‹ Histoire de la marine française (volume 2)Chapitre 58 sur 72 · GLERRE DE CENT ANS · texte numérisé non relu

GLERRE DE CENT ANS

Ni-fs. Hommes.

Leure(l) 31 2.800

Chef de Gaux (2) -4 340

Fécamp (3) 2 180

Étretat (4) 6 160

Saint-Savinien (5) 2 160

Dieppe (6) 21 1.770

Et en outre 120 arbalétriers.

6 barges royales « années des genz

de Dieppe " (7) » 1 . 032

Le Crotoy (8) 1 67

Saint-Valéry (9) 4 320

Abbeville (10) 1 60

10 barges et bargots royaux (11). » 1 .330

navire est à un particulier. !Si n(jii, il est au roi. G est ainsi que nous pourrons conclure que toutes les harjjes étaient au roi, ce que conHrnic un autre compte. (Nouv. acq. franc. 9240, f" 211.) J'en donne l'état avec le nom des maîtres, car c'était, en délinitive, la marine de guerre régulière.

(1) Sainte-Marie-Rosc, la Catherine^ le Beaurepaiie, de 220 tonneaux chacun; la Riche, encore plus forte; la Marfdeleine, deux Saitite-Mmie, la Marie, le Bon-An, Saint-Martin, Saint-Louis, Saint-Denis, Saint-Jouen, deux Saint-Eloy , deux Saint-Jean , Saint- Andrieu , I\otre-Dame, deux Sainte-Croix, Saint-Nicolas, Saint-Georges, deux Saint-Antoine, Saint- Janie, la]Chrétienne, Saint-Julien, le Jeannet.

(2) Deux Jeannette, Saint-Denis, Nolre-Danie-de-Leure.

(3) La Martinetle, Saint-Martin.

(4) Deux Saint-Nicolas, deux Notre-Dame, Saint-Julien, la Nicliole.

(5) La Grâce-Dieu, Sainle-Croix.

(6) Jésus-Christ., la Gaillarde, deux Catherine, la Sauvée, la Pèlerine, le Raseur, Saint-Fol, Notre- Danie-l' Assomption, Sainte-Catherine, Saint- Nicolas, Saint-Julien, deux Notre-Dame, Sainte-Croix, Saint-Gille, Saint- Jame, Saint-Sauveur, Sainl-l'ierrc, Saint-Jean, Notre- Dame-de-la-Nativitc.

(7) Barges Saint- Georges, maître Maliieu i^e Mire, 200 hommes, avec le galiot de cette barge, maître Vincent Heriz, 28 hommes ; Saint-Denis, capitaine Mathieu Quief fie Ville, maître Thomas Orient, 200 hommes; Saint- Jean, maître Roger Caron, 131 honunes; Saint-Jean-d' Abbeville, maître Jean Du Jardin, 128 hommes; Saint-Louis, maître Jean Dalivet, 100 h. ; Notre-Dame, maître Pierre Le Valois. 205 hommes.

(8) Nef de Fiernard Le Guièvre.

(9) Notre-Dame, tvois Saint-Valery.

(10) Saint-Ouffran .

(11) Barges Notre-Dame, maître Jean Legier, 155 hommes; Saint-Nicolas, maître Jean de Boulo{;ne, 209 hommes; Saint- Christophe, maître

442 HISTOIRl': DE LA MA1U.\K FliANÇAISE.

Nefs. Hommes.

Waben (1), une barge royale et 1 170

Élaples (2) 7 540

1 barge et 1 bargot l'oyaux (3) . . . » 190 Boulogne (4) 7 520

2 barges royales (5) » 300

Calais (6) 1 101

Division génoise du capitaine Bar-

bavera : 3 galères (7) 600

Un corps de trois cent soixante-dix arbalétriers, commandé par onze connétables, renforça les équipages. Malheureusement, la noblesse s abstint en masse, furieuse de la vaine chevauchée de Buironfosse et de la brusque retraite du roi devant l'ennemi. " En détestacion et mocquerie de la besoigne " du conseil royal qvi'ils appelaient le Conseil des Renards, les preux avaient jugé à propos de porter des chapeaux de feutre, fourrés de peaux de renards (8).

