‹ Histoire de la marine françaiseChapitre 108 sur 137 · LIVRE XIV 33b · texte numérisé non relu

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ayant été ralliée, depuis qu'elle avait quitté ïoi-hay, par quatre vaisseaux de cinquanic, formait un total de vingt-sept vaisseaux, dont un de cent canons et deux de quatre-vingt-dix. L'amiral Saunders, venant de r Amérique du xVord, mouillait à Torbay peu après le départ de cette flotte. Sans attendre les ordres du gouvernement, cet amiral, convaincu que sa conduite serait approuvée, prit la mer avec dix vaisseaux pour rejoindre l'amiral Hawke. Ce dernier se dirigea sur Belle-Isle, sachant bien qu'il Irouverait M. de Gonflans dans les parages de la baie de Quiberon. Après avoir été [)orté au large par le mauvais temps, il courait sur la terre, dans la matinée du 20, lorsijue la flotte française fut aperçue. La position des deux armées, vers huit heures du matin, était celle-ci : les Français, Aenant du sudouest, couraient grand largue sur Belle-Isle, et les Anglais, qui arrivaient de loucst, faisaient route, vent arrière, sur le même point. Dans ces conditions, les deux flottes se rapprochaient rapidement. Surv^eiller la flotte française, mouillée sur la rade de Brest, la poursuivre si elle prenait la mer, et la combattre i)artout oîi il pourrait la rencontrer, tels étaient les ordres formels, absolus, que lamiral Hawke avait reçus de son gouvernement. C'était sur lui que reposait la sécurité de l'Angleterre, troublée, anxieuse, comme elle l'est toujours lorsqu'il s'agit de l'invasion de son territoire. Etant donnée la situation que nous A'enons d'indiquer, le commandant en chef de l'armée anglaise n'avait à faire ni de longs calculs ni de longues réflexions ; rencontrant les Français, et ayant, d'autre part, sur eux, l'aA'antage du nombre, il devait concentrer tous ses efforts sur un seul but : les joindre et leur liArer un combat décisif. L'ennemi, qui n'était pas en ordre, occupait un grand espace. L'amiral Hawke, comprenant la nécessité de retarder notre marche afin de permettre

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au gros de sa flotte d'arriver sur le lieu du combal, fit aux navires avancés le signal d'engager laction.

L'amiral français allait à Quiberon pour prendre, sous son escorte, les navires sur lesquels devaient être embarquées les troupes destinées à opérer la descente en Angleterre. Un couA^oi, portant vingt mille hommes, ne pouvait faire route pour sa destination si la mer n'était pas libre. Les ministres de Louis XY, au lieu de comprendre, par cette raison môme, que nous étions dans rimpossibilité de mettre à exécution le projet de descente en Angleterre, avaient admis la nécessité, pour la flotte française, de livrer bataille à l'amiral Hawke, Le ministre de la marine, Bcrryer, poussant, jusqu'à la plus extrême limite, l'ignorance de la fonction qu'il exerçait, écrivait au duc d'Aiguillon : « Le maréchal n'est pas assez manœuvrier pour pouvoir espérer de son habileté une campagne savante qui puisse contenir les ennemis et je regarde un combat comme inévitable ; alors il vaut mieux qu'il se donne avant que notre convoi soit au large. S'il nous est avantageux, nous passerons facilement; s'il est douteux, il peut encore faciliter le passage ; si l'escadre est écrasée, les troupes de terre ne seront pas perdues. » Ainsi, les ministres remettaient le sort de l'expédition au hasard d'un combat qui, de toute évidence, devait être inégal.

