‹ Histoire de la marine française (volume 2)Chapitre 45 sur 72 · IIISTOIHK l)K L.\ >fAI!(\'K FKANCAISK · texte numérisé non relu

IIISTOIHK l)K L.\ >fAI!(\'K FKANCAISK

sion que les objets « par dessus terre (I) n . Le 15 octobre, les Anglais, touchant à Ré, mettaient à mort une foule d'insulaires (2). Leur flotte jetait l'ancre à Bour;; en Dordojjne, le I" novembre ; elle prenait Blaye le 8 (3). Défilant devant les troupes du connétable Raoul de Nesles, qui défendait Bordeaux (4), et passant outre, elle débarquait à la Réole le corps d'armée de Jean II de Bretagne, qu'appuyait la division Typtoft (5). Le reste de la flotte ralliait Bayonne, où elle provoquait ce soulèvement du l" janvier 1:295, qui chassa les officiers français et leurs partisans : Michel du Mans, dit Michel Gascoin ; Amé de Soubist, Jean d'Aix (fi). A la tête des émeutiers, avaient marché les ouvriers des mines de fer, assez nombreux pour fournir cent soixante hommes de pied en temps de guerre. Ils étaient mécontents de la concurrence de la métallurgie espagnole, qui lésait leur monopole et nous fournissait des armes (7). Du coup, Edouard disposait d'une nouvelle escadre, des vingt navires de guerre que Bayonne devait en service d'ost (8), et dont Barrau de Sescars fut nommé amiral (9).

(1) Archives iiat., J 240, p. 18, analysée par M. de la Borderie, le Commerce et la féodalité eji Bretagne, a^md Bévue de Bretagne et Vendée, t. \ (1859), p. 357 : c'est une enquête faite par le vicomte d'Avranches en Bretagne en 1296.

(2) Fragments d'une Chronique de Maillezais, publiée par Marchegay, apud Bihliothèque de l'Ecole des Chartes, t. II, p. 162.

(3) llEMiNonLiuGH, Chronicon^ t. II, p. 47.

(4) Lat. 9069, fo» 802, 884 v" : Journal de Bobert Mignon.

(5) Hemiscburgu, Chrojticon, t. II, p. 48.

(6) Coll. Clairamliaulî, vol. 825, p. 48. — Ce n'étaient que des représailles du parti anglais. Les officiers du roi de France avaient abattu la maison d'Arnald de Maurie dans la rue du Borgnau. (Moreau, vol. 640, f" 291.) — RiSHAKGER, Chronica., p. 147.

1^7) Pétition de ces ouvriers à Edouard I", février 1295. (Moreau , vol. 640, fol. 219.)

(^8) « .luxta modunx in casu tali progenitorum nostrorum temporibus usitatum, velitis [c'est-à-dire les Bayonnais] viginti naves gucrrinas hene parare ad proficiscenduni in nostris obsequiis supra mare, « Westminster, 20 mars 1337. (Rymer, t. II, 3» p., p. 163.)

(9) Botuli Vasconiœ, ann. 23, Edward I, membr. 22; Copie apud Moreau, vol. 640, fo223.

LE BLOCUS CONTlNEiNTAL DE L' AN GLETEK R K. 3:1.1

Quelles forces s'opposeront à ces progrès? En I2i)i. Philippe IV n'a pas un navire royal : des matelots démuralisés, une marine décimée. — Mais, d'une année à l'autre, tout va changer; nous aurons l'empire de la mer ; rAn};leterre tremblera. Aucun historien, que je sache, n'a montré clairement cette merveilleuse création d'une marine d'État, puissante et vivace, que nous dûmes au génie de IMiilippe IV (1). Tout était à créer : matériel, personnel, tactique, arsenaux, navires, amiraux, capitaines ; une année après, nous possédions tout cela.

