II. il
iea HISTOIRE DE LA MARINE. —.4672 —
» La division du vice-amiral était mouillée au milieu des deux autres, et lui au milieu de ses vaisseaux, comme les autres pavillons dans leur division.
» Il était question , après la rép(Mise de milord Arlington , de régler le salut que l'on devait rendre au roi d'Angleterre , et , comme on ne pouvait se dispenser de désarmer des canons en chaque vaisseau pour cet effet , et ne croyant pas aussi devoir ôter les boulets de tous, on estima qu'il fallait toutefois faire en sorte que les feux continuassent depuis la sortie du roi d'Angleterre de Portsmouth jusqu'à son arrivée aux vaisseaux. On jugea donc , pour y réussir , que chaque division devait saluer séparément l'une après l'autre ; mais avec cette justesse, que le feu étant près de cesser dans l'une, suivant le nombre de coups qui avait été ordonné, l'autre commençât à tirer; puis tous les vaisseaux ensemble , après que le vaisseau portant pavillon aurait tiré vingt-trois coups de vingt-cinq qui avaient été réglés. On tint des chaloupes en garde pour être averti précisément de la sOTtie du roi d'Angleterre de Portsmouth. Ces mesures furent exécutées avec beaucoup d'ordre et de justesse, et cette sorte de salut fut un spectacle assez agréable, tous les capitaines de chaque division étant sur le pavillon sous lequel ils avaient été distribués, et placés le long de l'échelle , au lieu de matelots , pour aider à monter le roi seulement. Il arriva à neuf heures du matin au Saint-Philippe , suivi du duc de Buckingham , des comtes de Saint-Alban et d'Oxford , des milords Arlington et Chfford, et d'autant de ^ courtisans qu'il en pouvait tenir dans quatre chaloupes.
» Les soldats et matelots étaient distribuésaux postes que chacun devait occuper dans le combat. Le roi parut satisfait de Tordre et du peu d'embarras des vaisseaux français? , où l'on ne trouve ni retranchements ni corps de garde fermés ; cela fait que l'on voit agir tout le monde, et qu'il serait honteux de ne pas défendre le premier pont jusqu'à la dernière extrémité. Le roi d'Angleterre loua cette manière ; et, comme il a des connaissances fort particulières de la marine et des constructions des vaisseaux, il fut aussi fort juste à louer ou à blâmer dans les nôtçesles choses qui le naéritaient. Bu Saint-Philippe il passa sur les autres pavillons ; il descendit aussi dans leurs batteries, et les visita partout
avec même curiosité. Il fit ensuite le tour de quelques vaisseaux dans sa chaloupe, et en aurait bien considéiié davantage si le vent , devenu assez frais et contraire , ne l'eût obligé de monter sur un yacth pour retourner à Portsmouth. Il avait ordonné au comte d'Estrées de le suivre; et, Tayant fait entrer dans sa chambre où il était seul, il lui témoigna qu'il avait été bien aise qu'on lui eût confié le commandement de l'escadre de France; qu'il la regardait comme un secours considérable à son armée, et en avait si bonne opinion qu'il ne doutait pas des succès de la campagne ; qu'à la vérité on avait affaire à une armée fort instruite aux combats de mer, conduite par un chef de grande expérience, dont la prudence et la valeur avaient également paru en plusieurs rencontres ; qu'outre cela, les Hollandais, jusqu'aux moindres capitaines, avaient une paifaite connaissance des lunes et des marées, dont la durée et les retours ne peuvent être bien connus que par une continuelle application ; que l'on pouvait ajouter qu'ils savaient exactement garder leurs ordres de bataille, et n'étaient embarrassés d'aucun mouvement qu'il fallait faire dans un combat ; mais qu'il était persuadé qu'ils cédaient en vigueur et en courage aux Français et aux \iii;ï:]ia : rr [Rendant que ces qualités, en quoi ils surpassaient 1<mîîs cuucïiiis, pouvaient leur être contraires si elles n'étaient i)ii^ii mt^nagcps; que trop d'ardeur pouvait troubler l'ordre nécessaire pnnr les actions de mer, et surtout la prévention des Trantais