‹ Histoire de la marine françaiseChapitre 105 sur 137 · LIVRE XIII · texte numérisé non relu

LIVRE XIII

vaisseaux ennemis vinrent se placer derrière le Redoutable et l'Océan, lirnnf sur ces bâtiments el sur les embarcations qui conduisaient les équipages à terre. L'Océan amena son pavillon. Le capitaine de ce vaisseau fut fait prisonnier avec plusieurs officiers et environ cinqua^itc hommes, soldats, canonniers et matelots : le reste de; l'équipage avait pu être débarqué. Suiïren, alors lieutenant de vaisseau, était au nombre des prisonniers; devenu le chef d'une division navale, il n'oublia pas la conduite de nos adversaires à Lagos. Les Anglais, après avoir livré aux flammes V Océan, le liedoutable ti le Modeste, emmenèrent le Téméraire h (jibraUar. Lorsque les premiers coups de canon, tirés pra les vaisseaux de l'amiral Boscawen, s'étaient lait entendre, les autorités portugaises avaient paru ressentir très A ivement l'injure faite à leur pavillon, mais ce sentiment navait pas eu une longue durée. Après aAoir envoyé quelques boulets dans la direction de l'escadre anglaise, les officiers qui commandaient les forts et les batteries de côte, restèrent spectateurs des événements, se faisant ainsi complices de la violation du droit des gens dont nos ennemis se rendaient coupables.

Le cabinet de Versailles fit entendre à Lisbonne des plaintes très vives sur la conduite des officiers qui, sous le canon des forts qu'ils commandaient, avaient laissé les Anglais attaquer et prendre des vaisseaux français. Ces officiers étaient dans l'obligation d'épuiser les moyens dont ils disposaient pour empêcher cette violation du droit des gens. La Cour de Lisbonne avait le droit et le devoir d'exiger la restitution du Téméraire, que les Anglais avaient emmené, et une indemnité représentant la valeur des trois vaisseaux bridés à Lagos, ces quatre bâtiments ayant été capturés dans les limites des eaux territoriales du Portugal. Cette affaire, une fois terminée

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avec l'Angleterre, le gouvernement portugais l'eût traitée aA-ec nous. C'est ainsi que les choses se seraient passées, si la Cour de Londres, sinclinant devant les règles du droit international, avait reconnu la faute commise par l'amiral Boscawen. Mais l'Angleterre, qui avait brûlé trois vaisseaux et emmené le quatrième à Gibraltar, ne voulait admettre aucune réclamation ; d'autre part, le Portugal étant un allié, non seulement fidèle mais utile, elle jugea nécessaire de donner à cette puissance une satisfaction apparente. Uq ambassadeur extraordinaire, lord Knowles, euA^oyé à Lisbonne, déclara, devant le corps diplomatique assemblé, que le roi d'Angleterre, regrettant l'événement qui venait de se produire, présentait ses excuses au roi de Portugal. Lord Knowles ajouta, ce qu'il ne fit probablement pas sans sourire, que les officiers de la marine anglaise se montreraient désormais plus circonspects. Les cinq vaisseaux entrés à Cadix, saisissant un moment favorable, purent repasser le détroit et rentrer à Toulon.

On se rappelle que le ministre avait fail désarmer, à la fin de l'année 1756, douze vaisseaux, sur les dix-sept dont l'escadre de la Méditerranée était composée, et cela à un moment où les Anglais aA aient jîliis de cent vaisseaux à la mer, une réserve dans leurs ports, prête à combler les vides pouvant se produire, et, sur les chantiers, des vaisseîuix dont on pressait rachèvement avec la plus grande activit(\ Les équipages des douze vaisseaux désarmés furent renvoyés dans leurs quartiers, et, par conséquent, l'instruction, acquise dans la campagne de Minorque, se trouva perdue. Le ministre agissait connue les armateurs (jui, après chacpie voyage, pour ne pas aA oir à payer les salaires des équipages, désarment Icui-s navires jx'ndant le temps rpie ceux-ci sont sans emploi. \u commencemenl de 1757, le mi-

