LIVRE XIII
troupes du înarqiiis de Monlcaliii se retirèrent également dans rintérieiir du pays. On sélait ballu, de part et d'autre, avec la plus griuide inlr('])idilé ; les chefs des deux armées, pénétrés de la nécessité de vaincre, s'étaient prodigués. Le général Woli", marchant en tète de ses troupes, reçut une première blessure et, peu après, une seconde; il continuait à diriger les mouvements de ses soldats lors(|ue, atteint une troisième fois, il tomba. AvanI d'expirer. Wolf |)iil .ipprciidrc ipi'il l'Iail victorieux.
Le marquis de Montcahii csl envoyé an Canada, en mai 17.")6, en qualité de conmiinulnnl en chef des Iroupes françaises dans le nord de l'Amériijue. A peine arrivé, il imprime aux opérations militaires une direction habile et énergique. Ses succès, en même temps qu'ils inspirent aux Anglo-Américains les craintes les plus vives sur l'issue de la lutte, ont pour résultat d'amener, sous nos drapeaux, un grand nondire de Irilms indiennes. L'Angleterre s'inquiète. Pill envoie des flottes et des armées, et les Anglo-Américains des milices. Abandonné par la France, ne recevant aucun secours, Montcalm ne désespère pas de l'avenir. Son courage, ses talents militaires, son habileté, l'influence qu'il exerce sur ses troupes, son ascendant sur les Indiens suppléent longtemps à ce qui lui manque, mais ses forces s'épuisent par les combats et les maladies ; il n'a plus d'approvisionnements et ses troupes sont à peine vêtues. En 1759, soixante mille hommes enserrent le Canada. Lorsque la ville de Québec est menacée par le général Wolf et la flotte de l'amiral Saunders, Montcalm choisit une position dans laquelle il espère que ses troupes, malgré leur infériorité numérique, pourront défier les efforts de l'ennemi; l'hiver survenant, celui-ci sera contraint de s'éloigner. La manœuvre hardie du généralWolf trompe
322 lIISTOllîE DE I.A MARINK FRANÇAISE
ses calculs. En voyaiil les Anglais sur les hauteurs d'Abraham, il se décide, pour sauver Québec, à courir les chances d'une bataille. Toujours au premier rang, pour donner Texeniple, il reçoit plusieurs blessures qui ne lui permettent plus de conserver le commandement de son armée. 11 meurt, le lendemain, en prononçant ces paroles : « Je ne signerai pas la capitulation de Québec. » Ce fut sa suprême consolation. Cet illustre soldat méritait une meilleure fortune ; il servait son pays à ua moment où l'incapacité des ministres, leui- incurie, la mauvaise direction imprimée à toutes les opérations amenaient des désastres contre lesquels aucun effort, aucune bonne volonté, aucun dévouement ne pouvaient prévaloir.
Le 18 septembre 1759, le chevalier de llamsay, n'ayant plus de communications avec nos troupes, et étant hors d'état de se défendre contre les attaques concertées de la marine et de l'armée, capitula. Le feu de l'ennemi avait détruit toutes les maisons de Québec.
