‹ Histoire de la marine française (volume 2)Chapitre 16 sur 72 · MÉMOIRE DU COMTE D'ESTRÉES · texte numérisé non relu

MÉMOIRE DU COMTE D'ESTRÉES

« Les vaisseaux français mouillèrent le 13 à la rade de Sainte- Hélène, dans l'île de With , après deux jours de navigation. L'ambassadeur de France devança de quelques heures seulement l'arrivée du roi d'Angleterre à Portsmouth ; car à peine M. de Colbert était-il descendu du Saint-Philippe , amiral français, que l'on entendit les coups de canon annonçant l'arrivée du roi à Portsmouth. Le comte d'Estrées se mit aussitôt dans sa chaloupe avec les officiers généraux pour aller lui faire la révérence; il trouva la garnison sous les armes, en haie depuis la porte de la viUe jusqu'au château, où il fut conduit

Rib. Roy, Mss. On a déjà cité un fragment de ce mémoire.

— 1672— 'litre IV, CHAPITRE XIV. 461

par le commandant. Le roi d'Angleterre le reçut avec toutes les marques de bonté et d'estime , et , après quelques discours sur le prompt et heureux passage de l'escadre de France, il l'assura qu'il en irait voir les vaisseaux le lendemain.

» Le vice-amiral eût été bien aise d'apprendre, par le moyen de l'ambassadeur de France, de quelle manière milord Arlîngton estimait que l'on dût répondre à l'honneur d'une telle visite , dont il y a peu d'exemples ; car encore que le roi d'Angleterre aille souvent visiter ses armées navales lorsqu'elles^ sont en état de sortir de la Tamise pour chercher les ennemis, ou au retour après un combat, on l'y reçoit avec peu de cérémonie ; on le salue simplement de cinq cris de tout l'équipage des vaisseaux sur lesquels il monte ou dont il approche à une certaine distance. Mais la réponse de l'un et de l'autre ne lui donna pas de grandes ouvertures, on lui manda seulement que le roi d'Angleterre serait satisfait de tous les honneurs qu'on voudrait lui rendre. Tellement que le comte d'Estrées, ne pouvant se régler sur des ordres ni sur des exemples , estima que l'on ne devait oublier aucune des circonstances propres à marquer le profond respect des Français pour la personne et la suprême dignité de ce prince.

» L'escadre de France, qui avait pu passer autrefois pour une- triste armée, devait tenir la seconde place dans l'armée de la ligue, au lieu de l'escadre blanche qui , avec la rouge et la bleue, compose celle d'xingleterre. Quant aux vaisseaux français, au nombre de trente, de huits brûlots et quelques bâtiments de charge, ils étaient séparés en trois divisions. La première était composée de onze vaisseaux, elle Saint-Philippe , de soixanteseize pièces de canon, de cinq cent soixante hommes d'équipage, y portait le pavillon de vice-amiral; dans la seconde, le Terrible^ commandé par Du Quesne, lieutenant général , portait celui de contre-amiral, et avait soixante-douze pièces de canon et quatre cent cinquante hommes d'équipage, et cette division était composée de dix vaisseaux. Le Superbe , sur lequel était monté de Rabesnières , chef d'escadre , avec un équipage pareil à celui du Terrible j et même nombre de canons, ne portait que la cornette au mât d'artimon , qui est une marque de commandement particulière aux Français, et dont les auti^es nations n'usent pas, et il n'avait que neuf vaisseaux dans sa division.

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