A S. A. R. LE PRINCE GUY DE LUSIGNAN
<( Dans le siècle de lucre et de scepticisme écœurant où nous sommes, il est agréable, consolant même, d'avoir occasion de parler de certaines catégories d'hommes que leur naissance et leur haute situation sociale semblent prédestiner aux seules douceurs du farniente^ et qui professent
au contraire, avec une grande élévation de sentiments, le culte de la littérature, des arts, des sciences et surtout de la philanthropie.
» Cette inclination marquée vers le bien, que d'aucuns considèrent comme un devoir simple et par cela même aisé, est encore plus méritoire lorsqu'on la retrouve chez des sujets que la fortune a comblés de ses dons et qui préfèrent, néanmoins, délaisser la vaine gloire et les frivoles plaisirs, pour s'imposer la louable mission d'aider, de soutenir, d'encourager et d'éclairer leurs semblables par les bienfaits qu'ils prodiguent aussi bien par leur argent, que par la production d'œuvres saines, utiles, destinées à rapprocher les peuples que des malentendus seuls tiennent éloignés.
« Parmi ces hommes d'élite, il en est un, dont le nom est synonyme de loyauté et d'honneur, glorieux patrimoine légué par d'illustres aïeux, et qu'il tient, lui, non seulement à maintenir intact, mais à perpétuer par le grand savoir dont il est doué.
» Je veux parler de S. A. R. le prince Guy de Lusignan, le digne héritier de cette souche de rois qu'illustrèrent tant de hauts faits, et dont la renommée de grande vertu rayonne encore après des siècles, comme un soleil bienfaisant, sur Chypre, Jérusalem et l'Arménie, dont l'aïeul fut le roi bienaimé, mort à Paris le 29 novembre iSgS.
« Depuis la mort du prince Léon , survenue le 12 octobre 1887, S. A. R. le prince Guy de Lusignan est devenu le chef de la branche cadette de cette famille.
') Malgré la sym.pathie qu'il conserve aux pays d'Orient qui lui rappellent tant de souvenirs attachants, S. A. R. le prince Guy de Lusignan est toujours resté Français par le cœur comme il l'est par son origine.
« Une vive et profonde amitié le rattache à la France,
amitié qui s'affirma encore plus le jour où il prit pour compagne de sa vie, une Française, M"'^ la comtesse Marie Godefroy Le Goupil, dont le charme, la beauté, l'esprit et les vertus décidèrent son choix. Et depuis, il s'est fixé définitivement dans ce beau pays de France qu'il a toujours tant aimé.
» S. A. R. le prince Guy de Lusignan habite une villa à Neuilly, qui renferme, outre des collections d'objets rares et précieux, par leur valeur intrinsèque aussi bien que par les souvenirs qu'ils représentent, des manuscrits, des autographes provenant de toutes les familles régnantes.
» C'est là, qu'au milieu d'un amoncellement de livres, de cartes et de papiers, il passe une partie de son existence à écrire; car Son Altesse Royale est non seulement un érudit fin et délicat, mais aussi un grand polyglotte.
» Victor Hugo le tenait en très grande estime et rendait volontiers hommage à son grand talent d'écrivain historiographe.
n Sous ses dehors graves, presque austères, on est étonné de trouver autant de simplicité que de douceur, d'affabilité et de grâce. Sous son air langoureux qui rappelle l'Orient, on voit briller des yeux dont la douce rêverie vous enveloppe, et il n'est personne qui, ayant eu l'honneur d'être reçu chez lui, ne proclame le charme irrésistible de sa conversation, la sympathie presque affectueuse qu'il vous inspire.
» D'une nature droite, loyale, il possède un cœur noble, bon et généreux, accessible à tous les maux, et on dirait qu'il éprouve comme un impérieux besoin de faire le bien. Aussi sa générosité est-elle bien connue et appréciée de tous ceux [et ils sont nombreux qui l'ont sollicitée.
» Il faudrait qu'il existât beaucoup d'hommes de valeur, de talent et de cœur comme S. A. R. le prince Guy de
Lusignan. pour que l'humanitc souffrante pût réaliser pacifiquement la vraie question sociale.