Alors (jue les forces navales de l'Angleterre, augmentant chaque jour, nous faisaient une loi de coniluire nos opérations maritimes avec une extrême prudence, ce qui malheureusement n'avait pas encore été fait, on imagina, à Paris, que le moment était venu de porter la guerre de l'autre côté de la Manche. Or, une descente sur la cote de la Grande-Bretagne était, de tous les projets (pie Ton pouvait former, celui (pii répondait le moins à notre
i.ivlîF. xrii 32"J
situc'ili(jii. Aviuit (le songer à comballie le.s Anglais dans leur pays, il fallait se demander si nous étions en mesure d'assnrcr le passage de nos troupes. Un examen, même superficiel, de l'état de notre marine suffisait h démontrer que nous n'en avions pas les moyens. La longueur même des préparatifs excluait toute idée d'agir par surprise; elle permellait, d'autre part, aux Anglais, de réunir, ce qui leur était facile, des forces supérieures aux nôtres. C'était donc un passage de \ixc force que nous devions effectuer. Dans ces conditions, comment supposer que l'escadre française, embarrassée par un convoi considérable, battrait un ennemi, prévenu de nos projets, préparé de longue main pour la lutte et très supérieur au point de vue du nombre. Ce plan une fois adopté, ou décida que douze vaisseaux et trois frégates, placés sous le commandement du chef d'escadre de Laclue, partiraient de Toulon, franchiraient le détroit et A^endraient se joindre à l'armée navale, réunie à Brest. On ne pouvait ignorer, à Paris, que, l'année précédente, le même chef d'escadre, sorti de Toulon, pour aller dans les Antilles, n'avait pu dépasser Carthagène, le détroit étant alors gardé par l'amiral Osborne avec dixhuit vaisseaux. L'amiral Boscawen, placé, en 1759, à la tète de l'escadre de la Méditerranée, avait les mêmes instructions que son prédécesseur. Il lui était enjoint de surveiller les forces que nous avions à Toulon et de leur livrer, si elles sortaient, un combat décisif. Depuis qu'il était question de la descente en Angleterre, les ordres donnés h l'amiral BoscaAven avaient pris un caractère plus pressant. On voit donc combien il était difficile que l'escadre de Toulon put franchir le détroit sans être vue et poursuivie, c'est-à-dire sans combat. Le chef d'escadre de Laclue partit de Toulon, le 5 août, aA ec douze vaisseaux. L'amiral BoscaAven, après avoir croisé quelque
31'4 HISTdIRE DE LA MAUINK FRANÇAISK
temps (levant Toulon, ('tail retourné à (iiJ)raUai% à la fin du mois de juillet, laissant des bâtiments échelonnés entre ce port et le détroit afin d'être promptement averti de nos mouvements. Le IGaoùt, ses frégates, devançant notre escadre, lui apprirent que celle-ci aNait pris la mer. L'amii'alBoscawen mit immédiatement sous voiles, avec seize vaisseaux.
Dans la nuit du 16 au 17, l'escadre française s'engagea dans le détroit, par un temps obscur et un vent d'est très frais. Malgré ces conditions favorables, elle ne put échapper h l'attention des Anglais qui, prévenus de son arrivée, exerçaient une active surveillance. Lesbàlimeuls ennemis ayant été aperçus, il était cerlain que nous serions poursuivis. Quoiqu'il eût prévenu ses capitaines de son intention d'aller à Cadix, le chef d'escadre de Laclue, croyant que les Anglais le chercheraient sur la côte d'Espagne, résolut de s'écarter de la terre. Quel que fût le UKk'itc de cette détermination, il ne suffisait pas de la prendre, il fallait encore que chaque bâtiment eût la possibilité de la coimaitre. Vers minuit, VOcéan, vaisseau-amiral, diminua de voiles et alluma ses feux de poupe, qu'il éteignit promptement afin de ne pas indi(iuer sa position à l'ennemi, puis il fit route à l'ouestnord-ouest. Le commandant en chef s'était trompé en p(Mis!mt (|ue les feux de poupe de son vaisseau, allumés |)cii(laiil un temps très coui'l, avaient (''!('' \ us par Ions ses bàliuKMils. L'Océan avait forcé de voiles en j)ass;uit le détroil, laissant derrière lui les vaisseaux les inoins bons marcheurs; ceux-ci, étaul doimée la nouvelle route prise par YOcran. devaient inévitablement se séparer de l'escadre. Les capitaines de ces vaisseaux, convaincus que leur chef irait à Cadix, ainsi qu'il l'avait annoncé, se dirigèrent Ncrscc port, aussitôt qu'ils se houxèreul eu dehors du détroit. Après être resiés viugl-(pialr(' heures
