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SECOND VOYAGE : CANADA ET HOCHELAGA

L'expérience était concluante. Le 31 octobre, Cartier recevait Tordre de poursuivre son exploration en emportant quinze mois de vivres. Son récit de voyage avait eu assez de retentissement à la Cour pour qu'un éclianson du Dauphin, Claude de Pontbriant, et de nobles volontaires comme Charles de La Pommeraye, tinssent à rhonncur de participer à l'aventure.

Bien que tous les bâtiments malouins (I) fussent encore consignés au port jusqu'à complet recrutement de ses effectifs (2), Cartier n'éprouva aucune peine cette fois à embaucher cent dix hommes, deux fois plus qu'au précédent voyage (3). Une nef de cent vingt tonnes, un courlieu rapide comme ces messagers de la tempête auxquels le bâtiment devait son nom, un galion plus léger encore, La Grande et la Petite Hermines, tEmerillon, telle était la flottille qu'emmenaient Cartier, son beau-frère Macé Jalobert et son voisin de campagne Guillaume Le Breton, su^ur de La Bastille. Celtes aux aspirations mystiques, ils communièrent tous avant le départ, le dimanche de la Pentecôte, et dans le chœur de la cathédrale, leur évéque les bénit (4).

(1) 3,000 livres sont versés le 25 mars 1535 pour i'arniemenl des vaisseaux de Jacques Cartici-, niaitre pilote de Bretagne (B. N., Franc. 15632, n" 571).

(2) Choix de navires et de marins pour le second voyage. 3 mars 1535

(Jo'ÛO.^ DES Lo^GRAlS, p. 21).

(3) Les rôles d'équipages (Archives de Saint-Malo, BB 4-83, 31 mars 1535) avec des notes sur chaque marin, ont été publiés par Jocox des LONGRAIS, p. 126.

(4) Brief récit et succincte nanalion de la navigation faite en 1535 et

Rallié le 26 juillet à Funk Islancl par Jalobert et Le Breton, Cartier découvrait le 15 août Anticosti, qui fut baptisée lîle de l'Assomption en mémoire de la fête du jour. Il entrait dans le Saint-Laurent.

Ses hôtes d'autan ne l'avaient pas oul^lic. Une tradition encore vivante chez les Hurons ou Wyandotts, consignée par Dooyentate, l'un d'eux (1), dit qu'une bande d'Indiens Delaware, installée sur les bords du .golfe, avait mission d'avertir les Hurons de notre retour. Un jour, les vigies virent de grands oiseaux, au ventre brun et aux ailes blanches, fendre les eaux du golfe et avancer vers eux. De leurs flancs, sortait le tonnerre. C'étaient les vaisseaux de Cartier.

Les Indiens, avec lesquels les Malouins s'étaient trouvés en contact, étaient en effet des Hurons. La preuve en a été faite par M. Biggar, un érudit canadien qui prépare avec une patience e( un soin dignes d'éloge une édition des vovages de Cartier. De son voyage, le pilote malouin avait rapporte nu jiclil lexique, dont les termes se sont conservés presque sans aucun changement dans la langue huronne. Il avait également obtenu de ses interprètes, Domagaya et Taignoagny, des renseignements topographiques sur leur pays. Du Saint-Laurent, disaient-ils, deux grands royaumes bordaient les rives : le Canada et l'Hochelaga.

Le Canada, -— " le village " en huron, selon cette figure de rhétorique qui prend la partie pour le tout, — avait pour capitale Stadaconé, la ville que les x\lgonquins, plus

i53G par le capitaine Jacrjuex Cartier aux îles de Canada, Hochelar/af Saquenay et autres. Paris, 1545, in-8° : rééditée par D'Avezac. l^aris, 18(53, in-8"; — publiée en italien, par R.iMUSio, t. III (1556), p. 4V1 ; — en anglais, par Hakldyt, Principal Navigations. London, IGOO, t. III, p. 112.

(1) Orifjin and traditional historj of thc Wyandotts and shetchcs ofother Indian Tribes of North-America, par Peter Dooyentate CLAnuE. Toronto, 1870, in-8", p. 4.

tard maîtres du lerriloire, appelaient Québec au temps de Champlain (1), mais dont le nom primitif subsiste encore parmi les tribus baronnes (2). Près de là, Cartier jeta l'ancre, le 1 i septembre 15;i5, dans une rivière qui fut appelée, de la fête du jour, Sainte-Croix. Laissant les deux Hermines à 1 abri d un fort au confluent de la rivière (3), il remonta le Saint-Laurent avec l'Emerillon et deux barques. En vain, ses interprèles, de connivence avec Tagouhanna du Canada, Donnaconna, essayèrent-ils, pour l'en détourner, d'impressionner ses marins par une mascarade ridicule, par l'apparition en barque de trois sauvages, déguisés en diables cornus, qui prédisaient la mort aux étrangers assez téméraires pour s'aventurer en amont.

