ANGO
En présence crévénements lourds de menaces pour notre avenir, expansion coloniale de nos voisins, partage du Nouveau Monde et monopole commercial que nos rivaux s'attribuent aux Indes, si vous cherchez en France une idée directrice en fait de politique maritime, n'allez pas à la cour de François l", mais à Dieppe. Là, est un homme d'une rare initiative, le chef ou l'inspirateur d'une pléiade de gens de mer énergiques et instruits, qui, de ses deniers, armera des escadres pour couvrir notre littoral en danger, enlèvera aux Espagnols les trésors accumulés au Mexique par les rois aztèques, et, revendiquant avec opiniâtreté la liberté des mers, cherchera par quatre routes différentes le chemin des Moluques, d'où les Portugais voulaient n<^us évincer. Une légende, bien voisine de l'histoire, lui prête des proportions fantastiques. Pour soutenir l'honneur du pavillon outragé, il aurait organisé avec ses seuls vaisseaux le blocus de Lisbonne et forcé le roi de Portugal, qui s'était montré d'une rare arrogance vis-à-vis de François I", à faire des excuses à un simple Français.
Ce grand homme s'appelait Jean Ango (1). De taille
(1) Sur Ango, voyez : Paul Gaffabel, Jean Ango, dans le Bulletin de la Société normande de géographie, t. XI (1889), p. 172-191, 234-267,
moyenne, barbe et cheveux blonds, joues vermeilles, nez aquilin, front haut et tête grosse (1), Ango l'armateur était un vrai Protée. Grènetier et contrôleur du magasin à sel, conseiller du corps de ville, receveur du temporel pour l'archevêqvie de Rouen, vicomte et capitaine de Dieppe au nom du roi, lieutenant de l'amiral de France (2), agent civil, municipal, ecclésiastique, militaire et maritime à la fois, il résumait en sa personne presque toute l'administration du temps.