De longue date, Philippe IV avait songé à mander le Midi à la rescousse du Nord. Il pensait que les Hnes galères de la Méditerranée pourraient tenir l'Océan, et que les Provençaux, les Languedociens, aguerris par les guerres d'Aragon, encadreraient bien les marins de la Manche. Le l" décembre 129:2, les Génois n'avaient pas été peu surpris de la commande de vingt grandes jjalères, faite par les cnvovés des rois de France et de Sicile. " On les aurait construites en Provence à moindres frais," remarquait avec étonnementrannalistedeGénes(2).Maisla discrétion a son prix :lcs Français y tenaient, puisqu'ils firent endosser le marché par Charles le Boiteux, soit quatorze galères à construire par adjudication ad estalium, et six à crédit ad credenliam (3). Au moment de la livraison (4), le 4 avril 1294, Charles le Boiteux donnait ordre de les consigner immédiatement entre les mains de Guillaume Boccuze, délégué et ancien garde

(1) Jourdain et Routaiic, malgré leurs savantes reclierclies, ignorent le? alentours du sujet et ne mettent pas en reliel' la prodigieuse activité du roi. Ils n'ont guère fait que disséquer le Journal de Robert Mignon et le plan de campagne de Zaccaria.

(2) Jacobi Auriœ Annales, o.\HM\MonumeiUa (icrmaniœ /li.ttortca^l. W III.

(3) Philippe IV en remboursa le prix. (Anliives de Naples, fi<;</. An- (jioini 68, fol. 63.)

(4) Mandement royal daté d'Aqullée, 4 avril 1294. Archives de iNaples, Herj. Angioini 63, f" 65.)

334 HISTOIHE DE LA MAHIINE FllANÇAISE.

des galères de Philippe le Bel. Les constructeurs à crédit ne manquèrent pas de réclamer une indemnité (1). Qu'on ne s'étonne pas de trouver parmi ces gens de mauvaise foi le lâche qui avait fui à Las Hormigas, en abandonnant l'étendard fleurdelisé : j'ai nommé Henri de Mari.

Ces retards empêchèrent Boccuze de rallier Marseille avant le 15 août (2), saison trop tardive pour songera gagner le Ponant.

Mais déjà, par un touchant exemple de solidarité familiale, Charles V avait restitué à Philippe le Bel les vaisseaux et l'arsenal de Narbonne, reçus, trois ans auparavant, en fidéicommis ou en don. Le recteur de cet arsenal, Pierre Bernuis ou Binucci (3), avait été immédiatement dirigé avec ^on connétable et ses ouvriers sur Bordeaux (4).

Guillaume Boccuze profita de son séjour forcé à Marseille pour construire ou achever d'autres galères (5). Trop âgé pour prendre le commandement de l'escadre, il confia la tâche à son fils (ruillaume Père de Mar, châtelain d'Aigues- Mortes, tel était son nom, s'engagea, vis-â-vis de Philippe le Bel, à entretenir trente de ses galées de Provence, « montées chacune de cent soixante hommes» (août) (6).

Avec l'autorisation royale (7), le châtelain d'Aigues- Mortes quitta immédiatement son poste pour enrôler â Gènes des équipages. Aux noms des patrons italiens que nous allons retrouver dans la flotte française, on peut juger qu'il réussit (8).

(1) Charles II orilonne de faire droit à leurs requêtes. Bari, 20 juin 1294. (Archives de Naples, Reg. Aiujioini 68, f" 236.)

(2) Latin 9069, f" 901.

(3) Le 20 janvier 1294. (Anliives de Naples, Reg. Angioini QS.)

(4) Latin 9069, f 895.

(5) « De galeis faetis apud Massiliam. » (Lat. 9069, f" 901.)

(6) Arcli. nat., J 385, p. 12, pulilié dans le Musée des Archives nationales. Paris, 1872, in-4", n" 295.

(7) Mandement de Philippe IV au sénéchal de Beaucaire (19 août 1294.) Ms. latin 1017, f" 42 v». — Ménard, Histoire de Nîmes, t. I, p. 131.

