GUKIUIE DE CENT ANS
certaines besoignes secrètes à nostre amé et féal conseiller Nicolas Behuehet, par lesquelles il pourra avoir mestier des artilleries, armeures et des autres choses que tu as en ta garde. Si voulons que tu les lui bailles (1). » Par " autres choses i> , entendez les galères. Ce ne fut pas un médiocre étonnement que de voir un trésorier royal, étranger à la mer, — sauf qu'il possédait en fief l'île d'Oléron (:2), — revêtir le pourpoint de soie dorée de capitaine d'armée navale (3).
Pourtant, Behuehet était bien l'homme de la situation, un officier vif, décidé et, ce qui a bien aussi sa valeur, discret. Il ne laissa rien transpirer du secret de sa mission. Et ce fut un coup de foudre que sa subite apparition, le !24 mars 1 338, veille de l'Annonciation, devant Portsmouth (4) ; les habitants, qui n'avaient eu vent de rien, purent croire à l'arrivée des contingents de l'amirauté de l'Ouest; l'escadre en vue était sous pavillon anglais. Leur ville fut enlevée sans coup férir. « Incendies, pillages, " je vous laisse à penser, ou du moins Edouard III nous laisse à penser sous cette courte rubrique (5) ce qui s'ensuivit; le but de l'expédition était d anéantir les armements de l'escadre de Guyenne. Rien ne fut épargné, que l'hôpital et l'église paroissiale : les corsaires s'assurèrent, en restant plusieurs jours aux aljords de Wight, que le convoi de secours à destination de la Guyenne ne se formait pas.
On vit, une fois de plus, qu'il n'est pas besoin d une grosse
(1) 13 février 1338. (Pièces orig., vol. 265, doss. Behuehet, p. il.)
(2) P. Anselme, t. Vil, p. 750.
(3) Les officiers de marine se distinguaient souvent des matelots en revêtant des armures de plate couvertes de soie dorée. Armements de nefs à Leure, février 1339. (Delisle, Actes normands, n"" 102-103.)
(4) Nicolas {ouv. cité, t. Il, p. 27) cite les divergences des chroniqueurs, mais a le tort d'adopter la date 1337, contredite formellement par la lettre d'Edouard 111 du 15 avril 1338.
(5) Lettre d'Edouard III aux châtelains de Wight, 15avrili338. (Rymer, t. II, 4'= p., p. 12.) — Grandes Chroniques de France, t. V, p. 369.
/(li HISIOII'.K l)K LA MAIÎINI', I l'.ANf.AlSE.
iloUc pour harasser Fennemi : cinq j-^alères royales (l), les nefs du vice-amiral Hélie avec cinq cents hommes (2), parfois la division des {galères de Pelegrin, suflîsaienl à l'activité infatijjable du capitaine d'armée. Chaque mois {}\), il reprenait la mer après un prompt ravitaillement (4). Mais l'activité ne servait à rien contre la Hotte imposante enfin réunie par Edouard III, deux cents vaisseaux et onze mille six cents combattants ; le roi d'Angleterre passa donc sans encombre en Flandre (5).
Philippe de Valois vint se })Oster à la frontière, pour reculer bientôt, — cela devint chez lui une douce habitude, — dès qu'il eut constaté que l'ennemi ne ferait pas les premiers pas.
Au printemps, nos marins avaient sondé le terrani de leur pr(jchaine campagne en croisant dans l'ai'chipel anglonormand et en débarquant à Serk et Aurigny (6). Ils étaient prêts à agir dès que les escadres levantines parurent dans la Manche, en août.
Après un prompt ravitaillement, on mit le cap sur Guernesey. Douze cents Anglais, enfermés dans le Château- Cornet, eurent la fâcheuse idée, à la voix de leurs chefs, Avmar de Valence et le comte de Clèves, de résister à ou-
(1) I\éarinéc.s du 13 au 16 avril 1338. (Glairanihault, vol. 212, p. 25. — Franc. 10430, fol. 333.)
(2) 150 1. t. « estoient deucs au dit visadniirail, pour le dcniourant des pajjes de V*^ mariniers qui ont esté en cette armée en sa compaijjnie souz le pouverncment «le sir iNicole Beluichct, capitaine il'icelle » . Quittance de .lelian de l'Ospital, neveu et lieutenant du clerc des arlialétricrs. Harlleur, 5 juillet 1338. (Pièces orig., vol. 1531, doss. 34987, pièce 68.)
(3) Armement des bateaux Sai)ite-Marie-la-Bariande et de la nef Saint- George. Leure, 28 mai 1338. (Delisle, Actes normands., n'" 80-89, p. 182- 184. — Pièces orig., vol. 265, iloss. Beliuchet, p. 3.)
(4) Les galères Sainte-Esclaire , Sainte-Katherine, sont armées à Leure les 23 et 27 juin. (Pièces orig., vol. 265, doss. Behuchet, p. 8 et 10.) — Pelegrin arme à Leure, le 25 juin. (Franc. 10430, p. 234.)
(5) Il s'embarqua le 17 juillet. (BvMEn, t. H, 3° p., p. 108; 4' p., p. 28, 66.)
(6) BvMKn, t. IL .3" p., p. 167
GUElîRE Dl-: CENT A^S. 415
Irancc. Ils lurent enlevés d'assaut et bon noiuhre passés au lil de Tcpée (1). Là s arrêtèrent les seènes de désolation coutuinières à toute invasion, car défense fut " faicte par vox de criée que nul n'en ausast faire aucun domniajje auz gens de ladicte ille, ne à leurs causez" . L'amiral indemnisa la seule partie lésée, « une bone famé ; » et des largesses à peu de frais, deux deniers par tète, aux pauvres (2), marquèrent comme il convenait le retour à la couronne d'un territoire français. Il y a loin, on le voit, de la réalité au récit fantaisiste d'un chroniqueur qui représente notre invasion comme celle d'une nuée de sauterelles (3). Le connétable de France, dit-on, avait été de la partie (4), bien que je soupçonne qu'on ait confondu l'expédition de Li3(), où il était, avec celle de 1338. Mais un maréchal y fui, Bertran, dont les ancêtres possédaient la moitié de l'île. On lui rendit son patrimoine (5), et il déploya sur Guernesey sa bannière d'or au lion de sinople, la bannière du Chevalier au vert lion, dont la garde fut confiée au vice-amiral Hélie (6), investi du commandement de Chàteau-Cornet (7). Une galère royale y fut détachée en permanence sous les ordres du capitaine Danois de Laguillon (8). Deux autres Normands, Jean L'Allemant et Henri de Heuqueville, eurent le soin de 1 artillerie insulaire (9). Ainsi fut consommée l'annexion de
(1) Chronùjue normande, éd. Molinier, p. 24-5, ii" 5. — Anciennes Chroniques de Flandres, t. III, p. 147. — Continuation de Nangis, p. 158.
(2) Certificat de l'amiral constatant les dépenses du trésorier de l'année des jjalèrcs génoises. Lcure, 20 novemhre 133S. (Clairatabault, vol. 92, p. 7145, n" 25.)
(3) Chronographia rcfjum Francoriini, t. II, i). 94.
(4) Anciennes Chroniques de Flandres, t. III, p. 147.
(5) Lettres de Philippe VI, 3 octobre 1338. (Cf. Franc. 10430, n" 1129.)
(6) Archives nation., J 211, p. 34.
(7) Par Philippe VI. (Du G*nge, Glossarium niediœ latinitatis, art. Amir, citant le Reg. B^ de la Chambre des Comptes, fol. 130 v".)
(8) Ravitaillée à Leure, le 7 septembre 1339. (Dei.isi.e, Actes normands, n" 116.)
(9) Franc. 10430, n" 1129.
l'île au duché de Normandie (l), pour un temps bien court Philippe VI ne le prévoyait que trop, et il avait pris ses précautions en conséquence en stipulant que le maréchal lui rétrocéderait l'île au cas d'un traité de paix avec l'Angleterre (2).
