LE BLOCUS CONTINENTAL DE L'ANGLETERRE
sous PfULIPPE LE BEL
PIRATEUIE.
Rivalité commerciale, diversité de langues, animosité politique, creusaient un abîme entre les Normands et les Aquitains. Je n'en citerai qu'une preuve. Des Normands, établis depuis dix ans à Bordeaux et à Bourg-sur-Dordogne, furent massacrés dans une émeute, par la seule raison qu'ils parlaient français (l). Actifs et entreprenants, les Bayonnais encombraient les marches du Nord, Caen par exemple. Sept d'entre eux, constitués en Compagnie, obtiennent en 1279 1 adjudication des sécheries ducales de la pointe Saint-Matthieu en Bretagne. Les sécheries de poisson, analogues à nos sardineries, donnaient de jolis bénéfices en un temps où les prescriptions de l'Eglise imposaient un grand nombre de jours maigres. Le monopole de ces étrangers lésait les pécheurs bretons, qui se révoltèrent. Mal leur en prit. Le 28 août 1289, le Gonquet était pillé et brûlé par une troupe
(1) K 01) hoc soluiii quia lingua gallica loqueliantur. « En 1292. {Les Olim, éd. Beugnot, t. II, p. 6.) — Le texte primitif de ce chapitre a été pul)lié dans la Revue des t/uestioiis liistoriques du 1" octobre 1896, p. 401. Je l'ai couiplètement remanié.
de pirates (1). Les armateurs bayonnais se maintenaient en Bretagne (2). Mais la paix n'existait plus. Alléchés par le pillage, les pirates irlandais tombèrent sur nos convois.
La course engendrait la grande guerre. Fatalement, le conflit s'élargissait ; aux Bretons se substituaient les Normands, et aux Bayonnais les Anglais. Le lien, que le temps rendait plus lâche entre la Normandie et l'Angleterre, allait recevoir une définitive secousse qu'Edouard t' s'efforçait en vain d'atténuer, en mandant au justicier d'Irlande, Guillaume de Vescy, de ne plus molester les marchands français et de restituer les prises (;î). Au moment même où il annonçait que la concorde était rétablie (4), son optimisme intéressé recevait un démenti éclatant.
Pendant le carême de 1292, un incident futile, une rixe entre matelots, détermina la conflagration générale. On n'en connaît pas très bien les détails, tant la rumeur populaire les a déformés et grossis. Suivant la plainte des sujets d'Edouard (5), la rixe éclata entre un matelot bayonnais et un matelot normand à la fontaine de " Kymenois " , près de la pointe Saint-Matthieu (6) : chacun d'eux voulu avoir le pas
(i^ DoM MoiîiCE, Histoire de Bretarjne, t. I, j). 211.
(2) ErnaiU Bidon à Saint-Brieuc, Pierre Doumas à Quiiiiper, Pierre Darsis au Mont Sainl-Mirlicl, oîi nous les retrouvons en 1296. (Archives nat., J 240, pièce 18.) — Dupont, Histoire du Coteiitin, t. II, p. 195.
(3) 15 mai 1291. {Table chronologique^ t. VII, p. 278. — Fr. Michel, Histoire du commerce et de la navigation a Bordeaux, t. 1, p. 134.)
(4) Entre Gascons, Flamands ou autres gens. Avril 1292. (Dupont, Hist. du Cotentin, t. II, p. 180.)
(5) (I Ce sount les grevances et damages queux les Normauns ont faits à vos gens de..., de Baione, d'Irland et d'aillours de la marine d'Englcterre, et les respons queux vos dite gens vous ount faits sur les choses dount vous les avés cliargées. » (Original au Record office, copié par Bréquigny, Bihl. nat., Moreau, vol. 690, f" 127; publié par Ghampollign-Figeac, Lettres de rois, reines, etc., dans les Documents inédits, t. I, p. 392.)
