‹ Histoire de la maison royale de LusignanChapitre 26 sur 29 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

La généalogie des Hugues de Lusignan et Geoffroy la Grand' Dent.

Notre histoire semblerait incomplète, si nous ne donnions pas la dynastie des Hugues qui occupa le château de Lusignan, depuis son origine Jusqu'en i3i5, époque à laquelle les comtés de la Marche et d'Angouléme furent confisqués par le roi de France Philippe le Bel.

Nous devons également faire mention de Geoffroy de Lusignan, surnommé la Grand' Dent.

Hugues L"", dit le Veneur, chef des Lusignans de France. crnéaiogio

r^ • r V ^ ' j /^ -11 Te- 1 TN • or- ''""S Hugues.

btait rrere pume de Guillaume r% comte de Poitou en q35 et duc d'Aquitaine en gSo. Fut aussi appelé Tête d'Étoupe, à cause de sa chevelure épaisse et blonde, ce qui lui valut enfin le surnom de Lesignem. Etait contemporain de Louis IV d'Outre-Mer, roi de France (gSô-gSq).

Hugues II, dit le Bien-Aimé, sous lequel, d'après la chronique de Maillezais, le merveilleux château fut bâti par la fée Mélusine.

Hugues m, dit le Blanc. Vivait sous les règnes de Hugues-Capet et de Robert.

Hugues IV, dit le Brun. Soutint une guerre contre Guillaume IV, duc de Guyenne.

Hugues V, dit le Débonnaire. Tué en 1060 dans un combat

contre un autre duc de Guyenne, Guy-Geffroy. On cite, parmi ses frères, Robert de Lusignan qui fit le voyage de Terre sainte, du couvent Sainte-Catherine au mont Sinaï, et linit par s'établir en Palestine.

Hugues VI, dit le Diable, à cause de sa force prodigieuse. Fit le voyage de la Terre sainte, où il périt en 1 1 lo.

Hugues Vn. Mourut à la croisade de Louis le Jeune, en 1 148.

Hugues Vni, dit aussi le Brun. Se croisa comme ses pères, et fut prisonnier en 1 165.

Adalbert, comte de la Marche en 1 177, étant sans enfants et partant pour Jérusalem, vendit son comté au roi d'Angleterre Henri H, et, malgré l'opposition que mirent à la vente Geoffroy de Lusignan et ses frères Hugues et Guy idésignés plus loin , Henri H prit possession de la Marche et reçut les hommages des barons et des chevaliers. Cette domination anglaise fut de courte durée. Hugues VHI, ayant épousé Bourgogne de Rançon, laissa sept enfants, entre autres Hugues, qui ne tarda pas à lui succéder, Geoffrov, Guy et Amaury.

Hugues IX, lils de Hugues VIII, comte de la Marche en 1 190, reprend sur les Anglais le domaine des Lusignans. Suit Richard Cœur-de-Lion à la croisade, épouse Mathilde, fille et héritière de Vulgrin, comte d'Angoulême, et meurt vers 1208.

On cite parmi ses frères :

Les frères de 1° Gcoffroy I" dc Lusiguau, qui porta quelque temps le

Hugues IX eu Orient. . , j i ^ t i • j t ' t ^i- \ • i '

titre de comte de la Marche, puis de Joppe (Jatla) ; il épousa Eustache Chabot, dame de Vouvant et de Mervent. dont il eut deux fils : Geoffroy la Grand' Dent fi). dont nous parlons

(1) Né vers 1200.

plus loin, et Guillaume, dont une fille unique, nommée Valence, porta par mariage les châteaux de Vouvant et Mervent dans la famille Parthenay-rArchevéque. Eustache, étant morte vers 1204, Geoffroy P"" se remaria à Umberge de Limoges dont il n'eut pas d'enfant.

Geoffroy I"' s'illustra en Orient; dès 1188, il était en Syrie, et en 1 191 au siège de Saint-Jean-d'Acre, où il secourut son frère Guy. De retour en Aquitaine, vers 1197, Geoffroy fut dépouillé de plusieurs de ses fiefs par Jean sans Terre en 1202, et il s'y rallia en 1204, après avoir en vain renforcé l'armée d'Arthur de Bretagne. Il est cité parmi les chevaliers bannerets du Poitou en 1212, et Rigord rapporte qu'il se réconcilia l'année suivante avec Jean sans Terre, probablement à la suite du siège qu'il subit avec ses deux fils dans le château de Vouvant.

On lit dans Rymer (tome I", page 3i3), qu'en i23o, Henri III, roi d'Angleterre, libéra de prison un Geoffroy et un Aimeri de Lusignan, tous deux frères, devenus prisonniers, sur la promesse de Geoffroy de livrer ses châteaux de Vouvant et de Mervent au roi. Il s'agit évidemment de Geoffroy la Grand' Dent, et cet Aimeri, quoique non signalé par les généalogistes, n'était autre que son frère, car Geoffroy P"" eût été trop âgé en i23o, et Aimeri ou Amaury, roi de Chypre, mourut en i2o5.

2° Guy de Lusignan qui, devenu roi de Jérusalem et de Chypre, fut le chef des Lusignans d'Outre-Mer et le premier souverain de son illustre famille.

3° Amaury II de Lusignan, qui succéda à son frère Guy comme roi de Chypre, et transmit le royaume à ses descendants.

Hugues X de Lusignan, comte de la Marche en 1208 et d'Angoulême en 1220, par son mariage avec Isabelle d'Angou-

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lême, veuve de Jean sans Terre. Parmi ses fils, Guillaume de Lusignan devint comte de Pembroke en Angleterre (branche éteinte ; il avait pris le surnom de Valence. Un autre fils, dit Aymar ou Athelmar, fut évéque de Winchester en 1260.

