‹ Histoire de la marine française (volume 4)Chapitre 51 sur 75 · OPÉRATIONS SUR LES CÔTES D'ESPAGNE · texte numérisé non relu

OPÉRATIONS SUR LES CÔTES D'ESPAGNE

Pour empêcher Injonction d une douzaine de vaisseaux portugais avec les nôtres, le gouvernement de Madrid concentra ses vaisseaux à Cadix, ses galères à Mahon (1),

Deux galions s apprêtaient à Santander. Du Quesne lança sur eux deux brûlots soutenus des chaloupes et des frégates ['1} de 1 escadre, pendant que ses vaisseaux de ligne bombardaient le port : mais une batterie postée à l'entrée du chenal et une dizaine de pinasses chargées de troupes empêchèrent l'opération d aboutir (3j. Il avait constaté avec satisfaction que Santoîia était « encore en désordre depuis 1 an IG39 qu'elle fut prise par l'armée navale de France, " lui présent (4). Nos marins avaient pour consigne d'intercepter les renforts envoyés de la métropole aux Pays-Bas. Du cap Finisterre au Gonquet croisaient les douze vaisseaux de Guillaume d'Alméras (5) ; entre Ouessant et les Sorlingues, les garde-côtes de la Roche-Saint-André fG) guettaient quatre vaisseaux venant

(1) Circulaire du 12 juillet à tous les chefs d'escadre (C. Fernandez Duko, Armada espanola, t. V, p. 90).

(2) L'Éloile et la Diliqcntc.

(3) Du Quesne à Colbert. Brest. 12 septembre (B. N., Mélanges Colbert 145, fol. 273 : publié dans Documents d'histoire d'Eugène GRiSEr,LE, juil^ let 1915, p. 295).

(5) Priuiitivenient destinés à passer en Levant pour rallier vers Iviça les trois vaisseaux du chevalier Paul. Ordre du 25 septembre (Archives Nat., MarineWl, fol. 67). Un contre-ordre du 1 1 novembre leur prescrit de croiser jusqu'en janvier 166S du cap Finisterre au Conquet (Ibidem, fol. 79).

(6) Instructions de Louis XIV au chef d'escadre de La Roche-Saintl- André. 4 et 24 décembre 1(367 (Archives >sat.. Marine B*6, fol. v'= Lxxv v").

de Saint-Sébastien avec douze cents recrues fl) ; enfin « depuis la leste de la Manche, " depuis Ouessant jusqu'à Dunkerque, les frégates de François de La Croix-Panetié (2) et de .lacobsen étaient doublées d'une demi-douzaine de ces câpres dunkerquois qui avaient acquis dans la guerre de course " tant de gloire et de succèz (3j. "

Sur l'avis que Don Juan d'Autriche venu de Cadix embarquait à la Corogne cinq mille hommes de troupes, le duc de Beaufort eut ordre de lui barrer la route avec toutes nos divisions f4), les vaisseaux de Brest, les gardecôtes de La Roche-Saint-André f5), les dix frégates de l'Ordre du Mont-Carmel commandées par Nérestang (6), les navires havrais de François-Louis de Rousselet de Château-Renault, a II v auroit moyen, écrivait-il d), l'Espagne dégarnie comme elle est, — de songer à nouveau à Saint-Sébastien et à Fontarabie qui sont en pitovable état. "

Le 29 mai 1668, Beaufort quittait Brest avec le premier échelon, dix vaisseaux et quatorze brûlots, sans qu'on en sût la destination. Une semaine plus tard, il était au cap Firiisterre et envoyait reconnaître la Corogne par La Roche-Saint-André. Sur l avis qu'il y avait dans le port quelques vaisseaux seulement, il dédaigna une proie aussi

(i) Instructions de I.,ouis XIV au même. 16 décembre (Archives Xat., Marine B-7, fol. 83).

(2) Coiljert à Panetié. 17 octobre (A. M.vrïis, p. 80).

(3) " -Vléiuoire pour le sieur Brodard. » 1" octobre (B. N., Cinq-Cent» Colbert 126, fol. 251).

(4) Louis XIV à Beaufort. 17 mars 1668 (Archives Nat., Marine B-7, fol 33).