(6) Cette dernière mention est de la Chronique de Saint-Bertin (apud Maiitkne, N(wus thésaurus anecdotorum, t. III, ,')'' partie, p. 767). — Wai.- TKin itii Uemincdurgu, Chronicon (1048-1346), éd. II. -C. Hamilton. Londini, 1848, iu-8", t. Il, p. 41. — Willelmi Risuangeu, Chronica et annales
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sur l'autre et puiser de l'eau le premier. Un des conibaltaiils tire son couteau : le Normand tombe, frappe ou accidcnltllement blessé. Haro ! vengeance ! ses compagnons jettent le grappin sur la nef de Pierre de Nuunay, coupent le mat, exterminent les matelots. A Royan-sur- Gironde, quatre autres bateau.v de Rayonne sont coulés, les matelots tués.
Ces sanglantes Iraces nous permettent de suivre la flotte normande. Elle allait à Bordeau.\ charger des vins. Fidèle à la politique de conciliation de son maître, le connétable do Bordeaux, Iticr d'Angouléme, assemble les maîtres d'équipage de toutes les nationalités et leur fait jurer de ne plus causer u à autres grevaunce ne damage " , sous peine d'élre lynchés (1).
D'abord, tout va selon ses souhaits. Les Anglo-Bayonnais quittent Bordeaux par petits groupes de quatre ou ciurj navires. Les Normands restent les derniers pour terminer leur fret. Et voici que leurs quatre-vingts nefs se couvrent de châteaux à l'avant, à l'arrière, et mettent bannières de guerre au vent. Elle cinglent vers la Rochelle, cueillent au Pertuisd'Antiocheune nef bayonnaise qui arrivait de Flandre avec une cargaison de draps (2), vingt autres Bayonnais à la Tour de «Vylein» , vingt-deux Irlandais à la Jarrie dans la baie de Bourgneuf. Une nef de Ross {'^) venait d'écoulerà llouen des cuirs et des laines pour une valeur de cinq cents livres; elle est amarinée en vue de Cherbourg, l'équipage exter-
retjnantibua Henrico tertio et Edwaido primo (1259-1307), éd. 11. Tli. Riley, dans les Chroincles and memorials of Great Britain. London, 18G5, in-8", p. 130. — Tous les historiens ont laissé de côté ces témoignafjos contemporains pour adopter la version d'un compilateur du xv" siècle, Walsingham, qui place la rixe en Gascogne entre un Normand et un Annlais. (Historia Anglicana (1272-1422;, éd. H. Tli. Riley, dans les Chronltles and memorials. London, 1863, in-8", t. 1, p. 39.) Rislianger appelait le lieu de la rencontre « Gartonia » ; Walsingham en a fait « Gasconia « . (i) Frappés « tanques le trespas fust amendé » .
(2) Valant 3,000 livres.
(3) Irlande.
;î2(i IlISTOIFiE DE LA MARINE FRANÇAISE.
miné, un des garçons pendu à la vergue. Le lugubre trophée se balançait au mât, quand la flotte normande entra dans le havre de Gaen. En avril, deux nefs de Wycheringe (1) et de Drogheda (2) ont le même sort. Deux autres, de Winchelsea et de Hastings, furent coulées en vue de Dieppe, et les Dieppois « coupèrent les péesàla mountancc de XL hommes, qui mariners, qui pellerins (3) » .
On peut juger, par ces menus faits, de l'effroyable réveil de la férocité Scandinave. Épouvantés « par ce qu'ils savoient bien que Normans les avoient maudis", les sujets d'Edouard I*"" qui se rendirent à Bordeaux au temps des vendanges ne prirent que demi-fret, redoutant d'être attaqués au retour [A).
En cette occurrence, l'attitude de l^hilippe le Bel futassez équivoque pour donner lieu aux interprétations les plus diverses. Rishanger et le chroniqueur de Saint-Bertin s'accordent à affirmer que le roi, loin de calmer les passions ardentes des marins normands, se plut à les exciter (5), espérant ainsi élargir la distance qui les séparait de leurs frères d'outre- Manche. Officiellement, Philippe IV parut s'interposer entre eux, en faisant bannir, à Bordeaux et à Bayonne, défense de molester les Anglais (6).
