LE PRINCE DE CHYPRE
« Tous ceux qui assistaient au Congrès de Berlin ont dû remarquer un gentleman qui excitait l'attention de tous les salons diplomatiques. Taille au-dessus de la moyenne, air distingué, longs cheveux noirs, front noble et élevé, yeux grands et profonds, épaisse barbe noire et sourire fascinateur.
L'archevêque Khoi'èiic.
Sa voix était sympathique, et ses extrémités révélaient, par leur finesse, une origine parfaitement aristocratique. Son air doux et modeste était empreint d'une certaine mélancolie. Son costume se composait d'une robe flottante en moire d'un noir bleu avec de larges manches. Le capuchon relevé sur la tête, laissant seulement sa barbe, sa bouche et ses yeux à découvert, cachait ses longs cheveux et son front. Il portait une étoile de diamants représentant les armes épiscopales surmontées d'une couronne royale.
» Ce gentleman était Khorène Nar Bey, prince de Lusignan, archevêque de Béchiktache-Constantinople, venu à Berlin comme représentant de l'Arménie au Congrès, où il conquit bientôt l'estime de tous ceux qui le connurent.
» Lorsque le traité anglo-turc fut ratifié, l'archevêque Khorène Nar Bey fut de ceux qui y applaudirent le plus. Placés par ce traité, jusqu'à un certain point, sous la protection de l'Angleterre, les Arméniens ou leurs représentants étaient certains qu'à dater de ce moment ils ne se trouveraient plus sous l'influence exclusive de la Porte, et, pour cette clause seule, l'archevêque-prince de Lusignan devait se réjouir de l'événement qui surprit l'Europe le 8 juillet 1878.
» Mais il y avait une raison curieuse et personnelle à sa satisfaction, qui ajoutera un chapitre nouveau à ce mystérieux récit, qui marche parallèlement à l'histoire et finira par en faire bientôt partie. Monseigneur est le troisième frère de la branche cadette des Lusignans. Son frère aîné porte les noms et titres de Léon de Lusignan, prince royal de Chypre, de Jérusalem et d'Arménie. Nous avons hâte d'ajouter que ces titres n'ont pas d'autres prétendants, et que les deux branches des Lusignans dont nous venons de parler n'ont pas l'intention de faire le siège de Chypre et de la reconquérir.
» Les titres du prince Louis de Lusignan (le chef de la branche aînée), qui habite à Saint-Pétersbourg, sont reconnus officiellement dans cette ville. Le prince Guy de Lusignan habite à Paris un joli hôtel (i) de Tavcnue d'EyIau, C'est un homme à Tair doux et distingué. Son fils faisait des études à l'École spéciale de Brest pour entrer dans la marine française. Ces trois princes de Lusignan ont adressé, le 24 juillet, à lord Salisbury, la lettre suivante. »
(Suit, dans le Times, l'adresse des princes de Lusignan au ministre des Affaires étrangères d'Angleterre.)
Après le Congrès de Berlin, le prince Louis, chef des Lusignans en Russie, adressait à Mgr Nersès, patriarche des Arméniens de Turquie, la lettre suivante :
'( A Sa Béatitude Monseigneur Nersès, patriarche des Arméniens de Turquie.
» Monseigneur,
» Les malheurs de cette chère Arménie, qui a eu pour rois mes ancêtres et qui a été défendue par eux au prix même de leur sang, m'ont toujours profondément intéressé ; et bien qu'obligé, par des circonstances indépendantes de ma volonté, de vivre loin de ma patrie, son bonheur, cependant, et son avenir ont été toujours l'objet de mon attention et de ma sollicitude toute particulière.
(i; Cet hijlcl a élé li;il>itr ilepui?; i)ar Viclor Hiign.