jîour les abordages; qu'ils ne sont ni si aisés ni si utiles quoii k^ pense au commencement des combats ; qu'il n'est à propos de les tenter que lorsque les ennemis sont en grand désordre ; mais qu'alors, au lieu de se contenter de la prise de trois ou quatre vaisseaux, il faut avoir pour objet la ruine entière de leur armée. Après en avoir assez dit pour faire connaître au comte d'Estrées de quel esprit il désirait que les Français se pussent pénétrer, il ajouta qu'il voulait bien lui dire par avance les projets de la campagne; que pour rendre inutiles l'expérience et les chances des Hollandais, il avait résolu de les attirer dans une mer plus large et moins dangereuse qu'à leurs côtes ; que son armée, après s'être pourvue d'eau et de vivres pour tenir la mer tout au moins deux mois , irait mouiller sur le Doggers-Bank ' , afin d'y attendre la flotte
* Doggers-Bank, Banc des Chiens ; c'est un banc de sahle Irès-consklé-»
m HISTOIRE DE LA MARINE. * — 1672 —
des Indes; que si la jalousie que ce mouillage donnerait à Tarmce de HoUande^'engageait dans un combat , ce serait dans un endroit de la mer où elle ne pourrait mettre en usage ses ruses ordinaires ; et que si au contraire les Hollandais prenaient parti vers leurs côtes pour les défendre , il était impossible que la flotte des Indes pût échapper ; que même , si la fortune secondait ses armes et ses desseins, on pouvait réussir en tous les deux , au lieu que , cherchant les ennemis à leui:s côtes , on ne pouvait espérer de victoire complète, ayant une retraite sûre dans leurs bancs dès qu'ils commenceraient à être en désordre.
» Deux ou trois heures après que le roi eût rentré dans Portsmouth, on vit arriver un yacht de Tarmée, que le duc d*York avait détaché pour y porter de ses nouvelles.
» On apprit qu*eUe était fort proche , et pourrait mouiller le soir ou le lendemain de bonne heure aux rades de l'île deWlth; que, sur l'avis que le duc d'York avait eu que les Hollandais, faisant une extrême diligence, voulaient s'opposer à la jonction , il avait fait sortir ponctuellement de la Tamise tous les vaisseaux qu'il avait pu pour entrer dans la Manche et venir à l'île de \Vitli; i\iiv cette précipitation l'avait obligé de laisser dans la rivière sej>i ou huit lies plus grands vaisseaux, et empêché d'emluarqucr duns les autres la quantité de vivres nécessaires. Ce succès étaii dû à son seul avis, presque tous les officiers généraux un avaicrii de contraires; mais , comme il jugeait que sans une exlrènic fliligence il courait fortune d'être enferme dans la Tamise, tandis que les Hollandais, maîtres de la mer, en auraient tout l'honneur et les avantages , non-seulement en rompant les mesures de leurs ennemis , mais encore par la prise de plusieurs vaisseaux anglais qui pouvaient entrer dans la Manche sans avis et sans précaution, il crut qu'il fallait donner quelque chose à la fortune; et en effet, si elle n'eût favorisé ce parti, quoique fondé sur de si bonnes raisons , il aurait eu sujet de s'en repentir. Car les Hollandais, faisant consister tout le bonheur de la campagne à empêcher la jonction, ne perdirent pas de temps à se mettre en état de s'y opposer; ils s'avancèrent au Pas-de-Calais dans le
rable enlre la côte V. de l'Angleterre el les côtes O. de Hollande. Entre celte dernière et le Doggcrs-Bank, il y a un petit banc que Ton nomme WeU-Banck*
— 1672— LIVRE IV, CHAPITRE XIV. ifi5
temps que le duc d*York y arrivait, presque toute leur armée étant ensemble. Le duc d'York n*avait guère plus de quarante vaisseaux, et il est aisé de juger avec combien de désavantage il aurait été contraint de s'engager dans un combat, si un brouillard épais , survenu aussi à propos que dans les romans , n'eût dérobé l'armée d'Angleterre à celle de Hollande ; il lui en coûta toutefois un vaisseau de trente-six pièces de canon, nommé la Victoire j qui, par malheur ou par la faute du capitaine, tomba la nuit au milieu des ennemis.