Quiéret ht route sur la Normandie. Il rallia l'escadre de Behuchet, les divisions de galères Pelegrin (3)etDamas (4), et, toutes forces réunies, le 21 septembre, se porta sur les côtes flamandes. Edouard III s'y trouvait dans luie position critique. En débarquant à Middell)ourg, il s'était aperçu avec stupeur qu'il avait manqué de parole à ses alliés : au lieu de vingt mille sacs de laines promis pour rétablir leur industrie drapière, il apportait le misérable stock de deux mille cinq cents sacs. Il envoya au plus vite chercher de quoi combler le déhcit (5). C'est ce que nos gens venaient entraver.
En contournant l'île de Walcheren, ils découvrirent dans l'anse d'Arnemuiden (6), près de Middelbourg, cinq magnihquesnefs arrivées depuis peu avec un chargement de laines. C'étaient les plus beaux vaisseaux de guerre du roi Edouard, en particulier le Christophe et r Edouarde (7). Une partie des
(1) Philippe VI avait donné l'île à son HIs Jean, tluc de Nonnantlic, en accroissement de son duché; Jean la donna au maréchal.
(2) Bois de Vincennes, novembre 1338. (Archives nat., J 211, p. 35; Analyse, ms. franc. 21098, p. 7.)
(3) Armées le 19 seplemhre. (Franc. 10430, p. 224.)
(4) Deux jjalères armées les 19 et 20 septembre à Harfleur (Pièces orig., vol. 77, doss. 1572, d'Anyas, p. 2, 3), et montées de 400 marins de Narlionne et Béziers, suivant traité passé avec Philippe VI. (Archives nation., P 2291, fol. 467.^ — Les bateaux Jelian-Hiant, Binet-de-Castellon et Saint- Georges étaient armés à Leure le 20 septembre également. (Delisle, Actes normands, n"" 92-97. j
(5) Rymer, t. II, 4' p., p. 28.
(6) " Areinouth » . (Laurence Minots Lieder, von Wilhelm Schoile. Strassburg, 1884, p. 11, dans les Quellen und Forschiingen zur Sprach-und Cuhurgeschichte der Gennanisc/ien Vôlker, 52 heft.)
(7) Grandes Chroniques de France, éd. P. Paris, t. V, p. 375. — Les autres nefs an{>laises étaient la Catherine, la Rose, la Saintc-Marie-l' An-
OUKRRE DE (^KNT ANS. 417
équipages était descendue à terre. En revanche, le Christophe^ spécialement aménagé pour le passage du roi, était muni d'armes redoutables, trois canons de fer et un canon à main (1), analogues aux pots de fer embarqués l'année même sur une des nefs de Behuchet (2). C'est ce qui expliquerait l'énorme retentissement donné à ce combat naval, le premier où ait tonné l'artillerie à feu. Ajoutons que la liille fut acharnée. Un contre cent, disait une complainte anjjlaisc qui évaluait nos forces à quarante-huit galères, deux carraques et quelques vaisseaux. Le capitaine du Christophe^ Jean Kingston, nous tint tête pendant un jour entier. Pour un de ses hommes qui mordait la poussière, six des nôtres tombaient (;i). Enfin, un dernier assaut triompha de sa résistance, et nos matelots exaspérés par l'acharnemenl de l'ennemi massacrèrent les survivants : i! périt près de mille hommes sur les cinq nefs anglaises, un peu moins à bord des nôtres (4). Les prises, avec leur riche cargaison, furent amenées à Calais (5).
Vivement ému de notre coup de main, Edouard 111 mandait le 27 septembre à ses deux amiraux Bardi et Drayton d'unir leur flottes et d'arrêter les pirateries françaises en
(jlaise, mentionnées l'année suivante comme prises faites à l'ennemi : c'étaient du reste des navires de guerre.
(1) Remise par Jean Starling, clerc des vaisseaux, barges, balingers et autres vaisseaux du roi, à Helmyng Leget, garde desdits vaisseaux, de lu » hulk appellée Christofre de la Tour, dont Johan Kyngeston est meistre, ove... III canons de ferr ove V cliambres, un handgone ». 22 juin 1338. (Nicolas, ouy. cité, prouves, t. II, p. 475.) — Adam Muri.muth (Continualio Chronicorum, p. 87) dit que les cinq grandes nefs anglaises étaient prcstjiie vides quand on les prit. — Froissart, éd. Luce, t. I, p. IGO.
(2) Livrés par le garde du Clos à « (Guillaume du Moulin de Bouloiguc, artilleurs", Lcure, le 2 juillet 1338. (Lacaba:<k, la Poudre à canon, apiid Bibliothè(jue de l'Ecole des Charles, t. VI, p. 36.)
(3) MiNOTS Lieder, p. 11.
(4) La Continuation de Nangis (p. 162) dit mille Anglais ; mais ce chiffre, supérieur au total des équipages anglais, peut représenter la perle des deux partis.
(5) Froissart, t. I. j). 188. — Le 3 octobre, la galère Sainte-Aventure se ravitailla à Boulogne. (Franc. 10430, fol. 333.)
'lis II ISIOIRI. I)K LA MARIM'. F II A N C A I S K .
Zélundc (I). Qu'ils cusscnl intercepté ou deviné les plans de Fennemi, nos officiers surent les déjouer en prévenant la jonction des amiraux anglais.
Au fond d'un golfe qu'abritent comme deux vigies Wight et Portsmouth , dormait la ville de Southampton, jusquelà épargnée par la guerre. Le 5 octobre 13;i8 fut pour elle un jour de malheur (2). Vers trois hexu'cs de l'après-midi, cinquante galères apparurent faisant force de rames vers le port. Quiéret avait fait proclamer <i que les premiers qui entreroienl dans la ville de Hantonne aurolent 100 livres tournois (îi) " . " IMus courageus et volontieus " que tous autres, ses propres écuyers et ses marins bondirent à Tassaut. Mais les soldats (jui couronnaient les remparts pendant que la population {>jémi8sait devant les autels, les reçurent si chaudement que la petite troupe courait les plus grands dangers , quand éclata derrière elle la sonnerie des Génois : l'équipage d'Antoine D'Ona accourait à la rescousse (4) ; les défenseurs de la place furent écrasés; la ville était nôtre; elle fut aussitôt livrée au pillage. Ghevale-
(1) RïMER, t. II, ¥ p., p. 36.
(2) Nicolas [ouv. rite, t. II. p. 34, ncjte fl) relève l'erreur de Froissart, qui plaçait le 5 0(toi)rc au dinianclie. — llistoria aiionymi Edw. IIJ, cap. LV et cccxvin. — Continuation de Niincfis, éd. Géraud, p. 161. — Adam Murimuth, Continuatio Clironicarutii, éd. E. Maunde Thompson, dans les Chronicles and inemoriaLt of Great Britain. Londres, 1889. in-8", p. 87.
(3) Lettres patentes de laiiiiral Hue (Juiéret, Leure, 15 novcndire 1338 : « Combien que trouvé ait esté, par information sur ce faite, que noz escuiers et gens propres y fussent premièrement entrés, emprès euls les gens et maronniers de la galie Ayton Doyre, les quiex secoururent et aidèrent les nostres dictes genz ou péril ou ils se mirent, toute vois n'avons mie voulu que noz dictes genz eussent les dictes cent livres : Ançois avons voulu et voulons que cil qui les secoururent comme dit est les eussent. » (Clairambault, vol. 825, fol. 19, orig.) — Dans sa quittance datée de Leure, 21 novembre 1338, Antonio D'Oria, en touchant les cent livres de récompense, ne fait aucune difficulté de reconnaître que les écuyers et gens de Quiéret pénétrèrent les premiers dans la ville. (ClairaudDauIt, vol. 41. p. 3069, n°^ 96, 97, orig.)
(4) Cf. la note précédente.