Willart le Flanienl, 209 hommes; Saint-Julien^ maître Pierre Reut, 104 hommes; Saint-Louis, maître Pierre Reut, 160 hommes; Sainlc- Catherinc, maître Roljert Le Damoysel, 199 hommes; Saint-Esprit, maître Thomas Reut, 99 hommes; Ijarjje du Tréport, maître Jean d'Avranchcs, 99 hommes; barj^jots Saint-Firmin, maître Etienne Le Requim, 39 hommes; Saint-Geoff/es, maître Bernard Le Guièvre, 49 hommes.

(1) Saint-Jean, de Rcrck, et harjje Saint-Martin, maître Jean Renaut, 109 hommes.

(2) Jésus-Christ, Saint-Nicolas, Saint-Jacques, Noire-Dame, hi Pèlerine, deux Saint-Jean.

(3) Barjje Sainte- Croix, maître Baudouin de Bars, 150 hommes; petit barfjot Saint-Nicolas, d Etaplcs, maître Clément llainjjuet, 39 hommes.

(4) Saint- Jacques, Notre-Dame, la Rose, Suinte-Marie, Saint-Jean, la Sauvée, la Blide.

(5) Saint-Firmin, maître Jean Sauvin, 151 hommes; Saint- Georges, maitre Jean Lommel, 149 hommes, et le bateau de la barge Saint-Jean du Porte!, près Boulogne, maitre Evron d'Isquc.

(6) Saint-Louis.

(7) Saint-Jean, capitane, patron Jean Du Piège, et deux autres galères, patrons Badin Du Four et Sorleon île l'ortovencre. L'une a 200 hommes, les deux autres 392, sans comptei- les patrons et l'état-major, capitaine, éj'rivain.

(8) Chronique française s'arrêtant à décembre 1339 : Fianc. 1366,

GUKRRE DE CKNT ANS. 443

Cent à cent cinquante gentilshommes au plus (I) consentirent à embarquer. Ajoutez un orchestre de ménestrels, le service de la prévôté, un chapelain, et vous aurez la composition exacte de la flotte commandée par l'amiral Quiéret, par Behuchet et, en sous-ordre, par le vice-amiral Hélie et par les capitaines Barbavera et Matthieu Quiefdeville, de Dieppe; ;202 vaisseaux et un peu plus de 20,000hommes (;2), mais non pas une trentaine de mille hommes (3), comme on l'affirme. De cette armée formidable, il était si difficile d'assurer les subsistances que, le 29 mai, sur le point de lever l'ancre, l'amiral Quiéret et Behuchet faisaient " hastivement venir à Leure » toute la farine et le biscuit dont disposait le commis aux garnisons de la flotte (4). Un four fut installé sur la nef dite Truchebec, d'Allemagne (5). Et cela ne suffisant pas, on forma au Grotoy un magasin de munitions (()).

La flotte touchait à Boulogne, où des prisonniers anglais furent enfermés au beffroi, faisait une dernière escale à

(1) Pierre d'Estelant, Guillaume de Maintcnay, Robert Du Fay, Guillaume (l'Yvetot, Guillaume (l'Aigneaulz, chacun avec 6 à 8 hommes; le dernier, en particulier, avec 4 gentilshommes, 3 valets, 2 fourniers, 2 ouvriers, semble avoir été chargé des subsistances. Le prévôt de l'armée, Jean Montaigne, avait dix sergents sous ses ordres.

(2) Compte officiel de François de l'Ospital. (Nouv. acq. franc. 9241, fol. 9-28.)

(3) 30,000, selon Edouard III. (Cf. sa lettre du 30 juin ci-dessous.) — 30,000, au moins, car ce serait là le chiffre de nos pertes. {Chroniques de Flandres, éd. de Smedt, t. III, p. 151. — Grandes Chroniques de France, éd, P. Paris, t. V, p. 386. — Froissaut, éd. Luce, t. II, p. 34-38. — Chronique normande, éd. Molinier, p. 43.) — 24,000, d'après un texte français contemporain. (Franc. 2598, PSI v».) —20,791, plus 10,000 marins bretons, génois ou espagnols, selon les calculs longs, mais fantaisistes, de M. Dufourmantelie (apud Spectateur militaire (1878), p. 385). Ainsi, où prend-il ces Bretons et ces Espagnols?