(8) Raffaele Embriaci, Golto Malloiio, Ujjulino Gaslellaiii, INicculo Tar-

Li: BI.DCUS (JOMIINKMAL DE L'AN GI.KTKR II K. .VA.,

Des patrons provençaux, Pierre Raphaël et Pcrue i\v Marseille, Fouque Sereine, Fouque Bronart, Ileinon Feuquier, etc., complétaient ses cadres. Il voulut recruter aussi des matelots à Montpellier; mais il se heurta à ropj)osilion du roi de Majorque ou de son lieutenant, qui déclara n'être point tenu de fournir des hommes au roi de France (I).

Les trente galères du capitaine (2) Guillaume de Mar quittèrent Marseille le 1" avril 1295 (;i). Deux mois après, elles étaient en Normandie, non sans avoir abordé à Jersev et commis de grands ravages dans l'ile (4). C'était la première fois qu'une flotte de guerre méditerranéenne faisait pareil voyage.

Elle rejoignit à Rouen une seconde division de galères que Philippe IV venait de faire construire par des Génois experts sur le » fait de la mer » , Henri Marchese, lluguet et Albertino Splnola, Lanfranc Tartaro, Nicolas Du Parraz et une foule de charpentiers ou maîtres de hache amenés avec eux pendant l'hiver de 121)3-1294 (5).

En mars 1294, Marchese (6) installa pour la première fois un arsenal maritime ou Dorsenal à Rouen, dans le quartier de Richcbourg, en la paroisse Saint-Martin-jouxte-le-Pont

taro, Oberto Inghi, Ugo Bonzi, Rosso Goba, « Nicbolas de Sori, Vas|)al, Ahon Donte, Ponnence Gouran, Mehletc Po{»nant, Jehan de Sinac, Rcnoiil Souchier, Girart Lion, Robin Chybout. » (Gonipte de Girart le Barillier (1295), pul)lié par Jal, Archéol. nav., t. II, p. 301-305.)

(1) Décembre 1294. (Lat. 9192, P 54.)

(2) « Galée de la Gapitaine. » (Jal, Archéol. nav., t. II, p. 301.)

(3) Lat. 9069, f" 901.

(4) Mandement d'Edouard I", du 28 août 1295. (Dupont, Hist. du Colottin, t. II, p. 193.) Le mandement ne spécifie pas quelle était cette flotte française.

(5) M" Clément du Sain, le visiteur du Temple et autres envoyés du roi les avaient amenés. (.Archives nat., J 654, p. 16 : publié par Boltaiiic, Documents inédits relatifs à V histoire de France sous Philippe le Bel, apud Notices et Extraits des manuscrits, t. XX, 2° p., \). 123.)

(6) Appelé dans les comptes Henri le Marquis : « Compotus llcurici \c Marquis militis pro Dorseval [sic pro Dorsenal] pro galcis apud liothomagum. » (Lat. 9069, fo 901.)

de Rouen (I). De cette époque date la création définitive de notre marine de guerre.

Si chaque ville de la côte (2) supporta les frais de construction d'une galère, s'il y eut la galère normande, le galiot normand (3), si tous les bourgeois contribuèrent à l'aide des galères (4), aucun Normand ne prit part à leur équipement. Des maîtres de hache génois les construisirent; des calfats provençaux, expédiés par Guillaume Boccuze, les espalmèrent (5) ; enfin, elles furent montées par seize cents marins venus d'Aigues-Mortes ((>) avec deux mille armures que le roi avait demandées au sénéchal de Beaucaire (7), Leurs gages étaient payés par les Siennois Pietro Bicci et Musciatto Guidi, banquiers du roi (8).

l'ar un étrange retour des destinées humaines, le courant qui jusque-là avait porté les foules vers le midi, vers l'orient, refluait vers le nord; Italiens ou Provençaux voyaient dans ia France leur terre promise. Tandis que les banquiers lombards et florentins (9), en affermant les revenus royaux, supplantent les Templiers, des officiers napolitains admi-

(1) Cil. DK DEAtiiEFAiRE, Rechevchcs sur le Clos des (Calées, p. 4.

