotte de Chypre, la famille du duc Ludovic se composait

encore de Jean, comte duGenuvuis; de Jacqnes, couite de Piémont; de Philippe, seigneur de la Bresse ; de Pierre, archevêque de la Tarantaise; enfin de Jean et de François, qui occupèrent successivement le siège épiscopal de Genève. Celles de ses filles qui contractèrent mariage furent Mar^nierite, femme du marquis de Montferrat ; Charlotte, femme de Louis XI et mèie de Charles VlU ; ' Bonne, qui épousa le iiis de François Sforza, seigneur

ÂMËDÉE IX. 65

de HilaD; Marie* mariée au duc de LuxeBibourg,,et

Agnès, au comte du Duijois.

Amédée était déjà marié à Yolaade, sœur de Louis XI, lorsqu'il succéda à son père. Le marquis de MoDtferrat , était mort quelques mois avant le duc Ludovic; et, à défaut d'eufauts mâiesi sa succession était échue à sou frère Guillaume. Amédée IX réclama du nouveau mar- ■qiiis le renouvellement de l'hommage rendu jadis par le frère de celui-ci à son propre père.*- Mais Guillaume s'y étant refusé, la guerre recommença entre le Montferrat et la Savoie, et dura juèqu'en l'année l/i07, que le duc de Ifilan, beau-frère d* Amédée IX, parvint à le réconcilier avec le marquis. Amédée IX est représenté par tous les historiens de sa maison comme le plus doux, le plus charitable et le plus pieux des hommes. Un semblable caractère forme un singulier contraste avec celui de son parent et ami Louis X[, roi de France ; et si la ti ès-grande charité d' Amédée neFaveuglait pas sur les qualités deson beau-frère, il devait se sciiiir mal à Taise aupi ès de lui. Quoi qu'il en soit, Amédée lui fut toujours fidèle, et il entraîna même le marquis de Saluées à le défendre contre la rivalité de ses frères et de ses cousins.

Ce ne fut pas seulement envers le roi de France qu*Amédée déploya toute la générosité de son caractère. Galéas Sforza reiusait de rendre à Auiedei' Valence et quelques autres terres. La guerre allait éclater entre eux, lorsque Galéas, traversant déguisé les États d' Amédée, fut reconnu, arrêté et remis à Amédée, qui lui rendit la liberté sans songer seulement à tirer quelque profit de cet - inciderrL Galéas répondit à tant de générosité comme on devait s'y attendre; il ne renonça à aucune de ses pré-

66 UISTOIKE DE LA MAISON DE SAVOJE.

tentions, et il se prépara à la guerre, dont Amédée confia la direction au comte de Bresse, son frère.

' Ce fut pendant le règne assez court d' Amédée IX que Mojodovi se révolta en faveur du marquis de Monlferrat La révolte fut domptée, mais cette victoire ne profita qu*aux ennemis d!Amédée. Celui-ci mourut à Verceil en 1A72, sept' ans après avoir succédé à son père..

Son fils Pliilibri't n'était alors âgé que de liuii aiis, et sa mère Yolande demeura chargée de la régence. Quoique ïolaode possédât presque toutes les qualités nécea> saires pour bien remplir sa missibn, son étroite parenté avec Louis XI était un danger pour l'indépendance de la Savoie. Habile, persévérant et heureux dans son vaste dessein de centralisation monarchique, Louis \'I commit pourtant une faute, qui n'a été considérée par les historiens français que comtne une erreur de détail, mats qui eut pour l'Italie septentrionale de graves et tristes conséquences. Cette faute fut de regarder la Savoie comme un des fiefs français qu'il lui importait de rattacher à sa couronne, et la maison de Savoie comme une de ces familles féodales qu'il lui fallait soumettre en les réduisant au rôle de courtisans, tandis qu'en effet la Savoie et la maison qui en porte le nom appartenaient à l'Italie. Louis XI réussit à absorber toute la puissance des feudataires français, parce que cette absorption était indispensable à l'établissement de la monarchie en -France, qu'elle rentrait par conséquent dans les vues de la Providence et qu'elle était conforme.au caractère et aux intérêts de la nation française: il échoua dans ses tentatives d'empiétement et d'usurpation sur la Savoie et sur ses princes, par une raison semblable à la première. La