(;rFI{HK DK CKNT ANS, 410
resqiies comme toujours, 1rs français céderont leur prime aux marins de la capitane jjénoise. ^Notons aussi le malin tour d'emporter les balances publiques sans lesquelles on ne pouvait lever les droits de douane (1). Pourquoi faut-il assoml)rir le tableau en ajoutant le cortèjje ordinaire de la guerre, lincendie allumé par les maraudeurs dans les hameaux des environs, le viol des femmes jusque dans les églises (2), la mise à sac des maisons, puis, quand on eut couché sur les positions pour affirmer la victoire, le feu mis aux cinq quartiers de la ville. Les milices de Winchester, Salisbury, Londres, accouraient bride al)attue : trop tard. Nos marins voguaient tranquillement vers Dieppe, pour mettre en sûreté leur immense butin (3).
Une brusque volte-face porta notre flotte sur un point où on ne s'attendait plus à nous voir et où, la confiance renaissant, les marchands se hasardaient à sortir des ports. Dans la seconde quinzaine d'octobre, l'amirauté du nord était dans le plus vif émoi. Shepey est menacée; les Français sont à Fembouchure de la Tamise; la terreur règne à Londres; le tocsin sonne partout; les signaux d'alarme s'allument de poste en poste ; les habitants enfoncent des estacades dans le lit du fleuve en avant de la capitale (4) ; Quiéret va faire dans la Tamise la campagne qui, trois siècles plus tard, illustra Ruyter. .. Un hasard arrêta tout.
Tandis qu'on croisait devant Margate, quatre vaisseaux suspects parurent dans le sud, luttant contre une forte brise qui les poussait vers la Tamise. Nos bâtiments, au nombre de soixante-quinze, prirent chasse aussitôt, toutes bannières au vent. A l'Ecluse, où ils avaient touché, les marins de
(1) Rymkr, t. II, V' p., p. 41.
(2) Froissart, éd. Luce, t. I, p. 158 et variantes.
(3) Fhoissart, t. I, p. 158. — Le 14 octobre, une galère jjénoi.se se trouve à Leure. (Glairanibault, vol. 41, p. 3069, n* 96.)
(4) Lettres patentes du conseil royal d Angleterre, 14 et 23 octobre 1338. (Rymer, t. II, 4^ p., p. 36.)
l'escadrille s'étaient fait passer pour uiarchands norvégiens et pour pèlerins qui s'en allaient à Samt-Jacques-de-Compostelle, ce qui les avait dispensés d'une inspection sévère. Levir contenance fut tout autre devant notre escadre. Après un court conciliabule où ils jurèrent de ne pas se rendre, mais de se battre » tant que durer poroient " , on les vit faire le branle-bas de combat, bisser la bannière d'Ecosse, jeter l'ancre et attendre lièrenient leurs innombrables adversaires.
a Qui étes-vous? crièrent les nôtres. — Ecossais et au roi d'Ecosse. Et vous?» demanda (Guillaume Douglas. — "Et quels gens étes-vous d'Ecosse? reprit l'amiral de France en s'avançant. Nommez-vous ; autrement vous êtes tous morts, car nous vous soupçonnons fort d'être des Anglais. » Son interlocuteur poussa un soupir de soulagement. C'était le roi d'Ecosse lui-même, David Bruce, qui venait, avec les principaux seigneurs de sa cour, demander des secours en France. Il avait cru, lui aussi, tomber au milieu d'une escadre anglaise et se disposait à vendre cbèrement sa vie, quand il s'aperçut de sa méprise. Quiéret, pour lui éviter de pareilles alertes , l'escorta respectueusement jusqu'à Calais (1), puis reprit jusqu'au 8 novembre sa croisière, sans qu'aucun incident important vînt, cette fois, la signaler. De retour à Leure et Harfleur (:2), Quiéret, rachetant à tout prix les armes que des soldats indisciplinés vendaient aux courtiers de l'ennemi (3), procédait à la distribution du butin (4), de la solde et des récompenses (5). Les marins prirent leurs quartiers d'hiver à proximité de la Flandre et s'échelonnèrent le long des côtes, de façon à prévenir toute
(1) Froiss.\rt, t. I, p. 429.
(2) Frani;. 10430, p. 235. — Nouv. acq. lalines 2365, pièce 40.
(3) De 1''rÉvili,e, Mémoire sur le commerce maritime de Jiouen, t. I, p. 261.
(4) 15 novembre. (Clairamhault, vol. 825, p. 49.)
(5) 20 novembre. ;^Glairambault, vol. 92, p. 7145, n" 25.)
GUERRE DE CENT ANS. 42t
incursion de l'ennemi. Le corsaire Marant et le capitaine Pierre Damas tinrent garnison dans le Ponthicu : leurs Languedociens occupaient le Grotoy, Saint- Valéry, Rue, Abheville, Saint-Riquier. Les Génois étaient cantonnés à Gapécure, près de Boulogne-sur-Mer, à Boulogne, Rellcfontaine, Gamiers, Etaples et Saint-Josse, près de Montrcuil ; les Guelfes monégasques, isolés de leurs compatriotes gibelins par mesure de prudence, stationnaient à Galais (I). Le connétable, à Tournay, occupait l'extrémité du camp retranché. Quelques croiseurs, le galiot Sainte-Amie (2), par exemple, étaient détachés à la surveillance des côtes.
PRO.IET DE CONQUETE DE l'a N GL E T E Ulî E.
La journée des Normands.
La Manche balavée d ennemis, l'Angleterre privée de son roi, rien n'empêchait l'invasion des îles Britanniques. C'est alors que Philippe VI suggéra aux Normands une nouvelle conquête de l'Angleterre. Nul doute que l'inspiration vînt d'en haut et non du peuple, quelque grisé qu'il fût par les succès de la campagne. Comparez ces dates : le M) janvier 1339, sur l'ordre exprès du roi, le connétable, campé à la frontière, emmène " grant partie de ses gens » pcRir lu Journée des Nornians, à Rouen (3). Or, la convention de Vincennes où les notables décidèrent le passage en Angleterre
(1) Chronographin regum Francorum, éd. Moranvillé, t. II, p. 94.
(2) Armé le 18 décembre. (Delisle, Actes tiormands, n"' 99 et lOJ , p. 193-194.)
(3) II ne laisse à la frontière qu'un Français de l'Ile-de-France, Charles de Montmorency, et 80 cavaliers. (Comptes du connétable Raoul d'Eu, 1338-1346 : Fontanieu, vol. 864, p. 148.)
'i2-2 IlISTOini', l)K l.A Al A 111 m; 111 ANC ai se.
11 est que du :23 mars (1), et la latiHcation par les Etats de la province, du 25 avril (2).
C'était un va-tout de la politique royale, impuissante à obtenir des subsides. L'entreprise, d'une conception grandiose, rappelait les temps béroïques. " Si elle entraînait de lourdes charges, les Normands croyaient que ce n'était pas acheter trop cher, et les espérances qu'elle faisait naître, et surtout les privilèges définitifs qui devaient les dédommager, la confirmation solennelle de leur charte (3). »
Mais le chef de l'expédition, Jean, fils du roi et duc de Normandie, n'ayant pas leiivergure d'un conquérant, l'armée de i,00() hommes d'armes et de 40,000 sergents que la province mettait à sa disposition, pas plus que les dix à douze semaines de durée fixée pour la campagne ne pouvaient suffire à dompter une nation où tout homme maniait l'arc et l'épée et devenait au besoin soldat. Le Dooniesdayhook de la conquête n'en fut pas moins arrêté dans ses grandes lignes : il répartissait les biens des laïques entre les églises, les barons et les bonnes villes de Normandie, ne laissant aux églises anglaises que 20,000 livres sterling de revenu. Parmi les signataires du traité, il y avait le connéta])le, un maréchal et de grands seigneurs dont la guerre était la vie, des gens des communes dont lamour du gain expliquait l'adhésion; mais il y avait aussi un futur pape et des évéques (4) qui avaient le devoir de s'opposer à la spo-
(i) Archives nation., J 210, n'" 5 et 7, orig. ; copie dans la collection De Camps, vol. 45, p. 422, à la Bibliothèque nationale; — publié par Du TiLLET, Recueil des traités, p. 46, 232, et par Rvmer, Fœdera, t. II, 4'' p., p. 197. — Plusieurs historiens, en particulier Michelkt IJIistoire de France, t. III, p. 323), ont nié l'existence de ce traité.