Le 2 octobre, Cartier toucbait à une bourgade fortifiée et garnie de palissades, dont la population délirant d'allégresse faisait ])leuvoir dans les barques une manne de gros mil. C'était llocbclaga, a la digue des castors». On comprit bientôt les motifs de cette réception entbousiastc. L'agoubanna, perclus de rbumatismes, se fil porter, à la tête d'un cortège d infirmes, au-devant des blancs. El le Malouin, transformé en tbaumalurge, les signa, en récitant l'Evangile de Saint-Jean, In principio eral Verburn^ et la passion du Cbrist. De la montagne voisine, qu'il nomma Montréal, dans un panorama grandiose, il pvit entrevoir le pays de ses rêves : les Hurons, touchant la chaine d'argent de son sifflet et la poignée dorée d'un poignard, firent comprendre par signe que ces métaux se trouvaient dans les

(1) ]N. E. DiONNE, Jacques Cartier. Québec, i889, in-12, p. 76 et 239.

(2) Qu'on lise la charmante adresse du chef huron de Lorette, près de Québec, au prince de Galles. « Bien des lunes ont passe, disait Tsajjenhohi, depuis le jour où les chefs hurons de Lorette ont eu l'honneur de saluer ici, sur le promontoire de Stadaconé, le roi ton père >' 190i (Cf. Joseph PoPK, Le voyaqe royal au Canada en 1901. Ottawa, 1905, in-8").

(3) Du Lairet avec la rivière Sainte-Croix ou Saint-Charles (Dionke, p. 59).

montagnes du nord, chez de méchants guerriers, armes de pied de cap.

De retour au fort Sainte-Croix, qu'on avait entouré de fossés avecpont-levis (l),le 11 octobre, il eut à se prémunir par une .jjarde vigilante contre les desseins de Donnaconna et des interprètes. Par malheur, une épidémie de scorbut éclata parmi la garnison avec une telle violence qu'il n'y eut bientôt plus trois hommes en état de combattre. Vingtcinq hommes avaient succombé : Cartier, presque seid valide, après une promesse de pèlerinage à Nolre-Dame-de- Rocamadour, ne savait plus à quel saint se vouer, quand le salut lui vint des sauvages. Lors d'une des sorties continuelles qu'il faisait pour donner le change sur l'épuisement de la garnison, il aperçut, fort et dispos, l'Indien Domagava qui, la semaine précédente, aux prises avec le scorbut, était une sorte de cadavre enflé et puant : la guérison était due à une décoction des feuilles de l'ameda ou épinette blanche. Six jours après, nos moribonds, traités de même, étaient svir pied, mieux que " si tous les médecins de Louvain ou de Montpellier y eussent esté avec toutes les drogues de Alexandrie » . Cependant l'insolence des Indiens augmentait. La chasse aux cerfs finie, Stadaconé s'emplissait de Tl lirons aux allures équivoques.

Cartier, frappant un grand coup, enleva le 5 mai 153() Donnaconna, ses interprètes infidèles et plusieurs chefs hurons. Le lendemain, il reprenait la route de France, laissant, comme témoin de son séjour, une grande croix aux armes de France et l'inscription : Francisgus primis, Dei GRACIA Frangorum REX, REGNAT. Trop affaibli pour reformer trois équipages, il abandonnait 1 un de ses vaisseaux, la Petite-Hermine, dont on a prétendu découvrir la carcasse

(1) L't'tablisseiuent foiul(? par Cartier est figure dans la carte de Vallard. actuelleiacnt à Cheltenham, dans la célèbre collection Phiiiipps.

en 1843, non loin de l'ancienne rivière vSainte-Croix : Saint- Malo a reçu une partie de ce trophée (J).

Le 16 juillet 1526, après une absence de quatorze mois, alors qu'on avait perdu toute espérance de le revoir, Jacques Cartier entrait en rade de Saint-Malo.

TBOISIEiME VOYAGE, CH A RI ES BOU RG-RO Y A L. LES MINES DU SAGUENAY.