)i Je suis heureux de voir qu'elle a aujourd'hui pour pasteur Votre Béatitude, qui dirige ses destinées avec un patriotisme et un tact dignes de tous éloges. Grâce à vous et à vos délégués, le Congrès de Berlin a posé la question arménienne devant le monde civilisé. L'avenir se chargera très prochainement de la résoudre à l'avantage de cette antique nation qui a pour mission d'éclairer l'Orient par les lumières de cette Croix glorieuse pour laquelle elle a toujours répandu son sang avec tant de foi et d'abnégation .
» Les Arméniens vous doivent être reconnaissants pour le dévouement intrépide dont Votre Béatitude a donné des preuves marquantes dans ces circonstances décisives; et le représentant de leur dynastie royale croit de son devoir de vous en témoigner sa pleine gratitude ainsi que sa haute estime.
» Je suis également fier de voir qu'un membre de notre Maison a, comme un vrai Lusignan, contribué énergiquement à l'impulsion que vous venez de donner à la sainte cause arménienne. Le fils de mon regretté cousin, le prince Georges (Youssouf Calfa Nar Bey) de Lusignan, fils lui-même de mon oncle le prince Amaury (Youssouf Nar Bey) de Lusignan, a consolé mon cœur en montrant tant de dévouement à la mère patrie.
» Il m'est donc doux de constater que l'archevêque Khorène a pleinement mérité la confiance que Votre Béatitude ainsi que la nation arménienne avaient mise en lui. Mon éminent neveu soutiendra toujours avec honneur la devise des Lusignans : n Pour loyauté maintenir. »
» De près comme de loin, mon cœur est avec ma chère patrie. Je prie le Très-Puissant de conserver pour elle les jours si précieux de Votre Béatitude, afin que vous puissiez
couronner dignement l'œuvre grande et belle que vous vous êtes imposée.
» Agréez, Monseigneur, les hommages de mon respect filial et de mon dévouement patriotique.
)) Signé : Louis de Lusignan, » Prince royal de Chypre, de Jérusalem et d'Arménie.
» Saint-Pétersbourg, ce 19 octobre 1878.
» Perspective de Nevsky.
» Maison Princesse Galitzin, 122. »
Peu de temps après , ce même prince écrivait au patriarche grec Joachim III en ces termes :
« A Sa Sainteté Monseigneur Joachim III, patriarche œcuménique, etc., etc., Constantinople.
>■> Très Saint Père,
» Aux prises avec les orages politiques, J'ai été forcé, depuis plusieurs années, de quitter ma patrie. Malgré mon éloignement, elle m'est toujours chère, et son progrès, son bien-être, son avenir forment l'objet de mes constantes préoccupations, dans un moment surtout où toute l'Europe a senti la nécessité de régler les destinées de l'Orient et où la Grande- Bretagne a voulu placer sous sa garde la vaste et royale île de Chypre, mon berceau, où le trône de mes augustes ancêtres a brillé d'un si vif éclat.
» Il m'est doux également, en ce jour solennel, de voir l'illustre siège de la grande Église orthodoxe d'Orient occupé
par un pontife digne en tout d'une aussi haute destinée. Vos mérites éclatants sont non seulement constatés par la presse européenne, mais ils viennent aussi d'être retracés avec amour et reconnaissance dans une lettre à mon adresse de mon cher neveu, S. Em. l'archevêque Khorène Nar Bey, prince de Lusignan , qui a eu l'honneur de présenter ses hommages à Votre Sainteté, au Patriarcat arménien, et d'entendre de sa part des paroles d'encouragement à l'égard de son talent littéraire et des loyaux services qu'il a rendus dans la question arménienne, tant auprès des cabinets européens que de l'aréopage de Berlin
» Vouer le plus profond respect à cette antique Église, telle a été la tradition de notre royale famille, l'histoire le consacre : on n'a pas encore oublié que mon oncle maternel, l'archevêque Athanase, métropolitain de Nicomédie, a gagné la palme du martyre et de l'immortalité avec le saint patriarche Grégoire V, de bienheureuse mémoire, en l'an 1821, le jour de la résurrection du Rédempteur! De nos jours également, mon neveu l'archevcque de Lusignan, fidèle aux traditions de ses ancêtres, n'a épargné aucune peine, aucun effort pour l'avenir des enfants arméniens de cette glorieuse Église; et je me glorifie de voir que Votre Sainteté a daigné reconnaître gracieusement la fidélité et l'abnégation de mon éminent neveu dans cette circonstance
« Je baise très respectueusement votre main sacrée en confiant, Très Saint Père, à vos saintes prières et bénédictions apostoliques, ma personne et mon fils, ainsi que les princes mes neveux, membres de la branche cadette de ma Maison, représentés à Votre Sainteté par S. Em. l'archevêque Khorène, leur frère.
