LA FRANCE, FIDELE A SA PAROLE, S'Y ENGAGE CONTRE SES INTÉRÊTS
>. Jamais roi délibérant pour bien prendre son partv dans une affaire épineuse, ne fut dans un plus fâcheux embarras, « écrivait Louis XIV (1). Les Anglais, sans déclaration de guerre, venaient d'enlever les colonies hollandaises de Cape Coast en Guinée et de la Nouvelle- Amsterdam qui devint New-York. Or, un traité d'alliance nous obligeait à secourir les Hollandais au cas oîi nous ne pourrions " moyenner un accommodement équitable '» entre les belligérants (2). » Si j'exécute à la lettre le traité de 1662, songeait mélancoliquement le roi (3), je ferai un
(1) Instructions an duc de Verneuil et à Courtiii, ses ambassadeurs à Londres. Février 1665.
(2) Description exacte de tout ce qui s'est passé dans les guerres entre le Roy d'Angleterre, le Roy de France, les Estats des Provinces Unies du Pays-Bas et iévesque de Munster (1664-1667). Amsterdam, 1668, in-8'. — N. Japikse., Louis XIV et la guerre anglo-hollandaise de 1665-1667 . Paris, 1908, in-8", extrait de la Revue historique . — Les Anglais menaçaient aussi nos colonies, ainsi que l'écrivait Lefebvre de La Barre à Colbert. Caycnne, 15 août 1664 (A. Jal, Abraham Du Quesne, t. I, p. 331). Waernard avait même occupé Sainte-Lucie en juin (Archives Nat., Colonies F^2(i^j.
(3) Louis XIV à d'Estrades. 19 décembre 1664 (E. Lavissk, Histoire de France, t. Vil-, p. 282j.
très grand préjudice à mes principaux intérêts, et cela pour des gens dont je ne tirerai jamais aucune assistance... " Que dis-je! Dans le « seul cas où il aurait besoin de les avoir favorables, " au moment du partage des biens de son beau-père le roi d'Espagne (1), ces gens-là lui seront « directement contraires. »
Le roi était hésitant. N'ayant point encore une marine suffisante pour disputer l'empire des mers « dont les Anglais se montraient avides (2), v n je ne pouvais rien conquérir sur ces insulaires qui ne me fût plus onéreux que profitable, " disait-il. Ils étalaient avec complaisance à nos envoyés la longue liste de leurs cent trente-deux navires de guerre, la ricbesse de leurs arsenaux de Londres et de Hull et l'adresse de leurs canonniers (3), que la bataille navale de Lowestoff le 13 juin 1665 mit en évidence. Ce jour-là, l'amiral duc d'York, frère du roi, battait le baron Jacob Yon Wassenaer-Obdam, qui perdit quinze navires et périt avec son vaisseau; trois bâtiments britanniques seulement succombèrent (4).
Malgré sa défaite, la flotte hollandaise, reprise en main par Ruyter qui venait d'e.-ipuiscr de Guinée les Anglais, restait redoutable. Un de nos officiers comptait quatrevingt douze " grands navires combattants " et dix galiotes hollandaises en route pour la Tamise (5). Les escadres de Rotterdam, d'Amsterdam et de Zélande, — Ruyter-, Tronip et Evertsen, — alignaient 20 460 hommes et 4 716 canons contre les 21 085 hommes et les 4460 canons du duc
(i) Philippe IV mourut le 17 septcmhre 1665.
(2) Description exacte...
(3) llelation d'Angleterre. J()6.) (H. N., Cinq-Cents Colbert 478,
(4) A. LefÈvre-Pontalis, Jean de Witt, (^rand pensionnaire de Hollande. Paris, 1884, in-8", t. I, p. 344.
(5) Lettre de Fly. Calais, 21) octohre 16G5 (A. Jal, Abraham ])n Quesne, t. I, p. 369).
d'York, du prince Rnpcrt et de lord Sandwich (1).
Ce qui devait, seml)le-l-i], faire pencher la balance, c'était l'appoint de nos forces navales. Louis XIV, après d'infructueux efforts pour ramener la paix, " obligé par l'engagement de sa parole, " s'était résigné à les mobiliser pour se ranger le 2G janvier 16G6 aux côtés des Hollandais. Pour nous exciter contre les Anglais, n'avaient-ils point fait état des déclarations de l'ambassadeur britannique à la Haye : " Les maximes de l'Angleterre ne voulaient pas que l'on souffrist que la France se rende puissante par mer (2). »
Ne laissant à la garde de la Méditerranée que la division de Martel et les galères de Vivonne (3), Beaufort devait rallier dans le Ponant les quinze vaisseaux d'Abraham Du Quesne (4). Entre temps, pour empêcher Du Quesne d'être écrasé, Colbert proposait d'encadrer chaque vaisseau entre deux brûlots : une chaîne d'or magnifique récompenserait l'audace du premier capitaine de brûlot qui s'attacherait à un vaisseau anglais (5). Et il conseillait l'offensive.
