‹ Histoire de la maison royale de LusignanChapitre 8 sur 29 · DO · texte numérisé non relu

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devenir sa royale épouse. La Jeune princesse se dévoua aussitôt au soulagement des infortunes et sut taire apprécier ses innombrables qualités, non seulement de son illustre mari, mais encore du monde littéraire et artistique. Douée d'une voix superbe de soprano et d'un talent magnifique, consacrés uniquement au profit des œuvres de charité, elle conquit une renommée universelle et les titres les plus enviables : l'Ange du bien, la Providence des malheureux, la Bienfaitrice de riiumanité.

La lettre de M""' la comtesse Foucher de Carcil, alors ambassadrice de France à Vienne, l'éminente présidente de l'Association des Dames françaises, en fait foi :

« Madame la Princesse,

» Je viens vous remercier du concours que vous voulez bien apporter à PAssociation des Dames françaises. Elles sont heureuses de compter Votre Altesse parmi elles. Votre nom. Madame, qui est celui de la Charité, accroîtra encore leur zèle et leur dévouement.

n Veuillez agréer. Madame, l'expression de mes sentiments les plus distingués.

» Signé : Comtesse Foucher de Careil.

» Vienne, ce 10 février 188G.

» Ambassade de France, place et palais Lobkowitz. »

Victor Hugo, locataire de la maison appartenant à la famille de Lusignan, admirait l'exquise nature de Taimable princesse. Voici la lettre que le poète lui adressait le jour du cinquantenaire d'Hernani :

« Entre nos deux âges, Madame, il y a la place d'un cinquantenaire d'Hernani. Mes quatre-vingts ans offrent

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leurs respects à vus trente ans, et mes vieilles lèvres baisent vos jeunes mains. »

Réinsiituiion .le Lq princcsse Marie de Lusignan avait vu se grouper

l'Ordre de SK'Iusinc. ,, ,, r ^ i j- • ' i

autour d elle une loule de personnes distinguées par leurs talents et leurs vertus, professant l'amour du prochain et la religion du Beau et du Grand. Le nombre de ceux qui aspiraient à l'honneur d'appartenir à cette phalange d'élite, devenant de jour en jour plus considérable, Son Altesse, mue par une pensée pieuse et délicate, décida, de concert avec son illustre famille, de 7'attacher le présent au passé glorieux de sa Maison. C'est ainsi que l'Ordre antique et célèbre de Mélusinc fut réinstitué le i5 août 1881 par la princesse Marie de Lusignan, qui le destina à servir l'humanité, à protéger les arts, les sciences et les lettres, et à soulager les misères (i;.

Au pays poitevin, une légende antique

Qu'on retrouve aujourd'hui chez de nombreux auteurs.

Mensongère dit l'un, d'après l'autre authentique,

Car tout donne, ici-bas, prise aux contradicteurs,

Raconte qu'une fée, ayant nom Mélusinc,

Célèbre par son tact et sa lucidité,

Portant buste de femme, et d'un serpent l'échiné,

Des Lusignans, jadis, fonda la royauté.

On aftirme en Poitou qu'un coup de sa baguette Fit surgir un beau soir sur un riant coteau, Un castel ayant tours, créneaux et girouette Qui des sires devint le fief et le berceau. L'histoire dit aussi qu'elle y fut enfermée Durant de longues nuits, en un noir souterrain. Jusqu'au jour où Raymond, pour l'avoir trop aimée, La perdit pour toujours et mourut de chagrin.

(1) U devint comme un cihIiIltuc destiné à resscrrci' le? liens qui l'unissaient à cru\ dont elle voulait honorer les mérites, le dcvouemcnl pour sa famille et la coopération effective à ses bonnes œuvres.

s. A. H. la princesse Marie de Lusignan.

Ce fut en souvenir de cette vieille idylle,

Et pour récompenser, sublime mission,

Les exploits des croisés, que la belle Sibylle,

Diyne épouse de Guy, dernier roi de Sion,

Créa l'Ordre royal de la chevalerie

Dont, de fournir le nom, Mélusine eut l'honneur,

Et que, de Lusignan, la princesse Marie,

Vient de faire revivre en toute sa splendeur.

