L.e Lévrier, hollandais, 22 pièces, capitaine Daniel Pitre
Le Saint-Jean, 34 canons, capitaine Chevalier;
L' Hercule, 26 canons, capitaine Garnier;
Lj Hirondelle, 14 canons, capitaine Mallet;
Le Mercier, 24 canons, capitaine Tadourneau;
Le Soncy, brûlot, capitaine Ferrand.
(D'Elbkk, t. II, p. 146. — Du Tertrb, t. IV, p. 242. — Gazette de France, 1669, p. 1015. — Plaintes et qriefs présentés à Monsei(/ncu> de Colbert par M. de Clodoré, gouverneur de l'isle Martinique,... contre Monsieur de La Barre, lieutenant général en Aniéiicjue. S. 1. n. d. : Bibl. Nat., Thoisy 89, fol. 259 v°. — Rapport d'Abraham Crynssen. A bord du Zelandia. 14 juin : Archives Nat., Marine B^3, fol. 131. — William Willoughby à lord Arlington. Barbades, 25 mai 1667 v. st. : SAK>SBunï, p. 469 j.
pénétreraient à la file dans la baie de Nevis (1) où Ton comptait surprendre la flotte ennemie (2). Mais celle-ci était sur ses gardes (3), ayant intercepté une de nos chaloupes-avisos.
Dix-sept voiles, dont une dizaine de vaisseaux de guerre débordèrent de la pointe O.-S.-O de l'île Nevis, dès qu'aux premières lueui's du jour, le 20 mai, parurent nos deux colonnes. " Que si les ennemis mettent à la voile avant que la flote eust doublé la pointe de Nieve, disait notre ordre de marche, chaque navire serrera la terre le plus proche qu'il pourra pour l'oster avec le vent aux ennemis. Que si la Ilote venoit à passer sous le vent de la nostre, chacun fera ses efforts pour aborder le navire ennemi le plus proche. " C'était clair. Pourtant, lorsque La Barre s'enfonça au travers de l'escadre anglaise pour en rejeter un tronçon sous le vent de Crynssen, il y eut une hésitation. Mandé par signal à bord du Lys Couronné, le capitaine du navire de pointe, Gauvain, avait questionné : « Faut-il aller à l'abordage? — Oui, répondit La Barre. — Ce n'est pas un ordre précis pour une affaire de telle conséquence,» ergota le capitaine de la Justice. Et ce « chien de Normand, » imité par son matelot le Saint-Christophe, se contenta d'envoyer des bordées au vice-amiral anglais au lieu de lui jeter les grappins d'abordage (4).
Dès lors, notre vaisseau-amiral le Lys Couronné se trouvait isolé au milieu de la flotte adverse : ses deux mate-
(i) Louis XIV avait donné l'ordre exprès d'attaquer Nevis. 9 février 1667 (Archives Nat., Marine B*6, fol. vi" vin).
(2) " Ordres que tiendra la Hotte, tant pour sa route et marche que pour le combat. " La Martinique, 14 mai 1667 (Du Tertre, t. IV, p 244).
(3) Elle comprenait le Colchester, 44 canons; le Bonaventure, 50; la Coronation, 52; l'East India, le John Thomas, le Quakers, de 40 à 42 (D'Elbée, t. II, p. 70; Du Tertre, t. IV, p. 208).
(4) Déposition de Gauvain, « malade, mais l'esprit sain, pour la descharge de sa conscience. » A bord de la Justice, le jour des Morts 2 novembre 1667 (Plaintes et jriefs, par M. dk Glodohé).
lois (I; n'avaient pu monter au vent pour avoir serre de trop près la cave de Nevis ; l'arrière-^arde était inimoljllisée par l'accident de la Concorde, où l'éclatement d'un pot à feu avait allumé un incendie.