Allant deux par deux comme des oiseaux de proie dans les mers ouvertes où ils pourraient facilement se dérober aux escadres, nos croiseurs mettraient à mal le commerce
(1) Archives Nat., Marine BK^, fol. 240. — Description exacte, p. 130, 132. — Au début de la guerre, Jacob Van Wassenaer-Obdam avait 103 vaisseaux, 7 yachts, ii brûlots, 12 galiotes, 4 869 canons, répartis en sept escadres; et le duc d York, 109 vaisseaux, 21 brûlots, 4 192 canons (Gerhard L. Grove, Til orloqs under de Euyter, daqho(/sopteçnelser af Mans Svendsen (1665-1667)'. tvobenhavn, 1909, in-8",' p. 24).
{i) Lettres et négociations de Jean dk Witt, t. III, p. 71.
(3) Archives Nat., Marine \i%, fol. 22 v°.
(4) Montés de 4 230 hommes et 578 canons; de plus. Du Quesne avait sept brûlots Archives Nat., Marine h^-^, fol. XLIII).
(5) Il Vingt bons vaisseaux, accompagnés chacun de deux bruslots, seroient meilleurs que quarante grands vaisseaux. » Colbert à Colbert île Terron. 1'^ janvier et 16 mars 1666 (Lettres de Colbert, t. III, p. 31. — DELARnBE, Tourville et la marine de son temps, p. 29).
britannique et feraient par là » naître de grands embarras dans la direction des affaires de l'Etat, " car il n'est pas de nation n plus bilieuse et plus impatiente des pertes qu'on lui fait souffrir (1). » Gouverneur, officiers, gentilshommes, marchands, les Bretons furent invités à armer en masse. Au lieu d'une trentaine de corsaires qu'on escomptait ainsi, les Malouins, à eux seuls, en proposèrent le double avec six cent cinquante-six canons (2). Et Guinant, le hardi condottiere du plan insurrectionnel de Fouquet, se disait en mesure de « tailler nuit et jour de la besogne " à l'ennemi en prenant position aux Sorlingues, à portée de l'Irlande (3j.
Là, en Irlande, l'archevêque d'Armagh nous avait fait espérer qu'avec un peu d'aide, les insulaires « seraient en disposition de se révolter. » L'arrivée de » huit mille hommes avec quantité d'armes et de munitions de guerre» serait le signal d'un soulèvement général. Louis XIV promit quatre cents hommes et six cents mousquets que les vaisseaux rochelais des capitaines Micheau et Gosse débarqueraient dans la baie de GaKvay comme prémisses « d'un secours plus considérable f4j. n i^éjà l'apparition d'un de nos vaisseaux, suivi au loin de trois autres, dans la rivière de Kilmore avait jeté l'alarme en avril 1G66 parmi les troupes anglaises (5). Sept vaisseaux de guerre étaient
(1) Colbert de Terron à Colbert. 30 novembre 1665 (B. N., Mélanges Colbert 133, fol. 523 : A. Jal, t. I, p. 372).
(2) Lettre de Fr. Gaillard. 13 décembre 1665 (A. Jal, t. I, p. 375).
(3) Colbert à Colbert de ïerron. 29 janvier 1666. (Lettres de Colbert, t. III, p. 49).
(4) « Mén)oire du Rov pour servir d'instruction à M. Colbert de Terron sur les affaires d'Irlande. " 27 août 1666; — « Mémoire sur l'affaire d'Irlande. 1 Brest, 25 novembre 1666; — » Mémoires du sieur O'Hiordan « (Guerre, Archives historiques 205, p. 65. — Archives Nat., Marine h'^^, fol. 4. — A. Jal, t. I, p. 498).
(5) Le comte d'Orrery au lord lieutenant d Irlande. Avril 1666 (Robert Pentland Mauaffy, Caleiular of State papers relatiufj to Ireland (1666- 1669). London, 1908, in-8", p. 91).
venus à Klasale pour déjouer nos attaques (l). Mais le chef des rebelles, Edniund Nan^jle, sur lequel nous comptions, s'était fait tuer ù Longford en attaquant un détachement britannique : une proclamation trouvée dans sa poche avait livré à l'ennemi les noms de ses affidés. Ordre fut donné à nos marins de « surseoir (2). »
A défaut de l'Irlande, Jersey. " Située avantageusement soit pour la {guerre, soit pour le commerce, " c'était une proie tout indiquée (3) Mais les Anglais y faisaient bonne garde. La Vierge-de-bon-poiH, au retour de l'Inde, » enfilait la Manche, fardée comme une coquette, ajustée de banderolles, les galeries peintes à neuf et tous ses vieux dehors revêtus de belles apparences, » quand, le 0 juillet IGGG, trois vaisseaux lui barrèrent la route en vue de Guernesey. A l'ordre de Christophe Goodman : u Amène pour le roi d'Angleterre! » Truchotde La Chesnaye riposte par une bordée. Il ne peut aligner tjue soixante et onze hommes, mais des tireurs d élite qui abattent d'une balle au front tout ennemi à découvert, ou des héros comme Petit de La Lande, lequel, une jambe et un bras emportés, se fait « planter d dans les haubans pour combattre encore. Quarante d'entre eux gisent tués ou blessés; la Vierge est une écumoire; elle va devenir un volcan, La Chesnaye a le boute-feu en mains, quand les Anglais crient : « Bon quartier! 1) A peine étaient-ils à bord de la prise qu'elle coulait, engloutissant pêle-mêle vainqueurs et vaincus, cent vingt hommes (4).
(1) Le comte d'Orrery à Conwav, 17 juillet (Mahafiy, p. 156).
