LIVRE XIV
La croisière anglaise, devant Brest, chassée par le mauvais temiis. so rtH'ugie à Torbay. — Départ du maréchal do (ionllans. — Bataille de Quiheron. — Pertes éprouvées par l'escadre française. — Une partie de nos vaisseaux arrive à Rochefort. — Vaisseaux entrés dans la Vilaine. — Thurot sort de Dunkerque. — Sa croisière. — Perte du Canada. — Les Anglais se rendent maîtres de Belle-Isle. — Prise de l'ile de la Dominique dans les Antilles. — Alliance de la P'rancc et de l'Espagne. — Les troupes franco-espagnoles entrent en Portugal. — La Martinique. Sainte-Lucie, Saint-Vincent et la Grenade tombent au pouvoir des Anglais. — Expédition à Terre-Neuve. ■ — Vaisseaux et frégates donnés au gouvernement par les provinces et les grands corps de l'État.
L'amiral Hawke croisait devant Brest, lorsqu'un coup de vent le mit dans l'obligation de chercher un refuge à Torbay. Le maréchal de Conflans prit la mer, le 14 novembre, se rendant dans la baie de Quiberon avec vingt vaisseaux. Les chefs d'escadre de Beaufremont, Saint-André Duvcrger et Guébriant de Budes commandaient les divisions de l'armée. Celle-ci, partie avec une faible brise du nord-nord-est, trouva, au large, des vents contraires qui ne lui permirent pas de faire route directement pour sa destination. Le 18. elle était en calme à vingt-cinq Ueues environ dans le sud-ouest de Belle-Isle. Le 19, dans la nuit, le Aent s'étant levé de l'ouest, le maréchal se dirigea sur le golfe du Morbihan
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dans lequel il comj)tait entrer le lendemain. Le vent, passant àroucst-nord-ouest, augmenta rapidement. « Je fus même obligé, dit l'amiral, de faire peu de voiles dans la crainte de me trouver trop tôt sur la terre. » M. de Conflans devait, le lendemain, regretter de ne pas s'être hâte davantage, car, au point du jour, il était encore loin de Belle-Isle. Des bâtiments furent aperçus; peu après, on signala dix-sept navires. Comme, dans ce nombre, on n'apercevait que sept ou huit vaisseaux, INI. de Conflans se persuada qu'il avait devant lui la division du Commodore Duff. « Je ne doutai pas, écrivit-il, que c'était l'escadre de huit vaisseaux qui étaient depuis longtemps en station dans la baie de Quiberon, lesquels, avertis de ma sortie de Brest, prenaient le large pour éviter d'être rencontrés par l'armée du roi. » Dès le début, on est frappé de l'inexpérience du commandant en chef; parti de Brest depuis cinq jours, il ne lui vient pas à l'esprit que l'amiral Hawke a pu quitter Torbay, comme lui-même a quitté Brest. Plein de confiance, ne croyant pas à la nécessité de se hâter, il fait chasser les bâtiments en vue sans observer d'ordre. Mais les choses ne tardent pas à changer de face; ce que M. de (ionl'lans apercevait, c'était la flotte anglaise venant de ïorbay. Le commodore Duff avait été prévenu, le 16, que la flotte française était à la mer : après avoir donné aux vaisseaux qui faisaient partie de sa division, l'ordre de rejoindre l'amiral Hawke. il était resté, au large de Belle-Isle, avec ses frégates, pour surveiller nos mouvements.
L'amiral Hawke avait (juitté Torbay pour reprendre sa croisière, le 14 novembre, c'est-à-dire le jour où le maréchal de Conflans était sorti de Brest. Informé, [)ar ses éclaireurs, du départ de l'armée française, il s'était mis immédiatement à sa recherrlie. La flotte anglaise