» Je reste toujours, avec hommage et respect. Très Saint Père, votre fidèle et obéissant fils en Jésus-Christ.
» Signé : Louis de Lusignan, )i Prince royal de Chypre, de Jérusalem et d'Arménie.
» Saint-Pétersbourg, ce 12/24 décembre 1878. »
Voici la réponse du patriarche Joachim III, traduite du grec, portant le n° 828 et revêtue du sceau patriarcal :
" Altesse Sérénissime,
» Par l'entremise de S. Em. l'archevêque Khorène Nar Bey, Thonneur et la gloire de la nation arménienne, nous avons reçu avec beaucoup de plaisir la très précieuse lettre de Votre Altesse Sérénissime, par laquelle elle a bien voulu nous féliciter pour notre ascension au très saint apostolique et œcuménique trône. En répondant donc avec beaucoup d'empressement et de profond plaisir, nous exprimons à Votre Altesse Sérénissime, du fond de notre cœur, nos remerciements, en priant toujours le bon Dieu de lui accorder, comme aussi à toute sa famille, une vie longue et heureuse et tout autre bonheur.
» Veuillez agréer les expressions de notre très haute considération.
» Signé : 7 Joachim.
» Patriarche de Constantinople.
» Constantinople, 3 février 1879.
» A Son Altesse Sérénissime Monseigneur le prince Louis de Lusignan, prince de Chypre, etc., etc., Saint-Pétersbourg. «
Le mois suivant, les princes Le'on et Guy de Lusignan adressaient de Paris au mcme patriarche Joachim III, une lettre de remerciements, dont voici la teneur:
" A Sa Béatitude Joachim IIL patriarche œcuménique, Cnnstantinnple.
» Très Saint Père,
» Dans la lettre pontificale que Votre Béatitude a bien voulu adresser à notre oncle S. A. R. Mgr Louis de Lusignan, prince roval de Chvpre, de Jérusalem et d'Arménie, elle avait eu la gracieuseté de mentionner notre frère, l'archevêque Khorène Nar Bey de Lusignan, dans des termes éminemment flatteurs, et avait en même temps daigné nous honorer de sa bénédiction apostolique.
« Cette double marque de bienveillance de la part de Votre Béatitude nous a vivement touchés, et nous nous faisons un devoir de lui en exprimer notre profonde reconnaissance.
» Votre Béatitude, en agréant nos prières pour la conservation de ses jours précieux, ne nous refusera pas sa bénédiction apostolique, et nous la prions de vouloir bien en même temps recevoir les hommages de notre très haute et très respectueuse admiration, avec laquelle nous avons Phonneur, Très Saint Père, de nous dire comme toujours,
« Vos très obéissants et très dévoués fils en Jésus-Christ.
» Signé : Prince Y. -Léon de Lusignan, )) Prince A. -Guy de Lusignan.
» Paris, boulevard Haussmann, 1G4.