(2) Avis de Dublin, 17 juillet (Mauaffï, p. 159).
(3) En septembre (A. Jal, t. I, p. 500). — Mémoires de Louis XIV. Paris, 1806, in-8% t. I, p. 194.
(i) Soutenu DB Rennefort, Histoire des Indes Orientales, p. 152 : l'auteur était à bord de la Vierge, qui avait 20 canons : Goodman coiuiuandait l'Orange.
LA CAMPAGNE DU DUC DE BEaUFORT
Assisté du chevalier Paul, ^ vieil ofHcier généreux et expérimenté, » dont l'ascendant devait maintenir entre Il tous ceux de même corps » la concorde et l'union fl), Beaufort avait quitté Toulon le 29 avril 16G6 avec une flotte imposante, — trente-deux vaisseaux, huit brûlots, mille cent quatre-vingt-deux canons, dix mille quatre cent soixante-quatre hommes (:2), — renforcée par une petite division hollandaise et grossie de navires marchands. «Pourvu que Smith ne vous échappe pas! » lui écrivait le roi (3). « Goustelatz, pistoletz, haches d'armes, potz à feu, grenades » en auront vite raison, opinaient de vieux capitaines, car il n'est rien que les Anglais appréhendent autant que l'abordage (4;, n'ayant qu'un château pour se défendre au lieu de deux (5).
Pour plus de sûreté, les douze galères du comte de Yivonne rejoignirent à l'entrée du détroit de Gibraltar la flotte de Beaufort. Elles n'avaient rencontré d'autres forces navales que sept galères espagnoles du général marquis de Santa Cruz, auxquelles elles avaient intimé de saluer : sur
(1) Louis XIV au chevalier Paul. 18 février 1666 (H. Oddo, p. 191).
(2) " Estât des vaisseaux de guerre dont l'araiée du roy, coiniuandée par Mgr le duc de Beaufort, est composée » (Archives îNat., Marine B^3, fol. xsxiv; B*;î, fol 68 : B5j, fol. 225 : A. J.u., I. 390) —Journal du marquis de Vallin (Guerre, Archives historiques 463, p. 12j.
(3) 5 et 16 février 1666 (OEuvres de Loris XIV, éd. Grimoard, t. V, p. 358, 363). — Golbert à Beaufort. 12 mars '^Lettres... de Colbert, t. III, l«p., p. 69).
^4) Avis de Forant et Carel de Meautrix. 31 décembre 1665 (Archives Nat., Marine B*3, fol. vu, ix).
(5) « Relation d'Angleterre » (B. N., Cinq-Cents Colbert 478, fol. 127).
GUERRE Ei\TRE LA HOLLANDE ET L'ANGLETERRE 447
la réponse du général que pareil acte lui ferait «i couper la léte, " nous avions eu pitié d'un homme qui se niellait à notre discrétion; et il avait passé au large (Ij.
Quant aux Anglais du vice-amiral Jeremiah Sniilh, sans attendre le choc, ils s'étaient repliés sur la Manche. Et Louis XIV de les railler » des merveilles qu'ils avoient dites sans se mettre en peine d'en faire. C'étoit sans doute assez glorieusemenl commencer cette campagne navale que d'avoir ainsi contraint des gens qui se croient les maîtres de la mer, à fuir devant ceu.v qu'ils avoient menacés; mais ne voulant pas en demeurer là, je résolus de les faire suivre jusque dans la mer Océane (2). ^
Le 9 juin, Beaufort était à l'entrée du Tage, quelques semaines après qu'une de nos frégates avait livré bataille aux Anglais. Chargée de couvrir un convoi, la Victoire du chevalier Charles de Certaines s'était u jetée au large» audevant d'rfn vaisseau de ligne qu'elle avait u fort maltraité. '' Le 1(3 avril, après des réparations sommaires, elle se trouva aux prises avec deux autres vaisseaux britanniques de soixante et vingt-quatre canons : n'ayant que trente pièces et deux cent cinquante hommes, elle se battit pourtant seize heures et repoussa trois abordages. Au quatrième, un témoin ne vit plus " sortir de feu de notre navire. " La Victoire était captive (3).
C'est dix-huit vaisseaux espagnols cette fois que Beaufort trouvait devant lui. Il les somma de saluer nos cou-
(1; Suivant le journal de la Holte de Beaufort, longuement analysé par A. Jal, Abraham Du Quesiie, t. I, p. 395.
(2) Mémoires de Louis XIV, écrits par lui-même, composés pour le Grand Dauphin. Paris, 1806, in-S", t. I, p. 169. — Les couiiuandeurs de Gardane et d'Oppède, capitaines du Cheval Marin et de la Sjrène, restèrent dans la Méditerranée pour courir sus aux Anglais. Instructions de Louis XIV et de Beaufort, 25 septembre et 10 octolîre 1666 (Archives Nat., Marine B-4, fol. 204; H-3, fol. ii'= xu) .