Ainsi se trouvait affirmée notre prise de possession du Canada. Il était temps. Cartier croisa en route une expédition de marchands et de gentilshommes anglais (2), qui vinrent jeter lancre à Funk Island. Malgré le pillage d'un navire français et de ses vivres, la famine les empêcha de pousser plus avant que le golfe du Saint-Laurent et sauvegarda notre découverte.

Une erreur géographique, l'idée que le Canada formait <i un bout de l'Asie du i-oté de 1 Occident" , mais une saine appréciation des " commoditéz » d un pays facile à coloniser, tel était le bilan de l'exploration de Jacques Cartier. Elle ne porta ses fruits que plusieurs années après, lorsque François L', dégagé de la guerre avec l'Espagne, eut des ressources et du loisir pour envoyer au Canada, au Saguenay et à Hochelaga u des colons de bonne volonté et de touttes qualitéz, artz et industrie, » voire même une cin-

(1) N. E. DlO>">E, Elude arrhcoloqiqiic. Le Fort Jacques Cartier et la Petite-Hermine. Montréal, 1891, in-8".

(2) La Trinity et le Million, partis d'xAngleterre en avril 1536 (The voyage of Master LLare and diver other Gentleman to Newfoundland and Cape Briton, in tlie year 1536, dans liAKLCYT, Principal Navigations, éd. 1600, t. III, p. 129).

quantaine de condamnés. Le 17 octobre 1540, Cartier recevait commission d'organiser la nouvelle expédition avec le titre de capitaine général et maître pilote (1), et 45000 livres de subvention.

Malbeureusement, les sauvages que le pilote avait amenés à Saint-Malo pour les faire instruire dans la religion chrétienne (:2), étaient morts, à l'exception d'une fillette. Tout le profit qu'il avait retiré de leurs entretiens, était une notion erronée des mines du Saguenay, qui allait faire dévier, puis échouer notre première tentative de colonisation. Les Français se trompent, s'ils croient trouver là-bas de l'or, disait en haussant les épaules un cardinal espagnol : sur cette côte stérile, il n'y a d'autre richesse qvie la pêche (3). Mais sans plus approfondir, François I" prit possession du Canada par les lettres patentes du 15 janvier 1511, qui subordonnaient Cartier au vice-roi de la colonie.

Le a lieutenant général, chef, ducleur et cappitaine de ladite entreprise, ensemble de tous les navires et vaisseaux de mer » de l'expédition, était un gentilhomme gascon, Jean-François de La Rocque, seigneur de Roberval (4). Riche propriétaire foncier à un âge où les flatteries donnent vite le vertige, mécène de Clément Marot, qui ne craignait point de l'offusquer en étalant devant lui les mésaventures intimes de son libertinage, Roberval n'avait que trop rencontré, à la Cour comme écuver d'écurie, à l'armée comme porte-enseigne, les occasions d'ébrécher sa fortune. Il

(1) Nouv. acq. fiant;. 9269, fol. 5, copie : Archives de la Seine-Inférieure, Parlement, reg, criminel de 15-39-1558, fol. 6 v".

(2) l'^rançois V' fait verser 50 écus d'or à Jacques Cartier pour leur entretien. 22 septembre 1538 (B. N., Latin 17059, n'> 202).

(3) Lettre du cardinal de Tolède à l'empereur. 27 janvier i5H (Archives de Simancas, Eslado Castilla, lejjajo 53, fol. 333).

(4) xVrchives nat., U 75V, fol. 57 : HauriS-SK, Notes pour servir à l'Iiisloire, à la bihlioipapliie el à la curloijraphic de lu Nouuellc'France. Paris, 1872, in-8", p. 243.

comptait la réparer au Canada (1). Quelle amère désillusion l'attendait !

Les patentes royales lui conféraient les pouvoirs les plus étendus : choix, par tout le royaume, de compagnons de route (2), jusque dans les prisons (3). Destitution des officiers de terre ou de mer, droit de haute justice, pouvoir enfin de « mettre en la main du roy " les pays étrangers. Il fut permis aux criminels de troquer la prison pour l'exil au Canada, moyennant le versement préalable du prix de leur passage et de leurs frais d'entretien durant deux ans (4). Envisagée par le roi comme une " œuvre pitoyable et méritoire " , qui offrait aux malfaiteurs un moyen de s'amender, la colonisation eût réussi, s'il y avait eu beaucoup de colons comme cette héroïque jeune fille, Mondyne Boispye, qui se fit river à une chaîne de forçats, afin de suivre au Canada son fiancé, un galeux (5) !