(4) Pièces orig., vol. 265, doss. Behuchet, p. 5. — La mise à la ?ner aurait commencé le « venredi après l'Ascension » 26 mai. (Franc. 2598, i" 51 v".)

(5) Nouv. acq. franc. 9241, f 37 v".

(6) 16 juin. (Clairambauit, vol. 36, p. 2687.)

44i HISTOlltt: DE I.A MARINE FH A .\ C A 1 S E.

Calais et, le 8 juin, jetait l'ancre dans le Zwyn. Là, première faute. Les Génois de Barbavera, «t naturellement eulx et les autres Ytaliens moult convoiteux [(l), " en quoi ils tenaient de leur chef » grantpirade de mer (2) " , ouvrent les hostilités contre les indigènes en pillant la rive zélandaise (3). Le meurtre de trois cents indigènes à Gadzand fut une des causes de nos malheurs.

BATAILLE DE LÉGLUSE.

Prenez une carte de la Belgicpje. Dans une faible échancrure de la côte, entre la Flandre et la Zélande, débouche un fdet de canal, étriqué par les polders, engorgé par les alluvions : voilà ce qui reste du Zwyn majestueux où Philippe-Auguste et Charles VI réunirent un millier de navires, de Tcstuaire ouvert et profond où tant de fois se déployèrent nos flottes avec Tespérance, toujours vaine, d'envahir l'Angleterre.

L'amiral eut le tort de s'engager dans cette impasse sans s'assurer aucun point d'appui sur les rives. Depuis 1337, Cadzautl restait 'démantelée ; l'Ecluse ne reçut de remparts qu'à la fin du siècle; Dam, sur la rive gauche Bruges, au fond de l'entonnoir (-4), étaient hostiles. Les grandes digues de la rive, que Dante chanta dans son Enfer (5), nous enfermaient de leur cercle infernal. Mais la consigne était de barrer la route de Bruges; on l'exécutait aveuglément.

(i) Franc. 693, f" 153 : Chroniques de Vincent, abrégées.

(2) Célèbre par ses " roberies et oppressions " contre les {jens d'Aigues- Mortcs. (l^ranç. 1366, fol. 310 v".)

(3) Keuvyn dk Letïenhove, Histoire de Flandre, t. III, p. 250.

(4) GiLHODTS VAN Severen (L.), Brugcs, port de mer, avec cartes et plans. Bruges, 1895, in-S".

(5) XV, 4 à 6.

(lUKRRK DK CKNT ANS. 445

Le 23 juin, les éclaireurs de la flotte anglaise, Renaud de Cobham, Jean de Cuiidy et Etienne de Laburkin, découvrirent nos trois divisions et notèrent particulièrement la présence de li) vaisseaux de haut bord (1). Edouard III pouvait apercevoir dans le lointain la forêt de nos mâts, et cette vue, si elle lui inspira quelques mesures de prudence, le détermina, dans un transport de rage, à reprendre les beaux vaisseaux qu'on lui avait naguère dérobés sur cette même côte. Parti la veille de Londres, il se trouvait à Blankerberghe, à dix milles dans l'ouest. Autour de lui se pressait la fleur de la noblesse britannique (2), une foule de francs archers et 200 vaisseaux, renforcés dans le courant do la journée par les 50 vaisseaux de l'amiral Robert Morley (;î). Lo conseil de guerre renvoya le combat au lendemain, afin de laisser à l'évêque de Lincoln, dépêché vers la petite ville d'Ays à mi-chemin de l'Ecluse, le temps d'ameuter les Flamands (4); ce qui ne fut pas difficile, étant donnée leur exaspération contre nous.

De notre côté, le capitaine des galères en vigie, Barbavera, avait reconnu l'ennemi : « Messeigneurs, voici le roi d'Angleterre et sa flotte qui viennent sur vous. Prenez la pleine mer avec tous vos navires ; si vous restez ici, les Anglais, qui ont pour eux vent, soleil et marée, vous serreront tant que vous ne pourrez vous aider. » Et il prêcha d'exemple en dérapant. Behuchet ne voulut rien entendre : « Honni soit

(1) Knighton, Chronicon, t. II, p. 18.