(3) Lettres écrites de Cadix, 14- mars 1666; La Uochelle, 12 avril et 30 mai (A. Jal, Abraham Du (Juesne, t. I, p. 501).
leurs. L amiral Mateo Mas s'inclina, amena son pavillon et décampa, humilié de n'avoir pu ni » fermer l'entrée de la rivière de Lisbonne, ni prendre la reine de Portugal (1). »
La Reine de Portugal, devant qui les Anglais s'étaient galamment effacés, laissant la voie libre f2), était une fille de France : » Sachant combien la guerre de Portugal donnoit de peine à toute l'Espagne et combien la durée de ce mal intestin étoit capable de consumer avec le temps les forces de cette couronne (3 , » Louis XIV donnait pour compagne au roi Alphonse YI la duchesse de Nemours, Elisabeth de Savoie. Le 2 août, elle faisait son entrée à Lisbonne après une heureuse traversée. Le lieutenantgénéral Henri de Massue de Ruvignv et Abraham Du Quesne, qui avait failli a crever de douleur » d être en sous- ordre d'un officier général des armées de terre, l'avaient convoyée depuis la Rochelle '4i. Toutes nos forces navales étaient désormais massées sous les ordres du grand maître de la navigation, pour qui les conseils du chevalier Paul, peu familier avec les mers du Ponant, étaient malheureusement d'un maigre secours.
Contre les Anglais, quelle tactique allait-il adopter : ou les écraser, ou les user? Ou, toutes forces jointes, avec cent cinquante vaisseaux franco-hollandais (5) renforcés des danois, livrer une bataille décisive; ou « mieux l'éviter pour consommer les Anglois et les obliger, par l'impossi-
(1) C. Fernandez DuRO, Armada Espanola, t. V, p. 90.
(2) A tout événement, la division Tliiballier de Thurelle suivait à distance Du Quesne pour lui porter secours (A. Jal, Dictionnaire critique, p. 806).
(3) Mémoires de Locis XIV, t. I, p. 64.
(4) Du Quesne à Coibert. 14 juin (A. Jal, AbrahaiÈi Du Quesne, t. I, p. 381). — Instructions au lieutenant-général marquis de Ruvigny. 28 mai (Archives ]Nat., Marine B-3, fol. Cil). — Gazette d'Amsterdam, 9 septembre 1666.
(5) 83 vaisseaux hollandais, 44 vaisseaux et 14 brûlots français, 30 ou 40 vaisseaux danois.
bililé de soustenir cette dépense, à entendre la paix? » Louis XIV penchait pour la guerre d'usure (1). Mais déjà ses partenaires avaient engagé l'action.
Dans I instant où Beaufort contraignait au salut un amiral espagnol, nos alliés livraient une bataille de (juatre jours, du II au 14 juin IGGO, à la flotte britannique de Monk. C'était au large de Dunkerquc. Tromp, Ruyter et Cornelis Evertsen, a tous leurs officiers parfaitement bien unis, le monde gai comme s'il allait aux noces, et le tout à souhait ("2), M attaquaient avec violence leurs adversaires, Monk d'Albemarle, Ayscue et Thomas Allen, dont les matelots manquaient d'allégresse : on les avait recrutés en (i les pourchassants avec des cavaillers, comme des troupeaux de moutons d'Irlande, jusqu'à Doevres (3). )> Les Hollandais, maîtres du vent, coulèrent le vaisseau amiral du pavillon blanc, le Royal Charles, commandé par le chevalier George Ayscue. Le dernier jour, le prince Rupert, resté en grand'garde pour barrer la route à l'escadre française dont a l'ombre mô me fit en ce rencontre des miracles (4), " accourut de Wight avec seize vaisseaux; Ruvter lui opposa vine réserve de douze vaisseaux qui achevèrent la déroute de la flotte britannique (5). Mais le 4 août, les Anglais reprenaient leur revanche sur Ruyter
(i) Louis XIV au comte d'Estrades, 21 mai (Archives Nat., Marine B*4, fol. 105. — Lettres, inémoires et néqociaàons de Monsieur le comte d'Estrades, t. III, p. 61, 312).
(2) Jean de Witt au comte d'Estrades. 4 et 9 juin (Correspondance française du grand pensionnaire Jean de Witt publiée par Fr. Combes, Mélanges historigncs, nouvelle série, t. 1, p. 266, 268, dans la Collection de documents inédits).
(3) Description exacte, p. 130.
(4) .Mgr de tlarlay à Colbert. 22 juin (A. Jai., t. I", p. 422).
(5) Lettre de Michel Adriaensz de Ruyter. A bord des Seven Provinzien. 14 juin (Description exacte, p. 135). — Armand de Gramont, fils du maréchal, et Louis Grimaldi prince de Monaco, son beau-frère, étaient à bord du Duivenvoorde, et MM. de La Ferté à bord du Gelderlandt (A. J.M., t. I", p. 420).
et Evertsen. Et c'était à des mousquetaires français, menés en deux chaloupes par les chevaliers de Cangé, d'Harcourt et de Goislin, queRuyter devait d'être préservé des flammes d'un brûlot anglais.