M. de Gonflans parut d'abord reconnaître que la rencontre avec l'escadre anglaise était inévitable; après avoir prescrit l'ordre de jnarche sur une ligne, il fit le signal de se |)i'('j)ar('r à combattre. Les Anglais, qui suivaient nos mouvements îivec la plus grande attention, étaient [)ersuadés (jue nous prenions nos dispositions pour livrer bataille. Peu après, la manœuvre de l'armée française sembla Iraliir un changement dans l'esprit de son chef. Lu cffel. celui-ci. revenu de sa

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première impression, luj voyait plus que la grave responsabilité qui pesait sur lui; les illusions ministérielles étaient fort loin, et la vérité lui apparaissait. Il n'était en position ni de vaincre les Anglais, ni de leur faire de telles avaries que ceux-ci fussent dans l'impossibilité de s'opposer au passage du convoi. M. de Gonflans n'eut plus alors d'autre pensée que d'éviter le combat, et il se persuada que ce résultat serait obtenu s'il gagnait le golfe du Morbihan avant l'arrivée des Anglais sur la pointe de Belle-lsle. Il fit alors le signal de forcer de voiles, mais ses ordres, (piels qu'ils fussent, ne pouvaient diminuer la distance qui le séparait du point où il se proposait de conduire sa flotte. Au lieu de reconnaître que des circonstances, indépendantes de sa volonté, le mettaient dans l'obligation de combattre, ce qui était d'ailleurs conforme à l'esprit de ses instructions, le maréchal admit, d'une part, qu'il serait en sûreté dans la baie de Quiberon, et, d'autre part, qu'il atteindrait cette baie avant d'être joint par les Anglais.

Le temps s'écoulait et les deux armées se rapprochaient rapidement. Vers deux heures de l'après-midi, alors que le vaisseau-amiral le Soleil-Royal, marchant entête de la flotte française, doublait les Cardinaux, les bâtiments avancés de l'armée anglaise ouvraient le feu sur les vaisseaux placés à la queue de notre ligne. Les navires ennemis, à mesure qu'ils arrivaient à portée de canon, se joignaient à ceux des leurs qui étaient engagés. >'otre arrière-garde, tout en ripostant avec vigueur, confinait sa route vers le nord. L'amiral Hawke devait-il la suivre et s'enfoncer, avec elle, dans le golfe du Morbihan; cette question exigeait une solution immédiate. Le pilote, insistant sur les dangers que cette manœmTe ferait courir à la flotte anglaise, l'amiral Hawke lui dit :

« Vous avez rempli volrc devoir en me faisant cette observation, maintenant exécutez mes ordres et conduisez-moi boi'd à l)ord du navire amiral français. » L'armée anglaise poursuivit sa roule, entourant notre arrière-garde qu'elle combattait au vent et sous le vent. Les capitaines anglais avaient un rôle peut-être difficile, sous le rapport de la navigation, mais très simple au point de vue de l'action. Combattant deux et trois contre un, ils navaient ni ordre à observer, ni précautions à prendre. Enfin, le& Anglais avaient, outre la supériorité du nombre, l'avantage dévolu à toute armée attaquant l'arrière-garde d'un ennemi qui se retire devant elle. Bien différent était le rôle des capitaines français , obligés de suivre l'amiral qui poursui vai t sa route sans donner d'ordres, comme s'il eût élé étranger à ce qui se passait. Les vaisseaux composant la première moitié de la ligne française n'avaient pas d'adA'ersaires, tandis ({ue les autres luttaient conlro des forces supérieures. Le vent, passant au nord-nord-ouest, rompit notre ligne, favorisant, en même temps, l'arrivée des vaisseaux anglais qui étaient restés en arrière. A trois heures et demie, l'amiral français prit la bordée qui le rapprochait du point où l'on combattait. Le Formidable, (|ui portait le jiavillon du chef d'escadre Saint-André Duverger, api'ès une glorieuse défense, était contraint de se rendre. L(; commandant du vaisseau, frère du chef d'escadre, était au nombre des morts. Le brave ca])ilaine de Kersaint, commandant le Thvsce, pressé par ])hisieurs navires ennemis, voulut se servir de sa batterie basse, mais l'eau, entrant par les sabords de dessous le vent, engloutit le vaisseau; vingt hommes à peine échappèrent à ce désastre. Le Héros, après avoir opi)osé une résistance énergique aux nombreux adversaires qui le combattaient, amena son pavillon ; le capitaine de Sansay

laissa tomber une ancre. Les Anglais, estimant que ce vaisseau était hors d'état de s'éloigner, n'en prirent pas possession. Lorsque la nuit fut venue, le capitaine de Sansay fit couper le câble et échoua le Héros dans la rade du Croisic. hc Juste, après avoir combattu plusieurs vaisseaux, s'éloigna du champ de bataille et jeta l'ancre sur la c«jte ; les deux frères, les capitaines de vaisseau de Saint-Allouarn, l'un, capitaine, et Taulre, second du Juste, avaient été tués.