(2} Archives nation., J. 210, n" 5.
(3) CoviLLE, les Etats de Normandie, p. 47-49.
(4) Pierre Ro{>er, archevêque de Rouen, pape sous le nom de Clément VI; Guillaume Bertran, évèque de Baveux; Jean de Hautfrine, évéque d'Avrauches; connétable Raoul d'Eu, maréchal Bertran, Jean de Harcourt, etc.
CrEHKK DP, CENT ANS. 4-23
liation injuste de tout un peuple. Le projet de conquête de l'An^jleterre, qui aboutit l'année suivante à une catastrophe, légitima aux yeux des Anglais la conquête de la France.
En se chargeant du transport éventuel de l'armée expéditionnaire, les Etats laissaient à la flotte royale le soin de garder la mer.
La lourde responsabilité qu'assumait le conseil royal, instigateur de l'entreprise, se trouvait encore aggravée par les difficultés de l'exécution. Elles furent surmontées, il est vrai, par le zèle admirable des officiers de la marine royale, qui se hâtèrent de dresser un plan de manœuvres simple et clair, accessible à tous les marins et facile à exécuter par une flotte de transports.
Les Ordinations classis, rédigées en français en dépit de leur rubrique latine (1), sont les premières en date des nombreuses ordonnances maritimes que vit éclore le xiV siècle. Elles fixent le poste de l'amiral à lavant-garde avec les gens de Seine et les Flamands ; Dieppois et Picards seront au corps de bataille, les marins de Caen et du Gotentin feront l'arrière-garde. Pour une conversion en une seule ligne, les Dieppois et les Picards se masseront à la droite et les Bas- Normands à la gauche de l'amiral, dont personne ne dépassera la bannière. Chaque maître de navire restera sous la bannière de son capitaine. N'iront au pillage que les gens d'armes désignés pour « apporter la roberie et le gayn et amener le bestail " . ils remettront le tout à deux hommes préposés, en chaque nef, à la répartition proportionnelle du butin « soulonc les condiciouns des persones » . — Remarquez, entre parenthèses, l'assonance de ces mots, qui laisse
(1) Brilish Muxeum, Gotton, Claudius E VIII, f" 248 v", publié par M. Edward Maunde Thompson, en appendice à son édition d'Adam Murimulh, Coiitiiniatio Chronicaruin, p. 257-261, et par sir Travers Twiss, en appendice du Black book of the admiralty, dans les Chronicles and memorials. London, 1871, in-8'% t. I, p. 426-429. Mais ces éditeurs lisent « Savie » au lieu de « Saine », et, déroutés, expliquent Savie pur Savoie
424 lllSTOlKli 1)K LA MAlilNK F 1! A N Ç AI S K
deviner l'origine méridionale des rédacteurs. — « 8i Tamiral fait soner la retrète » , Tarrière-garde, Caen et Gotentin, se retirera la première en ordre de bataille et s'embarquera, les gens d'armes passant d'al)ord ; elle renverra les bateaux à la côte et laissera tous ses arbalétriers près de l'amiral. Le second corps, Dieppois et Picards, se retirera de même, couvert par l'amiral, qui commandera l'arrière-garde etsera le dernier au combat comme il y fut le premier. Personne ne descendra à terre ou n'abandonnera sans ordre la garde des nefs, barges ou bateaux ([ui lui aura été confiée, sous peine d'être puni comme traître. \in cas de rébellion, les maîtres enverront à l'amiral les coupables ou " les noms de yceux par escript » , et le prévôt de l'armée de la mer en fera justice. Afin que personne ne puisse arguer d'ignorance, les articles de l'ordonnance seront publiés et criés plusieurs fois sur toutes les nefs de l'armée et en chacune des i<.escheles " , c'est-à-dire des escadres.
iMarche de jour : le vice-amiral, chargé des signaux, défilera en tête de colonne, et, à moins d'un ordre de lui, nul ne le dépassei'a sous peine de 60 florins d'amende. De jour, sa nef se distinguera en arborant deux bannières des autres navires, qui n'en porteront qu'une. Elle hissera une troisième l)annière, et tout autre bâtiment une seconde, si une » nief cstrange " est en vue : chacun se rapprochera du navire qui a fait le signal. Toutes les fois que le vice-amiral hissera l'étendard en une f;ourdlne au haut du mât, tous le rallieront pour » prendre conseil» . Nul ne prendra terre sans son commandement.
De nuit, la nef vice-amirale portera un feu, deux feux s'il faut jeter l'ancre, trois feux s'il faut la lever. Le premier qui découvrira une nef suspecte doit n fussiller » , c'est-àdire tirer du briquet une fusée d'étincelles. Une nef qui ralliera la flotte mettra bannière carrée au mât, et les nefs qui l'apercevront répéteront ce signal de reconnais-
OT'KRIiK ])[■; CKINT ANS. -425
sance, tout en voguant à sa rencontre. Nul ne pourra entrer en II nief vacante " avant Taniiral ou son délégué. Enfin, l'ordonnance rappelle que, dans une descente, personne ne doit dépasser la bannière du roi, ni quitter celle de son capitaine.
" Criée » de temps à autre à bord de chaque escadre, elle finit par arriver au.\ oreilles de rcnnemi. Nous la retrouvons presque tout entière et en français dans le Code fondamental de la marine anglaise dont elle fut la première assise (1). Plus complète, mais plus diffuse, l'ordonnance anglaise, rédigée aux environs de la bataille de l'Écluse et en tout cas entre 1337 et 1351, s'étend longuement sur les devoirs de l'amiral en temps de paix, le choix de ses « lieutenants, députez et autres officiers des plus loyaulx, sages et discrets en la loy marine et anciens coustumes de la mer " , le dénombrement des vaisseaux de guerre et des « mariners deffensibles » qui permette au roi de connaître à tout moment " sa force par la mer » . Notez que l'amiral français s'acquittait des mêmes fonctions et, en particulier, des recensements maritimes. Voici maintenant l'organisation de la flotte de guerre ennemie :
Les cinq meilleures nefs seront réservées pour le roi et pour les divers services de la cour : la chambre, la sale, la garde-robe, la larder et la cuisine.
Chaque soir, l'amiral ira savoir du roi " ([ucl cours ils tendront celé nuyt et le jour subséquent » . La nef royale aura trois grandes lanternes en triangle; l'amirale, deux grandes lanternes accouplées au sommet du mât; les sousamiraux du Nord et de l'Occident en porteront chacun une, à la volonté de leur chef. Lorsqu'une ])annière sera hissée au milieu du mat de lamirale, tous les capitaines et maîtres mettront leurs bateaux à la mer pour venir au conseil.
(1) Black book of the admiiafty, éd. Travers Twiss, t. I, p. xxx et 1-39.
42(j HlSTOlKi; DE LA MARI Mi FRANÇAISE.
Toute prise sera répartie entre le roi pour un quart, les seigneurs des nefs pour vin autre et les marins des navires qui se trouvaient en vue de la prise ou qui cinglaient vers elle. Seront attribués à l'équipage qui a amariné la prise, tous les biens et harnois trouvés sur le tillac. L amiral prélèvera deux parts de matelot s'il est présent à l'action, une seule part s'il est absent.
En escadre, tous les navires se masseront autour de la nef amirale; aucun d'eu.x ne s'éloignera sans congé, ne croisera sa voile en haut ou ne jettera l'ancre avant elle, sous peine d'être traité comme rebelle. En cas de tempête, les bâtiments qui perdraient de vue 1 amirale feraient route derrière le sous-amiral.