Les Etats généraux n'en attribuèrent pas moins leur revers aux retards de notre escadre, « voyant bien que le Roy les abusoit et qu'il vouloit les faire consommer avec les Anglois pour profiter de leur ruine : mais ilz feroient la paix sans luy (1). » Vivement blessé de cette suspicion, Louis XIV a pris d'autant plus de soin de s'en disculper dans ses Mémoires, qu'il avait écrit à Beaufort une phrase ambiguë : Ne faites pas " courir quelque risque à mon armée, laquelle il est nécessaire de conserver pour une infinité de raisons (2). "
Sur les instances réitérées des Hollandais qui » le pressoient continuellement de faire avancer sa flotte (3), » Louis XIV avait donné des ordres plus énergiques. Au lieu de contourner les iles britanniques « à droitte routte au nort d'Irlande (4), » Beaufort devait s'engager dans le coupe-gorge de la Manche avec toutes nos forces, quarante-sept vaisseaux et quatorze brûlots : et le chevalier Paul ayant " peu d'expérience » de cette mer (5), il appela à son bord comme guide Abraham Du Quesne.
a Je lui commandai de marcher droit à la rencontre de notre allié, écrivait Louis XIV. J'avois commandé que, de chaque place maritime, on donnât promptement avis à mon amiral de ce que l'on pourroit apprendre, afin qu'en
(1) Journal d'Olivier LefÈvre d'Ormksson, t. II, p. 466, à la date du 9 août 1666.
(2) Guerre, Archives historiques 205, p. 11 : A. Jai., t. 1, p. 399.
(3) Mémoires de Loris XIV, t. I, p. 257.
(4) Avis de Colbert de Terron. 30 novembre 1665; de Forant et de Carel de Meautrix. 31 décembre (Archives Nat., Marine B^3, fol, vu, ix ; A. Jal, t. I, p. 372).
(5) Du Quesne à Golbert. 20 décembre 1666 (A. Jal, t. I, p. 475).
GUERKE ENinE LA HOLLANDE ET L'ANGLETERRE 451
quelque lieu qu'il se trouvât, il vit, sans sortir de son bord, ce qui se passoil en toute la Manche. Ayant sujet de penser que nous aurions infailliblement combat avec la flotte d'Anjjleterre, j'avois commandé six cents hommes de ma maison pour monter sur mes vaisseaux, eti'avois ordonné au duc de Beaufort de les venir prendre à Dieppe (l). »,
Or, Uuyter avait franchi le 1 1 septembre 16G0 le Pas-de-f Calais avecquatre-vingt-un vaisseaux et treize brûlots : il bousculait à la hauteur de Boulogne la flotte anglaise, lui mettait quatre bâtiments hors de combat ["2), mais ne dépassait point les parages de Dunkerque, quelques instances (3) que fissent près de lui J^a Feuillade et Villequier, quelque ordre pressant qu'il reçût des États généraux. Il avait la fièvre. Dans la nuit du 27, un orage démâta cinq ou six de ses vaisseaux (-4). « Dans un abattement terrible, « les Hollandais regagnèrent leurs côtes, prétextant qu'en cas de défaite, « depuis Brest jusques à Dunkerque, la France n'avoit pas un port pour retirer un grand vaisseau (-4) . "
(i De l'ile de Wight, laquelle voit toute l'entrée de la Manche, " les Anglais guettaient Beaufort, désormais ex[)0sé à « tomber seul et sans être averti entre leurs mains (5). » Le 23 septembre, sur la nouvelle que les Hollandais ont livré sans lui un troisième combat, " la plus
(1) Mémoires de Louis XIV, t. I, p. 259, 261. — De fait, 800 gardes du Jorps et mousquetaires étaient passés en revue près du PoUet (Miehel- Claude Guibkrt, Mémoires pour servir à l'histoire de Dieppe, t. I, p. 339).
(2) Description exacte, p. 165. — D' E.-T. Hamy, Deux combats sur mer devant liouloqne, épisode de la campagne navale de 1666. Boulogneiur-Mer, 1904-, in-S". — D' E.-T. Hamy, François Panetié. Boulogne-sur- Vler, 1903, in-S", p. 14.
(3) Instructions de Louis XIV à Villequier. 24 septembre (Archives Nat., Marine B*4, p. 195. — - Bibliotlièque du ministère de la marine, ms.).
(4) Jean de Wilt au duc de Beaufort 29 septembre (François Comdes, Correspondance française du qrand pensionnaire Jean de Witt, dans les Mélanines liistorii/ues de la Collection des documents inédits, t. I, p. 294).
(5) Mémoires de Louis XIV, t. I, p. 265.
douloureuse chose qui lui pouvoit arriver et la plus préjudiciable à la réputation des forces maritimes de Sa Majesté, il ne songe quà donner lieu à nos alliés de ne pas se plaindre de nous avec justice (l). " Depuis le 17, il a dicté ses « Ordres et signaux pour le jour du combat (2). » Il mande « à bord, sur l'heure, soit de gré, soit de force, tous les pilotes ayant quelque connoissance de la Manche et de la Hollande, jusques aux lamaneurs accouslumés de naviguer en Zélande. " Et aux traînards, il laisse cet ordre : passer « droit en Zélande, où nous nous en allons, sans nous arrcster, joindre les HoUandois (3). »
Mais de nouvelles instructions lui prescrivent de ne point (i s'exposer à un combat certain contre la flotte anglaise, » avec le désavantage du nombre et du vent (4). On craint à la Cour que la retraite des Hollandais (5) soit voulue et qu'en exposant notre flotte à une défaite, ils veuillent faciliter leur accommodement avec l'Angleterre (G). Beau fort se décide donc, sur l'avis du mai'quis de Gréquy et de l'intendant Golbert de Terron, à revirer de bord vers Brest |7). P'orce est de passer à portée de la flotte anglaise, dont les vigies nous découvrent le l27 septembre (8) . « Par un bonheur extraordinaire, " les Anglais ne peuvent quitter Wight à cause du vent contraire, pour nous attaquer (9). ^
Mais Beaufort a laissé « quatorze vaisseaux se sépareif
(1) Mémoires île Louis XIV, t. I, p. 263.