{Bibt. roy,y Mss.)
LETTRE DE COLBERT DE CROISSY, AMBASSADEUR , A COLBERT, MINISTRE DE LA MARINE.
« A Londres, ce 19 mai 1672.
« Vous aurez su, par la dernière que je me suis donné l'honneur de vous écrire , que l'escadre de France était arrivée à la rade de Portsmouth le vendredi 13 du mois , h dix heures du matin , et que le dimanche suivant nous avions vu paraître toute la flotte anglaise à six ou sept lieues de ladite rade , en sorte qu'on pouvait s'assurer que le lendemain lundi la jonction serait faite. Cependant le vent n'ayant pas permis à M. le comte d'Estrées de lever l'ancre ce jour-là , elle a été remise au mardi ; et quelque désir qu'eût le roi d'Angleterre dé voir cette jonction , néanmoins l'avis qu'il avait reçu que six heures après que ses vaisseaux furent partis du Gun-Fleet ' la flotte hollandaise, composée de soixante-douze vaisseaux de guerre, y arriva , et que, sans s'arrêter aux Dunes , elle avait continué à faire voile du côté de Portsmouth , ayant obUgé ses ministres k lui représenter combien celte curiosité nuirait au bien de ses affaires, qu'elle pouvait même l'engager à une retraite devant les ennemis ou exposer sa personne à l'événement ijicertain d'un combat de mer, il fut enjûn résolu que le duc de Buckingham, les comtes d'Arlington et d'Oxford, et milord Glifford iraient à bord de M. le duc d'York pour l'informer des intentions dudit roi, qui ayant bien voulu que j'assistasse au conseil qui serait tenu sur ledit vaisseau pour y délibérer sur ce qu'il y aurait à faire pendant
' Gun-Fleet, baiic de sable étroit qui çîl N. E. et S. O. ; il est sur la côte N, O. du Canal du Roi , au large de rembouchure de la Tamise.
la campagne , je me rendis avec lesdits ministres sm* le bord du prince , où à peine fûmes-nous arrivés que les vaisseaux du roi noire maître , voguant en très-bon ordre , le vice-amiral à leur tête , passèrent h la portée du pistolet de l'amiral d* Angleterre , le saluèrent et furent salués en la manière qui avait été concertée. La joie fut d'autant plus grande parmi les Anglais , que leur armée n'étant auparavant composée que de quarante-cinq vaisseaux de guerre , il est indubitable qu'ils auraient été battus si les Hollandais les eussent pu joindre auparavant cette jonction. M. le comte d'Estrées s'y étant rendu peu de temps après avec MM. Du Quesne et de Rabesnières , ils furent reçus de monseigneur le duc d'York et des principaux de la flotte avec toutes les marques d'estime et d'amitié qu'ils pouvaient désirer ; et, après dîner il fut tenu conseil , dans lequel ledit comte d'Estrées prit sa place au-dessus du comte de Sandwich , vice-amiral d'Angleterre. On commença à examiner le capitaine et le maître d'un vaisseau hambourgeois qui avait été pris, lesquels firent rapport que la flotte hollandaise était mouillée à la hauteur de Douvres , et qu'elle espérait encore empêcher la jonction de l'escadre de Sa Majesté avec les vaisseaux anglais ; on y lut ensuite la lettre que le roi d'Angleterre écrivait au duc , laquelle ayant été expliquée en français , on apprit que son sentiment était d'attirer, s'il y avait moyen , les Hollandais dans le canal , et de les y combattre ; mais, en cas qu'ils se retirassent vers leurs côtes, où