Un détachement d'archers et de gens d'armes sera commandé, dans chaque navire, pour escorter les fourrageurs ou les équipes qui iront à l'aiguade en terre ennemie. Sous peine de mort, défense à tous d'attaquer une forteresse ennemie ou d'allumer un incendie sans ordre de l'amiral; défense à tout maître ou connétable de nef de laisser débarquer ses hommes, s'ils ne sont sous le commandement d'une personne autorisée.
A la vvie d'un vaisseau suspect, on hissera une bannière à la pointe du mât. Si c'est un navire de commerce, on examinera sa charge en même temps que ses « minuments et endentures » ; notez cet article qui consacre le droit de visite, pratiqué de tout temps par la marine anglaise. La cargaison est-elle reconnue suspecte? on amènera le bâtiment devant l'amiral, qui relâchera les uloyaulx marchants et amys » ou autrement « raensonnera selon la loi de la mer » les coupables. En cas de rébellion, les navires étrangers seront assaillis de « forte mayn » et amenés devant l'amiral. Toute la juridiction criminelle, la connaissance des rixes à bord, par exemple, était concentrée, de même qu'en France, entre les mains du chef suprême de la Hotte.
GUKU1U-: I)K GKNT ANS. 427
Et la discipline était d'autant plus rigoureuse que Fespoir de l'Angleterre reposait sur ses vaisseaux et que c'était pour elle une question vitale de briser notre élan.
Au moment où l'on arrêtait de part et d'autre ces plans d'attaque et de défense, toute notre flotte de guerre était en évolutions. Après un hiver long et rigoureux, qui avait entravé toutes les opérations de décembre à mars 1339, elle poursuivait de tous les côtés les convois anglais, en particulier les transports chargés des laines que la crainte des croiseurs français avait tenues accumulées dans les docks d'outre-mer et au port d'Harwich (1). L'amiral avait lancé une escadre dans chacune des trois mers qui baignent nos côtes du Ponant, tandis que l'ennemi confiait à une seule flotte, aux soixante nefs des Ginq-Ports, la sauvegarde de ses rivages (2) .
Il était urgent de rétablir en Guyenne le prestige de la France, fortement compromis depuis la campagne de 1338. Le traître Robert d'Artois, abordant une nuit sous les remparts de Blaye, avait surpris cette place : en vain les deux capitaines français barricadés dans l'église avaient-ils prolongé la résistance (3). 11 avait fallu se rendre. L'amiral se chargea de la revanche. Il prit l'escadre génoise (4), laissant à Nicolas Behuchet le soin de garder la Manche avec les bâtiments royaux (5) et le contingent normand (()). Il savait
(1) Adam Murimuth, CoiUinuatio Chronicarum, p. 88.
(2) Kmghton, Cfiroiiicon, t. II, p. 8.
(3) Froissart, t. I, p. 386.
(4) La galère Sainte-Antoine, entre autres, armée en février 1339. (Franc. 10430, p. 232. — Glairamhault, vol. 104, p. 8117.)
(5^ Les galères Sainle-Katheline, Sainte-Marie-AIatlcleinc, la coque Saint-Nicolas, les nefs Saint-Denis, Saint- Georq es, armées à Harfleur du 8 nu 14 mars 1339. (IMèces orijj., vol. 265, doss. Behuchet, p. 9, et vol. 1806, doss. Maiscelle, p. 3. — Catalogue Joursanvault, 1855.)
(6) Le» nefs la Thomassp.tte , de Gaen; la Catherine, de Leure ; la Martinette, de Fécamp, etc. (Delisle, Actes normands, n" 102-108. — Pièces orig., vol. 972, doss. Danois, p. 4, et vol. 1642, doss. Langlois, p. 2. — Dépôt de la marine, Bibliothèque, A 87, 2° volume.)
4'->S IIISTOIRK DK LA M A U I NK FRANÇAIS!:.
la manière de stimuler les Génois, il leur promit le pillage (l) et son entreprise fut couronnée de succès par la prise de Blaye, le 18 avril 1339, et de Bourg, le ±2; la campagne fut interrompue à la nouvelle des projets de conquête, qui nécessitaient la présence de toutes nos forces nayales dans la Manche. L'amiral raniena les prisonniers à la Rochelle (2). Précédé de la division du capitaine Badin du Four (3), il continua son voyage de retour, marqué çà et là par l'incendie des navires de Bristol, de Cornwall et de Devon (4).
Le 20 mai, sa division, forte de dix-huit galères et pinasses, brûlait sept vaisseaux de Bristol en rade de Plymouth. Les nôtres voulurent poursuivre leur avantage, sans tenir compte de la position de la ville, assise à une grande hauteur du côté de la mer et défendue du côté de la terre par une bonne forteresse sur un petit mamelon. " Il n'y a pas moyen d'y atterrir en cas de résistance, disait, quelques années plus tard, l'enseigne d'un corsaire castillan, à moins d'opérer la descente loin de la ville. » Ce corsaire dut reculer, en effet, sous un feu nourri (5).
Quiéret eut plus d'opiniâtreté : un premier débarque-
(1) Franc. 1366, fol. 312 : la chronique a le tort de placer l'affaire en juin. — Un peu plus tard, la reprise de Bour^; par le parti anglais n'offrit pas plus de diftîcullés. II suffit de 65 hommes déterminés pour s'emparer du château. Postés une nuit dans des barques au pied de l'abbaye, ils montèrent à l'escalade au signal donné par un moine de leurs complices. [Chionique normande, éd. Molinier, Preuves, p. 225.)
(2) D'où l'amiral les dirigea sur Paris, sous la conduite de son tils Guv, 1^'' mai. (P. AxSEi-MK, Histoire généalogique, t. VII, p. 745.) — Au milieu des contradictions des chroniqueurs et avec le laconisme des textes, la reconstitution de ces campagnes navales est d'une difficulté inouïe.
(3) Mandement royal pour « jjadin Du Four, qui a fait faire une galée à la Rochelle et icelle amenée en Normandie avec ses autres galées « . Conflans, 19 mai 1339. Quiéret n'a pu contresigner l'ordre (ju'à son retour, le 7 juin, au Crotoy. (Franc. 10430, p. 248, analyse.)
(4) Adam Murimuth, Conlinuatio Chronicarum, p. 89.
(5) En 1405. i^Le Victorial, clironii/uc de dom Pedro Niiio, par GuTiEnRE DiAZ DE Gamez, son alferez (1379-1449), trad. par les comtes de Circonrt et de Puymaigre. Paris, 1867, in-S", p. 294.)
or Kl! liK l)K Ci; M' ANS. 40.)
ment échoua avec perte de cinq cents hommes contre quatre-vingt-neuf Anf[lais tués ou blessés. Deux jours après une nouvelle attaque aboutissait à l'incendie de tous les navires en rade et de plusieurs maisons. Les assaillants durent se replier, le 25 mai, devant un fort détachement ennemi, amené par un indomptable octojjénaire, Hupues de Courtenay, comte de Devon, qui avait repoussé la première attaque (I). Ils brûlèrent dcuv navires à Southiimpton (2), avant d'atterrir au Grotoy (;i).
Southampton, pour sa richesse sans doute, semble avoir fasciné les marins de Philippe de Valois. Vers Pâques, s'alignaient devant la ville douze galères et huit pinasses montées par quatre mille hommes (4), effectifs qui correspondent à la division de Charles Grimaldi (5).