Il était trop tard. Les représailles avaient commencé contre les sujets français. On mutile les uns, on suspend les autres, un l)âton dans la bouche en guise de bâillon. Sur les places pul)liques de Bordeaux et de Bourg, on massacre les marchands normands, on écartèle un des cadavres,
(1) Sussex.
(2) Irlande.
(3) Champolmon-Figeac, Lettres de rois, reines, t. I, p. 392.
(4) Ibidem.
(5) Rishanger, Chronica, p. 130. — Chronicon S. Bertini, apud Mab- TKNE, Novus thésaurus an ecdotorum, t. III, part. 5, p. 767.
(6) Ordres du roi datés du 16 mars 1293. Ses envoyés étaient Jean de Tournay, Girard de Provins et Jacques de Bailleul. (Archives nat., J 631, pièce 8,)
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doat les membres sont jetés à leau. Un navire de pirates surprend les collecteurs royaux du port de Fronsac, nul sont décapités, au mépris du roi de France et de son frère Chariot. Aux châteaux de Bouzet et QulUier, même massacre ; les envoyés du sénéchal de Toulouse sont détenus neuf jours à fond de cale. Six vaisseaux insultent la ville de Lihourne (I ).
La réaction contre ces atrocités fut aussi atroce. Aux envoyés du roi de France, les Bayoïniais répondaient le
4 mai 1293 : a Ces Normands, qui ne craijjnent ni Dieu ni les hommes, ont passé au fd de l'épée \u\c foule de nos }>;ens, écorché P. de llibera, un do nos maîtres de navires, assommé ignominieusement l'équipage à coups de hâtons, d'épées et de pierres, mis aux fers quantité de marins (2). »
Les Normands, en effet, avaient continué leurs armements. Au printemps de 12î);î, à peine ont-ils appris la présence de la flottille hayonnaise dans la Manche et de la flotte anglaise à Boi^deaux, qu'ils s'ébranlent avec trois cents nefs pour intercepter le retour de leurs adversaires. Très savamment ils se forment en trois escadres : l'arrière-garde, emhossée devant l'île de Batz, garde la Manche; le centre est à la pointe Saint-Matthieu; lavant-garde à Penmarch. Soixante-dix navires britanniques, qui arrivent par petits groupes, sont facilement cueillis, les nolis enlevés, les matelots exterminés : 1 Angleterre éprouve de ce chef une perte de 20,000 livres sterling (;i). A Lannion, neuf nefs bayonnaises sont brûlées ; vingt autres s'échappent de
(1) Aux environs (ie la Saint-Nicolas. Plainte du roi de France contre le roi d'Angleterre et les habitants de Bayonne (1293). Elle commence par la phrase Olim homine'; de Bayona, dont le premier mot est i'^ri-ine du nom iVOlim donné aux premiers registres du Parlement. {Les Olt'iii, t. II, p. 15.)
(2) Archives nat.. J 631, p. 8, orig. en latin.
(3) Aux îles Glenans, le Godier de Sandwich, 16 marins, est enlevé par
5 nefs normandes.
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.Saint-Malo , en laissant deux l)âtimcnts et soixante -dix hommes aux mains des vainqueurs. Mais quel horrible sort attendait les prisonniers! Les Normands «les uns pendirent, et les autres escorchèrent et les pendirent par leurs quirs de mené, et pendirent mâtins juste les cristiens en despit de la cristenté » .
L'une des escadres normandes se détacha pour ramener les prises. Les autres continuèrent leur route vers Tonnay- Gharente et Saint-Jean-d'Angcly. Elles n'y prirent que demifret pour revenir plus lestement contre une escadre cpu leur coupait la retraite.
Ému des plaintes de ses sujets, Edouard I" s'était fait adresser, en janvier I29;i, par Etienne de Pencester, connétable de Douvres, le relevé des navires que les Ginq-Ports devaient équiper à toute réquisition (l) et qui entrèrent aussitôt en ligne. Le capitaine Robert Typtoft, à la tête de soixante-quatorze (i2) vaisseaux l>ien armés, fouilla l'estuaire de la Seine (;^) et défit une escadre marchande, qui perdit six bâtiments.
