CHAPITRE VIII
Les anciens royaumes des Lusignans : Jérusalem, (Miyprc, l'Arménie.
La Palestine où se trouve la ville sainte de Jérusalem, lu paicsiinc.
est située au centre de l'ancien monde, dans l'Asie occidentale, sur les bords de la Méditerranée. Elle sY-tend du nord au sud sur une longueur de 5o lieues et sur une largeur de 20 à 3o lieues. Elle compte environ 3oo,ooo habitants dont la plupart sont arabes ou turcs mahométans ; les catholiques, les arméniens et les grecs y sont en petit nombre (i). Depuis les croisades, ce pays dépend de l'empire ottoman ; il est administré au nom du sultan de Constantinople par un pacha ou gouverneur résidant à Jérusalem.
Jérusalem, située au milieu de montagnes calcaires, nues La viUc sainte,
et arides, est assise sur un plateau de jSo mètres d'altitude, partout environnée de ravins profonds et de torrents desséchés. La ville est entourée de murailles hautes de plus de 20 mètres, couronnées d'un chemin de ronde et de créneaux, et percées de sept portes. La ville se divise en quatre quartiers : au nord Bezetha, le quartier des mahométans ; à l'est Moria, le quartier des juifs ; à l'ouest le Calvaire, le quartier
(1) Ou ne compte on Palestine que 15 à 20,000 catholiques dont un millier .li'rusalcin. Les grecs et les arméniens sonl plus nombreux.
des chrétiens ; au sud-ouest Acra, le quartier des arméniens, laissant, au sud et en dehors des murs, le mont Sion, la cité de David et l'ancienne ville basse.
Vue du haut des montagnes. Jérusalem a une apparence de grandeur qui frappe l'imagination ; mais quand on entre dans l'intérieur, tout s'évanouit. Jérusalem est en réalité une ville de décombres et de ruines. Le quartier le mieux bâti est celui des arméniens.
Le Saini-sépuicrc. Le monumcnt le plus important est l'église du Saint-
Sépulcre, L'impératrice Hélène, mère de Constantin, l'a fait bâtir sur l'emplacement du Calvaire, qui fut le théâtre du crucifiement, de la sépulture et de la résurrection de Jésus- Christ.
La description de ce beau monument, de la ville entière et de la Palestine a été donnée par une foule d'auteurs, et nous la passons sous silence. Le Jardin des Oliviers appartient aux pères de Terre sainte. On y remarque huit oliviers d'une grosseur extraordinaire et d'une antiquité si visible, qu'on peut croire, avec la tradition, qu'ils existaient du temps de Jésus-Christ. Vers l'extrémité du jardin est l'endroit où les Apôtres s'endormirent pendant que Jésus priait. Un peu plus loin, se trouve la grotte de l'Agonie ; elle forme une sorte de voûte qui s'appuie sur trois pilastres de la même roche et reçoit le jour par une ouverture pratiquée dans le haut. État de la ville; Lcs facilités de la vie, l'agrément, les affaires, tout ce qui
attire dans les villes et les fait croître, manque à Jérusalem. A Jésus-Christ seul elle doit sa grandeur actuelle, son illustre passé, son glorieux avenir. Son enceinte est devenue trop étroite ; on a bâti une ville nouvelle à l'ouest des remparts sur le chemin de l'Europe, et de tous côtés, c'est une lutte à qui fera plus grand et plus beau, à qui possédera une plus grande part du sol foulé parle Rédempteur des hommes.
son avenir.
Le fcjaiiU-Sépulcre.
— IJl —
La Société russe de Palestine augmente ses immenses établissements pour les pèlerins, élève une riche église contre le chevet du Saint-Sépulcre et construit de splendides édifices. La Société anglaise Palestine Exploî-ation Fiind continue à dépenser plus de 100,000 francs par an à la recherche des lieux et des monuments bibliques. Les catholiques, moins riches, ne restent point en arrière, ils dominent même le mouvement à force de dévouement et d'intelligence. Les pères de Saint-François agrandissent leurs églises paroissiales, devenues insuffisantes, font des fouilles au lieu de la flagellation, en vue de remplacer le sanctuaire actuel par une église plus belle et plus vaste ; ils s'apprêtent à construire un hospice à Capharnatim et à Jéricho ; ils achètent de nouveaux terrains à Josaphat et à Siloé. Le Patriarcat latin n) construit son séminaire. Les pères Dominicains achèvent de déblayer la Basilique Eudoxienne, élevée sur le lieu du martyre de saint Etienne ; ils ouvrent au Jeune clergé une École de hautes études bibliques. Les pères de l'Assomption viennent de bâtir le superbe hospice de Notre-Dame-de-France. Les pères de Notre-Dame-de-Sion, les missionnaires d'Alger, des frères des Écoles chrétiennes, des religieuses de divers ordres construisent des églises, des couvents, des écoles, des orphelinats, des hôpitaux. La population de la ville, qui était de 25 à 3o,ooo âmes il y a vingt ans, a doublé de nos jours. Que sera Jérusalem dans quelques années lorsque, avec son chemin de fer qui la relie au port de Jaffa, son accès n'aura rien des difficultés qui fatiguent l'Européen sur les chemins de l'Orient? Dieu a ses desseins auxquels concourent, souvent sans y songer, les habiles inventeurs de notre siècle.