leurs bancs pourraient les favoriser , il ne fallait point y hasarder un combat , mais plutôt s'avancer vers le Doggers-Bank , ou en tel autre lieu qui serait estimé le plus propre , pour empêcher leurs flottes marchandes d'entrer dans leurs ports , et ruiner entièrement leur commerce pendant la campagne. M. le duc et tous ceux qui composaient ce conseil ont été d'un même avis sur le premier point , qui était de se mettre à la voile le lendemain, qui était hier (18 mai), sur les six heures du matin ; et , quoique le vent fût contraire pour aller du côté de Douvres, néanmoins s'avancer autant qu'il serait possible par les marées , et joindre s'il se pouvait la flotte hollandaise avant qu'elle pût repasser le Pas-de-Calais , sinon la poursuivre , et se faire voir vers les côtes de Flandre et de Hollande , pour ensuite prendre le parti que le roi d'Angleterie leur conseillait ou ordonnait
Voilà la. résolution dans laquelle nous avons laissé M. le duc d'York. M. le duc de Bucklngham ayant voulu prendre sa part dans Texécution , le milord ClifTord , qui a déjà donné en beaucoup d'autres occasions des marques de sa valeur, dit qu'il voulait être de la partie; milord Ârlington témoigna aussi qu'encore que le roi son maître leur eût ordonné à tous expressément de retourner pour le servir de leurs conseils, et que son sentiment fût de lui obéir , néanmoins il ne prétendait pas s'en retourner si ceux avec lesquels il était venu ne s'en retournaient aussi. En sorte que chacun demeura persuadé que tous les ministres du roi d'Angleterre allaient devenir volontaires dans cette guerre; et ils persistèrent dans cette résolution jusqu'au soir , que M. le duc d'York trouva à propos d'user de son autorité , et de leur déclarer nettement qu'il ne souffrirait pas qu'ils demeurassent plus longtemps dans la flotte ; de sorte que les milords Ârlington, Oxford et Clifford furent contraints de se rembarquer sur le yacht sur lequel nous étions venus ; mais le duc de Buekingham, qui avait pris un petit bâtiment pour lui, est demeuré sur les vaisseaux. Il ne me reste qu'à vous dire que j'ai laissé tous ceux, qui commandent les vaisseaux du roi notre maître dans la résolution de bien faire leur devoir ; et les principaux d'entre les Anglais , surtout MM. Sprag et Holmes, dans le dessein d'instruire les moins expérimentés de leur manière de combattre et généralement de tout ce qu'ils savent de la guerre de mer. Et chacun avoue à présent que rien ne pouvait tant contribuer à unir étroitement d'amitié les deux nations que cette jonction des flottes. Aussitôt que cette armée navale paraîtra à la hauteur de Douvres , elle sera encore fortifiée des vaisseaux qui sont restés dans la Tamise , et elle sera dans peu composée de quatre-vingt-dix vaisseaux de guerre et de vingt-cinq brûlots au moins.
» Les Hollandais ont pris sur les Anglais un vaisseau appelé la Victoire" française , armé de trente-six pièces de canon, qui escortait de petits bâtiments appelés quaiclies chargés de matelots et de soldats , lesquels ont échappé. J'espère que dans peu on se revanchera bien sur eux de ce petit avantage.
» Je me suis donné l'honneur d'écrire au roi par cet ordinaire tout ce qui est contenu en ma lettre jusqu'ici.