(2) Les comtes de Glocester, Waiwick, Lincoln, Lancastre, Peiuhroke, Arundel, Northanipton, Huntinfjdon, llereford et Artois; lords CoLliaiii, l*ercy, La Warr, Multon, Gautier de Maimy, Jean Chandos, Guillaunie Folton, Thomas Bradeston, Guillaume Trussell, 2,000 {jentilshoniines. (Fnois- SART, éd. Luce, t. II, p. 318. — Rymer, Fœdera, t. II, 4'' p., p. 78. — îSiCOLAS, A liiitoyy of the royal Navy, t. II, p. 48.

(3) 120 coques de guerre, suivant Villani, Historié florentine^ apud Mu- RATORi, t. XÏII, col. 837. — 260 navires, selon Adam Murimcth, Continuatio Chronicaruin, p. 107.

(4) Nicolas, A history of the royal Navy, t. II, p. 51, note a.

/,U> HISTOIRK l)K r-A MARINK F 1! AN Ç AI S I,.

qui s'en ira d'ici (1)! » Pour notre malheur, l'opinion du comptable prévalut sur celle du marin. On resta sur place, les voiles carguées, au mépris du manuel militaire du temps (2), qui prescrivait de garder le large et de pousser l'ennemi à la côte.

Les deux chefs suprêmes de notre flotte ne s'entendaient point. Leur mésintelligence, où entrait beaucoup de jalousie, venait de ce fait que Behuchet s était haussé au rang de son chef hiérarchique : sur l'escadre flottaient les trois roses, serties d étoiles, de sa Ijannière, à côté des trois lys héraldiques de Quiéret : lys au pied coupé, qui allaient se flétrir sur leur champ d'hermines, comme les roses de Behuchet allaient s'empourprer de son sang (:î).

Le 24 juin, au lever du soleil (i), la flotte anglaise quitta Blankenberghe. Vers six heures du matin (5), elle arrivait en vue. Une nef s'en détacha, vint heurter la Riche de Leure, de 120 hommes d'équipage. C'était une cargaison d'écuyers d'outre-mer, impatients de | gagner la chevalerie par une action d'éclat. Mais Guillaume de Grosmesnil, maître et seigneur de la Riche, brisant leur juvénile élan, les extermina et coula leur bâtiment (6).

Cependant, Edouard III et son maréchal massaient leurs vaisseaux sur deux lignes, les plus grands en tête, les plus petits en arrière ; un navire rempli d'hommes d'armes alternait avec deux autres chargés d'archers. A l'écart, une réserve de huit cents hommes gardait u une navée de dames d'Angleterre que le roy emmenoit à Gand pour la royne sa

(1) Froissart, éd. Jjiice, t. II, p. 36-38. — Nicolas, dans i'ouvr.ige cité ci-dessus, confond Barbavera avec Boccanera, qui n'entra au service de la France qu'en 1346.

(2^ VÉcÈcE, De arte militari, 1. IV, cap. 46.

(3) Continuation de Nangis, p. 168. — - P. A>selme, t. VII, p. 744.

(4) « Orto vix sole » . (Hemisgburgu, Chronica, t. II, p. 356.)

(5) Franc. 2598, f» 51 v».

(6) Chroniques de Flandres, éd. de Sniedt, t. III, p. 8. — Nouv. acq. franco 9241, f" 18.

(;i KlUiK l)K CENT ANS. ii7

famc accompagnier (1) ». Face à Test, le soleil clans les yeux, Edouard amena d'un quart sur tribord ; Tabatée ne suffisant pas pour gagner le vent qui soufflait du nord-est, il vira de nouveau et " détria un petit » en mer, où sa flotte tournoya quelque temps. La manœuvre ressemblait à une retraite : uLes voilà qui prennent soin deux ; ils se sauvent, les valets, sans oser lutter contre n(nis !» Et nos pens de rompre leurs formations de combat, comme luie meule ardente (2). L'illusion fut courte.

Les Anglais revenaient à la charge, maîtres cette fois du vent et de la marée qui commençait à onze heures vingttrois (3). Ils enfilaient le chenal du Zwyn, en serrant la cote occidentale vers les polders d'Et-Hazegras, tandis que notre flotte était acculée à l'est sur Gadzand (4). « On véoit plainement les batailles et les assauLv, des diges et du port de TEscluse (5). »

Sur le terrible drame qui se déroula entre ces quarante ou cinquante mille hommes, nos chroniqueurs sont muets ou diffus. Les écrivains anglais, beaucoup mieux renseignés, s'accordent à dire que la flotte française était rangée sur

(i) Froissart, éd. Luce, t. II, p. 36 et suiv. — Adam Miiriiiiiitli dit que la Hotte anfjlaise formait trois divisions, et que la bataille s'engagea pou après neuf heures. (^Coittinuatio C/nonicarum, p. 106.)