(1) Le patriarche lalin de .Ti''rusalcm. grand-niaiire de l'Ordre du Saint-Sépulcre, est S. B. Mgr Piavi.
Ile de Chypre; L'ilc de Chypre, en grec Kypro, doit son nom à des
SCS limites. . . i ^^
mines de cuivre. Plus grande que la Corse, elle est de torme ovalaire, et projette au nord-est, vers le golfe d'Alexandrette, une longue presqu'île terminée par le cap Saint-André. Située à l'extrémité orientale de la Méditerranée, elle se trouve à proximité de la Palestine et de la Cilicie. Elle est traversée par une chaîne de montagnes qui s'étend du nord-est au sudouest sur une longueur de 232 kilomètres et une largeur de 38 kilomètres, et dont le point culminant est le mont Olympe qui a 2,010 mètres d'élévation. Dans les flancs de cette montagne se trouvent des mines de plomb argentifère. Dans le district de Baffa, on extrait du cristal de roche et des émeraudes.
Productions : L'ilc dc Chvprc, reiiommée pour la douceur de son climat
flore, faune. ^ -i ■ -^ ^- ^ • «j-* i ^^ j i
et sa riche végétation, laisse a désirer par la culture du sol. Du côté nord-est, la chaleur est tempérée par les vents qui viennent des montagnes de TAsie-Mineure, tandis que les côtes du sud-est, exposées au vent de TArabie, ont une chaleur plus forte qui procure souvent la malaria ou lièvre du pays. On y cultive des céréales, des arbres à fruits, du tabac, du coton, des olives et des vignes. On y remarque des cèdres, des pins, des cyprès, des chênes et des hêtres. Le charbon, très estimé, est exporté en Egypte et en Syrie ; ses vins ont encore de nos jours une réputation méritée. La flore se rapproche de celle de l'Asie-Mineure. Quant à la faune, on ne signale que la race des mulets qui, étant de haute taille, sont comparés avantageusement à ceux d'Egypte. Les iiiaitrcsac l'ilc. Amasîs fut le premier qui, vers Tan 55o av. J.-C, soumit
l'île de Chypre à la domination égyptienne ; Cambyse la Ht passer aux rois de Perse. Après la bataille d'Issus, elle tomba au pouvoir d'Alexandre le Grand ; après sa mort, elle fit partie des États de Ptolémée Soter. Les Romains s'en emparèrent, non par conquête, mais par droit d'un testament qu'on fit revivre. Le prince Alexandre ayant été chassé de ses États par Ptolémée, légua, en mourant, pour se venger, son royaume de Chypre à la république romaine. Caton prit possession de l'île au nom du peuple romain et s'empara, pour la république, des trésors du roi de l'île qui s'élevaient à trente millions.
L'an 43, l'apôtre saint Paul passa en Chypre, où il si'jonr do snint paui convertit Sergius Paulus, proconsul et gouverneur de l'île ' ^' ''"^'''
pour les Romains. Ce proconsul, homme d'ailleurs raisonnable et prudent, avait auprès de lui un magicien nommé Barjésu, qui s'efforçait d'empêcher qu'on ne l'instruisît ; mais Paul l'ayant frappé d'aveuglement, Sergius, étonné de ce prodige, embrassa la foi de Jésus-Christ. Quelques auteurs ont prétendu que c'est en mémoire et à la prière de cet illustre prosélyte, que l'apôtre avait changé son nom de Saul contre celui de Paul.
Au partage de l'empire romain, Chypre fit partie des possessions de l'Orient.