PHILIBERT l«r (AÉGëNCë D' YOLANDE). ^ 67

maison de Savoie était réservée par la P/ovidence à de trop gi aiides destinées pour fjue toute l'astuce et la vialeuce humaine réussissent à pi évaloif contre elle.

Mais si en dernier résultat le PiémoDtsortit victorieux de la longue lutte commencée par Louis XI , il n'en sortit pour* tant pas sans avoir beaucoup souffert et beaucoup appris. Déjà, du vivant d' Ainédée, c'était Louis Xï qui îivait arrangé secrètement le mariage deBonue, sœur d'Amédée, avec Galéas Sforza» en promettant à celui-ci la ville de Verceil comme dot de la princesse de Savoie. Le mariage eut lieu en effet, et Galéas tenta de s'emparer par un coup de main de cette ville importante. S'il y renonça par la suite, ce furent les Vénitiens indignés et peu favorables à Tagrandissement du Milanais qui Ty forcèrent. Si Louis XI prenait de telles libertés du vivant de son beau-frère le duc de Savoie, que ne se permettrait-il pas lorsque le siège ducal ne serait plus occupé que par un enfant, sous la tutelle d'uue femme, sa propre sœur? Amédée eût pu confier en mourant la régence de ses États à ses deux frères, partisans du duc de Bourgogne; et, peitdant la douloureuse maladie qui précéda sa mort, il put se convaincre des obstacles pour ainsi dire insurmontables que soulèverait la régence de sa femme. £n effet, lorsque se sentant at-* teint par les phénomènes épileptiques qui lui rendaient tout travail impossible, Amédée rassembla les États-Généraux et leur fit décréter une régence provisoire en faveur de sa femme; ses frères et leurs [)artisans, indignés, eussent inévitablement suscité une guerre civile, si Berne et Fribourg n'étaient intervenus et n'eàssent fait agréer un accommodeipent par lequel Yo-

es HISTOIHË D£ LÀ MAISON D£ SAVOIE.

lande conservait la régence, et les princes, ses beauxfrères, prenaient place au conseil. Dès cette époque, Yolande avait ioiploré l'appui de son frère Louis XI ; mais celui-ci avait exigé d'abord qu'elle se déclarât pour lui contre le duc de Bourgogne. Yolande s*y était refusée, conservant toujours, comme je Tai dît, Tespoir de marier son fils Philibei t ;i la 011e uiiiq,ue du duc Cliarles. La duchesse était assez intelligente pour comprendre qu*un semblable projet, avoué ou trabi par elle, lui créerait ud ennemi dans son propre frère« et le parti qu'une sage politique lui conseillait, était de se réconcilier sincèrement atec SCS bcaux-lVcres, partisans du duc Charles, en renonçant pour le moment à l'alliance française. îl est vrai que de tout temps la politique des membres divers des familles régnantes qui ne possèdent que de petits États a été de se partager l'amitié des grandes puissances rivales et voisines, et que le fait même du dévouement j)rofessé par les frères d'Amédéepour la maison de Bourgogne devait- faire pencher Yolande vers la maison de Valois, alors même que le cbef de celle-ci n'eût pas été son propi'e frère. Les princes de Savoie étant partisans des ducs de Bourgogne, et la régente demeurant attachée au roi de Fiaiicc, ki Savoie était assurée de trouver une alliée dans celle des deux puissances ennemies qui l'eût emporté sur l'autre. Mais pour suivre avec succès cette politique traditionnelle, il eût fallu que Yolande renonçât pour lors au mariage de son fils Philibert avec 1 hci iiière de Bourgogne, ou que du moins elle confiât à ses beaux-frères la conduite de cette affaire, en y demeurant eu apparence étrangère. Yolande n'embrassa aucun de ces partis. Sa réconciliation avec ses beaux-