(2) Beaufort à Golljert. 23 seplemljre (A. Jal, Dictionnaire criticjue de., bioqraphie et d'histoire, art. tieaufort).
(3) A bord de Tamiral, 17 septembre (B. N.,. Franc. 22T(i8, fol. 131).
(4) Beaufort au commandant de l)ieppe pour faire tenir aux « vaisseaux qui viennent derrière l'armée. » A bord de l'amiral, 22 septembre (A. Jal, Dictionnaire critique, art. Beaufort).
. (5) Louis XIV à Beaufort. 24 septembre (Arch. Nat., Marine B^4, p. 183).
(6) Journal d'Olivier Lefèvue d'Obmkssox, t. II, p. 470.
(7) David Asseline, les Antii/uitéz et chroniques de Dieppe, t. II, p. 329. (8l Correspondance de Jean de Witt, dans les Mèlanqes historiques,
(9) Journal d'Olivier Lefkvue d'Ormes.sox, t. H, p. 474.
du pavillon (l), " notamment la petite division hollandaise qui le suit depuis Toulon.
Par [jros temps, ces bâtiments <i vindrent tomber dans la bouche " de leurs ennemis au cap Dunjijeness. Gharj^csà toutes voiles par Thomas Allen, amiral de l'escadre au pavillon bleu, ils s'éparpillèrent dans toutes les directions; la Ville-de-Rouen el\e brûlot le Saint- Antoine de Padoue allèrent jusqu'à Middelbourg. Le Bourbon de Rabesnières- Treillcbois et le Mazarin de Villepars, après un violent combat contre six adversaires, où Rabesnières « tira plus de onze cens coups en chargeant ses canons à double charge, en mettant sur chaque boulet rond une balle à deu.\ têtes et le plus souvent une lanterne pleine de ferraille, Il se traînèrent « en fort mauvais état " jusqu'au Havre. Ils y furent rejoints par le Mercœur de Thurelle et lePrins te Paard du Hollandais Verburg, dont les deux collègues, Ooms et Rœtering, avaient dû se jeter à la côte. Entouré par trois vaisseaux anglais, le Dragon de Préaux- Mercey en avait démâté deux, puis avait gagné Dieppe. Le yVîom^vAe échappa aussi (2).
Seul, un vaisseau dé cinquante canons, le Uubis, qui revenait de convoyer jusqu-au large de l'Espagne une Holtille de la Compagnie des Indes (3), servit de trophée aux Anglais. Pendant sept heures, il avait tenu tête à une division de neuf vaisseaux et abattu de nombreux adversaires.
(1) Louis XIV à Beaufort. 20 octobre (Arcliivcs ]Nat., Maiinc B-4,
(2) Description exacte, p. J67. — Louis XIV à Beaufort. 3 et 8 octobre (Archives Nat , Marine B^4, p. 210. — H. Oddo, p. 202). — D'Elhée, Relation de ce qui s'est passe clans les isles de l'Améric/ue, t. I, p. 44. — Gazette d'Amsterdam, 14 octobre 1666. — B. N., Mélanges Colbert 134. — Mémoires de Louis XIV, t. I, p. 268. — A. J.\l, t. I, p. 444 : lettres de La Uoche-Saint-André datée de »■ l'entrée de la rivière de Londres, le 13 octobre » ; de Rabesnières. I^e Havre, 13 octobre.
(3) Instructions du 8 mars 1666 (Archives Nat., Marine B'3, fol. 78; B*2, fyl. 277).
dont une quarantaine au seul vaisseau du capitaine Dij^by. Ayant cent seize hommes hors de combat, l'énergique capitaine Louis de La Roche-Saint-André « souhaitait mille fois et cherchait les occasions de périr. Mais, — disait-il (l), — je n'ai pas trouvé dans mes gens la même disposition ; et quelque chose que j'aie pu faire avec Taide de mes officiers, je n'ai pu soutenir davantage, ni prendre le parti de l'extrémité. J'en aurai pour le reste de ma vie la larme dans le cœur. »
Cette belle conduite lui valut du roi d'Angleterre sa mise en liberté, du duc d'York une épée et de Louis XIV le collier des Ordres avec le commandement d'une escadre (2). Les autres prisonniers français, traités avec « toute sorte d'honnestetéz " par nos hôtes de la veille et par leur ancien compagnon d'armes le chevalier Carteret, redevenu commissaire général de la flotte anglaise, trouvaient « le séjour de Londres extrêmement divertissant et presque tous les plaisirs exquis (3). n • Louis XIV, de son côté, se vantait d'avoir eu une h conduite tendre et obligeante pour son frère d'Angleterre. Forcé par son honneur à faire une déclaration de guerre, » il avait eu soin d' «envoyer sa flotte aux noces de la reine de Portugal, sans jamais avoir voulu joindre ses vaisseaux à ceux des Hollandais (4). » Navré à en « mourir de tristesse » de nos atermoiements, Beaufort grondait sourdement : " Il y auroit plusieurs choses à dire, si je vouloisdécouvrir tout ce qui est venu à ma connoissance sur ce
(1) liCttre du '3 octobre citée, adressée à Colbert.