» Le saint jour de Pâques 13/1 avril 1879. »
Mgr Joachim leur répondait la lettre suivante ^traduction du grec: :
« Altesses Sérénissimes,
» Nous avons reçu avec une grande satisfaction votre précieuse lettre datée du premier courant, dans laquelle, d'après les sentiments élevés qui animent Vos Altesses, vous adressez des félicitations et des vœux, particulièrement à nous, et en général à la très sainte Église de Jésus-Christ de nos régions.
» En exprimant nos remerciements chaleureux à Vos Altesses, pour ces vœux et ces félicitations, nous prions le bon Dieu de vous rendre avec profusion tous les biens possibles, en conservant votre santé et celle de votre noble famille, intacte et ferme, afin que vous puissiez célébrer, pendant de longues années, les saintes fêtes de Pâques, avec la joie et la sérénité de votre âme si noble.
» De Vos Altesses Sérénissimes, le tout dévoué,
» Signé : 7 Joachim III, » Patriarche oecuménique.
» Constantinople, le 19 avril 1879.
» A Leurs Altesses Sérénissimes, Messeigneurs les princes Y. -Léon et A.-Giij' de Lusignan, Paris, i^
L'illustre prélat, après avoir figuré avec un honneur et un éclat extraordinaires au Congrès de Berlin, comme délégué de la nation arménienne, parcourut, comme visiteur patriarcal, la Bulgarie, la Roumanie et TAutriche. Il fut comblé d'attentions par les chefs de ces peuples et reçut leurs principales
décorations. Le suhan lai avait accordé la plaque des Ordres du Medjidié et de l'Osmanié; l'empereur de Russie le nomma commandeur de Sainte-Anne. En 1879, il accourait à Paris auprès de son frère Guy pour recueillir des sommes importantes, afin de soulager les Arméniens que la famine faisait périr par milliers. De retour à Constantinople, Mgr Khorène se consacrait aux travaux de son ministère et au bien-être de ses chères populations.
Voici comment M. Gresset dépeint le prince-archevêque Jean-Khorènc de Lusignan :
Dans la vaste cité que baigne le Bosphore, Où, splencUde tableau, sur un miroir nacré, Phébus vient prodiguer ses rayons, dès l'aurore, Existe un saint prélat, du monde vénéré. Frère du prince Guy, l'archevêque Khorène Inspire le respect. Il a de Bossuet L'éloquence sacrée, et sait, nouveau Mécène, Encourager les arts dont il est le reflet.
Diplomate érudit, conciliant et sage, Sur la brèche debout au moment opportun. Il a, dans tous pays, montré sur son passage, Le talent et l'esprit d'un sublime tribun. D'abord en Bulgarie, ensuite en Roumanie, En Russie, et naguère au Congrès de Berlin, Il défendit les droits.de sa chère Arménie, Et du succès toujours aplanit le chemin.
Durant son court séjour dans notre belle France, Poète gracieux, plein de verve et d'humour, De Lamartine il sut gagner la confiance, Et répandre en son cœur un éternel amour. Présageant sa grandeur, l'auteur des Harmonies L'appelait son enfant. Lisant dans l'avenir, Il le voyait briller parmi ces grands génies Dont l'histoire a, des noms, gai'dé le souvenir.
De ses vertus partout on peut suivre les traces; Hugo qui respectait sa robe et son blason, Lui disait : « Vous avez le sang des vieilles races; Des nouvelles, l'esprit. » Le maitre avait raison. Ministre du Seigneur, il prêche la concorde; Apôtre du malheur, il défend l'opprimé Qui trouvera toujours aide et miséricorde En frappant au logis de Jean le bien-aimé.