Pendant la troisième croisade, alors qu'elle se trouvait sous l'autorité d'Isaac Comnène, ce prince ayant commis la maladresse de repousser les navires anglais qui cherchaient un refuge contre la tempête, Richard Cœur-de-Lion, avonsnous dit dans le cours de l'ouvrage, s'empara de Chypre et la donna au roi de Jérusalem, Guy de Lusignan, l'an 1192.
Depuis la bataille de Tibériade (1187), les chevaliers de La dynastie
Saint-Jean-de-Jérusalem, abandonnant la Palestine, s'étaient retirés en Chypre. Ils y vécurent en paix sous la nouvelle
dos Lusiofnans.
gousle, Nicosie.
domination des Lusignans ; ils quittèrent Tîle, dans la suite, pour s'emparer de Rhodes.
En arrivant dans sa nouvelle principauté, Guy fonda l'Ordre de l'Epée, déjà mentionné au cours de l'ouvrage, et qui s'est perpétué jusqu'à nos jours. Les Maronites, bien accueillis par le roi, s'y maintinrent avec avantage.
Chypre forma, durant trois siècles, sous la dynastie des rois de Lusignan, un royaume florissant qui sut lutter avec gloire contre les Turcs.
Les capitales du Lcs mémoires du temps disent que Famagouste (Arcinoé)
royaume : Fama- , . , , . , i -n i i •
la capitale, était alors une des villes les plus importantes et les plus fréquentées du monde. On y faisait le commerce des pierres précieuses, des draps des plus belles qualités; on y trouvait des entrepôts considérables de bois d'aloès et de productions de toutes sortes. Les négociants les plus riches du royaume y avaient leur résidence. Les nombreux navires qui allaient en Orient ou en revenaient, faisaient escale au port de Famagouste où l'on avait des nouvelles de tous les pays. On ne peut se faire une idée de Topulence de Chypre à cette époque. Aussi les Génois, qui convoitaient ses richesses, finirent par se rendre maîtres de Famagouste à la fin du xiv*^ siècle. Cette ville reconquit bientôt son indépendance, mais les Vénitiens, en 1485, et les Turcs, en iSjo, s'emparèrent définitivement de Chypre, et Famagouste, en grande partie, fut détruite. Cette ville, peu importante aujourd'hui, mais précieuse par ses souvenirs, ne présente qu'un amas de décombres. Existent encore une partie des remparts construits par les Génois et l'ancienne cathédrale Saint-Nicolas, convertie en mosquée. Cette église rivalisait, en magnificence, avec Sainte-Sophie de Nicosie ; c'est un édifice du xiv^ siècle, avec façade gothique ; c'est là que les Lusignans étaient couronnés rois de Jérusalem. Près de la place Saint-Nicolas, est
l'ancien palais des rois de Chypre. A l'intérieur, tout tombe en ruines; seule la façade, avec ses quatre arcades gothiques, ornées de colonnes en granit, reste debout. C'est tout ce qu'on voit de cette ville si belle et si riche à l'époque des Lusignans.
Nicosie, qui avait servi également de capitale au royaume de Chypre, et qui est aujourd'hui la ville principale de Tîle, se trouve à i3 kilomètres de la mer. Elle est entourée de remparts, construits par les Vénitiens. L'ancienne cathédrale Sainte-Sophie, superbe édifice gothique où les rois de Chypre furent aussi couronnés, a été convertie en mosquée. Sa population, d'environ i5,ooo habitants, est composée de Grecs et de Turcs, qui s'appliquent en grand nombre à la fabrication des tapis. Les Arméniens y sont peu nombreux.
Après Nicosie, Larnaca est la plus curieuse ville de l'île. Lamaca.
Elle se divise en deux parties : la ville proprement dite et la marine, où sont les entrepôts et les comptoirs commerciaux. Les rues sont couvertes par des nattes qui les mettent à l'abri du soleil et leur donnent l'aspect d'un immense bazar. Dans la ville même, la plupart des maisons possèdent une cour, entourée de jolis portiques. Les catholiques ont une grande église dite des Bernardins ; les grecs ont Saint-Lazare, monument byzantin du x« siècle.
Cette ville, de 8 à 10,000 habitants, est la résidence des consuls européens.
On doit remarquer aussi Limaçol, petit port où abordèrent les Turcs en iSyo, lorsqu'ils vinrent conquérir l'île. Depuis lors, Chypre était devenue un pachalik ^ province; de l'empire turc. Ce pachalik avait pour chef-lieu Nicosie; cette ville et celles de Baffaet Cérina formaient trois sandjaks (arrondissements). L'île renferme six cent seize villages, dont cinq habités exclusivement par les Maronites; sa population, donnée en note dans le cours de l'ouvrage, s'élève à
DestiiiL'c de Chypre.
