LE MONT SINAÏ
Dans le désert du Sin, où jadis de la manne,
Durant quarante jours, Dieu nourrit les Hébreux,
Non loin de la mer Rouge, à l'onde diaphane,
Aux mirages trompeurs, aux gouffres ténébreux
Où périt Pharaon et toute son armée,
S'élève le Sina. Son front majestueux
Semble braver le ciel ; vieille est sa renommée,
C'est laque Jéhovah, descendant somptueux
Au milieu des éclairs et des bruits du tonnerre,
A Moise remit les Tables de la loi.
En lui montrant de loin cette fertile terre
Promise à ses élus, dont son manque de foi
Lui défendait l'accès. Comme, après le déluge,
■■<■ Berceau du genre humain » fut nommé l'Ararat,
De même, en ce jour-là, de son Dieu, son seul juge.
L'homme au Sina reçut l'immuable contrat.
Depuis, au mont sacré, de tous points, chaque année,
La besace au côté, de nombreux pèlerins
Viennent se recueillir. La face prosternée
Sur les rochers brûlants, manants et souverains,
Disciples du Koran, Chrétiens, Israélites,
Turcs, Gi'ecs, Romains, Gaulois, par la foi réunis,
Croyants de tous les rangs, comme de tous les rites,
Viennent mêler leur voix sous les arceaux bénis.
Reniant de Satan les trompeuses maximes,
Tous veulent rendre hommage à la Divinité
En ce lieu mémorable où, de ces lois sublimes.
Il a daigné doter la faible humanité!