Enveloppé de toutes parts, troue de cinquante boulets, luttant de ses trente-huit bouches à feu contre six vaisseaux qui en avaient chacun jusqu'à quarante-huit à cincjuantedeux (2j, le Lys Couronné semblait perdu. La Barre avait vu tomber à ses côtés son secrétaire, son maître d'hcjtel, une vingtaine d'hommes, lorsque en u braves gens, » Grynssen et Leuvelaer accoururent à son secours. Chargés à toutes voiles, les Anglais rompirent pour esquiver l'abordape. Ils nous attiraient sur leurs forts de l'ile 2^evis et sur deux brûlots; l'un de ceux-ci enraya la tentative d'abordage de Grynssen contre l'amiral anglais. En regard de vingt-quatre tués et vingt-huit blessés du côté adverse, outre l'équipage d'un navire de Bristol qui avait sauté en l'air avec une trentaine de soldats [3), nous comptions une cinquantaine d'hommes hors de combat, et les Hollandais trente : personne ne tenait la victoire: nos alliés s étonnèrent toutefois de nous voir battre en retraite vent arrière, poursuivis à coup de canon durant que nous gagnions Saint-Christophe. La Barre " voulut jeter le chat au.x jambes au capitaine Jamain, » capitaine de pavillon du gouverneur de la Guadeloupe, de ne pas l'avoir suivi « beaupré sur poupe, » et à Gauvain, capitaine de pavillon du gouverneur de la Martinique, de ne pas avoir été à l'abordage. A quoi les commandants du contre-amiral et du vice-amiral, appuvés par les gouverneurs du Lion et de
(1) /.f riorissunl et les Armes cl' Angleterre.
(2) L'amiral anglais avait 52 canons, le vice-amiral et le contre-auiiral 48, douze autre» nnvires de 28 à 36 pièces, selon le capitaine du Lys Couronné, li'Elrée.
(3) D'Elree chiffrait lu perle de l'ennemi à 180 hommes.
Clodoré, ripostèrent qu'en ne prenant pas la tète de la colonne, il avait jeté la confusion partout
Le retour de La Barre à la Martinique donna aux Anglais l'espoir de trouver dégarnie Tile de Saint-Christophe. Le 17 juin, leur flotte renforcée par l'arrivée de quatre vaisseaux de ligne (l) et d'un régiment de la métropole, jetait à l'embouchure de la rivière Pelan trois mille cinq cents hommes, qu'elle soutenait de son feu. Mais le chevalier de Saint-Laurent, le maréchal de bataille de Saint-Léon, les compagnies de Navarre, de Poitou et de Normandie, les volontaires des iles, les colons chargèrent avec tant de vigueur que treize cent cinquante Anglais, les colonels Stapleton, Waërnard, Lawi-en, Bonclay, le lieutenant du vaisseau amiral, le capitaine de la compagnie de débarquement du même vaisseau, restèrent sur le champ de bataille. Le lieutenant général Henry Willoughby avait vainement tenté d'enrayer la débâcle par les salves de ses vaisseaux. Cela n'avait abouti qu'au massacre des fuyards.
Pour la seconde fois, les Anglais subissaient à Saint- Christophe un désastre : pour la seconde fois, leur précipitation en était la cause. Henry Willoughby n'avait pas attendu l'arrivée de renforts; la division Harman, forte de six vaisseaux de ligne, le rallia à Nevis le surlendemain.
Combat naval de Saint-Pierre de la Martinique
(^29 juin-7 juillet lfi67}.
De son côté, Lefebvre de La Barre avait été attendre à la Martinique huit vaisseaux de la marine royale (2) et vingt
(i) Le Jersey, de 64 canons, capitaine Carteret, le Newcastle, de 64, le Castle et le Norwich, de 40 (D'Ei.bée, t. II, p. 188. — De Tertre, t. IV, p. 268).