186,000 âmes (i); plus de 3o,ooo habitants sont catholiques.
Depuis 1878, Tîle de Chypre est occupée militairement et administrée par l'Angleterre, comme gage de son protectorat sur l'empire turc en Asie ; m.ais cette occupation n'est point définitive, et le sort de l'île est à régler. Si la justice triomphe un Jour, les trésors et les propriétés confisqués aux rois de Chypre seront rendus à leurs successeurs.
L'Arménie ; ses limites.
Haïg', premier d'Armfnie.
L'Arménie, située dans l'Asie occidentale ou Asie- Mineure, est aujourd'hui partagée entre la Turquie, la Russie et la Perse. On donne le nom de Petite-Arménie au royaume tonde à l'époque des croisades par les Arméniens émigrés en Cilicie. Le royaume d'Arménie, dont nous avons parlé dans cet ouvrage, était borné au nord par l'empire de Trébizonde, à l'est par des royaumes turcs, le comté d'Edesse et la sultanie d'Alep, au sud par la Méditerranée qui la sépare de Chypre, à l'ouest par la sultanie de Roum ou d'Iconium.
La première dynastie arménienne fut celle des Haïgaziants, du nom de Haïg, son fondateur, lequel, dit la légende, travailla à la tour de Babel, et mourut âgé de quatre cents ans. L'histoire nationale rapporte que ce Haïg, petit-fils du petit-fils de Noé, fut invité par Nemrod, prince despotique de Babylone, à le reconnaître pour dieu. Haïg refusa et se retira dans les montagnes d'Arménie. Sommé de nouveau par Nemrod, le futur chef de la nation arménienne persista dans son refus et fut bientôt attaqué par son adversaire. Haïg,
(1) D'après divers rcnscigneinents. l'iie contiendrait aujourd'hui 200,000 habitants.
accompagné de ses trois fils et d'une petite armée, se porta au-devant des forces babyloniennes qu'il rencontra dans la plaine de Sennaar. 11 disposa ses troupes en triangle et plaça un de ses fils à chaque sommet. Lui-même, Parc à la main, se tint au centre et la bataille s'engagea. Le prince de Babylone, prévoyant une défaite, voulut fuir ; mais Haïg se mit à sa poursuite, tira sur lui, et Nemrod, malgré sa solide armure, fut transpercé de part en part.
L'armée babylonienne, privée de son chef, se dispersa aussitôt. Quant à Haïg, il fit embaumer le corps de son ennemi, et l'enterra sur une montagne voisine.
L'Arménie ne posséda que quatre dynasties : celle des Haïgaziants, fondée par le fameux Haïg ; celle des Archagouniantz, fondée par Archag ; celle des Pacradouniantz, fondée par un prince pacradite, de la tribu des Pacradouni, descendant de deux chefs Israélites qui s'étaient réfugiés en Arménie ; celle des Roupiniantz, dont le dernier roi, Léon V, était issu, par son père, de la Maison des Lusignans. Cette dernière dynastie a participé aux croisades ; elle possédait plusieurs princes d'origine franque, et c'est sous son règne que le catholicisme s'implanta chez les Arméniens. C'est du roi Léon V que Jacques I" de Lusignan, roi de Chypre et de Jérusalem, hérita du royaume d'Arménie, le 29 novembre i 393; les Turcs s'en emparèrent au xvi* siècle.
Cependant la foi chrétienne avait pénétré chez eux du vivant même de Jésus-Christ, d'après la légende suivante, transmise de génération en génération, et reçue comme vérité par toute la nation :
« Le roi Apkar, atteint d'une maladie grave, fit prier Jésus-Christ de venir en Arménie afin de le guérir. Il promettait de bien recevoir son hôte, de le combler d'honneurs et de richesses. Jésus répondit qu'il enverrait ses disciples. Apkar
Les clynaslios arménipnncs.
La foi chri'Ucnne :
li'gendo s'y rapportant.
ayant alors exprimé le désir de posséder au moins le portrait de Notre-Seigneur, Jésus prit un mouchoir, le posa sur son visage, et, lorsqu'il l'en détacha, on y vit une figure qui reproduisait exactement les traits du Fils de Dieu. Les messagers d'Apkar rapportèrent ce mouchoir en Arménie, et aujourd'hui encore la bannière nationale remémore ce fait. En effet, l'écusson arménien, partagé en cinq parties, porte le mouchoir avec la tête du Christ, un lion, une aigle et la cathédrale d'Etchmiadzin, une tête d'agneau entourée d'étoiles, et, au centre de Técu, le mont Ararat le Massis surmonté de l'arche de Noé.
