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PREMIER VOYAGE : LABRADOR ET BAIE DES CHALEURS

Faut-il attribuer à un incident de voyage l'idée première de la colonisation du Ganada?En revenant des pêcheries de Terre-Neuve, en 1526, le breton Nicolas Don aborda par hasard une côte, où il fit ample provision de joyaux et de

colliers d'or : et comme la terre se trouvait dans la démarcation espagnole, honnêtement, Don et ses trente marins offrirent à Charles-Quint le quart de leurs profits, sauf à être reconnus, sous le hon plaisir impérial, seigneurs du territoire (1).

Il ne fallait pas davantage pour ramener Tattention vers la Fraticiscane imparfaitement explorée par Verrazzano et par le portugais Esteban Gomez, qui le suivit de près (2). Un nouveau voyage de découverte fut donc organisé en France, aux frais du Trésor, pour " certaines ysles et pays où l'on dit qu'il se doibt trouver grant quantité d'or (3) » .

Chose étrange, malgré l'appât de l'or, on ne trouva pas soixante volontaires, tant, par leurs sourdes menées, des personnages (4) qu'on peut soupçonner d'être des agents portugais, avaient pris soin de dégoûter du voyage les maîtres de navires, jusqu'à les faire " caicher d . Il fallut mettre l'embargo sur les navires malouins jusqu'au départ de l'expédition.

Il s'agissait de pousser une pointe vers " les Terres Neufves », au delà de la Franciscane (5), en traversant " le destroict de la bave des Chasteaulx » .

L'explorateur, le Malouin Jacques Cartier, était peu connu encore ; la fréquentation des Portugais l'avait mis

(1) A. de llERnEnA, Ilistoria gênerai de los Castcllanos en las Islas y tierra fume ciel mar Oceano. Madrid, 1601, in-fol., Décad. III, liv. x, cap. IX, p. 369.

(2) En 1525 (OviKDO, Sumario. Tolède, 1526, fol. 14. — Carte de Ribeira, 1529).

(3) Aux termes de la lettre du 12 mars 1534 mandant au trésorier de la marine de verser à Jacques Cartier une subvention de 6,000 livres (B. N., Franc. 15628, n° 618).

(4) Saint-Malo, 19 mars 1534 (Pièce publiée par Ramé, à la suite du Voyage fait par... Jacques Cartier, Appcnd., p. 3).

(5) Voici le titre du voyage de Cartier dans Rainusio : " Corne messer Carlo da Mouy {sic pour Cartier) cavallier, partito con due navi da San Malô, giunse alla Terra Nuova, detta la Fraiicese, et entrô nel porto di Buona vista » (Ramusio, Raccolta di navigazioui e viaggi. Venezia, t. III (1556), fol,' 435).

toutefois à même d'être interprète pour leur langue à Saint-Malo (1), fait des plus importants pour un navigateur, à une époque où les meilleures cartes marines étaient des cartes portugaises.

Sans nous renseigner aucunement sur les préparatifs de l'expédition, le récil du premier voyage de Cartier nous met brusquementen présence des partants, le 20 avril 1534, au moment où, ses soixante compagnons ayant prêté serment de fidélité entre les mains du vice-amiral de La Meillei'aye, le Malouin mita la voile (2). Ses deux petits bâtiments de soixante tonnes, vingt jours après, abordaient au cap de Bonne-Viste à Terre-Neuve.

Les péclieurs terreneuviers avaient pris l'habitude de se ravitailler en gibier dans 1 ile des Oiseaux, — aujourd'hui Funk Island, — où abondent, en fait de volatiles, des godets et des margaux. Cartier en ramassa par tonnes, avant de continuer sa route dans le détroit de Belle-Isle, qu on prenait encore pour un golfe, le golfe des Châteaux. Au Labrador, il reconnut des havres, dont la nomenclature empruntée aux parages bretons, Saint-Servan, Brest, Blanc- Sablon ou même Jacques Cartier, ne fut pas aussi éphémère (3) que les vocables normands et florentins de Verrazzano. Cartier eut hâte de quitter les côtes désolées de cette « terre de Cayn " , où erraient, vêtus de peaux de bêtes et des plumes sur la tête, des sauvages.

(i) JoL'OM DES LoNGRAis, Jaccfues Cartier. Documents nouveaux . Paris, J888, in-S", p. 57. Cf. aussi la p. 15 sur les voyages au Brésil.

(2) Le premier voyage de Cartier a été publié par H. Michelast et A. Ramé : Relation originale du voyacje de Jacques Cartier au Canada en 1534. Paris, 1867, in-S"; d'après le manuscrit à la Bibliothèque Nationale, Moreau 841, fol. 51, — et par les mêmes, Du voyage fait en 153-i par le capitaine Jac/jues Cartier, aux Terres-Neuves de Canadus, Norembercjue, Hochclage, Labrador et pays adjacens, dite Nou-' velle France, l'aris, 18(55, in-8°, d'après l'édition de 1598 et d'après Ramusio.

(3) Cf. aux archives du dépôt hydrographique la Belle Carte rédigée vers

Vers le sud, il rencontra rarchipel des îles de la Madeleine : il disait de Tune, File de Bryon ainsi nommée en l'honneur de l'amiral de France, qu'vui de ses arpents valait 11 mieulxque toute la Terre-Neuve » . L'enchantement continua, lorsqu'il s'enfonça dans la baie des Chaleurs, au milieu des effluves embaumées des groseillers, des framboisiers et des rosiers : les femmes indigènes étaient si confiantes qu'elles venaient caresser les bras des matelots, en poussant des cris de joie. Cap Saint-Louis, cap de Montmorency, la plupart des termes dont Cartier usa au cours de son exploration du golfe du Saint-Laurent, étaient des réminiscences de son pays natal.

Dans la baie de Gaspé, près de l'embouchure du Saint- Laurent, le 24' juillet, Cartier planta une croix de trente pieds, où pendait l'écusson fleurdelisé avec la légende : Vive le roy de !■ range! Drapé dans une vieille peau d'ours noir, un chef indien protestait en embrassant d'un geste toute la région à l'entour, qu'elle était à lui et qu'on ne pouvait en disposer sans son congé. A ses fils Domagaya et Taignoagny, on passa ujie livrée, avec bonnet rouge et chaînette au col : et telle est sur l'esprit humain la puissance des h<)ch(4s, que les Indiens cnchautés devinrent les compagnons inséparables de nos marins. Ils restèrent à bord, quand, le lendemain, Cartier quitta leur pays (1). Le 5 septembre, ils débarquaient avec lui à Saint-Malo.

(1) M. H. IIaUrisse a reprcsenté par des jjraphiqucs l'ilinéraiic de Cartier durant ses premiers voyages [Découverte et évolution carlo graphique de Terre-Neuve et des pays circonvoisins (t497-150i-i769). Paris-Londres, 1900, in-4% p. 136).

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