(2) « Quand le roi d'Angleterre et son maréchal curent ordonné les batailles et leurs navies bien et sagement, ils tirent tendre et traire les voiles contre ujont, et vinrent au vent, de quartier sus destre, pour avoir l'avantage du soleil, qui en venant leur estoit au visage. Si s'avisèrent et regardèrent que ce que leur pouvolt trop nuire, et détrièrent un petit, et tournoyèrent tant qu'ils eurent vent .■» discrétion. » (Froissart, éd. Luce, t. II, p. 27. — AvESBURY, éd. Maunde-Thompson, p. 312.)

(3) D'après le Bureau des longitudes anglais. (Nicolas, ouv. cilé, t. II, p. 51, note e.)

(4) " In crastino (24 juin), praMlictum navigium divertit se de portu de Swyne, apud Grongne, per acies dispositum. » (Knighton, C/nuiiicon, t. II, p. 18.) — » In liostio fluvii de Sclusa decurrentis, ad mare se statuerunt. » (Hemingbuhoh, Chroiiicoit, t. II, p. 356. — «Versus Catat « , Cadzand. (^Continuation de Nangis-, éd. Géraud, p. 168.)

(5j Les vrayes Chroniques de messiie Jehan le Bel, publiées par M. L. POLAIN. ruxellos, 63, in-8", t. I, p. 171.

'<48 HISTOIRK I) K LA MaHINE FUANÇAISE.

trois lignes formant une triple chaîne ; des câbles couraient d'un bâtiment à l'autre. Chaque navire était transformé en inie forteresse qui aurait eu pour barbucane le parapet crénelé de l'avant, pour donjon la hune et pour sainte-barbe les bateaux hissés à mi-mâts avec une provision de projectiles. Nous savons, d'après le plan de manoeuvres arrêté l'année précédente, que les marins de la Seine étaient en tête, les Picards et les Dieppois au centre, les gens de Caen et du Gotentin en queue.

Sur le front de bataille et un peu en avant de la première ligne, l'amiral Quiéret détache quatre grandes nefs royales (b^ la division de Leure, dont les équipages, aguerris par les campagnes précédentes, donneront l'exemple du courage atix conscrits des contingents locaux. Ce sont le Christophe^ maître Jean Godefroy ; le Saint-Denis^ maître Martin Danovs ; le Saint-Georges^ maître Philippe Bouvet, chacun de 200 hommes d'équipage ; le Saint-\Hcolas^ dit aussi la Coque à bec ou la Coque noire, maître Guillaume de Bordeaux, de 1:20 hommes (1). L'amiral et Behuchet ont leurs bannières sur le Saint- Georges^ arsenal flottant chargé des munitions de rechange à » distribuer là où monsieur l'admirai commandera (2) 11 . Ils ont adopté le plan de bataille qui nous valut la victoire à Ziericzée.

« Saint-Georges ! Guyenne ! » — « France ! » l'action s'engageait entre nos quatre vaisseaux de tête et les meilleurs capitaines anglais qu'Edouard III venait de lancer en

(1) Adam Murimuth, Continuatio Cliruiiicaiiini, p. 106. — Hemingrurgh [Clironicon, t. II, p. 356), substitue au Saint-Denis et au Saiut-Gcorrjes la Hose et VÉdouarde; mais, pour le dernier au moins, l'assertion est fausse; les quatre vaisseaux d'avant-garile tombèrent au pouvoir de l'ennemi ; or, l'année suivante, VÉdouarde continue à figurer dans la marine de Philippe VI. (Nouv. acq. franc. 9241, f 31.)

(2) u 60 banères de camelot des armes de France, 2 baucens des dites armes, 7 banères des armes d'Escosse, 3 banères des armes monseigneur l'admirai, 2 banères des armes sire JNicolas Behuchet. " (Franc. 25997, p. 279, publié par M. Delisle, Actes normands, n° 152.)