(2) Lat. 9069, f 902.

(3) La galère Jeiiar \^Gennaro^ de Rouen, le galiot Saiiit-Jame de Gaen. (Goiupto de Girard le Rarillier (1295), Jal, Archéol. luiv., t. H, p. 304.)

(4) Robert de Trousseauville, bourgeois de Rouen, est déclaré non exempt « a dono a villa Rothoniagensi domino régi pro auxilio galearum ». 1294. {Les Olim, arrêts, t. 11, p. 374.)

(5) Lat. 9069, P 899.

^6) Sous le commandement de Marc, Jacques et Raymond Sequer, Jean de Gliartres, Philippe de Boret, François Ronabelia, Guillaume de Quart cl l'ierrc de Roux de Nîmes, Rertrand de Garcia, Jean de Moulins en Auverj;nc, Pierre Robert de Volobrigne, Gappoboni et Pagano de Florence, Honiface de Sienne, Theobaldino de Marmaha et Rernard di Gastellario. {Ibidem, p. 898-901.)

(7) Gotes gambesées, bassinets, arbalètes d'it et gorgerettes gambesées, 23 février 1295. (Lat. 11017, fol. 54 v".)

(^8) Ijat. 9069, f" 802. — Sur Musciatto Guidi, surnommé dei Francesi, cf. l'article de M. Funck-Brentano, Mémoire sur la guêtre contre l'Angleterre, apud Revue historique (1888).

(9) Les Perruz/i, les Frescobaldi, les Rardi, les Acciaiuoli, les Gerchi,

LK BLOCIKS CONTINENTAL DE I.'ANGi, iriKIt RE. 337

nlstrent les domaines de Roherl d'Arlois : témuia lliiialdo Grinetti de Barletta, qui s'enfuit après neuf années do service, emportant plusieurs actes qu'il juge sans doute compromettants (1).

En Bretagne, nous rencontrons plusieurs armateurs italiens, Guido Bonini par exemple. Machiavel, quelque ancêtre du grand Florentin, établi à Quimpcr, embrasse dans ses opérations commerciales le nord et le midi de la France, la Flandre elle-même {"2). Puisque je parle de Machiavel, nommerai-je un de ses devanciers, Egidio Golonna ou Gilles de Rome, le savant conseiller de Philippe le Bel, dont l'ouvrage De regimine Principum eut un aussi grand retentissement au moyen âge qu au xvi* siècle le traité du Prince. Longtemps, notre tactique navale s'inspira du décalogue maritime d'Egidio Golonna, qui reflétait Végèce et Léon le Philosophe, nous rattachant ainsi à l'antiquité et au.v traditions byzantines. Marins, constructeurs, patrons, amiraux, écrivains, tous ces Méridionaux apportèrent, dans nos institutions, notre langue, notre stratégie maritimes du Ponant, une révolution inouïe, qui laissa de profondes traces et dont j'expliquerai plus tard les effets. En retour, ils emporte renl des côtes de la Manche et de l'Océan une notion si exacte que la cartographie génoise (3), née du lendemain, donna les contours précis de l'Espagne, de la France, delà Flandre et de l'Angleterre.

SouG l'étendard fleurdelisé, on comptait six nations, trois

es Scala, les Spina, les di Giuilice, les Dio-te-Salva, les Dio-te-Viva, les Mozi, les Giacomi. (Lat. 9069, f" 802 et passim. — Gioriiale stoiico derjli archivt toscaui. Firenze, 1857, p. 258.)

(1) Thèse de M. de Genniny sur lei, Baillis d'Attois, soutenue à l'Ecole, des Chartes le 28 janvier 1896 (en ms.).