Puis il attendit à la pointe Saint-Matthieu le gros de nos forces navales. Le 15 mai, deux cents nefs normandes apparurent, un baucent de cendal flottant à chaque mât. Non plus blanches et noires comme les bauséants des Templiers, mais rouges comme l'oriflamme, ces grandes flammes, longues de trente aulnes sur une largeur de deux, étaient le signal d'une guerre à mort. « Gèles banères signefient mort sans remède et mortelle guerre en tous les lious où mariniers sount. " Tout ce qu'on prenait à l'ombre de ses
(1) Rapport présenté à l'Erhiquier par Etienne de Pcncestre en janvier 1293. (Bihl. nat., collection Moreau, vol. 686, f" iJ9, copie, pulilié par RÉmont, Sinion de Mont fort, p. 137, note 1.)
(2) Mentionnés par Pierre de Langtoft, poète contemporain. [Chronique en vers français, éd. Wriglit, dans les Clironicles and Menwrials of Great Britain. London, 1868, in-8», t. II, p. 196.)
(3) Hemingburgh dit à tort le Swyn, c'est-à-dire le canal de l'Ecluse en Flandre. (Clironicon, t. II, p. 41.)
LE HLOCtJS CdNTINKNT.U, l)K l.'A N (; 1. 1 T K i; I! i; :\>ç\
plis était de honnc prise (I). Le conibat commença par une mer houleuse. Il fut désastreux pour les Normands, qui perdirent, soit pendant la bataille, soit à la cote où d'autres ennemis débarqués avant eux les attendaient, « moult jurant foison » de navires et d'hommes (2), quinze mille iiommes, s'il fallait prêter foi à l'aveugle enthousiasme d'un eonieiuporain (:i).
Enthousiasme compréhensible, car le peuple d'outre- Manche considérait la bataille comme une sorte de jugement de Dieu, un duel où Anglais et Normands vidèrent leur querelle. Voici la légende rapportée par Hemingburgh : Un cartel fixait d'avance la rencontre; au milieu de la Manche, à égale distance des deux pays, une énorme nef, vide, surmontée d'un étendard, marquait le champ de bataille. Le 14 avril, les flottes furent au rendez-vous : soixante voiles du côté des Anglais, Irlandais et Allemands ; deux cent quarante et plus du côté des Normands, Flamands et Génois. Un Anglais contre quatre Français ! L'épopée naissante s'enrichit d'une description de tempête : » A l'instar des passions humaines, les éléments étaient déchaînés. Il neigeait, il grêlait; le vent soufflait par rafales Le cumbal s'engagea avec une extrême violence. Mais Dieu nousdonna la victoire. Des milliers d'hommes périrent par l'épée ; des milliers furent ensevelis dans les flots avec leurs bâtiments. Notre butin s'éleva à deux cent quarante navires chargés de richesses (4) » .
(\) CuAMPOLLiON-FiGEAC, Lettres de roi5, reines, etc., t. I, p. 392.
(2) Rartholom/EI de Cotton, Historia anglicana (449-1298), ccl. H. Richards Luaril, ilans les Clironides and Meinorials ofGreat Britain.London, 1859, in-8'', p. 227. — Grandes Chroniques de France, éd. P. Paris, t. V, p. 103. — Lettre de Philippe IV à Edouard /", 28 octobre 1293 (publiée par D. MautÈne, Thesaui-us novus anecdotorum, t. I, col. 1249).
(3) RiSiiANOEn, Chronica, p. 137.
(4) Hemincrcrgii. Clironicon, l. 1, p. 42. — Ai-je besoin de faire remarquer qu'en 1293 Edouard n'avait pas encore conclu d'alliance avec les princes allemands et que les marins génois n'anivi reut eu Normandie que
Cette victoire fut suivie flu pillage de la Rochelle par les Bayonnais (I). Contre leurs insultes, Regnaud de Pressigny, aidé par l'abbaye de Maillezais, mit son château de Marans en état de défense (2).