Un bijou, cette croix, de grâce et de finesse. Où l'argent, avec goût, s'entremêle à l'azur, Et qu'entoure une grecque à l'élégante tresse, Formant un tout parfait, du travail le plus pur. Chypre, Jérusalem, Lusignan, Arménie, En emblèmes divers, composent l'écusson Dont le cadre, fermant la savante harmonie. Supporte la couronne on brillant étanron.

Des actes de vertu, cet Ordre est le symbole. Et ne doit reposer que sur les nobles cœurs A la caisse du pauvre apportant leur obole, Pour chasser la misère et calmer les douleurs. Son but est, avant tout, un but humanitaire Resserrant les liens de la fraternité, Car sa grande-maîtresse est l'ange tutélaire Dont l'unique plaisir se nomme Charité.

Cette résurrection d'un ordre chevaleresque en plein xix^ siècle et que chanta si bien Victor Grcsset, fit sensation à Paris et ailleurs. Elle fut accueillie avec empressement et avec reconnaissance non seulement par les savants, les artistes et les humanitaires, mais encore par les tètes couronnées et par ceux qui s^intéressent aux glorieux souvenirs du passé.

L'année suivante, Marie de Lusignan travaillait à la fondation de VArménophile^ dont les statuts, soumis aux pouvoirs publics, devaient être publiés le 12 avril. Cette société internationale de bienfaisance avait pour but d'élever en France des jeunes Arméniennes orphelines. Leur éducation achevée.

ces jeunes filles devaient retourner en Orient, en y portant les principes de la civilisation française et devenir, à leur tour, institutrices.

Cette œuvre admirable de charité chrétienne n'a pas été autorisée par la République sur la demande du gouvernement intéressé, qui la considérait, à tort, comme une pépinière destinée à répandre dans son pays, avec Téducation française, des germes de liberté.

Une princesse russe, fort connue du monde parisien, la pria, un jour, de lui montrer ses bijoux qui, pensait-elle, devaient être magnifiques. Après un moment de silence, l'auguste princesse Marie répondit avec le délicieux sourire qui lui était habituel : « Mes bijoux, Altesse, sont mes pauvres. «

Ces nobles paroles ont inspiré, encore ces jours-ci, à M. le chanoine Benedetto Flauti le beau sonnet suivant, publié le 3o septembre 1894 dans la Ganettino Artistico de Florence :

Aima régal, più grande ancora e hella per la immonsa pietà che alberghi in petto ; oggi il mondo ti applaude, ed inorpella la lesta tua del suo più grato afletto.

Dovizic, ingegno e quanto mai t'abbclla, tutto a pro di chi langue liai tu diretto ; il povero dal cor non ti cancella, e Dio sorridc al Nome tuo diletto.

Lo so - vi fu chi ti gridù : che fésli ? ove son le tue gemme e la grandezza de le dovizie che dal Cielo avesti ?

E tu, modesta ne la tua bellezza, additandole i poveri, dicesti :

eccû le gemme mie, le mie ricchezze '.

Victor Hugo était devenu Tami des Lusignans et le respectueux admirateur de la princesse. Dans les dîners qu'il

donnait en l'honneur de Leurs Altesses Royales et auxquels des ministres et des sénateurs étaient invités, au lieu de s'asseoir en tête de la table, comme il en avait Thabitude, le

Plaque de l'Ordre de Mélusinc.

poète déclinait la présidence en faveur de la princesse, pour se réserver une place à ses côtés, lui rendant ainsi les honneurs souverains.