» Peu après le départ des envovés d'Apkar, Jésus fut crucifié, et le monarque arménien n'espérait plus aucun secours, lorsque l'apôtre Tadée parut en Arménie, guérit le roi et le baptisa, ainsi qu'un grand nombre de personnages de la cour et du pays. »
Saint Grégoire Mais le christianisme ne tarda pas à disparaitre de ces
rilluminateiir. , , . i ^ i • i /^ •
contrées pour n y revivre que vers la fin du ni*^ siècle. Saint Grégoire rilluminateur, issu d'une famille princière, convertit le roi Diritade qui avait été élevé à Rome. Bientôt la cour suivit cet exemple, et l'Arménie tout entière embrassa la foi nouvelle. Le premier soin de saint Grégoire fut de détruire tous les livres du paganisme, auquel les Arméniens tenaient encore pour ce qui concernait leurs fêtes et réjouissances publiques.
La iv-ic des cuioiiiiies. Néanmoins, beaucoup de vieux usages se conservèrent ;
telle est, par exemple, la fête des Colombes le Vartavar , dont l'origine remonte à la tradition de Noé. On sait que des colombes furent lancées de l'arche après son arrêt sur le mont Ararat; c'est en souvenir de ce fait que tous les ans les Arméniens célèbrent une fête, en donnant la liberté à un grand nombre de colombes.
Saint Sahag inventa l'alpliabct arménien. Voici, à ce L'alphabet arménien ;
, . , , , ' j 1 los trois léirendcs.
sujet, les trois légendes conservées dans le pays :
1° C'était pendant une nuit i probablement celle du Samedi saint), Sahag avait prié et chanté durant vingt-quatre heures. Fatigué, il se retira derrière l'autel et là, assoupi, il vit en rêve, se détachant distinctement dans l'espace, les signes du nouvel alphabet. Réveillé, il les transcrivit, tels qu'il les avait aperçus, et depuis lors on n'y a fait aucun changement ;
2" Il existe en Arménie un bloc de pierre, dissimulé dans le creux d'un rocher et sur lequel apparaissent les signes arméniens trouvés par les saints pères. Mais ces lettres ne sont visibles que pour les personnes d'une vertu irréprochable ; et, comme de nos Jours, peu de gens remplissent ces conditions essentielles, il est fort rare que les fameux caractères se montrent aux yeux des fidèles ;
3° La troisième tradition est traitée de ridicule par les modernes Arméniens, mais elle est professée par des patriotes zélés. Au dire des anciens, notre père Adam parlait la langue arménienne, car c'est en Arménie que se trouvait le Paradis terrestre, entre le Tigre et l'Euphrate.
Vagharchabad, près du Massis, devint la capitale de la Eicimiiad/in.
deuxième dynastie arménienne. C'est là que saint Grégoire rilluminateur fit bâtir la première église Etchmiadzin, la cathédrale de toute l'Arménie. Pendant cette construction, le roi Diritade travaillait avec les hommes du peuple, portant sur ses épaules les plus grosses pierres, offrant ainsi un noble exemple d'humilité et de foi sincère, qui fut souvent imité par les princes de la chrétienté.
Les Arméniens se laissèrent entraîner au vn*^ siècle dans l'erreur d'Eutychès, et, peu à peu, se séparèrent de Rome et de la foi catholique. Néanmoins, à l'époque des croisades.
loin d^imiter les fourberies des Grecs, ils combattirent vaillamment à côté des Francs pour la délivrance des saints lieux, et, depuis le concile de Florence, il y eut toujours dans la nation arménienne des évêques et des prêtres catholiques. Mékhitar. En 1 700, uu célèbre docteur, Pierre Mékhitar, religieux
du monastère d'Etchmiadzin (bourg qui s'est formé autour de la première église et qui se trouve aujourd'hui dans le gouvernement d'Erivan, appartenant à la Russiei, ayant embrassé la foi catholique, fut forcé de se retirer à Venise, où il put ouvrir une église et un monastère aux religieux de sa nation, appelés de son nom Mékhitaristes. Cette maison devint comme une pépinière de religieux arméniens qui sortirent de là pour évangéliser leurs compatriotes. Mékhitar Joignit à son œuvre une imprimerie d'où sont venus grand nombre de publications savantes et de livres liturgiques à Tusage des Arméniens, iiiéi-archio. La uation arménienne, qui compte environ cinq millions
d'habitants, se divise en trois communautés distinctes : les Arméniens grégoriens, séparés de Rome et qui s'appellent orthodoxes, les Arméniens-Unis ou catholiques, les Arméniens protestants.