La gravité des événements, en nécessitant une intervention souveraine, démasqua la politique des deux rois. Au ton impérieux dont Philippe IV réclamait satisfaction, on vit qu'il ne blâmait point la conduite des Normands, mais seulement leur désastre (27 octobre) (3). L'acquisition de Harfleur acheté au duc de Gueldres, leur assurant un port de refuge (4), les encourageait à la vengeance. Devant son suzerain, Edouard s'abaissa, espérant transiger, promettant de comparaître devant ses pairs, livrant pour quarante jours les clefs de Bordeaux, Bayonne, Agen, gages de sa soumission (5 février 1294) (5). Malheureux! Le séquestre devient confiscation; Edouard est déclaré contumace.
l'année suivante? Ajouterai-je aussi (juc la lettre de Philippe le Bel, les autres textes contemporains et le départ de la flotte anjjlaise le 24 avril fixent le combat au 15 mai et non au 14 avril, dans les eaux françaises et non en pleine mer? — Barthélémy de Cotton, toutefois, place l'événement aux ides de juin, c'est-à-dire le 13 juin, et non aux ides de mai : est-ce un lapsus? 11 évalue, du reste, la flotte anglaise à 74 bâtiments et la flotte normande à 180.
(1) Lettres de Philippe IV du 27 octobre 1293. (Marti.:ne, Thésaurus novns, t. 1, p. 1249.)
(2) 5 juillet. (Dom Fonteneau, vol. III, p. 409.)
(3) En même temps, Philippe IV faisait « guernir les frontières de Gascoigne » par ses gens d'armes. (Arch. nat., J 654, n" 16, |)ublié par Bod- TARIC, Documents inédits relatifs à V histoire de France sous Philippe le Bel, apud Notices et Extraits des manuscrits, t. XX, 2'' p., p. 123.)
(4) Août 1293. (Bibl. nat., Chartes de Colhert, p. 30.)
(5) Table chronologique, t. VII, p. 369, 375. — Spicilegium, t. VIII, p. 661. —Les Olim, t. II, p. 9.
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GUERRE d'escadre
Furieux d'avoir été joué et menacé d'abandon par ses marins, qui parlent de s'exiler avec femmes et enfants, si tort ou p^revance leur soit fait en autre manière (1),» Edouard organise trois escadres : à l'ouest, Ormond garde le canal de Saint-Georges avec les vaisseaux d'Irlande et de Bristol; à l'est, les cinquante-trois voiles de Yarmouth, capitaine Jean de Botetourt, et les barges royales couvrent la Tamise. A Portsmoutli, l'escadre des Cinq-Ports, capitaine Typtoft, et les deux cents transports de (Juillaume de Libourne embarquent à destination de la Guyenne un corps de cinq cents hommes d'armes et de vingt mille piétons, que commandent Jean de Saint-Jean. Jean II, duc de Bretagne et neveu du roi, et Guillaume Latimer (l" août l:2*J'i-). L'écrasement de la Hotte normande permet de dégarnir ainsi les côtes de la Manche.
Retenus par les vents à Plymouth et à Dartmouth, les Anglais n'abordent que le 1 1 octobre à la pointe Saint- Matthieu (2). L'abbaye est saccagée; blés, vins, couëtes, draps, croix, livres, ferrures emportés ; le pays ravagé et mis à feu jusqu'à Brest, sur une longueur de cinq lieues et une profondeur d'une lieue dans les terres. A Saint-Guénolé-du- Bois, les Anglais butinent du blé, du sel, des bois d'œuvre pour construction navale, ils incendient deux grandes nels; mais l'abbaye repousse leur assaut. Fort madrés, les babitants de Landerneau, ayant enfoui dans des silos leurs biens les plus précieux, ne voient enlever par le torrent de l'mva-
(1) Champollion-Ficeac, Lettres (le rois, reines, etc., t. I, p. 398.
(2) RiSHANGER, Chronica, p. 143. — DoM MoMCV., Histoire de Bretagne, t. I, p. 215 — Nicolas, History of the royal jSavy, t. I, p. 271.