I.IVAK II
Charlcs-Quint entrait en Champagne et arrivait jusqu'à Mcaux, poussant devant lui l'armée (l\i Dauphin. La situation de la France était devenue très criti(iue lorsque, fort heureusement, des dissentiments se produisirent entre l'empereur et le roi d'Angleterre; d'autre part, il régnait, parmi les princes luthériens, une grande agitation, et un soulèvement de leur part était imminent. Décidé, en apprenant ces nouvelles, à passer en Allemagne, Charles-Quint crut prudent de faire In paix avec la France. Le traité de Crespy fut signé en 1544.
Nous restions en guerre avec l'Angleterre. François P"" forma le projet de reprendre Boulogne, mais, pour réussir dans cette entreprise, il fallait avoir, à la mer, une force suffisante pour empêcher lennemi d'envoyer des secours à la ville assiégée. Nous avons vu que Prégent de Bidoux était passé, en 1513. de la Méditerranée dans rOcéan. avec quatre galères. Le souvenir de cette opération, qui avait pleinement réussi, décida le roi, non seulement à renouveler cette tentative, mais à la faire sur une plus grande échelle. Le capitaine Escalin, plus connu sous le nom de Polain et, plus tard, sous celui de baron de la Garde, reçut l'ordre de prendre vingt-cinq galères dans les ports du jNIidi et de les conduire dans la Manche. Une flotte nombreuse fut armée au Havre et le roi vint, de sa personne, dans ce port pour surveiller et hâter les préparatifs de l'expédition. Un malheureux événement survint peu de temps avant le départ de la flotte. Le plus beau navire de l'armée, du port de cinq cents tonneaux, d'autres disent huit cents, armé de cent pièces d'artillerie en bronze, brûla pendant une iete donnée à bord par François 1", Notre flotte, placée sous le commandement de l'amiral d'Annebaut, parut, le 18 juillet 1544, devant l'île de Wight. Les Anglais étaient mouillés derrière les bancs et les
roches qui bordent la côte. Les galères françaises ayant fait route sur l'ennemi pour le reconnaître, celui-ci vint à leur rencontre et un coniljat d'artillerie s'engagea. Après une canonnade de quelques heures, les Anglais rallièrent la terre et jetèrent l'ancre sous les canons des forts. Le lendemain, au point du jour, il faisait calme. Les galères levèrent l'ancre et se dirigèrent sur l'ennemi; elles avaient l'ordre de le canonner en évitant de s'engager à fond. La Marij-Rose, de six cents tonneaux, un des plus grands navires de l'armée anglaise, fut coulée, et le Grand Henry était sur le point de subir le même sort, lorsqu'une brise fraîche, venant de terre, se leva. Les Anglais appareillèrent immédiatement et firent route sur les galères sous toutes voiles: celles-ci, comprenant le danger qui les menaçait, se dirigèrent à force de rames sur l'armée. N'ayant pas de pièces de retraite, elles étaient dans l'impossibilité de se défendre. Quelques navires anglais, marchant bien, dépassèrent nos bâtiments et leur firent beaucoup de mal avec leur artillerie. Los galères, craignant rl'ètre abordées et coulées pendant le cours de leur évolution, n'osaient courir sur l'ennemi. Toutefois, Léon Strozzi, confiant dans les qualités de la galère qu'il commandait, vint brusquement tout d'un bord et mit le cap sur les navires anglais les plus avancés; ceux-ci virèrent de bord et rallièrent le gros de leur armée. S'apercevant que l'amiral d'Annebaut manœuvrait pour se porter au secours des galères, les Anglais se dirigèrent sur la terre et rei)rironl leur première position. L'amiral d'Annel)aut o])éra une descente à l'île deWight; jugeant que la flotte anglaise occupait une position trop forte pour qu'elle pid être atta([uée avec des chances de succès, il se dirigea sur le Pî»s-de- Calais. Après un nouvel engagement, de peu dinq)ortance, avec les Anglais, nos bâtiments entrèrent au Ha\'re.