Le Soleil-Boi/(iI, arrivé sur le lieu du combat, échangea quelc^ucs bordées avec les navires ennemis qu'il rencontra. M. de Conflans se proposait de gagner le large, espérant probablement que la plus grande partie de l'arnK'e serait en état de le suivre, mais, en manœuvrant pour éviter des abordages, il se sousvenla. Le Soleil-Royal, se trompant dans l'impossibihté de doubler le Four, ^L de Conflans prit le parti de mouiller sur la rade du Croisic. Vers cinq heures, la nuit vint et le combat cessa. Les Anglais, ralliant le pavillon de l'amiral HaAA'ke, laissèrent tomber l'ancre sous l'île Duret. Les capitaines français cherchaient le Soleil- Royal afin de recevoir des ordres ou d'imiter sa manœuvre. Quelques-uns, ayant aperçu le vaisseau-amiral courant dans la direction du sud, prirent le large et firent route sur Rochefort où ils arrivèrent sans avoir été inquiétés par l'ennemi. Les vaisseaux le Glorieux, Vlnflexihle, le Robuste, le Drayou, Y EveilU, le Rrillant, le Sphynx, ainsi que les frégates et les corA^ettes étaient, à la fin du jour, près de l'embouchure de la Vilaine. Se trouvant par des petits fonds, ignorant les intentions du commandant en chef, les capitaines de ces bâtiments laissèrent tomber Fancre. Ne recevant pas d'ordres, n'apercevant aucun bâtiment de l'escadre, et convaincus, d'autre part, que l'armée anglaise tout

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entière les attaquerait le lendemain, ils prirent, en conseil, la détermination d'entrer dans la Vilaine.

Le 21, au point du jour, le maréchal de Conflans put constater que, de toute son escadre, il ne restait, dans la baie, que le Soleil-Royal, sur lequel il avait son pavillon, le Juste et le Héros. Le vaisseau-amiral et le Juste étaient à l'ancre ; on a vu plus haut que le Héros avait été jeté à la côte, le 20, dans la soirée, par le capitaine de Sansay. La flotte anglaise n'aA^ait pas quitté son mouillage ; pendant la nuit, deux de ses vaisseaux, VEssex et la Résolution sétaient perdus sur le Four.

Avant môme que l'ennemi eut fait un mouvement pour l'attaquer, M. de Conflans fit jeter le Soleil-Royal à la côte; lorsque le vaisseau fut échoué, il donna l'ordre de l'évacuer et de le livrer aux flammes. Le Héros, dont l'équipage avait gagné la terre, fut brûlé par les Anglais. Le Juste, manœuvrant pour échapper à l'ennemi, coula à l'entrée de la Loire; la plus grande partie des officiers et de l'équipage trouva la mort dans ce naufrage. Telle fut la bataille de Quiberon dans laquelle les Français perdirent le Soleil-Royal, le Héros, le Juste, \q Formidable et le Thésée. A ces cinq bâtiments, il faut ajouter Y hi flexible, un des vaisseaux entrés dans la Vilaine, qui se jeta à la côte et ne put être relevé. Les Anglais, ainsi (|ue nous l'avons vu plus haut, n'eurent à regretter (j[ue la perte de ViLssex et de la Résolution.