(2) 6 vaisseaux et 2 Hûtes, entre autres le Saint-Sebastien, V Aigle d'Or et le Mercosur (Archives INat., Marine B-i), fol. vui" viii).
compagnies de vieilles troupes que le licutcnant-gcnéral de Baas et le capitaine de Beaulieu avaient ordre de lui amener fl). Mais rien n'était encore parvenu aux Antilles; la division hollandaise d'Abraham Grynssen exécutait un raid sur les côtes de la Nouvelle-Angleterre; et il ne restait à La Barre que des vaisseaux de la Compagnie des Indes, quand John Harman eut vent de la situation grâce à la capture du Hibustier Lombardon : et aussitôt, d'arriver sur nous avec neuf vaisseaux, une caiche et un brûlot f2) .
Le 29 juin 1667, nos dix neuf navires de haut bord et quatorze barques se trouvaient en rade du Fort Saint- Pierre, « rangés de fil le long de la coste » de la AL^rtinique; le lieutenant-général n'avait rien voulu entendre aux observations de Clodoré qui déclarait beaucoup plus sûre, et contre l'ennemi et contre les coups de vent, la rade du Carénage. A l'apparition de la flotte de John Harman, il renforça de trois cents hommes nos équipages et prit position au Fort Saint-Pierre: — le gouverneur lui reprochera plus tard de s'v être couché au fond d'un lit de coton; — Clodoré est posté à la batterie Saint-Sébastien et le garde-magasin Héliot Saint-Germain à la batterie Saint-Robert, à 1 extrémité du mouillage. Partout, des tranchées mettaient nos soldats à couvert des bordées ennemies 3) .
John Harman ne tenta ni débarquement, ni abordage, malgré la supériorité que lui donnaient des vaisseaux de soixante-huit, cinquante-quatre et quarante-huit canons, le Lyon, HEspéray^ce, le Crown, le Dover. Le plus fort des
(1) Le 16 mars, le duc de Beaufort donnait à Beaulieu le commandement des 6 vaisseaux à mener aux Antilles (Archives Nat., Marine, B*7, foi. 14).
(2) Du Tebtrk, t. IV, p. 276.
(3) Sur les combats navals des 29 juin, 2, 4 à 7 juillet 1667, cf. D'Elbke, t. II, p. 238. — Du Tertre, t. IV, p. 281. — Vicomte Du Motev, p. 284. — John Harman à Lord ^V. \VilIoughI)v. A bord du Lyon, 30 juin, 10 juillet (S.\issiiCRY, n'* 1515 et 1517).
nôtres, le Lys Couronné, n'en avait pas plus de trente-huit. Trois fois, les 29 juin, 2 et -4 juillet, Harman défila à portée de fusil de nos batteries, provoquant par ses salves (i un si horrible tonnerre de canons qu il semblait que lile de la Martinique allait sabimer. " A ce jeu nos munitions s'épuisèrent. C'est ce que cherchait le contre-amiral anglais. En vain, La Barre, pour ménager ses dernières gargousses, commandait-il de ne tirer qu à portée de mousquet.
Le 6 juillet, Harman prononça une attaque décisive. Notre brûlot, le Cher-Amy, fracassé de coups, fut incendié par son propre capitaine. Un brûlot ennemi s attachait au Lys Couronné, aucune des chaloupes du capitaine d'Elbée ne fit la moindre tentative pour le détourner du but. La panique gagnait l'escadre, et le feu les vaisseaux. Les matelots du vaisseau-amiral se sauvaient à terre; ceux du Saint-Jean de Saint-Malo les suivirent malgré les énergiques objurgations du capitaine Chevalier. L'incendie se propagea aux flûtes le Mercier et le Lion-d'Or, dont la cargaison valait plusieurs centaines de mille livres. Toute la flotte eût brûlé sans l'énergie du capitaine La Jaunaye qui obligea, le sabre à la main, son équipage à lutter contre le feu. Le contre-amiral Jamain était grièvement blessé, le capitaine La Fontaine tué, ainsi que le garde-magasin Héliot Saint-Germain et plusieurs canonniers des batteries de terre. L'action n'avait pas coûté plus de quatre-vingts hommes à l'ennemi. Nous parachevâmes de nos mains son œuvre. Sur l'ordre de La Barre, nos capitaines, ayant tiré leurs derniers coups de canon, sabordèrent leurs propres navires.