(2) u Banguel Malclavel », italien. (Archives nat., J 240, p. 18 : A. r.K LA BoRDERiE, le Commerce et la féodalité eii Bretagne, apud Revue de Bi ttagne et Vendée, t. V(1859), p. .357.)

(3) Les premières caries génoises, les premiers portulans datés que 1 ou connaisse sont ceux de Pierre Vesconte, 1311, 1313, 1318, 1321.

;î:îS IIISTOIIIF. DK LA MAlilM". FltANCAISE.

coutumes maritimes, deux grands idiomes. Les Rôles d'Oléron furent coudoyés par les coutumes delà Méditerranée et de la Baltique, par le Consulat de la mer et la Coutume de Wishy. Aux bords de la Seine, les idiomes du nord et du midi se rencontrèrent, et de leur harmonieux accord naquit notre langue du Ponant, rude de mots Scandinaves, moelleuse d'inflexions italiennes. Tel Norvégien qui revenait du Groenland ou du Vinland put se trouver en rapport avec les frères de ces Génois qui avaient construit une flotte de guerre dans le golfe Persique ou qui, depuis quatre ans, s'étaient perdus sur la route des Indes. C'était l'année où Marco-Polo apportait des profondeurs de la Chine les messages que Khouhilaï-Kan adressait au roi de France et aux princes de l'Occident (I).

L'ensemble des bâtiments à rames de Rouen et Harfleur au début de 1295 atteignait cinquante galères, sept galiots (2), montés par sept à huit mille Italiens ou Proven çaux. Si le nombre de ces croiseurs annonçait, de la part du roi, l'intention d'enrayer les pirateries britanniques, l'achat d'une foule de transports laissait supposer qu'ilnese])ornerait pas à la défensive.

Les transports venaient de la Baltique. C'est à la Ligue Hanséatique, encore puissante, que Philippe IV s'était adressé. En janvier 1295, cinquante-cinq nefs hanséatiques s'acheminaient vers la France, quand Edouard I" les fit arrêtera Ravensey, Scardeburg et Newcastle-sur-Tyne (3). La violence ne servit à rien. Le 10 février, Philippe IV mandait à ses gardes des ports et à ses baillis de faire bon accueil aux marchands de la Hanse, sous la réserve qu'ils n'importeraient pas les denrées ennemies et qu'ils loue-

(1) Livre de Marco-Polo, éd. Pauthier, p. 29.

(2) Compte de Girart le Barillier (1295), publié par Jal, Archéol. »av., t. II, p. 301.

(3) Karl Kunze, Hanseakten aus Eiigland , 1275 bis 1412. Halle-a-S., 1891, ln-8". n°' 15-16.

T,F. BLOCIS CONTINKNTAI. I)F-: L" A N (; MIT KlUt i:. ;{39

raient ou vendraient les nefs dont on aurait besoin pour ]:i guerre. Quant au prix de vente ou de location, il serait (i\é par quatre prud'hommes, deux j)onr cliaque partie (1). A cet achat les officiers royaux apportèrent un tel zèle que le roi dut intervenir le (J mars pour déclarer ceci : » Notre intention n'est pas de retenir la totalité des nefs et vaisseaux de la Hanse, mais d'en laisser assez aux marchands pour retourner chez eux [-2). » Néanmoins les nefs achetées par Philippe furent nombreuses ; soixante-six mariniers les gardèrent au port (;î), et l'on sait qu'il suffit d'un «jarde par navire désarmé. L'embargo jeté sur tous les navires d'Allemagne, d'Espagne ou d'ailleurs, qui fréquentaient les grands entrepôts des Flandres sur les bords du Zwyn, permit encore de choisir dix nefs hispano-portugaises, capitaine Jean Dès, quelques nefs flamandes et peut-être les vaisseaux du roi (4), le Crincus (5), le Saint-Jehan, la Superbe (\q Bayonne. Tous ces bâtiments furent bordés et accastillés en guerre (0) : une partie d'entre eux furent confiés aux réfugiés bayonnais, capitaine Michel du Mans, dit de Navarre.