(2) Du Grand Danois et du Frédéric, commandés aux chantiers de Copenhague, de l'Invincible, de l'Intrépide, du Conquérant, du Neptune, du Courtisan, construits à Amsterdam (Archives Nat., Marine B'^3, fol. m' xix; B-6, fol. vni v°, vu"" ii). — La Roche-Saint-André fut promu chef d'escadre le 27 août 1667 (Archives Nat., Marine B^7, p 63)
(3) SoucHU DE Re.nneforï, Histoire des Indes Orientales, p. 172.
(4) Instructions au marquis de Ruvigny, ambassadeur près de Charles II (BorÉly, Histoire de la ville du Havre, t. II. p. 78 note).
sujet. " Et il estimait nécessaire de " bazarder quelque chose pour la réputation publique, afin de montrer rhonnesteté et la vigueur de nos intentions : " » Avec dix ou vingt bons navires, je ne tiens pas impossible d'en incommoder trente de MM. les Atiglois (1). »
11 proposait de se rendre en Hollande, pourvu que la flotte des Pays-Bas vint en tout ou partie au-devant de lui à la hauteur d'Ouessant (2) . La division Gabaret fut détachée en croisière à l'ouvert de la Manche (3), en attendant que Beau fort fût en mesure de mobiliser les escadres de Brest et la Rochelle (4). Et les vaisseaux que La Roche Saint- André amenait de Danemark et de Hollande pour le compte du Roi, eurent ordre de se ranger sous le pavillon de Ruvter (5). Le 15 août 1667, nos alliés qui venaient d'enlever quatre vaisseaux britanniques dans la Tamise, étaient au rendez- vous : " Nous nous trouvons présentement aux environs des isles de Sorlingues environ trente et trois bons vaisseaux de guerre, bon nombre de brûlots, pattaches, etc., afin que la jonction puisse se faire et que nous puissions conjunctement faire des entreprises plus considérables sur l'ennemy commun (G) "... Mais il était trop tard. Beaufort avait un nouvel ol)jectif (7).
(1) Beaufort à Colbert. 23 septembre (A. J.\l, Dictionnaire critique, art. Beaufort), et 29 novembre (A. Jal, Abraham Du Quesne, t. I, p. 467).
(2) « Project faict par l'ambassadeur extraordinaire de Frani-e et les députez des Estatz généraux pour la campagne 1667, » annoté par Beaufort avec des remarques autographes de Colbert (Archives Nat., Marine B''3, fol. 133).
(3) Dix à douze vaisseaux devront croiser entre le Cap Finisterre et les Sorlingues, trois à quatre à l'ouvert de la Manche. Louis XIV à Beaufort, 27 avril 1667 (Archives Nat., Marine B-7, fol. 25).
(4) Gazette de France, 1667, p. 606, 657.
(5) Jean de Witt au comte d'Estrades. 23 mai (François Combes, Correspondance française du grand pensionnaire Jean de Witt, dans Mélanges historiques, t. I, p. 294).
(6) Lieuwe Van Aitzkma, SaLen van Staet en Oorloqh in ende omtrent Nederlanden. Sgravenhage, 1672, in-fol., t. II, p. 125.
(7) La liste de sa Hotte en 1667 est à l'Institut, Portefeuilles Godefrov 68 fol. 295.
45(i HISTOIRE DE LA MARINE FRANÇAISE
L'ORDRE DE NOTRE-DAME DU MO^ïT-CARMEL ET LA DÉFENSE DES CÔTES
Encore convalescente, notre marine de guerre était si fragile que Louis XIV avait hésité à Texposer seule aux coups de l'ennemi : pour la soulager, il avait eu recours aux bons offices d'un Ordre militaire et d'une Compagnie de navigation. A l'Ordre de Notre-Dame du Mont-Carmel, fut confiée la garde des côtes de Bretagne; à la Compagnie des Indes Occidentales, la défense des Antilles.
Depuis 1607, végétait un petit Ordre de chevalerie dont les membres avaient pour insignes une croix amaranthe sur le manteau et au cou une croix d'or écussonnée des images de Saint-Lazare et de Notre-Dame. L'Ordre de Notre-Dame du Mont-Carmel était l'apanage d'une famille du Velav, les Nérestang (1). L'un de ces gentilshommes terriens, Charles-Achille de Nérestang, orienta vers la marine l'activité de ses chevaliers. Dans l'espoir d'obtenir, comme siège de sa grande maîtrise, la concession d'une île du littoral, — Ré ou Portcros (2), — il prêta au roi Louis XIV
(1) Gactieb de Sibebt, Histoire des Ordres royaux hospitaliers-inilitaires de Notre-Dame du Mont-Carmel et de Saint-Lazare de Jérusalem. Paris, 1772, in-4", p. 375. — Le P. Tocssaist de S\i>T-Lrc, Mémoires ou extraits des titres tjui servent à l'histoire de l'Ordre des chevaliers de Notre-Dame du Mont-Carmel et de Saint-Lazare de Jérusalem. Paris, 1681, in-S", p. 206. — Jullien de Saint-Didier, Abrégé sommaire historique et chronologique des Ordres roYaux militaires et hospitaliers de Notre-Dame du Mont-Carmel et de Saint- L.azare (B. N., Nouv. acq. franc. 4132, p. 224). — Ch. de L\ Roxcière, l'Ordre de Notre-Dame du Mont-Carmel et ses destinées maritimes. Paris, 1914, in-8°, extrait de la Bibliothèque de l'Ecole des chartes.