Le projet de descente eu Angleterre, étant donnée linfériorité de nos forces navales, ne supportait pas l'examen. Si l'escadre de Laclue était parvenue à rallier Brest, la situation aurait ])u i)araitre meilleure, à Paris, mais elle ne l'eût été qu'en apparence. On ne doit pas, en effet, perdre de vue que l'escadre de l'amiral Boscawen, n'ayant plus à surveiller le pori de Toulon, anrail fait route vers le nord : elle se serait

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jointe aux forces réunies par l'Angleterre pour s'opposer à l'expédition. Dîins Ions lésons, aprrs le di^siistre subi par l'escadre de la Méditerranée, il n'était plus permis de conserver le moindre espoir de succès. Le gouAernement de Louis XV laissa aller les choses, non qu'il eut confiance dans le résultat, mais simplement parce qu'il était incapable de prendre une décision. Comme il n'existait aucune autorité, assez sûre d'elle-même pour imposer sa volonté, tout le monde donnait des ordres. Le duc d'Aiguillon, gouvei-neur de la Bretagne, avait le commandement des troupes de terre; pour lui complaire, les transports, au lieu de mouiller sur la rade de Brest et dans les ports, placés sur la route de l'escadre, se réunissaient à Vannes. C'était une difficulté nouvelle ajoutée à toutes celles que l'on devait surmoider: il fallait en effet que l'escadre trouvât deux ocrjisions favoraldes. la première pour se rendre à Quiberon, et une seconde lui permettant de prendre le large avec le convoi.

La marine, c'est-à-dire le seul service pouvant donner un avis utile, n'est pas consultée; comme elle ne montre aucun enthousiasme pour l'expédition, on l'accuse de timidité. « La timidité de notre marine m'afflige et m'humilie, écrivait le maréchal de Belle- Isle au duc d'Aiguillon, surtout après l'état oii je l'ai vue au commencement du siècle. Il faudra bien que le roi donne des ordres absolus à ^L de Conflans. Celui-ci ne demande pas mieux, à ce que j'entends dire, mais cela ne suffit pas. » Le maréchal de Belle-Isle est tellement étranger à la question maritime qu'il ne parait pas soupçonner la différence profonde existant entre la marine de Louis XIV et celle dont dispose la France en 1759. Pour le maréchal, le projet de descente en Angleterre ne présente aucune difficulté; que « des

ordres absolus » soient donnés et le succès est certain. Pontchartrain ne raisonnait pas autrement lorsqu'il adressait des instructions à Tourvillc pour la campagne de 1692. Le ministre donnait des ordres impératifs et ces ordres avaient pour consé({uencc le désastre de la Houguc. Quel chef le gouvernement met-il à la tète d'une flotte, à laquelle incombe la lourde charge de conduire le convoi sur les côtes d'Angleterre, en présence d'un ennemi supérieur en nombre et qui est sur ses gardes. Un homme brave^ assurément, ayant rendu des services à son pays, principalement à Saint-Domingue oii il a battu les Anglais; mais iSI. de Gonflans, qui a servi honorablement, comme capitaine de vaisseau, dans la guerre de la succession d'Autriche, ne figure pas dans les rencontres qui ont eu lieu sur mer, depuis l'ouverture des hostihtés, c'est-à-dire depuis 1756. En temps de guerre, c'est la victoire qui fait les maréchaux, et le chef de notre flotte reçoit cette suprême récompense avant môme d'avoir vu l'ennemi. M. de Gonflans, ayant livré son escadre à tous les hasards, au lieu de la diriger, n'avait pas fait son devoir; mais, dans la perte de la bataille de Quiberon, la responsabilité des ministres de Louis XV était plus grande que celle du chef de la flotte. Le gouvernement, après avoir imposé un plan de campagne qui nétait dangereux que pour la marine française, avait donné un chef incapable à l'escadre chargée de l'exécuter.

Dans les engagements particuliers qui se produisent dans le cours de cette guerre, nous sommes quelquefois heureux, mais, le plus souvent, la fortune nous est contraire. Il est facile den déterminer la cause, d'après les rapports des capitaines anglais eux-mêmes. Citons quelcjues exemples. Le 21 février 1750, la frégate française la UcUonc, de trente-deux, capitaine de Beau-

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