Malgré la diligence de ses fondés de pouvoirs près des divers parlements (6), les chaînes de colons-condamnés n'étaient point toutes au rendez-vous à Saint-Malo le 10 avril; un mois plus tard, il en arrivait encore (7). Ni colons, ni artillerie de campagne! lioberval ne pouvait partir encore. Seul, Cartier était prêt. Le pèlerin de Rocamadour avait sollicité du pape une indulgence (8) et, le

(1) Al)bé E. MORKL, Jean-François de La Roque, seigneur de Robert'al, dans le Bull, de (jéogr. liistor. et descriptive (1892), p. 273.

(2) Une ordonnance en date du jour de sa nomination, 15 janvier 1541, notifia son droit de recruter par tout le royaume des volontaires (Archives nat., U 754, fol. 53 : Harrisse, p. 258).

(3) Par lettres patentes du 9 mars (Archives nat., U 754, fol. 65).

(4) I^ettres patentes du 7 février (Archives du château de Roberval ; Abbé MoRKL, p. 280).

(5) François Gav, de Saint-Léonard près Limoges (Jocox Df;s LoscnAis, P- 20).

(6) Guillaume de 3Iagdaillan, son beau-frère, Paul d'Auxilhon et Alonce de Civille (x\bbé Morel, p. 281. — Harrisse, p. 254).

(7) JOUOX DES LOSGRAIS, p. 29.

(8) Lettre du nonce au cardinal Farnèse. Paris, 2 novembre 1540 (xVr-

jour de la Saint- Yves, mis ordre à ses affaires par un testament (1).

Fournis de vivres pour deux ans, l'Hermine et le vieil hmerillon, dont le roi lui avait fait présent (2), le Georges, le Saint-Briac (3), et un cinquième bâtiment se balançaient en rade de Saint-Malo, les vergues hautes, attendant le signal du départ. Cartier emmenait comme capitaines ses beaux-frères Macc Jalobert et Guyon de Beauprest (4) et son neveu Etienne Noël. Un ordre vint de la Cour, mandant de mettre incontinent à la voile, à peine d'encourir le mécontentement du roi (5) . Iloberval passa donc en revue les équipages, gentilshommes, soldats, matelots, et laissa prendre à Jacques Cartier les devants le 23 mai 1541.

La ti^a versée fut rude. L'eau manqua. On dut abreuver de cidre les bestiaux, chèvres et porcs emmenés pour se reproduire au Canada. Après ralliement au havre du Carpont à Terre-Neuve, Tescadre, entrant dans le Saint-Laurent, atterrit le 24 août au havre de Sainte-Croix. Le remplaçant de Donnaconna accueillit chaleureusement Cartier, d'avitant que la nouvelle de la mort du chef indien à Saint- Malo n'était point pour lui déplaire : il passa au Malouin ses bracelets et le couronna de son bandeau de cuir orné de

chivio tli Stato à Naples, Archivio Farnese, Numlalinn di Francia, fasc. 691 : communication de M.,Biggar).

(i) 19 mai 1541 (JoiJON des Longrais, p. 39).

(2) Extraits des comptes de Cartier publiés par IIaaiÉ, Discours du voyage... i" série (Paris, 1865). François !"■ lui avait fait don de l'Hermine le 10 mai 1537 (Archives nat., J 962, n» 10) et de l Émerillon le 17 octobre 1540 (R. N., Nouv. acq. franc. 9269, fol. 5, copie).

(3) Archives de Simancas, Eslado, legajo 373, fol. 42.

(4) Dio.NXE, Jacques Cartier, p. 128.

(5) Nous n'avons qu'un fragment du Troisième voyage des découvertes faites par le capitaine Jacques Cartier, en l'année 1540, dans les pays de Canada, Hochelacja et Saijuenay, publié, en anglais, par Hakldyt, Principal Navigations (London, 1600), t. III, p. 232, — en français par la Société littéraire et historique de Québec, Voyages et découvertes au Canada entre les années 1534 et 1542. Québec, 1843, in-8", p. 70.

coquillages en lui donnant Taccolade. Cartier ne fut point en reste de marques d'amitié. Il ne fixa pourtantpoint près de Stadaconc son campement d'hiver.