(5) Louis XIV à La Roche-Saint-André. 18 mars (Ibidem, fol. 35).

(6) Louis XIV au marquis de Xérestang. 30 janvier flhiffem, fol. 11). — Les frégates étaient commandées par les chevaliers Du Coudray, Tristan de Saint-Amand, d'Ottonville, de Brisay, de Castelnau, de Méré, Botrel, Villemor et de La Borde. Avril (Toussaint de Saist-Luc, Mémoires... de l'Ordre... du Mont-Carmel, p. 231).

(7) Le 11 mars 1668 (A. Jal, t. I, p. 54-3).

facile et installa sa croisière de blocus aux îles Bayona de Mior, d'où il avait » commerce avec les lieutenants généraux de la frontière de Portugal (I). »

Mais là n'était point l'intérêt de la guerre, non plus qu'aux Pays-Bas ou en Catalogne, où ostensiblement nos forces paraissaient occupées. « Avec le dernier secret, » des troupes s'acheminaient par diverses routes vers l'est. Le 2 février 1668, Louis XIV quittait Saint-Germain pour se mettre à leur télé. Le 19, il regagnait la résidence royale, la Franche-Comté conquise dans une offensive foudroyante.

Déjà la succession du roi d'Espagne était réglée à l'amiable entre les deux gendres, le Roi Très-Chrétien et l'Empereur. Les négociations conduites à Vienne avec l'allure d'une comédie italienne, où l'impératrice douairière jouait le rôle de Colombine et notre envoyé celui du » Trappolin normand, " avaient abouti, le 19 janvier 1668, à un traité secret de partage qui laissait à Louis XIV les Pays-Bas, la Franche-Comté, la Navarre, les Deux-Siciles et les Philippines, et donnait à Léopold l'Espagne, les Indes, Milan, la Toscane, la Sardaigne, les Baléares et les Canaries (2).

Des complications et une déception nous attendaient. Las de la guerre et contre la reconnaissance de son indépendance, le Portugal nous abandonnait (3), ce qui nous

(1) Avis de Brest, 30 mars 1668 ; cap Finisterre, 8 avril, etc. (Gazette de France, 1668, p. 336, 382, 609, 671). — Louis XIV à Beaufort. 21 avril (Archives Nat., Marine B'-7, fol. 55). — Beaufort à Louis XIV. Brest, 13 juillet (Archives Nat , Marine B*3, fol. 160). — Le 3 juin, la paix signée, Louis XIV lui avait donné l'ordre de ramener l'armée navale (Arch. Nat., Marine B^T, fol. 59).

(2) Dépêche de Grémonville. 18 janvier 1668. — Baron SniTF;MA de GnovESTi^iS, Histoire des luttes et rivalités politir/ues entre les puissances maritimes et la France durant la seconde moitié du XVIF siècle. Paris, 1852. in-8°, t. II, p 119

(3) Le 13 février, il signait la paix avec l'Espagne.

obligeait à envoyer quérir par la division Gabaret le corps de troupes (1) mis à la disposition de nos ex-alliés. Simultanément l'Angleterre et la Hollande, oubliant leurs griefs dans l'anxiété que leur donnaient nos succès, s'étaient rapprochées (2) et avaient formé avec la Suède une triple entente médiatrice de l'équilibre européen.

Entre les belligérants, la Triple-Entente s'entremit, et une discrète mobilisation de la flotte anglaise appuya ses offres de services. Louis XIV se montra inquiet de la savoir à la mer <i sans que personne pût bien dire à quel employ » elle était destinée (3). Les médiateurs pi'omirent pourtant de se ranger à nos côtés si l'Espagne n'avait pas consenti à la paix avant le 31 mai 1668. L'avant-veille du terme fatal, elle s'v décida. Le traité d'Aix-la-Chapelle nous abandonnait les places de Flandre contre la restitution de la Eranche-Comté. Les villes conquises, Charleroi, Furnes, Lille, Ath, Tournai, Douai, Gourtrai, Oudenurde, fortifiées par Vauban, barrèrent la route de Paris et fermèrent la brèche de notre frontière du nord.

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