Aux deux escadres de galères et de nefs royales, ajoutez la flotte marchande de Normandie, qui fournit encore malgré ses désastres deux cent vingt-trois bâtiments armés (7), et vous avez l'effectif formidable de la flotte française en

(1) Suerges tvaktaler med frammande magter jemte andra dit horande handlingav, ufgîfne af S. Rydbeug. Stockholm, 1877, in-4", t. I, p. 30(î-

(2) Codex diplomatlcus Luijecensis. l/iibeik, 1843, in-V', t. I, p. T)")*), doc. 619.

(3) « Four Lxvi mariniers qui ont gardées les nés le roy. » 1297. (Fr. 25992, P 41.)

(4) Compte de Jean Arrode, publié par .Ial, Archeol. na»., t. II, p. 307. Des marins espagnols restèrent en France en 1295 et 1296. Lat. 9()(i9. f" 916.) — Bartholom.ei de Gotton, Historia Aiu/licaïui. p. 282.

(5) Lat. 9069. f 897.

(6) Jal, Archeol. nav., t. II, p. 324.

(7) Jal, Archeol. nav., t. II, p. 324. — Dieppe venait en tête avec 46 nefs, Leure, Chef-de-Cauxet Harfleur avec 45 nefs (y compris les navires étranpers\ Saint-Malo avec 23, Caen avec 16, Étretat 14, Cherbourg 9. etc.

340 HISTOIHE I)K I. A M A lî 1 N K FHANCAISK.

1295. llien n'é{Tale l'in^'^éniosité avec laquelle le Siennois Musciatto Guidi dei Francesi se procura des ressources pour la marine : une aide sur la bourj^eoisie (1) elle clergé, V Obole de la mer sur les marchands, la taille des juifs, des Lombards, des Italiens, la confiscation des biens des Bayonnais à la Rochelle, la levée d'un centième dans le royaume, la levée d'un cinquantième en Champagne, produisirent la somme, énorme pour l'époque, de 1,571), 200 livres (2).

De tout temps la mise à la mer de plusieurs centaines de vaisseaux présente les plus grandes difficultés, lors même qu'un personnel d'élite y préside. Songez qu'en 1295 il n'existait aucun officier d'administration navale. Personne n'était préparé à cette lourde tâche; et tout se passa à souhait. Plusieurs agents se répartirentles opérations si diverses de l'armenuMit. Au maître des garnisons des châteaux rovaux (3), Girart le Barillier, revint la fourniture des boissons (4). L'approvisionnement en biscuit, farines, viande et hadoc ou aigrefin fut dévolu à Jean de Compiègne et Simon Larchier (5). Simon Pelitot acheta les fromages (0); Jean d'Aix les épices, la cire et la poix (7). Chargé de l'habillement de la flotte, Gauthier de Bruxelles fournit les bannières, les étendards, les panonceaux (8). Enfin, le trésorier Jean Arrode et le capitaine Michel de Navarre amenèrent de Bruges les armes elles munitions, lances, haches, épées ou couteaux, pots de terre pleins de chaux pour aveu-

(1) En 1290, 1299, 1315, etc. (Lat. 9069. f 502, 504, etc.)

(2) Archives nat., J 654, n° 16, publié par Boutaiih;, Documents inédits relatifs à l'histoire de France sous Philippe le Bel, dans les Notices et Extraits des manuscrits, t. XX, 2^ p., p. 123-129.

(3) De Saint-Germain, Paris et Vincennes, 1287. (L. Dklisle, Mémoires sur les opérations Jinancieres des Templiers, p. 144.)

(4) Archives nat., K 36, n" 43, publié par Jal, Archéologie nav., t. II, p. 301.

(5) Lat. 9069, f 885 v°.

(,6) Ibid., f»888 y".

(7) Archives nat., K 36, n" 43.

(8) Latin 9783, f 71 v» et 75 v".

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