Et le vainqueur de cueillir aussitôt les fruits de sa victoire. Onze de ses navires, avec deux régiments, paraissent le 22 septembre 1667 devant Cayenne. Lefebvre de Lézy donne partout l'alarme, à Remire, Corou, Sinamary et jusqu'à Comariba près de la rivière dYapoc. Disséminée
entre tous ces postes, notre colonie ne comprend pas plus de mille quarante personnes, colons et esclaves, blancs et nègres \l) . Avec une poignée d'hommes, le gouverneur fait face à la descente dans 1 anse de llemire; puis il s'affole, évacue sans combat le fort Louis de Cavenne et se réfugie dans la colonie hollandaise de Surinam. Le contre-amiral Harman le suit; et Surinam succombe à son tour (2i.
En Europe heureusement, la guerre avait reçu une solution. " L'Angleterre, trompée dans les espérances qu elle avoil fondées sur la ruine des Etats Généraux, épuisée par les dépenses et plus abattue encore par l'embrasement de Londres, souhaitoit la fin d'une guen-e dont elle n attendoit plus d'avantages. Et la Hollande, qui n'avoit combattu que pour la paix, la désiroit avec d'autant plus de sincérité que ses armes avoient remporté plus de réputation (3). » Le traité de Bréda (4) stipula la restitution réciproque des colonies en ce qui concernait la France et l'Angleterre. L abandon de Montserrat, d'Antigoa et de la partie anglaise de Saint-Christophe fut la rançon de la Guyane et de l'Acadie.
(l) LKKEitvnE DE La Barre, Description de la France équinoctiale, p. 40.
(2)DEi.uÊE, t. II, p. 306. — Dit Tertre, l. IV, p. 310. — Sainshury, p. 487.
(3) Mémoires du marquis de Pomponne, éd. Mavidal. Paris, 1881, in-8", t. II, p. 363.
(4) 31 juillet 1667. On n'en connut l'existence que le 15 octobre au.x colonies des Antilles.
Il y 1 quelques années, on exhumait au Havre une plaque commémoralive ainsi conçue : « A la postérité. J'ay esté posée sous le glorieux règne de Loviis 14 Dieu donné, pendant le temps où ce puissant monarque entroit dans les Pavs Bas à la teste d'une armée de GO mil hommes pour maintenir les droitz de la Reyne son épouse sur le Brabant, le 19 juillet 1667 (1). » Dix jours auparavant, notre ambassadeur avait quitté Madrid, faute d'avoir reçu satisfaction pour les prétentions royales. Louis XIV réclamait pour sa femme, en vertu d'une coutume brabançonne, la dévolution des Pays-Bas espagnols.
Notre ligue offensive avec le Portugal (2) » touchait l'Espagne à la prunelle de l'œil. » Elle spécifiait que « tous les ports que les Portugais prendraient en Espagne sur l'une et sur l'autre mer, seraient mis au pouvoir de la France (3) . »
(1) Alphonse Martin, la Marine militaire au Havre. Fécamp, 1899, in- 8°, p. 84.
(2) 31 mars 1667 (DuMOJiT, Corps diplomatique, t. VII, P" p., p. 17. — V* DE Caix de Saint-Aymour, Recueil des instructions données aux ambassadeurs et ministres de France, t. III, Portugal. Paris, 1886, in-8°,
(3) Bouclier d' Estât et de justice contre le dessein manifestement découvert de la monarchie universelle sous le vain prétexte des prétentions de la reyne de France. S. 1., 1667, p. 33.