Ces derniers sont en si petit nombre, qu'ils ne forment pas, à proprement parler, une communauté spéciale.
On compte i5o,ooo Arméniens catholiques iri. Leur patriarche 12) réside à Constantinople; il a sous sa Juridiction trois archevêchés et seize évêchés.
Les Arméniens grégoriens sont les plus nombreux. Leur hiérarchie comprend : le catholicos, résidant à Etchmiadzin,
(1) Dans rAsio-Mincurc, les calholiqucs sont au nombre d'environ 730,000, ilont 320,000 Maronites, 150,000 Arméniens, 123,000 Grecs, .")0,000 ChaKléens, /«3,000 Latins cl 40.000 Syriens.
(2) s. B. Mgr Azarian. ('■lu patriarche arménien de CillcJc en 1880.
les trois patriarches de Constantinople, de Jérusalem et de Sis, et un grand nombre d'archevêques et d'évéques.
Chaque communauté est régie par son patriarche, assisté d'un conseil national auquel se joint rassemblée générale des notables de la nation. Le chef de ces églises est donc investi d'une double autorité, civile et religieuse ; il est le représentant officiel de ses conationaux; il défend auprès de la Sublime-Porte leurs droits et privilèges.
La nation arménienne a su conserver, à travers les siècles, et malgré des vicissitudes inouïes, son caractère distinctif, sa langue, ses croyances. Pour nous. Français, elle mérite plus qu'une courtoisie banale, car elle possède avec nous des affinités que Ton rencontre rarement ailleurs. L'Arménien instruit parle notre langue, connaît notre littérature, nos journaux. Ce qui se passe en France le captive, et les jeunes Arméniennes adoptent les modes parisiennes et les portent avec élégance.
La destinée de l'Arménie n'est pas encore achevée. Ce Dc=iiuuc de rAm n'est point un mystère, mais une conviction invétérée parmi ce peuple, qu'il a un rôle à remplir ici-bas. Tout n'est pas fini pour lui. Il semble impossible que l'Europe, après avoir permis à cette nation d'entrevoir des destinées nouvelles, l'abandonne plus longtemps à une servitude dégradante, aux injustices des gouverneurs turcs, aux persécutions des bandes kurdes. Les protestations des victimes furent portées au Congrès de Berlin par l'illustre et dévoué prince-archevcque Khorène de Lusignan; elles y furent favorablement accueillies, mais rien n'est encore fait. Il faudrait pourtant séparer l'élément chrétien de l'élément turc; les sanglants événements récents en démontrent de plus en plus la nécessité.
Qu'est-il advenu de la Grèce, de la Bulgarie, de la Serbie, de la Roumélie, depuis que ces peuples ont cessé de gémir
sous le Joug ottoman ? N'a-t-on pas assisté à leur véritable résurrection ? Pense-t-on qu'il n'en serait pas de même pour les Arméniens ? Si les grandes puissances tiennent encore à honneur d'écouter la voix des faibles, elles n'oublieront pas celle de la pauvre Arménie.
Le célèbre homme d'État, M. Gladstone, recevant en 1893 M. Tchéraz, Arménien, professeur de langues orientales à l'Université d'Oxford, et faussement accusé de conspiration à Constantinople, lui adressait ces mémorables paroles : « Priez Dieu que l'affaire du Home rule soit bientôt terminée. Alors, je vous en donne l'assurance, je m'occuperai de votre pays, et je ferai en sorte que la situation de vos malheureux compatriotes s'améliore. »
Maisla Francegénéreuse qui possède aujourd'hui le digne et légitime héritier du royaume arménien, la France chevaleresque qui s'intéressa toujours au triomphe des saintes causes, et qui, devenue la protectrice des chrétiens en Orient, sut marcher à la tête des grands mouvements, voudra-t-elle rester en arrière dans celui qui s'opère en faveur de l'Arménie?
Dieu veuille que l'heure de cette heureuse rénovation sonne bientôt pour ce peuple, et qu'un jour l'illustre héritier des Lusignans puisse voir l'Arménie jouir de sa vraie liberté!