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PHILIBERT I" [RÉGENCE D'VOLAXDE). 69

Irères ne fut ni sincère* ni par conséquent durable, et

elle s*arliarna à la double poursuite de ces deux objets incompatibleâ entre eux : le mariage de Philibert de Savoie 'avec Marguerite de Boui^ogne, et la protection efficace du roi de France.

La mort d'Amédée, \iui survint sur ces entrefaites, ne changea matériellement rien à la situation , car la ^ régence demeura à Yolande, et U n princes, ses beauxfrères, conservèrent le droit de siéger au conseil ; mais l'influence conciliatrice du pacifique et doux Ânitdée se trouva brusquemrnt suj^rimée , et T aigreur des pai'tis ne connut plus de bornes.

Quatre partis se dessinèrent d abonl : le ])arti français, le parti bourguignon', celui de la régente, et celui des princes. On pourrait, jusqu'à un certain point, considérer la régente comme le chef du parti français, et * les princes comme représentant le parti bourguignon ; mais ce point de vue roanqueratt d'exactitude. Louis XI voulait disposer diiecteuient de la régeiice, sans l'interjnédiaire de sa sœur, et Yolande craignait, pour son projet d'alliance avec la Bourgogne, Fintervention directe - de son frère dans les ail'aires. D'autre part, le duc de Bourgogne voulait user de son influence pour entraîner la Savoie dans une guerre contre la France, et les princes ne consentaient à cette gueri;e qu'à de certaines coadi« lions favorables à la Savoie, en même temps qu'ils préféraient s'entendre a\ec leur belle-soeur plutôt que d'allumer une guerre civile qui les eût livrés complètement à l'impérieux duc de Bourgogne. Les quatre partis que je viens d'indiquer existaient donc séparément les uns des autres» et nous allons les voir à l'œuvre.

Yolande , entourée par ses beaux-frères et par les

émissaires de Louis \L ne se sentait pas en sûreté à Cbaïubéry. Sa force était dans son ûls et dans son étroite union avec lui. Aussi eut-elle recours à la fuite ; elle alla .^"enfermer avec le royal enfant dans la place de Montméiiaa. Mais cette démarche fut considérée par ses

^ beaux-frères comme une infraction au traité fait avec eux, et comme une déclaration de guerre. Déjà de toutes parts on courait aux armes, lorsque ce dévouement aux intérêts de leur famille qui distingua toujours tous les membres de la maison de SavÇie lit reculer les princes devant la pensée de livrer leur pays à la rivalité du roi de France et du duc de Boui gogne , rivalité à laquelle leur§ propres querelles avec la régente serviraient de prétexte. La paix fut donc jurée une seconde fois entre la duchesse et les princes, ei l'aîné de ceux-ci, le comte Louis de Homoutt présida le conseil dont la régente 6*était volontsdrement éloignée.

La luile d Yolande n'avait eu jusque-là pour elle que de fâcheux résultats ; mais la duchesse eût pu remercier son heureuse étoile si ces résultats n'eussent pas été suivis par d'autres plus fâcheux encore. Elle avait par sa

• fuite suscité à la couronne un ennemi plus dangereux et plus implacable que les frères du^défunt Amédée.