On sait que c'était chez le poète une règle absolue de ne

faire aucuns visite. L'empereur du Brésil lui en fit plusieurs ; Victor Hugo ne lui en rendit aucune. Mais un soir d'avril, le poète revêtit son manteau couleur de muraille, et, furtif, comme un assassin qui va perpétrer un crime, il se rendit vers rhabitacle princier. C'est que la princesse lui avait fait don de sa photographie. Mais en prenant congé de ses hôtes : « Je vous en supplie, tit-il, n'en dites rien à personne; il y a autour de moi des présidents de République qui en seraient jaloux. »

Les sociétés lyriques de France et d'Italie ont couronné Marie de Lusignan, qui était désignée sous le nom de Diva royale. Les artistes, les écrivains, les compositeurs lui dédiaient leurs œuvres. Lepatriarche de Jérusalem lui a conféré rOrdre du Saint-Sépulcre, comme à la très digne descendante des reines de Jérusalem; le Venezuela lui a offert l'Ordre du Mérite artistique et la plaque du Libérateur. Un grand nombre d'académies ont proclamé hautement ses mérites et ses bonnes œuvres. L'Ordre pontifical des Avocats de Saint- Pierre lui conféra le titre de présidente d'honneur de ses dames patronnesses ; elle sut témoigner à l'institution divine de la Papauté et aux œuvres catholiques sa foi inébranlable et son inépuisable charité. Quelle magnifique union que celle d'un prince, digne descendant d'une des plus grandes familles d'Europe, avec une femme qui mérita, par ses qualités enchanteresses, d'être appelée la Nouvelle Fée Mélusine ! Mais le bonheur, ici-bas, est de courte durée. Marie de Lusignan fut bientôt enlevée à l'affection des siens qui l'adoraient, à l'amour des malheureux dont elle était la providence, à l'admiration des artistes dont elle se montra la généreuse protectrice. Dieu la rappela à lui le 22 septembre 1890. Cette mort inattendue fut une perte immense, et le deuil le plus profond dans lequel était plongée la Maison royale de Lusi-

gnan, fut vivement ressenti de toute TArmcnic et du monde entier.

Les années n'ont pas diminue ce regret universel qui se manifeste sans cesse, de près comme de loin, par des lettres et par de touchantes poésies. Citons celle publiée, le i8 novembre 1894, à Toccasion de Tanniversaire de sa mort, par la revue Religiorie et Patria : Une Larme sur la Tombe de la Princesse de Liisignan :

UN A LAGRIMA SULLA TOMBA Délia Principessa de Lusignano

E chi detto ci avria che il cor dolente pianger di Te dovesse, angiol diletto, e che giovane ancor, muta, pallente, Tu fossi stesa sul funereo letto ?

Di elevati pensier piena la mente calda, pei cari tuoi di tanto affetto ; gentil, pietosa, pia, casta, clémente; d'ogni cletta virtude ornavi il petto.

O come afilitto ahimè ; lasciasti al mondo l'illustre sposo ch'ancor piangc e anelo il riso chiede dcl tuo amor giocondo.

Dell ! nella notte, avvolta in roseo vélo vieni al Consorte e con desio profonde bacialo e grida : son lassù nel cielo !

Annetta Cre.\hi nei Bini

De cette union, qui fut un court rayon de soleil dans la vie du prince Guy, sont nés deux enfants : Emilie -Gabrielle et Léon-Amaury-Gaston.

nivale.

iniondes dcu\ i)ran- En 1 869, unc rcquêtc avait été présentée à Napoléon III

par les princes de Lusignan ; mais la guerre franco-allemande interrompit cette négociation, entamée dans les conditions les plus favorables.

Le 2 mai 1878, le prince aîné Louis de Lusignan, en sa qualité de chef de la Maison royale, invita officiellement ses neveux à abandonner les noms d'emprunt qu'un sentiment de circonspection leur avait fait adopter. Voici la lettre de ce prince et la déclaration officielle par laquelle il reconnaît ses neveux comme membres de la branche cadette des Lusignans :

« Mes chers neveux,

» En ma qualité de chef de la famille rovale de Lusignan, je vous invite à reprendre ce nom vénéré. C'est là votre droit incontestable, et je ne veux plus désormais que vous hésitiez à en user.