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iiislrc voulant envoyer quelques vaisseaux dans le Levant et d'autres dans FOcéan, fit armer des bâtiments qui, aussitôt hors du port, prirent la mer pour se rendre à leur destination. Personne ne se demandait, à Paris, si, dans ces conditions, un vaisseau français pouvait, avec des chances de succès, lutter contre un vaisseau anglais, de même force, armé depuis l'ouverture des hostilités. Il faut ajouter que la formation des équipages était, chaque jour, rendue plus difficile par la conduite du gouvernement à l'égard des matelots. Lors du désarmement des douze vaisseaux, les équipages avaient été congédiés sans être payés ni du présent, ni de l'arriéré. Sachant ce qui les attendait, les marins des classes disparaissaient quand il était question de faire des levées ; il fallait employer des troupes pour les rechercher et les conduire dans les ports. Aussitôt embarqués, les matelots saisissaient la première occasion favorable pour déserter. Les bons étaient surtout rares ; ceux-là passaient à l'étranger, certains d'avoir de l'emploi. Lorsque le projet de descente en Angleterre fut adopté, le ministre prescrivit d'armer trois vaisseaux et de les adjoindre à l'escadre de la Méditerranée. Quoique le ministre eut donné un peu d'argent pour payer des à-comptes de solde aux matelots, le recrutement du personnel ne cessait de présenter de grandes difficultés. Pendant le temps passé dans l'arsenal par les vaisseaux en armement, de continuelles désertions se produisirent. Cet état de choses se maintint jusqu'au jour du départ. Dans ces conditions, on conçoit ce que devait être l'instruction militaire des équipages ; le rôle des officiers était éA'idemment fort difficile à cette époque.

Lorsque de Laclue appareilla de Toulon pour se rendre dans l'Océan, sur les douze vaisseaux placés sous ses

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ordres, six étaient armés depuis quelque temps, trois ne comptaient, comme navig:ation en escadre, que In Iraversée de Toulon à (^artliagène et de Gartliagi'Mie à Toulon, et trois sortaient du port, La plupart de ces bâtiments n'avaient donc pas et ne pouvaient pas avoir la prali(|ue de la navij^ation d'escadre. Doit-on s'étonner que, franchissant de nuit, les feux éteints, le détroit de Gibraltar, de Laclue n'ait pas trouA^é, le lendemain matin, les douze vaisseaux réunis sous son pavillon. Il a peut-être mal conduit son escadre ; il y a même lieu de croire que, pressé de s'éloigner, après avoir aperçu les navires anglais, il a, en faisant trop de toile, rendu la séparation inévitable. On est surtout en droit de lui reprocher de s'être dirigé vers le large, après avoir prévenu ses capitaines qu'il irait à Cadix en sortant du détroit. Cette indication constituait un rendez-vous qu'il donnait en cas de séparation. Après ces observations sur la conduite du chef de l'escadre, il convient d'indi([uer quelle est la responsal)ilité incombant au minisire. Dans toute affaire de guerre, il ne suffit pas d'examiner les actes de celui qui commande, il faut aussi se rendre compte de la valeur des instruments remis entre ses mains et de la relation existant entre les forces placées sous ses ordres etlîi mission dont il est chargé. Le désarmement, à la fin de l'année 1756, de l'escadre de Toulon, et l'adoption du système consistant à armer des navires au fur et à mesure des besoins, la conduite du miuistère à l'égard des marins des classes, rendant très difficile le recrutement du personnel, l'envoi à la mer de navires sortant du port et n'ayant pas, par conséquent, une instruction militaire suffisante, l'ordre de départ donné à une escadre chargée d'une mission très difficile. i)uis- (pi'elle devait trouver des forces supérieures dans le détroit et sur nos côtes, alors qu'elle n'avait pas encore

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