Hugues XI, surnommé le Brun, comte de la Marche et d'Angoulême en 1249.

Hugues XII, en i25o.

Hugues XIII, en 1270.

Guy, en i3o2.

Yolande, en i3o8, comtesse usufruitière des mêmes

conités, confisqués en i3i5 par Philippe le Bel, au profit de

Charles IV son fils.

Geoflroy la Grand' Dcni: Geofffoy la Grand' Dent avait acquis une grande

sa légende, ses me- renommée. Charles V ayant demandé à Jehan d'Arras d'écrire

dailles.

son histoire pour l'amusement de sa jeune sœur, la princesse de Bar, le Roman de Mélusine répandit son nom partout; en Allemagne, on a trouvé une singulière médaille qui représente sa tète, coiffée d'un casque bizarre, avec une grosse dent qui sort de sa bouche. On lit autour : Godefridiis de Lu'^inem. Le revers représente la tète d'un loup ou d'un animal monstrueux.

Tentzel, ancien conservateur du Cabinet des médailles de Gotha (1659-1707 , qui a, le premier, décrit cette médaille, en 1692, dit que l'histoire de Geoffroy la Grand" Dent — ou plutôt le Roman de Mélusine de Jehan d'Arras — a été traduite du français en italien, puis en allemand, en iqSo, par les ordres du margrave Rodolphe de Hochberg. Dans une traduction publiée à Francfort en 1 571. on lit que deux chevaliers aragonais vinrent inviter le brave Geoffroy à venir combattre un monstre, gardien d'un trésor amassé par quelqu'un de sa maison. Quoique cet animal, dit la légende, eût déjà dévoré un chevalier anglais qui voulait l'attaquer.

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Geoffroy n'hésita pas à tenter l'aventure, mais il mourut de maladie avant d'avoir pu Joindre le monstre.

Munter, antie][uaire danois (i 760-1830), a signalé deux médailles analogues, en argent et en bronze, au Cabinet impérial de Vienne, et qui, d'après lui, auraient été frappées en Italie au xv^ siècle, probablement par quelque descendant des Lusignans de Chypre, en souvenir de leur ancêtre Geoffroy la Grand' Dent et de son père Geoffroy P', souvent cité pour sa bravoure pendant la troisième croisade.

Geoffroy la Grand' Dent a été le sujet de nombreux romans et de tableaux, gravures et sculptures fantaisistes. Un portrait effravant de ce personnage se voyait au-dessus de la principale porte du château de Lusignan. Le portrait ici reproduit fut gravé par Claude Vignon, artiste français renommé du xvii*' siècle.

En 1834, on lit des fouilles dans l'ancienne abbaye de Maillezais ; on y découvrit une tête en pierre, provenant, dit-on, du tombeau de Geoffroy et le représentant. Mais la pierre a subi des chocs et l'on n'y voit plus l'énorme dent. Cependant cette tête garde encore une expression terrible. On peut la voir au Musée lapidaire de Niort (n" 1 35 du catalogue).

Il existe une charte en vieux langage français, émanant La charie de Geoffroy, de Geoffroy la Grand' Dent lui-même, datée de 1234, et dont une copie faite par Besly est conservée aux Manuscrits de la Bibliothèque nationale (collection Dupuy, tome DCCCV, fol. 69), dans laquelle il se dit fils de Geoffroy de Lusignan et d'Eustache Chabot décédés, et les recommande aux prières des religieux de la léproserie de Fontenay, en leur concédant le droit de prendre du bois de chauffage dans ses forêts. Ses violences contre le monastère de Maillezais, dont il réclamait Vavouerie (patronage des églises et abbayes, établissant une vassalité), du chef de sa mère décédée, avaient attiré sur lui

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les foudres de rÉglise, et il dut se rendre à Spolète en i232, près de Grégoire IX, pour se faire absoudre et renoncer à ses injustes prétentions. Ces violences contre Tabbaye de Maillezais avaient commencé du temps de Geoffroy son père, qui venait souvent mettre Tabbaye à contribution, avec une foule d'écuvers et de valets, de chiens et de mules. Elles redoublèrent avec Geoffroy la Grand' Dent, qui finit par chasser les religieux et s'installa dans les dortoirs et réfectoires (il. La charte de Spolète montre qu'il avait incendié l'abbaye, et qu'il fut contraint par Rome de lui donner, pour l'indemniser, 4,000 marcs pesant d'argent. Entraîné plus tard dans la révolte de son cousin Hugues X, comte de la Marche, contre saint Louis, Geoffroy se vit forcé de subir la loi du vainqueur après la bataille de Taillebourg. Ses cendres à vouvant : Il mourut saus postérité, en 1248, dans les sentiments les

plus chrétiens, et fut enseveli dans l'église de Vouvant, où on lit, à l'intérieur de l'abside, cette inscription du xin'^ siècle : Quondam prœclarus sed mine cinis atque favilla 7. Par son testament, il avait choisi sa sépulture dans cette église; mais il y avait aussi dans l'abbaye de Maillezais un monument avec une statue, érigés à la mémoire de Geoffroy qui s'était réconcilié avec les moines. C'est ce monument et cette statue dont parle Rabelais dans Pantagruel, au livre II, chapitre v.

« Après, lisant les belles chronicques de ses ancêtres, trouva que Geoffroy de Lusignan, dict Geoffroy à la Grand'

Dent, estoit enterré à Maillezais

arrivarent à Maillezais, où visita le sepulchre dudict Geoffroy à la Grand' Dent, dont il eut quelque peu de frayeur, voyant sa pourtraicture; car il y est en imaige comme d'ung homme furieux, tirant à demy son grand malchus (coutelas; de la

(l) Aniaulil. Histoire de Maillezais.

son tombeau à Maillezais.

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