Charles le Téméraire apparaît dans F histoire comuie le plus brave et le moins astucieux des hommes; mais ses grandes qualités, qui ressortent encore davantage par

. leur contraste avec le caractère du i oi de France, ne préservèrent pas toujours le duc d'accès de violence qui finirent par dégénérer en folie. Louis \I aussi, malgré sa merveilleuse sagacité et l'étonnant empire qu'il savait *

PUlLIfiËRT r (RÉGENCE D'YOLÀNDE). 74

exercer sur Im-méme, ou du moins sor ses dehors, fut

plus d'une fois soupçonné d'accès passagers de démence. Tant il est vrai que la nature humaine n'est pas propre à l'exercice de la toute-puissance, et que les hommes que la société affranchit de toute contradiction et de tout contrôle, quelque bien doués qu'ils soient d'ailleurs, trouvent tôt ou tard en eux-mêmes et dans le dérangement de leur intelligence le plub insurmontable obstacle au triomphe de leur impérieuse volonté!

Charles le. Téméraire perdit la raison à la suite de sa défaite par les Suisses. Il tétait cru invincible, et il avait traité avec le plus écrasant mépris la folle résistance de ces paysans monlagnards qui ne possédaient seuleiiiuiit pas d'uniformes, et qui ne connaissaient de Tart de la guerre que cette seule m^lme : mourir plutôt qae de céder.. Battu une première fois par eux, il tomba dans une sombre mélancolie que le tacite abandon de ses alliés transforma bientôt eu fureur. Il voulut prendre sa revanche, et il s'y prépara mal, insultant les partisans qui lui restaient encore, et les ennemis qu'il eût mieux punis en lesrespectantdavantage^Lasecondebataillequ'illeurlivra, celle de Morat (1 A76] , fut suivie d'une défaite pl ascomplète encore que la première. Les princes savoyards s'étaient éloignés de lui; il s' en vengeasurladuchessequise trouvait alors à Genève, et qu'il fit enlever avec le jeune Philibert. * Heureusement pour ce dernier, un gentilhomme piémontais, nommé Geoffroy Rivarol, qui faisait partie de la suite de la duchesse, ét que les Bourguignons avaient emmené avec elle, réussit, pendant le voyaj;e et à la faveur de la nuit, à soustraire le prince à ses gardes, et à le reconduire à Ghambéry.

n HISTOIRE DE LA MAISON DE SAVOIE.

Le parti bourguignon était abattu en Savoie. Ce fut Louis XI qui en profita. Il fit convoquer, eu les États généraux' de Savoie et de Piémont, et il leur dicta leurs résolutions, de manière pourtant à satisfaire ses anciens adversaires, les princes de Savoie. Il fit donner le gouvernement de la Savoie à l'un et celui du Piémont àTautre, les éloignant ainsi du conseil de régence et de la personne de leur neveu. La tutelle de celui-ci fut doniîée à Philibert de Grosleluys, chevalier de Rhodes, et la place de Montmélian remise au seigneur de Aliulans, à condition pourtant qu'il ne la rendrait qu'au roi de France, ou tl'aprr^ ses ordres. L'autorité ainsi répartie, Louis XI obtint la mise en liberté de sa sœur, et la renvoya dans les États de son fils.

La aiort du duc de Bourgogne fi A77) ne réconcilia pas Louis XI avec la pensée de marier son neveu Philil)ert à Théritière du duché ; car sa jalousie embnissait dans ses inquiétudes la Savoie et la Bourgogne, et leui* union ne pouvait entrer dans ses vues. Du reste, le mariage de la princesse de Bourgogne avec Maximilien d'Autriche, fils' de l'empereur Frédéric 111, dissipa bientôt les craintes que lui avait inspirées le projet d' Yolande. Il rétablit ensuite la paixentre la Suisse et La Savoie, mais aux conditions les plus défavorables pour celle-ci. Le Bas- Valais et une partie du canton de Vaud étaient, par ce traité, à jamais affranchis de la doiiiiijalinn savoyarde, et la aiaison de Savoie devait renoncer pour toujours à son protectorat sur Berne et sur Fribourg. Philibert fut fiancé à' Blanche, fille de Galéas Sforza ; telle était la volonté du roi de France.

