‹ Histoire de la marine française (volume 4)Chapitre 1 sur 75 · RICHELIEU · texte numérisé non relu

RICHELIEU

(I L'estat des affaires présentes faict assez congnoistre à loutte l'Europe les desseings de la Maison d'Austriche de rendre leur monarchie universelle en divisant princes, potentats et républiques. » Tel était le jugement qu'inspiraient à Richelieu les multiples guerres engagées successivement par l'Autriche contre le Palatinat, le Danemark et la Suède, premières phases de la guerre de Trente Ans. En 1635, la France entrait à son tour en lice pour « rétablir ses alliez en leurs Estats et dignitéz (1) ».

Contre la force, elle se faisait le champion du droit. Les opprimés dont elle épousait la cause, c'était l'électeur palatin Frédéric V dépouillé au profit de la Bavière (2), Bernard de Saxe-Weimar et le landgrave de Hesse, Christian IV de Danemark soumis à l'onéreux traité de

(i) Bibliothèque Nationale, Cinq-Cents Colbert 465, fol. 145. (2) En 1625.

Lûbeck (1), les Suédois enfin battus à Nordlingen (2). Les relèverait-on? — «Je ne sçay, écrivait Richelieu (3) : mais au moins n'aura-t-on oublié aucune chose pour les soustenir et empescher leur déroute. »

Cette politique généreuse allait de pair avec notre intérêt (■4). La lassitude « destre tousjours seuls en dance » faisait désirer à plus d'un combattant la paix. Et alors, M toutes les forces de la Maison d'Autriche pourraient nous tomber sur les bras. »

(1) En 1629.

(2) 6 septembre 1634.

(3) A propos d'un traité signé la veille avec les Suédois. 2 noxenibre 1634,

(4) BiDLiOGii.\PiiiE : Lettres, instructions (liploinati(fues et papiers d'Etat du cardinal de Richeliec, publiés par Avenel dans la Collection des documents inédits. Paris, 1853-1877, 8 vol. in-4°. — Correspondance de Henri d' Escoubleau de Sochdis, publiée par Eugène Sue dans la Collection des documents inédits. Paris, 1839, 3 vol. in-4°. Le troisième volume contient divers états de la marine de guerre au temps de Richelieu. — Aubehy, Mémoires pour servir a l'histoire du cardinal duc de Richelieu. Paris, 1660, 2 vol. in-fol. — Vittorio SiRi, Meniorie recondite dalV anno J601 sino al 1646. Roma, 1677-1679, 8 vol. in-8°. — Les Mémoires contemporains, et entre autres, les Mémoires de Du Plessis-Besanço, publiés par le comte HoRBic de Beauc.^ire pour la Société de l'histoire de France. Paris, 1892, in-8°. — Heinrich Guster, Die Habshurger-Liga (1625-1635). Briefe und akten aus detn General-Archiv zu Simancas. Berlin, 1908, in-S". — John Bruce, Calendar of State papers, Doinestic séries of the reiqn of Charles I (1636-1637). London, 1867, in-8°. — Li>"age de V.ACciE>'>"ES, Mémoires de ce qui s'est passé en Suède, tiré des dépêches de M. CuiNur. Cologne, 1657, 3 in-4''. — G. Lacocr-Gayet, La marine militaire de la France sous les rèçjues de Louis XILL et de Louis XLV. T. L. Richelieu, Mazarin, 1624-1661. Taris, 1911, in-8». — G. Hasotaux, Maximes d'État et fragments politiques du cardinal de Ricbeueu, dans les Mélanges historiques de la Collection des documents inédits, t. III. — La magistrale Histoire de Richelieu de M. Hanotadx ne dépasse pas l'année 1624. — Mioet, Négociations relatives a la succession d'Espagne. Paris, 1835, 2 vol. in-8°. — G. Fagsiez, Le Père Joseph et Richelieu (1577-1638). Paris, 1894, 2 vol. in-8». — A. Waddi>gtos, La République des Provinces-Unies, la France et les Pays-Bas espagnols de 1630 à 1650. Paris, 1895, 2 vol. in-8''. — De Boer, Frieden.tunterhandlungen zwischen Spanien uud den Niederlanden in den jahren 1632 und 1633. 1898, in-S". — Jean de Pa>ge, Charnacé et l'alliance franco-hollandaise (1633-1637). Paris, 1905, in-8", p. 105.

Nos buts de guerre montraient assez la maîtrise du génie qui les avait conçus. Ce nétait rien moins que le redressement de nos frontières de Test, à couvrir par le fossé du Rhin; — la création d'un Etat tampon qui servit de « barre entre nous et les Holandois; " — la libération enfin de l'Italie du joug étranger. Un traité d'alliance avec la Hollande prévoyait une Belgique neutre et indépendante; le traité de Rivoli avec les ducs de Savoie, de Modène, de Parme et de Mantoue organisait une ligue assez puissante pour chasser de la péninsule les Espagnols, dont les princes étaient jusqu'alors « comme esclaves (1) » ; et le traité de Saint-Germain promettait à Bernard de Saxe-Weimar le landgraviat d'Alsace (2).

Si la France s'était acheminée vers la guerre « à pas de plomb ') , c'est que Richelieu en redoutait la durée : « Les François qui mesprisent voluntier un péril prompt et passager, sont si peu propres aux longues fatigues de lu guerre qu'ils s'en ennuient incontinent (3). m

Un singulier ouvrage, dont deux éditions enlevées en quelques mois attestent la vogue, les montrait même animés de sentiments de conciliation tout modernes. " Né en la République de Platon ou en la région de ses Idées, » un bourgeois de Paris, Éméric de La Croix ou Crucé (4), opposait à la guerre la panacée d'une Ligue des nations qui assurait aux peuples la Paix universelle, aux commerçants la

(1) Testament politique du cardinal de Richelieu, dans le Recueil des testaviens politiques... Amsterdam, 1749, in-S", t. II, p. 72.

(2) Les trois traités eu question étaient des 8 février, 11 juillet et 26 octobre 1635.

(3) Mémoire de Hich lieu (Affaires Etrangères, Hollande 16, fol. 463 : MiGKET, t. I, p. 174).

(4j Em[éric] Cr[ucé], Parfisien], le Xouveau Cynée, ou discours des occasions et moyens d'estabtir une paix générale et la liberté du commerce par tout le inonde. Paris, 1623, in-8° ; autre éd., 1624. — Mil. R. Vest- MTca. Deu.x précurseurs français du pacifisme et de l'arbitrage international, dans la Revue d'histoire diplomatique, année 1911, p. 51.

Liberté des mers : les conHits entre peuples eussent été obligatoirement soumis à l'arbitrage d'un tribunal international séant en « territoire neutre, » à Venise, et chargé de « procurer le bien de la Société humaine dont nous sommes les membres » . Et telle était la largeur de vues de notre Parisien, — en un temps où le Père Joseph prêchait la Croisade contre les Turc?, — qu'il donnait au Sultan la vice-présidence du Congrès de la paix. Mais de « ces dépositaires et ostages de la paix publique » , qui exécuterait les arrêts? Qui sauvegarderait l'existence de la France placée comme entre deux serres entre les deux branches des Habsbourg d'Autriche et d'Espagne? Oui trancherait le problème de la liberté des mers, au moment précis où le juriste Selden établissait que la mer, par droit de nature et droit des gens, n'est pas commune à tous (l)?

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