Elles venaient d'Harwich; la veille de l'Annonciation, elles avaient allumé, sur trois points différents, des incendies dont les vents contraires avaient arrêté les ravages. La population, accourue au tocsin, avait empêché les envahisseurs de causer grand dommage au pays (0). A Southampton, l'accueil fut encore plus rude. « Débarquez, criait-on, reposez-vous pendant deux jours , puis nous nous l^attrons dix contre dix, vingt contre vingt, ou en tel nombre que vous voudrez. " Des Français eussent relevé le gant, mais les mercenaires monégasques vidèrent la place (7). Eurent-
(i) Adam Murimuth, Contiituatiu C/uonicuruin, p. 90. 2) Adam de Murimuth ne donne pas le nom du chef de l'escadre française. Mais il est hors de doute, pour moi, cjue c'était Quiéret. Le 1"" mai, l'amiral est à la Rochelle; le 7 juin, au Crotoy. Or l'escadre qui prit Plyniouth arrivait de l'Océan et se dirigeait vers Southampton, par conséquent du côté du Crotoy.
(3) Franc. 10430, p. 248.
(4) « Cuin XII galcis et Vlll spinachiis, cuin manu bene arinata circiter IIII mille viroruui. » (Knighton, t. II, p. 8.)
(5} Quittance de Charles Grimaldi pour les « XII galées de sa compaignie ». Calais, 2 juin 1339. (Clairambault, vol. 165, p. 4951, n" 47.)
(6) Adaji Murimuth, Continuatio Chiouicurunt, p. 88.
(7) Knighton, Chronicon, t. II, p. 8.
430 HISTOTHR 0 F, LA M A R I N K FRANÇAISK.
ils honte? Oa put le croire à Southampton, quand on les vit reparaître à la mi-mai. Mais la ville se f;ardait bien. Les a voleurs " ravajjjèrent la côte voisine. Leurs descentes à Hastinjfs le 27 mai, à Thanet, Douvres, Folkestone (l), n'aboutirent qu'à l'incendie des hameau.x de pêcheurs. Néanmoins, leur retour à Calais, le 2 juin (:2), fut triomphal; comme trophées, ils donnaient en spectacle des débris humains, des evirati qui se traînaient, le nez et les oreilles coupés (3); pauvres victimes, ignorantes de la guerre, qui, la veille, péchaient! L'atroce cruauté des Monégasques, en soulevant contre Calais la haine mortelle des Anglais, explique l'acharnement d'Edouard III à faire pendre les pirates de cette ville (4) ; elle nous valut, en fin de compte, huit ans plus tard, la perte de Calais.
Les dix-huit galères génoises d'Antoine D'Oria (5) gardaient la mer du Nord. Le bruit courut qu'Edouard III, effrayé de l'audace des corsaires, était revenu précq^ltamment de Gand à l'Ecluse pour regagner son royaume (0). Il s'occupait, en réalité, de sauvegarder ses nationaux, qui arrivaient à Bruges et à Anvers avec des cargaisons de laines. Le l" avril, il mandait aux marchands de Londres de bien armer leurs navires, afin de pouvoir, le cas échéant, se défendre (7) contre la croisière du capitaine D'Oria sur les côtes de Flandre, Hollande et Zélande (8). D'autre part,
(1) Adam Murimuth, Continuatio Chronicarum, p. 89.
(2) Clairaiiibault, vol. 165, p. 4951, n" 47.
(3) u Nasos et aures abseiderunt, et, quod liorrenduin auditu et rclatu verecundum, amputata sibi ineinbra pudoris posuerunt in ore sinjiuloruin atque ducentes eos per villam de C(alaisio) in spectaculum. » (Kymer, Fœdera, t. II, 4' p., p. 66.) On hésite toutefois sur l'identification de ce G avec Calais.
(4) ViLLANi, Hist. florentine, 1. XII, c. 95.
(5) Clairandjault, vol. 104, p. 8117, n° 148 : Quittance du procureur des dix-huit patrons {jénois.
(6) Clironoqraphia regum. trancoriun, t. II, p. 94.
(7) INicoLAS, ouv. cité, t. II, j). 40.
(8) l'ayement des gages de l'escadre génoise pour niai. 31 mai. (Clairam-
GIKHI'.F, t)K CENT ANS 431
les Frisons venaient d'embrasser noire parti on mémoire des franchises que leur avait accordées Charlemaj^ne (l).
Enfin les cinq vaisseaux de Guillaume Douglas avaient quitté Calais à destination de l'Ecosse. Poursuivis par la galère de Hull et des navires de Newcastle, ils perdirent un bâtiment, la Mandalayyie, de l'Ecluse (;2), mjiis forcèrent l'entrée du Tay : leur arrivée, en coupant les conimiuiications de Perth avec l'Angleterre, réconforta l'armée écossaise qui assiégeait la ville (3).
Inquiétés sur tous les points, les Anglais affolés ne savaient à quel parti s'arrêter. C eût été le moment de frapper Tui grand coup et de tenter l'invasion. Nos forces navales, concentrées sous les ordres de l'amiral, trente-deu.\ galères, <i l'armée des XX nefz " de Normandie (i) qu'il commandait en personne et quinze bâtiments plus petits (5), parurent dans la dernière semaine de juillet en vue de Sandwich. Tenues en respect par l'attitude des habitants, elles tournèrent vers Rye, où elles commencèrent leurs ravages (6),
bault, vol. 104, p. 8117, n° 148.) — Payement des pilotes Guillaume Labbe, Jeban de la maison de Bobs, et Jehan le lils Jehan Poppe, et de Domingue Paschal, qui ont servi es parties de P'iandres, Hollande et Zélande dans l'escadre d'Antoine D'Oria. Boulogne, 18 juillet 1339. (Clairambault, vol. 41, p. 3069 et 3071, n" 99.)
(1) 13 mars 1339. (Froissart, éd. Kervyn, t. XVIIl, p. 66.)
(2) Registrum palatinum Duneluiense, dans les Britannicarum reruni scriptores, aliàs C/u-onicles and Memorials of Great Britain, t. IV, p. 241-
(3) Les écuyers français Giles de La Heuse et Jean de Braisy faisaient partie de l'expédition. (^Holiiishead's chronicles. Scotland, t. V, p. 379. — Fr. Michel, les Écossais en France et les Français en Ecosse, t. I, p. 63.)
(4) De ces vingt nefs, étaient la coque du roi, la nef royale Saint-Denys, la Thomassete, de Gaen, et le Beaurepalre, de Leure. (Delisle, Actes normands, n"' 112-115, p. 205-207.)
(5) Knighïon, Chronicon, t. II, p. 9.
(6) Barbavera fait payer le pilote du lin de l'armée navale pour les dix jours qu'il a servi en mer, du 21 juillet au 31. Boulogne, 9 août. (Clairambault, vol. 10, doss. Barbavera, p. 561.) La campagne navale ne dura donc que dix jours.
i3'-> HISTOIHK DE LA MARIN K FllAiNÇAlSIi.
Mais une puissaale Hotte, accourue du large, arrête nos marins et, prenant à son tour 1 Offensive, apparaît devant Wissant. Jacques d'Arteveld, Tami des Anglais, n'a-t-il pas « fait serement qu'il verroit vir Callais et osteroit le mais ni de cliiaus qui roboient les marclians et [les] mettoient à mort » ! Behuchet, parti de Calais à l'encontre de l'ennemi, fit savoir qu'il se trouvait en présence de quatre cents nefs anglaises ([), fjui voguaient vers la Flandre. Une escadre s'en détacha et fit voile vei^s le Tréport; la ville fut brûlée, nombre d'habitants tués. Le comte de Derby avait fait le scuiucnt de bouter le premier le feu en France. Il avait tenu sa gageure (2). Cependant Behuchet s'était replié devant lénorme supériorité de ses adversaires.
(Jue se passa-t-il exactement? ïlne fuite à la débandade ou une retraite? Behuchet gagna-t-il Calais ou Boulogne? L'histoire ne le dit pas. Toujours est-il que l'amiral Morley dirigea son attaque contre la dernière de ces villes. Par un temps de brume, il pénètre au quartier de « Nostre-dame » . Quatre grands vaisseaux, vingt petits, dix-neuf galères, surpris au mouillage, sont détruits, douze capitaines ou patrons pendus; un grand bâtiment servant d'arsenal pour les rames, les voiles et les armes de la flotte, est livré aux flammes, la basse ville mise à sac (3). Quatre villes normandes éprouvent le même sort; (juand l'ennemi se retira, quatre-vingts navires avaient disparu (4).