» Que sa grande modestie veuille bien me pardonner ma petite indiscrétion, mais J'ai pensé qu'il était utile qu'un hôte de la France aussi digne et aussi estimable, fût connu de tous et il m'est particulièrement agréable de lui rendre un sincère hommage, en lui dédiant les vers suivants :
» Prince héritier des rois de Chypre et d'Arménie, » Ton rêve est de pouvoir servir riiumanité : « Aussi, consacres-tu les loisirs de la vie, » A la science, aux arts, à la fraternité.
» Dans ton cœur noble et bon, avec amour résonne » L'écho de la vertu de tes dignes aïeux ;
» Et ta royale main, à tous, sans compter, donne.
» Soulager le malheur, semble te faire heureux.
» Puissent tes grands bienfaits, t'auréolant de gloire, » Préparer ton chemin vers l'immortalité ; 1) Est-il un plus beau titre à léguer à l'histoire, » Pour rehausser l'éclat de ta postérité ? . . .
)> Louis Petrocchi. »
Nous avons dit que Son Altesse avait eu de la princesse Us eufanu do sou Marie deux enfants : Emilie-Gabrielle et Léon-Amaurv- ■^"^''*' ^"^'!''' '■ '"
princesse Kiiiilio -
Gaston. La première a épousé le marquis Gérard de Naurois. Gai.riciie. \r prince neveu du comte Edouard de Naurois, fondateur-bienfaiteur Léon <ie Lusi-nan. de l'Orphelinat des Alsaciennes-Lorraines du Vésinet.
Le frère, plus Jeune, a fait ses études à Londres, en Allemagne et à Paris; à la suite de brillants examens, il conquit ses grades universitaires; M. Edgar La Selve avait été son précepteur. Le prince Léon est resté plusieurs années en Turquie : il avait accepté du sultan, en 1882, des fonctions
administratives à la Sublime-Porte, mais des questions politiques ultérieures lui firent donner sa démission.
lia été élevé par Abdul-Hamid II au grade de Miitémaï:{ senfe ewél, qui correspond en France à celui de colonel. Toutes les pièces officielles du prince Léon émanant du Grand Ottoman, portent le nom de prince de Lusignan,
Traduction du brevet de Mutémaïzi-Sani colonel) :
« Le noble et illustre Léon, prince de Lusignan. membre du Bureau de la Presse étrangère de la Sublime-Porte, ayant bien mérité de la haute bienveillance du Gouvernement ottoman, conformément à l'ordre et à la volonté glorieuse de S. M. I. le Sultan, le grade de Mutémaïzi-Sani colonel) a été accordé au susdit noble personnage à titre de faveur impériale. »
Traduit par M. Kalpakdjian, répétiteur de turc à TÉcole des langues orientales de Paris.
Le prince Léon réside aujourd'hui à Paris, où il collabore aux travaux importants de son illustre père.
Le Magasine Français Illustré écrivait de lui : « Sous un pseudonyme strictement gardé, le jeune prince G. -Léon de Lusignan, d'une plume gracieusement virile, d'un style clair, enchante ses lecteurs, en les initiant aux beautés des pavs lointains où si longtemps régnèrent ses illustres ancêtres. »
Citons les vers de M. Gresset :
Le prince n'a qu'un fils, son image vivante, Comme lui distingué, vertueux, simple et bon. De ses yeux la douceur, sa parole avenante. De suite font aimer l'héritier d'un grand nom. Léon de Lusignan est, malgré son jeune âge, Un travailleur zélé. Son front large et loyal Marque la volonté. Quand on voit son visage, En ses veines on sent que coule un sang royal.
s. A. R. le prince Léon-Amaury-Gaston de Lusignan.
Son alTal)ilité, son noble caractère,
Sa rare intelligence et ses nombreux succès
Aux universités de France et d'Angleterre,
Des postes les plus hauts, lui promettent l'accès.