(2) L'Ordre demanda même les deux, Ré et l'archipel des isles d'Hyères (B.N., Nouv. acq. franc. 2486, fol. 22).
l'appui de son Ordre en armant, le IG avril 1GG6, les fréj^jatcs malouines Notre-Dame du Mont-Carmel et Saint- Latare.
Le commandeur placé à leur tête (l), Louis de La Barre d'Arbouville de Groslieu, se signala aussitôt par l'attaque, la prise ou la destruction, dans la haie de Mountsbay, de six vaisseaux anglais (2). Assaillie à son tour par trois grandes frégates, que deux autres le lendemain rejoignirent, la Notre-Dame du Mont-Carmel résista jour et nuit, repoussa deux fois l'abordage du Paradox de Léonard Guy, de V Oxford et de leurs conserves; et n'ayant que dix-sept hommes autour de lui, couvert de Idessures, Groslieu mourut les armes à la main, face à l'ennemi. C'était la veille d'une fête de Notre-Dame, le 14 août 106G. Une plaque commémora tive du glorieux combat fut posée dans l'église des Carmes.
L'Ordre, doublant le nombre de ses frégates, les confia au fils du doyen du parlement de Bretagne, à Frère René Champion de Cicé (3), en même temps qu'il créait à Saint- Malo une agence générale (4). Gommissionné par le roi, qui esquivait ainsi les difficultés soulevées par l'amiral de France et qui prescrivit au duc de Mazarin, gouverneur de Bretagne, de « favoriser les entreprises de l'Ordre (5 , »
(1) Suivant commission royale en date du 10 juillet l(i6(5 (Affaires Etrangères, Mémoires et documents 920, fol. 123; Arch. jNat., Marine B-3, fol. cxv v"; Gautier de Sibkrt, p. 430). il avait pour second le chevalier de La Rivière.
(2) Ses quatre prises furent placés sous les ordres des chevaliers de Brisay de Denonville, de Villemor, Botrel de Beauvais el de T. éons (Gautier de SiBERT, p. 431. — Le P. Toussaint de Saint-Luc, p. 226). — Gazette rie France, 1666, p. 982. — Mary-Anne Everett Grken, Calendar of State papcrs, Domestic séries of the reic/n of Cliarles H (1666-1667). London, 1864, in-8", p. 13, 20, 35, 41.
(3) Le 31 mars 1666 (Arch. Nat., Marine B-6, fol. """^vii).
(4) Lagent général des affaires de l'Ordre à Saint-Malo était le frère servant Michel Baudran de Brisselène et de Maupertuis, novembre 1666 (Gautier de Sihert, p. 436, note 1).
(5j Lettres royales du 10 juillet 1666 (Gautier de Sibert, p. 429).
Clcé ne cessa de sillonner la Manche à la tête de ses quatre frégates et de corsaires dunkerquois rangés sous sa bannière. En revenant de Flessingue, où elle avait été porter une dépêche de la Cour, sa frégate le Nérestang fit la rencontre de deux vaisseaux de guerre britanniques, le 3 juin 1667. Cicé en coula un; il jetait sur l'autre les grappins d'abordage, lorsqu'une grenade en éclatant lui creva les yeux; une balle l'acheva : « Messieurs, prenez courage, ce n'est rien, » dit-il, et il tomba sur le tillac, la tète fracassée, à côté du chevalier de Villemor et de trente de ses hommes hors de combat. Son corps, enveloppé dans le suaire de son pavillon, fut ramené à Dieppe (1).
Son remplaçant. Frère Philippe du Coudray de Condé (2), continua la tradition en amarinant un beau bâtiment de commerce (3). Puis le grand maître lui-même, breveté chef d'escadre, le marquis Charles-Achille de Nérestang, recevait la glorieuse mission de commander ses deux frégates et les trois garde-côtes de Bretagne (4) sous les ordres immédiats de l'amiral, sans être subordonné à autrui (5) .
J'ai dit déjà comment la Bretagne avait obtenu le maintien de son hégémonie maritime.
(1) Toussaint de S\int-Lcc, p. 229. — Avis daté de Dieppe, 15 juin (Gazette de France, année 1667, p. 583).
(2) Nommé chef de l'escadre des quatre vaisseaux de l'Ordre, le 15 juin 1667 (Arch. Nat., Marine B*6, fol. ii-^ in"iv).
(3) Nouvelles datées de Morlaix, 28 août (Gazette de France, année 1667, p. 864).
(4) 31 décembre 1667 (Arch Nat , Marine B-6, fol. v» uin, et B^7, p. 85, 89, 91, publié par Georges Toudouze, la Défense des côtes de Jhin- Lerque a Boulogne au XVII' siècle. Paris, 1900, in-8°, p. 276). — Gazette de France, année 1668, p. 48.
(5) Louis XIV au duc de Beaufort, 21 mars 1668 (Arch. Nat., Marine B^7, p. 39).