Donnons ici la traduction du brevet impérial d'Osmanié :
« Mgr Khorène de Lusignan, archevêque arménien de
» Béchiktache, ayant été jugé en tout point, en considération
» de ses hautes et éminentes e^ualités, digne de mes hautes
)> faveurs impériales, il lui vient d'être conféré, d'après mes
» ordres souverains et conformément à ce tirman impérial,
» la décoration de l'Ordre sublime d'Osmanié de 2® classe,
» C'est pourquoi ce glorieux Bérat de Ma Majesté Impériale
'> a été rédigé et délivré le 20 Rabbul évvél, an de Thégire
» i3o6 'i3 novembre il
Ce document impérial de la plus haute importance a été publié par tous les journaux de l'empire et de l'étranger. Le Gaulois, de Paris, l'annonçait ainsi dans son numéro du 19 décembre 1888 :
« S. Em. le prince Khorène de Lusignan, archevêque de Béchiktache, a été reçu jeudi en audience privée par S. M. L le sultan, qui lui a conféré la plaque en diamants de l'Osmanié, en récompense des services signalés qu'il a rendus à la nation arménienne. »
On peut admirer ce brevet impérial, en lettres dorées, dans la galerie de tableaux de famille des princes de Lusignan.
Une Icuro de Constantinople, en date du i8 janvier 1882, révèle les efforts continus de Tarchevcque de Béchiktache ^Khorène de Lusignan) pour établir la pacification des esprits en vue d'une entente complète entre le Patriarcat arménien et le Catholicos de Sis en Cilicie. Ce sujet de discordes fut apaisé par le tact et le zèle de Mgr Khorène. A la fin du banquet qui réunit les dignitaires de ces Églises, le Catholicos de Sis prononça ces paroles, s'adressant à Mgr Khorène : « Votre cœur et votre patriotisme sont dignes du grand nom de Lusignan. Votre Eminence doit chérir mon siège de Sis par tradition et devoir de famille, car le roi Léon VI, un de vos aïeux, en avait fait sa capitale... »
La réconciliation de ces deux sièges, longtemps rivaux, fait époque dans les annales arméniennes. Aussi, Tannée suivante, au moment où l'on parlait de la démission du patriarche des Arméniens, Mgr Nersès, qui voulait se retirer pour raisons de santé, après une visite oflficielle que S. E. Mavroyeni- Pacha avait rendue à Mgr Khorène, S. M. I. Abdul-Hamid désira personnellement que le prince-archevéque fût élevé au siège patriarcal d'Arménie.
Cependant le gouvernement de la Porte et les ennemis de réminent prélat ne lui pardonnèrent Jamais d'avoir fait insérer dans le traité de San-Stefano l'article i 6, et dans celui du Congrès de Berlin l'article 61, se rapportant aux réformes à introduire dans les provinces arméniennes, sous la garantie des puissances signataires du traité.
Aussi, l'an 1891, il fut accusé du crime de lèse-patrie et condamné à l'exil. La presse s'émeut; les deux journaux mis en cause, V Observateur français et le XIX'^ Siècle, protestent hautement contre cette souveraine injustice ; l'archevêque reconnu innocent est remis en liberté le 18 février 1892, mais les poursuites tacites ne cessèrent pas. Il mourut
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subitement, par une cause inconnue, le i6 du mois de novembre de la même année, entouré de l'afifection des Turcs comme des chrétiens. Sa mort si inattendue fut un deuil national et une perte irréparable. Cet éminent prélat, savant comme Etienne, un de ses ancêtres, et orateur comme Bossuet, ainsi qu'on l'appelait, après avoir rendu à la nation arménienne d'immenses services par son habile diplomatie, par son dévouement sans bornes et par ses chants et poésies patriotiques devenus si populaires, fut persécuté comme son divin Maître, jusqu'au sacrifice de sa vie. C'est un beau fleuron qui vient s'ajouter à la couronne que porte si dignement aujourd'hui, dans le silence et le travail, son illustre frère. S. A. Mgr Guy, devenu, depuis la mort de Youssouf-Léon, son aîné, le 12 octobre 1887, le chef de la branche cadette des Lusignans, et reconnu comme prince royal de Jérusalem, de Chypre et d'Arménie.
s. A. R. le prince Voici Comment le Gil Blas relate cet événement dans
Youssouf-Léon. ^ i ^ i oo
son numéro du 20 octobre 1087 :
'( Le prince de Lusignan qui vient de mourir obscurément à Saint-Denis, était le chef de la branche cadette des Lusignans, descendants directs des rois de Chypre, de Jérusalem et d'Arménie.