C'était aux premiers jours d'août. L'amiral essayait de relever le moral de ses marins et faisait racheter les armes
(i) Compte du ])ailli de Calais pour le terme de la Toussaint 1330. (Archives départementales du Nord, rej;. A 363, publié par extraits par M, GuESNON, dans le Bulletin historique du Comité des travaux historiques (1897), p. 230etsuiv.)
(2) Clnonographia, t. II, p. 67.
(3) Adkm Murimuth, Continuatio Chronicarum, p. 104. — Continuation de Nanfji^, éd. Géraud, p. 162. — Kmoutox, Chronicon, t. II, p. 9.
i^'fj Grandes Chroniquis (le France, t. \', p. 379.
GUERHK l)K CENT ANS. 43;^
que des soldats indisciplinés vendaient (1). Un symptôme plus grave était la désertion des Gibelins, qui avaient résolu de s'en aller à la lin de la saison, leurs galères chargées de laines anglaises, soit pour l'ennemi un profit de cent mille livres (:2).
Avisé de ce dessein, on retint leur solde. Les victimes croient à une fraude de leurs patrons et en appellent à la justice du roi ; à la tète de leurs délégués était Pietro Capurro, de Voltri : on le jette en prison avec quinze autres mutins. Ces dédains exaspèrent les matelots de la division gil)eline, qui partent aussitôt pour Gênes (3). Ils répandent partout le long de La Rivière que leurs compagnons ont péri du dernier supplice, que les nobles en sont cause. A leur voix, la populace se soulève ; une querelle de quelques marins à Boulogne-sur-Mer amenait une révolution fondamentale dans la république ligurienne. Impuissants contre l'insurrection, les deux capitaines du peuple se démettent le 23 septembre. Le lendemain, l'assemblée populaire leur substitue un doge, en maintenant la loi d'exil contre les Guelfes (i). Les exilés ne tardèrent point à venir demander compte du verdict; pendant plus d'un siècle, la malheureuse cité allait se débattre entre la réaction démocratique et l'exclusivisme de l'oligarchie, jusqu'au moment où elle implorera la souveraineté de la France, souveraineté éphé-
(1) 8 août, (l^ièces ori{;., vol. 2415, closs. Quiéret, p. 3.)
(2) « Mémoire que les galées des Guilielins avaient einpiis de eux en aller en la Hn de ceste saison par l'ile Gersi (Jersey), et fait l'eussent, — s'il ne se fussent départiz par ceste voie, — à tout leur galées vuides pour les emmener chargiez de lainnes, de f|uoy le roy d'Angleterre eust bien G" livres. » (Cf. plus bas ce mémoire, p. 38, n. i.)
(3) La Continuation de la Chronique de Nangis (éd. Géraud, p. 163) et les Chroniques de Saint- Denys (éd. P. Paris, t. V. p. 377) placent le départ des Génois aux environs de la Saint-Michel. En réalité, leurs gages ne furent payés que jusqu'à la fin de juillet 1339, ce qui fixe leur départ au mois d'août. (Delisle, Actes normands, n° 120.)
(4) CvNALE, Nuova storia d! Genova. t. III, p. 147-1.53.
434 IIISTOIMK ni; LA MAHINK F It A N C Al S K.
mère, est-il besoin de le dire, sur un peuple à qui pesait toute forme de gouvernement.
Cependant Behuchet, homme de conception prompte, loin de se laisser décourager, songeait aux moyens de détruire la marine anglaise par une guerre de détail, afin de faciliter la prochaine invasion des îles Britanniques. Quelques jours après le désastre du mois d'août, il proposait au roi (1) d'attaquer le convoi anglais d'été qui revenait du Poitou et de Bretagne avec une cargaison de sel, et le convoi d'automne chargé des vins de Gascogne. Il suffirait pour s'en rendre maître d' n un bon navile fort et poissant " de bâtiments à rames, " quar une nef virante puet desconfire dix autres. "
On pourrait même atteindre le roi Edouard dans la source de sa puissance navale. Chaque année, à la Saint-Michel, s'assemblent devant Yarmouth pour pécher le hareng six mille II petites nefs pescheresses » : plus de mille appartiennent à l'Angleterre, et chacune d'elles peut avoir quinze hommes, u A autant de mise comme on fcroit le mois pour les galées des Guelfes et des Guibelins, » on trouverait bien le moyen de détruire ces barques ; et voyez le profit, le roi d'Angleterre perdrait les gens qu'il recrute comme matelots, et son pays éprouverait une perte de trois cent mille livres. La flotte française continuerait ses ravages sur la côte ennemie et causerait " graigneur damaige d que ne l'ont fait
(1) Moyens proposés au roi de France pour détruire la marine anglaise. (Archives de la Côte-d' Or, pièce publiée par M. Jules d'Arbacmont, dans la Revue des Sociétés savantes des départements, 4" série, t. V (1867), 1" semestre, p. 436.) — Ce plan de cauipagne, que M. d'Arbaumont date approximativement de 1350, est en réalité de 1339, seule année oîi nous eûmes à la fois " les galées des Guelfes et des Guibelins » . Elles ne vinrent qu'en septembre 1338 dans la Manche. Or la pièce datée « de ce mois d'Iiaoust » les suppose depuis longtemps en service et parle du départ des « galées des Guibelins » , toutes choses qui s'appliquent au mois d'aoîit 1339. On lit du reste au verso le nom de Nicolas Behuchet, ce que M. d'Arbaumont a oublié de dire.
OUKUIIK l)K CKNT ANS. /,;{5
les galères génoises. " Et avec ce, se le conte de Havnnaut se portoit autrement qu'à point, " on le frapperait du mémo coup, car ses sujets, comme les Flamands, vont tous à la <i dicte pescherie " . D'Yarmouth, la flotte, piquant vers l'Ecosse, irait au secours de nos alliés, si le roi le désirait ; ou bien, dans son voyage de retour, elle rangerait la côte anglaise, de façon à barrer la route au convoi de Poitou. Si le roi approuve l'expédition, qu'il le fasse savoir avant la fin de ce mois d'août, et envoie les deniers do la solde une quinzaine de jours avant la Saint-Michel.
La proposition était trop alléchante pour que Philippe Yl n'y acquiesçât pas. Le 8 septembre, Charles Grimaldi touchait la solde de ses douze galères guelfes (1); Barbavera apprêtait ses trois galères (i), et, pour combler le vide laissé par la division gibeline, Quiéret disposa de vingt barges royales sorties des chantiers d'Abbeville (3). La flotte se concentra devant l'Ecluse, de façon à jeter son coup de filet sur les pêcheurs d'Yarmouth. Nos gens partirent le 2 octobre, jurant de ne pas revenir au port avant d'avoir capturé cent navires et brûlé quatre cents villes; mais une violente tempête fracassa plusieurs bâtiments et rejeta les autres en Flandre (4). L'amiral, débarquant ses troupes, alla tenir aussitôt garnison à Douai avec cent cinquantehuit chevaliers ou écuyers (5). Ses capitaines, Behuchet et Barbavera, chargeaient en hâte les armures laissées par les escadres génoises à Boulogne et à Calais pour les transporter « où besoin sera (6) ». Le besoin était extrême;
(1) Soit 109,000 livres. (Jai., Archéologie navale, t. II, p. ;i39, n. 1.)
(2) INouv. acq. franc. 9241, f" 27.
(3) Idem, p. 9240, f 211.
(4) KxiGHTON, Chroiiicon, t. II, p. 14.
(5) Où il resta comme capitaine de la ville, tlu 28 octobre au 6 décembre 1339. (De Camps, vol. 83, P 311.)