M Mil-: Mil 325
au lai'gt' poiii' allciiîlrc ICscadrc, ils (Milrrreiil à Cadix. Le 17, au point du jour, le chef descadre de L.acluc n'avait que sept vaisseaux réunis sous son pavillon; les vigies ayant signalé huit bâtiments, il fit serrer le vent, sous une voilure réduile, se berçant de l'espoir que les navires en vucétaienl les vaisseaux qui s'élaient séparés de lui [XMidant la nuit. Peu apri^s, dix-huit voiles furent aperçues. Aucune illusion n'était possible: c'était l'armée anglaise tout entière ipii était en vue. L'escadre pi'it le jjIus près, en forçaid de voiles, afin de gagner le vent à l'ennemi, mais bientôt elle fut obligée de diminuer sa vitesse pour ne pas laisser en arrière un vaisseau très mauvais marcheur, le Sourei-am. L'escadre se trouvait alors rangée dans l'ordre suivant : le Téméraire, le Modeste, le Redoutable, le Souverain, YOcèan, le Guerrier et le Centaure. Vers deux heures et demie, les meilleurs voiliers de l'escadre anglaise atteignirent le dernier bâtiment de notre ligne, le Centaure, de soixantequatorze, capitaine de Sabran; peu après le Guerrier, YOcèan et le Souverain furent joints par l'ennemi. Ces quatre vaisseaux avaient des navires anglais au vent et sous le vent, et, par conséquent, combattaient des deux bords. Le Namur, de quatre-vingt-deux, portant le pavillon de l'amiral Boscawen, arriva, vers quatre heures, par le travers de V Océan et lui envoya toute sa bordée. Le Xamur, après un court engagement, ayant perdu son mât d'artimon, ses vergues d'hune, se retira du feu et l'amiral Boscawen mit son pavillon sur le Newmarck. Le Centaure, attaqué à deux heures et demie par le Culloden, avait été canonné par tous les vaisseaux anglais qui remontaient au vent et sous le vent de la ligne. Combattant des deux bords, il avait été obligé, par suite des pertes éprouvées par le personnel, de désarmer successivement la batterie des saillards et
326 iiiSTomE m: la marim-: françaisk
la batterie haute ; ses mâts de hune élaieul al)atlus et sa coque criblée par les boulets. A sept heures et demie, alors qu'il se battait depuis cinq heures consécutives, le Centaure amena son pavillon. Le cjqiitaine de Sabran et son éqiiij)a^a' méritaient une meilleure fortnne. Les Anglais ncmaintinnmt le Ceulaure 'aiiv l'eau qu'en jetant les canons et les ancres à la mer, et ce fut avec les plus grandes difficultés, et grâce au beau temps, qu'ils roussirent à le conduire à Gibraltar. Lorsque la nuit vint, les Anglais cessèrent le feu et prirent le plus près, sous petites voiles.
Le 18, au point du jour, le Ch(errier et le 60^^verain n'étaient plus en vue ; l'escadre se trouvait réduite à (^ualrc vaisseaux, VOcèan, le Modeste, le Téméraire et le Redoutable. Les bâtiments ennemis, couverts do voiles, étaient à leur poursuite. I^c chef d'escadre de Laclue donna l'ordre de gouverner sur la terre; il voulait jeter ses vaisseaux au plain et les brûler après avoir débarqué les équipages. A neuf heures du matin, le capitaine de Carney échoua VOcêau, à deux lieues de Lagos. Le marquis de Saint-Aignan, imitant cette manœuvre, jeta le Redoutable à la cote, à petite distance de V Océan. Les deux capitaines s'occupèrent immédiatement do débarquer les équipages. Un officier fut envoyé à terre pour informer les autorités de la situation de l'escadre française et des intentions do celui qui la conunandail. Les capitaines tlllerville et do Montvcrt, lorsqu'ils se trouvèrent en dedans de la limite des eaux terri toritdes, laissèrent tomber l'ancre près de deux forts élevés sur la côte. Les Anglais, sans se préoccuper de la position du Ténièraire et du Modeste, mouillés dans des eaux neutres, ouvrirent le feu sur ces deux vaisseaux. Les capitaines d'Herville et de Montvert gagnèrent la terre avec leurs écpiipages. Des