» Pendant de longues années, il avait été le fournisseur des équipements de l'armée ottomane, en société avec le baron Seillière (le père) et Dussautoy.
» Le chef de cette famille royale est aujourd'hui M. le prince Guy de Lusignan, ce gentilhomme si parisien, ami des lettres et des arts, dont le nom a quelquefois été rapproché de celui de Victor Hugo.
» On sait, en effet, que le grand poète a passé les dix dernières années de sa vie dans un coquet petit hôtel de
Tavcnuc d'Eylau, appartenant à la gracieuse princesse Marie de Lusignan, grande-maitresse de l'Ordre de Mélusine.
» Il nous revient, à ce propos, que les héritiers de Victor Hugo n'ayant point renouvelé le bail, l'hôtel serait à la veille de passer entre les mains d'un comité anglais. »
S. A. R. le prince Youssouf-lA'oii de Lusignan.
Le prince Guy commença ses études, très jeune, à Venise, s. a. it. ic prince Guy et les compléta à Paris, où il s'est appliqué particulièrement à ''*^ Lusignan.
l'histoire générale et aux langues européennes. Erudit aussi profond que polyglotte consommé, il publia, dès Tàge de seize ans, des travaux remarquables d'histoire et de linguistique. Nommé préfet des études au collège Moorat, il contribua largement à développer l'essor de cet établissement, fondé par le bienfaiteur arménien dont il porte le nom. Les Arméniens voulant instituer à Paris, en i856, une Ecole nationale supé-
rieure, se sont adressés au prince Guy. Son Altesse l'organisa et en fut le directeur. Ses travaux assidus minèrent sa santé; il fut obligé de se retirer en iSSg. M. Roulant, ministre de rinstruction publique et des Cultes, lui en a témoigné ses regrets par une lettre très flatteuse.
En 1860, le prince entreprit un voyage en Russie, muni d'un ukase impérial. Dès i858, le sultan Abdul-Medjid, père du sultan actuel, appréciant hautement les services signalés que ce prince rendait à son empire, lui conférait le grade d'Oula senfe orêl, titre qui équivaut à celui de général de division, lui donnait la plaque de TOrdre du Medjidié et un souvenir magnifique dans deux audiences privées. Le czar Alexandre II et plusieurs autres souverains s'empressèrent d'imiter l'exemple du sultan et se plurent à honorer le prince Guy de leurs décorations et de leurs précieux souvenirs.
Gentilhomme accompli, bon tout autant qu'affable,
Il excelle surtout par sa distinction;
On ne peut rencontrer de causeur plus aimable,
Un sent auprès de lui naitre l'attraction.
Il sait dos passions éviter les orages;
Hugo fut son voisin et son admirateur.
En Grèce il eût pris place au milieu des sept sages,
Du faible n'est-il pas l'ami, le protecteur?
Illustre rejeton d'une immortelle race,
Prince loyal et bon, toi qui de tes aïeux
Au chemin de l'honneur poursuis la noble trace,
Sans souci des propos, des sots, des envieux,
Qui, joignant la science à la philosophie,
Dédaignant les honneurs que comporte ton rang,
Au sort des malheureux as consacré ta vie,
Sois à jamais béni, tu tiens bien de ton sang.
S. A. R. la princesse C'cst cn France, sa patrie d'adoption, que Son Altesse a
Marie de Lusignan. ,.., , .^ nr-z^jr
choisi la compagne de sa vie. La comtesse Marie Godetroy Le Goupil mérita, par ses vertus, ses talents et sa beauté, de