A quatre lieues en amont, dans un site pittoresque qui domine également le Saint-Laurent et la rivière du cap Rouge, il débarqua son artillerie et désarma trois vaisseaux dans la petite rivière; il renvoya Jalobert et Xoél, avec les deux autres (l), aviser François l" de l'absence de Roberval, qui, pensait-il, avait été battu par la tempête. Charlesbourg Royal — ainsi fut baptisée la nouvelle résidence, en l'honneur d'un enfant de France, Charles d'Orléans — comprenait deux forts, l'un au bord de l'eau pour protéger l'escadrille, l'autre au sommet du haut promontoire pour surveiller l'horizon : vui chemin à double évolution les relia. Une forêt de chênes etd'érables, bordée sur sa lisière de vignes sauvages, des prés, un potager qvic l'on forma, environnaient les forts. Sur le bord de l'eau, « certaines feuilles d'un or fin, aussi épaisse que l'ongle, " et sur le plateau, des « diamans, les plus beaux, polis et aussi merveilleusement taillés qu'il soit possible à homme de voir, » fournirent, à l'estime du capitaine, une riche cargaison.

Sa base d'opération soigneusement établie, Cartier, laissant la garde de Charlesbourg au vicomte de Bcauprest, forma une colonne pour aller explorer la route du Saguenay et se mettre en état, le printemps venu, d'y accéder. Il partit le 7 septembre avec Martin de Paimpont comme second. Ses deux barques relâchèrent à Ilochelay (2), dont l'agouhanna, fort obligeant au précédent voyage, fut grati-

(1) Qui firent voile le 2 septembre. — Dans Pantagruel, dont M. A. Lefranc a identifié les navigations avec celles de Cartier, il y a un lâcher de pigeon voyageur, chargé de porter au port de départ des nouvelles fraîches. Or, par une curieuse coïncidence, c'est dans les parages de Terre-Neuve que nos transatlantiques effectuent des lâchers de pigeons pour la France (LKFnANC, Lea naviqations de Paiitayruel, p. 93).

(2) Actuellement Port-Neuf.

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fié d'un manteau écarlate, garni de l)outons d'élain et de grelots : deux jouvenceaux y furent laisses pour apprendre la langue indienne. Devant l'impossibilité de franchir en barque le premier rapide, malgré une double équipe de rameurs, Cartier, sous la conduite de quatre Indiens, remonta les berges du Saint-Laurent jusqu'au deuxième saut, sans doute celui de Carillon sur l'Otta^va. Au moyen de petits bâtons couchés à terre et coupés de branches qui représentaient les sauts, les sauvages de l'endroit montrèrent qu'il n'y avait plus qu'un rapide à franchir avant d'atteindre le royaume de Saguenay. Faute de vivres, Cartier dut se contenter de cette description et retourna en arrière, non sans combler ses guides de menus présents, peignes, épingles ou hameçons.

Un document d'une importance capitale, que nous ne possédons malheureusement plus, l'atlas des cartes rédigées par Jacques Cartier, au cours de ses campagnes, fixait du côté de ^Otta^va le mystérieux but de ses efforts: nous en avons le témoignage dans une lettre d'un de ses neveux :

(i J'ai trouvé dans ladite carte, dit-il, au-dessus de l'en droit où la Rivière se partage en deux (Saint-Laurent et Ottawa), au milieu des deux branches de ladite Rivière et quelque peu plus proche de la branche qui court vers le nord-ouest (l'Ottawa), les mots qui suivent, écrits de la main de Jacques Cartier : » Par le peuple du Canada et Hochelaga, il est dit : que c'est ici oii la terre de Saguenay^ qu'elle est riche et abonde en pierres précieuses . " Un autre passage de la carte ouvrait ailleurs de brillantes perspectives d'avenir pour la colonie de la Nouvelle France. A cent lieues dans le sud-ouest, Jacques Cartier avait inscrit cette légende « Ici, dans ce poys, se trouve la canelle et le girojfle, que dans leur langue ils appelent canodilla (I) . »

(t) Lettre de Jacques Noël, neveu de Cartier, à Jean Groote ou Grout. Saint-Malo [15871. La carte de Jacques Cartier était, à ce moment-là,

De retour à Gharlesbourg Royal, Cartier apprit que les Indiens devenaient hostiles, qu'ils ne vendaient plus de poisson au fort. Des gens envoyés aux nouvelles à Stadaconé rapportèrent que les sauvages s'y rassemblaient en nombre considérable. Notre pseudo-allié, l'agouhanna de Hochelay, était parmi eux et, comme les autres chefs, complotait notre perte. Cartier, à tout événement, « fit mettre notre fort en ordre... » Par ces mots, à l'instant précis où une lutte palpitante va s'engager entre des milliers de sauvages et une poignée de Français, la relation du troisième voyage finit brusquement. La suite est perdue.

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