LIVRE II
Développement de la Marine.— Influence exercée par les croisades. — Progrès réalisés dans les constructions. — Méthode de combat. — Le commerce maritime. — Les découvertes. — Christophe Colomb.
— Vasco de Gama. — La marine sous le règne de Louis XII. — Hervé de Portzmoguer. — Prégent de Bidoux. — François I" poite son attention sur la marine. — André Doria se joint aux forces françaises. — Les Espagnols sont battus devant Marseille et dans le golfe de Naples. — Défection do Doria. — Alliance avec la Turquie.
— La flotte ottomane agit de concert avec nos forces navales. — Prise de Nice. — Engagement au large de l'île de Wight. — Léon Strozzi bat les Anglais devant Boulogne.
Nous résumerons, avant d'aller plus loin, le rôle joué par la marine depuis la fondation de la Monarchie française jusqu'à la fin du xv^ siècle. Son action, nulle sous les rois de la première race, grandit sous Gharlemagne. Pendant le règne du grand empereur, des flottilles mouillées à l'embouchure de nos grands fleuves, se tiennent prêtes à embarquer les garnisons du littoral et à se porter au-devant des pirates qui menacent nos rivages. Gharlemagne meurt, la puissance maritime qu'il a créée disparait, et tout ce qui, sur mer, Ait du brigandage. Suédois, Norvégiens, Danois et Irlandais, dans le nord, et Sarrasins, au midi, se précipite sur nos côtes. Des barques, chargées d'hommes, remontent le cours de nos fleuves, ravagent le pays, pillent
les villes et dispersent ou massacrent les habitants. Tel est le résultat auquel a conduit l'abandon de l'organisation maritime, œuvre de Gharlcmagne. Sous Louis VI, commencent, entre la France et l'Angleterre, les guerres qui vont se prolonger jusqu'au règne de Charles VII. Pendant cette période, qui ne compte pas moins de trois siècles et demi, on se rend facilement compte du rôle joué par la marine. L'Angloterre lutte pour conserver la Normandie, la Guyenne, le Poitou, la Saintonge, magnifiques provinces qui constituent, pour elle, non seulement un agrandissement territorial et une source nouvelle de fortune, mais aussi lui donnent la possibilité d'avoir constamment la main dans nos affaires. La France combat pour recouvrer des frontières maritimes que réclament sa sécurité et sa prospérité commerciale. Le litige, existant entre les deux peuples, se dénoue sur les champs de bataille, mais l'action de la marine modifie sans cesse les conditions de la lutte. Alors que la Bretagne est indépendante et que les provinces pour lesquelles on combat appartiennent aux Anglais, le peu d'étendue de côtes que nous possédons dans la Manche et dans l'Océan ne nous permet pas d'agir, sur mer, avec la vigueur nécessaire. Nos adversaires font passer sur le continent, sans rencontrer de résistance, des troupes, des vivres et du matériel. La malheureuse issue de la bataille de l'Écluse, livrée sous Philippe de Valois, le 24 juin 1340, prépare la défaite de Grécy, survenue le 26 août 1346; la prise de Calais par Edouard III, le 3 août de l'année suivante, a pour conséquence le désastre de Poitiers, en 1356. On peut expliquer par des fautes militaires la perte des batailles de Grécy et de Poitiers, mais c'est la supériorité maritime qui donne au roi d'Angleterre la possibilité de débarquer sur notre sol une nombreuse armée. Mille bâtiments, affectés à ce service,
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ont pu naviguer en pleine sécurité. L'ennemi s'efforce de conserver la prépondérance maritime dont il comprend toido la valeur. Deux expéditions surressives de (piiiizc à seize cents navires, faites par Henii V, et la défaite de notre flotte devant Harfleur, précèdent la funeste journée d'Azincourt.
La marine, à la fin du xv" siècle, dispose de moyens d'action dont l'importance croît chaque jour. Nous sommes loin des barques sur lesquelles les pirates du Nord abordaient nos rivages, et des flottilles que leur opposait Gharlemagne. Des navires de haut bord, ainsi appelés à cause de leur élévation au-dessus de l'eau, remplacent les bateaux d'autrefois. Au màt unique des anciennes barques ont succédé deux, trois et quatre mâts. Ce n'est plus la rame, mais la voile qui joue le rôle principal sur les nefs, galions, caravelles, noms sous lesquels on désigne les nouveaux navires. On appelle également ceuxci des vaisseaux ronds, par opposition aAec les galères qui sont des vaisseaux longs. Les dimensions se sont accrues ; néanmoins les petits navires restent en majorité. Aussi ne doit-on pas être surpris de la graade quantité de bâtiments dont se composent, d'après les chroniqueurs, les flottes de cette époque. Les dix-sept cents navires réunis par Philippe-Auguste à l'embouchure de la Seine, comprennent des chaloupes et même de simples barques. La galère n'a pas disparu de l'Océan, mais elle n'est plus, sur cette mer, qu'une exception. Dans la Méditerranée, où elle continue à jouer un rôle prépondérant, un nouveau navire apparaît, la galéasse. Celle-ci est semblable à la galère, mais elle a des formes moins fines et elle marche mieux à la voile qu'à la rame.
Les croisades ont une part importante dans le développement de la marine et les progrès de l'architecture navale. La navigation entre l'Occident et l'Orient prend
HISTOIRE DE I.A MAHINE FliANCAISE
une extension rapide ; d'autre part, des conditions nouvelles s'imposent aux constructeurs. Il faut porter, de l'autre côté de la Méditerranée, des hommes, des chevaux, des vivres, des munitions et un matériel considérable. Les constructeurs s'efforcent de satisfaire à ces besoins, et on doit reconnaître qu'ils ne sont pas inférieurs à leur tâche. Joinvillc, dans la \ie de saint Louis, signale un bâtiment qui portait huit cents hommes ; on construisait, pour le transport des chevaux, des navires spéciaux. Les républiques commerçantes de l'Italie, Venise, Gènes, Pise, Amalfi, furent, d'abord, les seules à tirer avantage du grand mouvement maritime, inauguré par les croisades. Chargées de transporter les armées, d'assurer leur subsistance, elles virent leurs marines augmenter rapidement. Cet accroissement même amena de rapides progrès dans la construction, progrès qui profitèrent, plus tard, à toutes les nations. L'Etat n'a pas de marine ; dans certaines circonstances, d'ailleurs très rares, des navires sont construits aux frais du trésor royal. D'autre part, quelques-uns de nos rois, éclairés par les luttes que nous soutenons contre l'Angleterre, l'Espagne ou les princes italiens, veulent jeter les bases d'un établissement maritime permanent, mais c'est à peine si ces projets reçoivent un commencement d'exécution. En résumé, les tentatives faites pour arriver à l'organisation d'une marine de l'Etat n'aboutissent pas à un résultat sérieux ; on crée, en 1481, une marine de galères, mais cette création restera, pendant longtemps, plus apparente que réelle.
Lorsque des nécessités poHli(|ues ou militaii-es exigent la réunion d'une force nav(de, lenihargo est mis, dans tous les ports, sur les navires de commerce ; on achète les uns ou on loue les autres. Une somme est donnée