Quoique rendue à la liberté, la duchesse Yolande s'éteignait dans la tristesse et le^ découragement Elle avait

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PHILIBERT 1" (RÉGENCE U VOLANDE). 73

rêvé r indépendance de la Savoie, sous Tautorité que lui assurait la pcotection de son frère le roi de France, et la grandeur de son fîls, encore accrue par son mariage avec l'héritier des Etats de Bourgogne, ancien berceau de la maison de Savoie. Tous ses efforts avaient tendu à ces denx buts: elle y avait échoué coni|ilétement : , Louis XL régnait à Cliambéry et à Turin presque aussi absolunoent qu'à Paris ; elle-même n'y exerçait plus aucun pouvoir. L'héritière de Bourgogne avait apporté ses vastes domaines à la maison d'Autriche, et le mariage du duc Philibert avec uné princesse d'une maison nouvellement arrivée au pouvoir, ne lui avait apporté ni de grandes richesses ni une illustre alliance, ni un accroissement considérable de territoire ou de puissance. La douleur mit fin àsavie (1^78), et Philibert perditenelle le seul cœur dévoué sur lequel il pût compter encore.

L'iiifluoiice de Louis XI se l'uihait sentir dr plus on plus en Savoie. Habile à susciter les passions mauvaises de ceux auxquels il voulait nuire, il avait transformé en chitujp clos les conseils, ju>que-là si paisibles, du gouvernement piémontais. Ne déguisant plus ses prétentions à l'exercice de l'autorité souveraine dans les États de sou ueveUj il répondait aux États généraux de Savoie et de Piémont, qui, rassemblés à l'occasion de la mort d'Yolande etdéchirés par la discorde, n'osaient se prononcer sur aucun sujet sans ie consulter, il leur l épondail, dis-je, en nommant son protégé, le comte de La Chambre, gouverneur général, dignité nouvelle poui* ces contrées, et qui portait l'empreinte des desseins centralisateurs du roi de France. Mais la protection de Louis Xi •était uii ap^ui daugereux pour celui c^ui i obtenait.

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Ed même temps qu'il donnait au comte de La Chambre

cette marque flatteuse de sa confiance, Louis XI encourageait les oncles de Philibert ot l'évèque de Genève en particulier à lui ravir son titre, et à le remplacer dans ses fonctions. Je ne sais s'il donna aussi des conseils de révolte au chevalier Grosleluys, auquel il avait confié la tutelle du jeune duc, mais le fait est que celui-ci enleva son pupille et le conduisit en Dîiupiiiné, c'est-à-dire en France. Le comte de La Chambre regarda cet enlèvement comme une insulte personnelle,etil y vit l'expression d'une défiance qu'il prétendait ne pas a^oir méritée. Prompt et résolu, il marcha à la poursuite des fugitifs, les atteignit, arrarclia le jeune duc de.> mains de son tuteur, et le ramena en Savoie, après en avoir obtenu la permission d'enfermer Grosleluys dans le château de Leuille en Maurienne. Non satisfait encore d'avoir déjoué les intrigues de . Itouis XI, le comte de La Chambre voulut détruire son i dernier instrument en Savoie , et fit luaiclici une armée contre lévêque de Genève, oncle du jeune duc. Mais Louis XI savait toujours se procui'er des ressources nouvelles. Craignant le caractère réipolu du comte de La Chambre, son ancien protégé, il gagna Tautre oncle du duc, le comte IMiilippe de Bresse, qui accompagnait l'armée envoyée par La Chambre contre l'évèque de Genève. Non moins déterminé que La Chambre, Philippe accépta promptement les ppopositions du roi Louis, et s'étant ouvert de ses projets à Thomas de Saluces, qui pos- , ' sédait la confiance de La Chambre, il l'engagea à se rendre à Turin ])our l'y arrêter. Thomas n'hérita pas un instant. 11 arrive à Turin pendant la nuit, se fait ouvrir la pièce où le comte était couché auprès du jeune duc, rarrète

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