(6) 10 et 11 octobre. (Pièces orig., vol. 1797, doss. 41588, p. 2. e vol. 265, doss. Behuchet, p. 4. — Clairambault, vol. 10, p. 561.)
A3(i HISTOIRE DE EA MARINE FRANÇAISE.
Edouard III, passant la frontière avec des troupes angloallemandes, avançait dans un sillon de flammes large d'une douzaine de lieues (1).
Philippe VI accourut par Noyon et Péronne, décidé à une u hastyve bataille" . Le 23 octobre, les deux rois étaient en présence, à Buironfosse, masqués derrière des abatis d'arbres. Bientôt Philippe VI, à en croire son adversaire, recula vers Saint-Quentin et Avesnes, toute son armée » desparpillée » ; Edouard se retira sur Anvers, pour tenir conseil avec ses alliés. XTne escadre française surveilla ses agissements jusqu'aux environs de INoél (2).
Après la dislocation de la croisière, la division Orimaldi et les débris de la division D'Oria (3) furent dirigés sur la Méditerranée pour subvenir, comme je l'ai dit ailleurs, à l'état lamentable de notre marine marchande. Une autre armée navale fut envoyée dans l'Océan.
Le 18 décembre, par l'intermédiaire des maires de Saint- Valery, Crotoy, Etaples, Boulogne et Calais, l'amiral avisait « tous les seigneurs et maistres de nefs et vaisseaux de les radouber et de se tenir prests " . Il réclamait, en même temps, l'envoi à Fécamp de délégués compétents, afin d'organiser le convoi sous sa direction et sous celle du maréchal Bertran (4).
Parti en janvier 1340 à destination de la Saintonge, le
(1) Lettre d'Edouard III sur son expédition, l""^ novembre 1339. [OEuvres de Froissait, éd. Kervyn de Lettenhove, t. XVIII, p. 93.) — Robert de AvESBURY, éd. Maunde-Tlioinpson, p. 304. — Franc. 1366, f" 315.
(2) Floton de Revel, futur amiral de France, de retour de l'armée de la mer, reçoit ses Rages et ceux de ses compagnons, 29 décembre 'J339. (Cdairambault, vol. 48, p. 3585.)
(3) Philippe VI leur donne décharge ou quitus de leurs engageuients pour les campagnes de la Manche en décembre. (Arch. nation., JJ 72, p. 72 et 73.) — Antoine D'Oria et Charles Grin)aldi avaient reçu chacun une rente de mille livres sur le revenu du clavaire d'Aigues-Mortes (25 février 1339) ou à défaut sur la recette de Nîmes (novembre). — (Franc. 7334, f» 308 y".)
(4) Franc. 10430, p. 247.
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convoi s ébranla pour le retour au mois de mars. Alourdies par leur car^jaison de « grosses marchandises » , les six carraques et les quarante nefs (1) qui le composaient s'arrêtèrent en Bretagne » pour doubte d'anemis (:2) » : on avait vu rôder aux alentours de la Normandie (ii) les amiraux Arundel et Huntingdon avec une centaine de vaisseaux (4) anglais. Le vice-amiral Hélie, qui se porta courageusement à la rencontre du convoi avec sa division normande et six vaisseaux royaux (5), fut assez heureux pour le ramener intact à Leure.
Ce n'était là qu'un succès relatif et nullement probant pour notre suprématie maritime. Trop faible pour attaquer, la marine royale se résignait à la défensive : l'audace des corsaires anglais augmentait; Edouard III, usurpant le titre de roi de France, recevait le serment de fidélité des communes flamandes (H) et leur jurait de revenir avec des renforts à la Saint-Jean. Gomment prévenir cette jonction qui entraînerait l'invasion immédiate de la France?
Aux termes de la convention de Vincennes (7), les Normands s'engageaient à fournir au roi trois mille hommes d'armes et vingt mille sergents pendant huit semaines, lors même que l'expédition d'Angleterre ne se réaliserait pas ; ils se chargeaient, en même temps, du transport de ces
(1) Franc. 25997, p. 311 : l'ainirnl fait publier l'arrivée du convoi, avril 1340.
(2) Pièces ori{»., vol. 1220, doss. 27368, p. 3.
(3) En février 1340, on arma plusieurs crayers normands pour la défense des «parties maritimes n . (Delislk, Arles normands, n"' 122-123.^
(4) Nicolas, A histoty oftlie royal Navy, t. II, p. 45.
(5) Galères royales de Badin du Four, Jehan Musselo, baige royale de Guillaume de La Uogue, coque royale de Guillaume de Bordeaux, nef royale la Magdeleine, nefs Notre-Dame, de Gaen; Sainte-Catherine, de Leure; la Thomassette, de Caen, armées à Leure du 7 au 27 mars. (Delisle, Actes normands, n"' 124-132. — Pièces orig., vol. 1220, doss. 27368, p. 3.)
(6) Le 28 janvier 1340.
(7) Du 23 mars 1339. Cf. Supra, p. 422. Le roi avait réduit de moitié l'effectif offert par la province
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troupes. Telles lurent les forces (1) que Philippe VI jeta au-devant de la flotte anglaise.
La Grande a?mée de la mer se substitua aux escadres mercenaires du roi. Pour la mettre en mouvement, chacun aidant du sien, il suffit d'un mois. Tous les vaisseaux de fort tonnage furent consignés dès le mois de mars et leur fret payé aux seigneurs des nefs, c'est-à-dire aux armateurs {"2) : chaque maître fut chargé d'approvisionner son l)àtiment pour une campagne de deux mois ; le maître des garnisons du roi et le député aux garnisons de la flotte qui parcoururent les ports du 2 au 8 mai (3) se contentaient de distribuer une provision de 3/5 de livre par homme d'équipage.
Vers le 20 mai, l'armement commença sous la direction du garde du clos des galées (4) et sur mandement de l'amiral, de Béhuchet ou de leur commis en Picardie (5).
En dehors des armures et des munitions, les plus forts bâtiments recevaient une puissante arme de jet, un garrot, qui protégeait de ses redoutables carreaux l'avant du navire.
11 n'est pas indifférent, pour apprécier l'importance res-
(1) Philippe VI avait chargé Christophe Du Puy et Marquis Scatisse de recruter 1.000 arbalétriers et 1,000 pavoisiers à Gênes et à Monaco. Vinccnnes, 12 janvier 1340 n. st. (Fontanieu, vol. 73, f " 200.) — Edouard III envoyait en même temps Nicolino Fieschi noiiser les galères génoises, 8 février 1340. (Rymeh, t. II, 4^' p., p. 66.)
(2) Compte de feu François de l'Ospital pour les armées de la mer : « Compte de la (irant Armée «le l'an 39 à l'an 42. » Il contient, avec leur tonnage et le chiffre de leurs équipages, la liste des 200 vaisseaux qui combattirent à l'Écluse. Il vient d'être acquis par la Bibliothèque nationale et porte la cote : manuscrit français, n. acq. 9241.
(3) Le « rnaistre des garnisons du roy » , Jean Langlois, escorté de son aide Laurent de Valrichier, et du » député sur le fait des garnisons de la présente armée » litienne de Compiègne, passa à Leure les 2 et 3 mai, a Ronfleur le 4, à Harfleur le 5, à Caen le 8. « A Dieppe et es parties d'environ, » il avait un lieutenant, Jean Champenois (7 mai).
(4) Thomas Fouques en Normandie et son lieutenant d'Abbeville, Guiffrey de Hasteville, en Picardie (24-28 mai).
(5) François Colletet ou Caletot.
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pcctive de nos ports, d'énumérer leur continfjent (1). 8ensil)lement pareil à celui de 1:21)4, le nouveau contingent s'en écartait par le tonnage, qui était plus fort et variait entre quatre-vingts et deux cent vingt tonneaux. La force des équipages avait suivi la même progression : elle atteignait parfois deux cents hommes et ne descendait pas au-dessous de soixante.