-• J'ai donc donné ordre au notaire des Affaires étrangères de dresser un acte formel, par lequel je vous reconnais et vous déclare pour mes neveux de la branche cadette de notre famille royale de Lusignan.

» Je vous enverrai bientôt cet acte dûment légalisé, et je veux qu'il soit considéré, ainsi que la présente, comme déclaration officielle du chef de la famille rovale de Chvpre, de Jérusalem et d'Arménie.

j) Votre affectionné oncle,

« Signé : Louis de Lusignan, » Prince royal de Chypre, de Jérusalem et d'Arménie. » Saint-Pétersbourg, 2 mai 1878. »

Suit la signature du notaire public Guillaume King, certifiant véritable la signature du prince Louis, fils de Christoduulos.

Voici la déclaration officielle faite cii faveur des princes Léon, Guy et Khorène de Lusignan :

« Moi, soussigné, Louis de Lusignan, descendant de la branche aînée de la famille royale des Lusignans de Chypre, de Jérusalem et d'Arménie, reconnais les princes Léon-Youssout Nar Bey de Lusignan, Guy-Ambroise Nar Bey de Lusignan et Jean- Khorène Nar Bey de Lusignan, pour mes parents et cousins de la branche cadette de notre famille royale, et je déclare qu'ils ont le droit de porteries armes des Lusignans et de participer à tous les droits, privilèges et honneurs dus à notre famille royale.

i> En foi de quoi, je leur ai délivré la présente déclaration en trois exemplaires originaux, contresignés de mon nom et revêtus du sceau royal des Lusignans.

» Signé : Louis de Lusignan, » Prince royal de Chypre, de JOrusalem et d'Arménie.

» Fait à Saint-Pétersbourg, le ÎG mai de l'an fin Christ 1878. »

Suit encore la signature de Guillaume King, du même jour, légalisant la déclaration du prince Louis, fils de Christodoulos. >

Au consulat de France à Saint-Pétersbourg, le 8 juin 1878, le chancelier Théodore Meyer légalisait la signature de M. King sous le n° 1 18.

La convention du 4 juin 1878 a imposé aux deux bran- Lcsicvcn.iicationsdcs ches de cette illustre Maison, le devoir de s'unir étroitement pour faire valoir auprès du gouvernement anglais leurs droits sur l'île de Chypre. L'adresse que le prince Louis, de concert avec ses cousins, envoya au cabinet de Saint-James le 34 juillet

princes recoiiuucâ lésritiincs.

de la même annce, fut publiée par le Times le 12 août suivant, avec un long article sur la valeur des droits invoqués. Cette question fut aussi pleinement traitée par les principaux organes de la presse européenne, car les revendications des Lusignans, reconnues légitimes, suscitent à TAngleterre des difficultés qu'elle n'avait point prévues au moment de la signature du traité. Une nouvelle requête, accueillie aussi favorablement, fut enfin adressée en 1879 par le prince Louis, au nom de ses cousins, à lord Dufferin, ambassadeur d'Angleterre à Saint-Pétersbourg. Malgré le mutisme de l'Angleterre, il est difficile d'admettre, comme le faisait judicieusement remarquer le Go-los, dans son numéro du 3i juillet 1879, que les droits des descendants des anciens rois de Chypre ne soient point reconnus, lorsque le sort de l'ile sera définitivement réglé. L'Angleterre devant acheter à la Turquie les domaines royaux de Chypre, cette question sera nécessairement débattue et tranchée.

Par une heureuse coïncidence, les deux branches de la Maison de Lusignan, providentiellement conservées au milieu de tant de désastres, sont encore étroitement unies à l'Arménie et à la Grèce. C'est pourquoi, à la chute du roi Othon, les organes autorisés de la presse proposèrent aux Grecs d'élire un de ces princes pour leur souverain.

On lisait en effet dans V Abeille du Nord, un des grands journaux de Saint-Pétersbourg, numéro du 28 janvier i863, l'article suivant que nous reproduisons en entier, traduit du russe :

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