GUEUUK ])]■: ci: NT ANS. 440

avant pour faire une trouée : le vainqueur de Boulogne, amiral Morley; le comte de Huntingdon, chef de l'escadre des Cinq-Ports; le comte de Northampton et Gautier de Mauny (1) choisirent chacun leur adversaire ; la l)ataille débuta comme il arrivait souvent, par un combat sinjjulicr, mais entre vaisseaux et non plus entre hommes. « La grosse nave Cristofle, qui povait destruirc molt de petites, fit moult de dommages aux An^^lois, et se Dieu ne leur eust aidié, ilz n'avoient pas povoir, n'espérance de résister aux Françoys(:2). » L'amiral avait fait passer à bord du grand vaisseau presque tous ses arbalétriers, près de quatre cents, ce qui était néanmoins fort peu en face des douze mille archers anglais. Ajoutez que les archers « trop plus isnicl que ne soient arbalétriers » , décochaient trois flèches contre un dard ou un carreau (3). Leur tir rapide eut bientôt fait de réduire à l'impuissance les garrots établis sur nos châteaux d'avant.

Ce fut de vaisseau à vaisseau un corps à corps terrible ; les grappins s'abattaient en sifflant d'un bord à l'autre ; la hache ou le couteau au poing, etaubrasl'écu rouge aux armes de France (4), nos matelots défendaient pied à pied leurs tillacs. Toute notre première division entrait en lifnic; Edouard se jetait dans la mêlée. Enveloppé de toutes parts, le Christophe fut enfin enlevé à l'abordage et son équipage massacré. Un long hourrah retentit.

Guillaume Clinton, l'ancien amiral ; le comte de Glocester, aisé à reconnaître aux grands coups qu'il portait; Jean Badding, un des plus vaillants combattants (5), attaquaient les nôtres avec furie. Mais plus d'une épave anglaise, la galère de Hull défoncée, le vaisseau des dames d'honneur de

(1) Hemingburgu, Chronicon, t. II, p. 356.

(2) Jeuak le Bel, éd. Polain, t. I, p. 171.

(3) Froissart, t. II, p. 115, 220.

(4) Pièces orig., vol. 1619, doss. Laguillon, p. 4,

(5) MiNOTS Lieder, p. 18-19.

la reine coulé à fond, la Rich-Oliver un moment amarinée par Barbavera, attestaient la bravoure de nos « povres poissonniers et mariniers » (1).

D'une taille colossale, Pierre d'Estelant, Normand « aussi fors comme géans " , secondé par quatre écuyers et autant de valets (2), « tint tout le derrain en un chastel d'une barge où nul n'osoit, ne ne povoit de lui aprochcr; ne devant lui,

tant fust hardi, n'osoit nul arrcster. Tout entour de lui estoit la barge couverte de gens morts :

bien occist de sa main plus de cent Anglois. Mais par force, par t' li'^^SJ/l/ll IIW ^''~' ''/ /'/ derrière, il futmortetocciz(3). " V ^^^i^^^^^^î/^ il ^^ ^^ combat était le plus

acharné , c'était autour d'une grande coque pavoisée d'un étendard aux armes écartelées de France et d'Angleterre , et cimée au sommet du mât d'une

(D'après le sceau de Deinizel, maître de ,, J ' •

a baiifc. Mai 1340. ciaiianibauit, vol. 40, courounc d argent dorcc qui p 2971,110 42 Hamboyait au soleil (4). A l'ar-

rière, un houime vêtu d'une longue cotte de cuir blanc « faisoit de si grands proesses de son propre corps qu'il resbaudissoit et donnoit cuer à tous les autres (5) » . C'était Edouard 111. A quelques brasses de lui, le transport de sa garde-robe venait d'être capturé : lui, défendait en bon chevalier la Thomas contre les assauts des deux commandants de la Hotte française, et point ne s'épargnait, car l'attaque était rude. Malgré Ghandos, Pembroke, Derby et tant d'autres qui lui faisaient un rempart de leurs corps, il fut blessé à

(1) Chroniques de Saint-Denis, ch. xx.

(2) Nouv. acq. franc. 9241, fui. 26.

(3) Chronique (les fiuatre premiers Valois, p, 10. 12. (4j Froissart, i. II, [j. 220, eic

(5; Jehan le Bel, éd. l^olain l. I, [>. 171.

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