Qui peut, des temps futurs, présager les mystères '
Un jour viendra peut-être, où, d'un peuple adoré,
Il saura porter haut le drapeau de ses pères,
Et monti'er que son nom n'a pas dégénéré.
M. Eugène Billard a dédié au jeune prince Léon sa magnifique Ode au Drapeau par ces Jolis vers :
A Son Altesse Royale le Prince G. -Léon de Lusignan
Vous dont les aïeux, au temps de vaillance Où la foi sublime animait les cœurs.
Ont, preux chevaliers, sous le bleu de France, De la royauté conquis les honneurs.
Daignez de cette Ode au Drapeau de gloire Qui, dans cent combats forçant la victoire, Fut par nos soldats si haut déployé.
Cher et noble Prince, agréer l'hommage Comme un sympathique et chaud témoignage De ma bien sincère et vive amitié.
En 1891, le prince Guy, se rendant aux légitimes reven- néinstituiion di-
... j , , r-11 ir- • l'Ordre de Saiiitc-
dications des membres de sa ramille et voulant raire revivre catherinc-du-Mont-
une institution qui avait illustré le berceau de sa dynastie en Orient, a repris la maîtrise de ses ancêtres et rétabli rOrdre des chevaliers de Sainte-Catherine, qui avait disparu en iS-j, au moment de la conquête ottomane. Les nouveaux statuts de l'Ordre, devenu purement honorifique, comme tous les autres Ordres chevaleresques , ont été publiés la même année. S. A, Mgr le prince Guy de Lusignan est
Sinaï.
aujourd'hui grand-maître des Ordres de Mélusine et de Sainte- Catherine-du-Mont-Sinal (i'. Son royal cousin de Russie, Mgr le prince Michel, conserve la maîtrise de celui de l'Epée
Plaque de l'Ordre de Sainte-Catherine-du-Mont-Siiiaï.
de Chypre, qu'il réserve exclusivement aux membres de la famille rovale.
(Il Voir, sur les Ordres royaux de Lusignan, le travail du même auteur intitulé : Les Ordres chevaleresques, publié par la Société de Statistique des Bouches-du-Rhône.
Le 25 novembre, à l'occasion de l'anniversaire de la patronne de l'Ordre de Sainte-Gatherine-du-Mont-Sinaï , M. Eugène Billard adressait à son grand-maître la charmante poésie suivante comme un respectueux hommage :
Monseigneur,
Vous qui, gardien jaloux des droits liéréditaires, Par d'illustres aicux acquis aux champs d'honneur. Avez, ressuscitant leurs Ordres séculaires, Rattaché le chaînon de notre siècle au leur,
Daignez, Prince, agréer l'humble et sincère hommage D'un chevalier fervent qui, plein de loyauté, Met à vos pieds ces vœux en juste témoignage Des sentiments jaloux de sa fidélité.
Puissent tous les élus de votre Ordre sublime, Sous le drapeau du droit, votre drapeau. Seigneur, Marcher brûlant pour vous d'un amour unanime, Dans les sentiers du Bien, du Juste et de l'Honneur ! Puissent les vœux ardents que, du fond de leur âme, Vous offrent par ma voix ces loyaux chevaliers. Faire au vent du succès flotter votre oriflamme Et sur votre beau front verdoyer les lauriers!
C'est dans ce but heureux qu'en chrétiens que nous sommes. Prêtant le vieux serment des anciens preux du roi, Nous jurons de lutter en vaillants gentilshommes, Pour vous prêts, Monseigneur, à bailler notre foi.
C'est dans ce sentiment qu'en fêtant Catherine Nous marcherons, les yeux fixés sur l'avenir. Au cri de ralliement des fils de Mélusine : « Pour Loyauté toujours garder et Maintenir! »
Le i5 Juillet iSgS, M. Victor Gresset a public dans
VÉcho des Jeunes, dont il est le directeur, ces poèmes
superbes qu'il a dédiés à S. A. R. le prince Guy de Lusignan :
A Son Altesse Monseigneur le Prince Guy de Lusignan
LA S I N A ï D E