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» Je reços hier , à mon retour ici , la lettre qu'il vous a pla de m'écrire du 13 de ce mois. U n'a pas tenu à moi que M. le comte d'Estrées n'ait plus îôt reçu l'ordre du roi d'^Vngleterre de se rendre à Porismouth ; mais , à vous dire le vrai , je crois que la (régate qui devait le porter n'a été retardée que parce que la flotte anglaise n'était pas encore en état de sortir de la Tamise pour aller joindre l'escadre de France , an cas que les Hollandais eussent été au-devant pour la combattre ; et je vous avoue que notre jonction est une espèce de miracle , et que si un brouillard épais n'avait pas retenu la flotte hollandaise , les Hollandais l'auraient jointe , et nous auraient mis hors d'état de rien entreprendre contre eux de toute la campagne. Si on avait été mieux averti , on n'aurait pas couru un si grand hasanl, et la faute vient de ce que l'on confie les frégates d'avis à des gens dont peut-être les intçntions ne sont pas beaucoup bonnes. J'espère que ce que j'en ai dit y fera apporter remède ; et cependant nos affaires sont à présent en bon état , et notre aimée se fortifiera de jour à autre des vaisseaux que l'on achève d'équiper successivemeut. Je vois aussi l'amitié et la bonne inlelligeuce si bien établies entre les deux nations , qu'il çie semble qu'il ne puisse rien arriver qui la puisse troubler.
» Je vous puis dire avec vérité que les Anglais ont au moins lui quart et même un tiers plus de matelots qu'il n'y en a sur les vaisseaux du roi notre maître, et^ conune l'on se battra peutêtre jusqu'à deux ou trois fois pendant cette campagne , comme on a fait dans les dernières guerres , et que nous en aurons apparenmient beaucoup hors de service par mort , blessures ou maladies , lesquels , suivant le traité , Sa Majesté serait obhgéc de remplacer, il me semble qu'elle ne peut pas se dispenser de faire faire la levée de matelots que le roi d'Angleterre demande.
» Je dois encore vous dire que. les Anglais ont vingt-quatre petits bâtimoits pontés et fort vites à la voile, pour les défendre des brûlots. Ainsi , il nous en faudrait au moins dix qu douze , soit pinasses de Bayonne ou autres bâtiments des côtes de Normandie qui pourraient être propres pour cet effet '•
' Oo se nip))elle que daus le conseil de mariue présidé par le roi , Du Quesne avait fortement in&îsté sur celte même mesure.
» Le sieur Payne , qui est le plus habile homme pour la construction des vaisseaux qu*il y ait au monde, m'a aussi dit que les chaloupes de nos vaisseaux ne sont pas propres pour ces mers-ci, ni pour faire de Teau, ni pour toutes les autres nécessités de la flotte ; cela m*a aussi été confirmé par M. Carteret et par milord Clifford , qui disent qu'il en faut faire acheter d'autres dans les docks des marchands de Londres ; mais auparavant de vous informer de toutes les raisons qu'ils m'ont dites , je prétends examiner avec le sieur de Vauvré , qui doit être ici demain, s'il y a une nécessité absolue ou non de faire la dépense qu'ils conseillent, et on n'entreprendra rien sans vos ordres. Ledit sieur de Vauvré est resté à Portsmouth pour faire exécuter l'ordre que je lui ai donné de faire partir le Sans-Pareil aussitôt qu'on aurait réparé ce qu'il a souffert de son abordage contre le vaisseau de M. de Rabesniôres, et de renvoyer incessamment à l'escadre tout ce qu'il y avait dans le port de Portsmouth de bâtiments et matelots français, en sorte qu'ils puissent rejoindre l'armée auparavant qu'elle ait joint les Hollandais.
Le vaisseau l'Excellent^ que commande M. de Verdilles, avait un peu touché en se touant ; mais comme c'est sur la vase, il n'a point été endommagé, et je ne doute pas qu'il ait rejoint à présent l'escadre.
» Je vous envoie la lettre que M. de Vauvré vous écrit , et celle par laquelle il m'informe de la prise qui a été envoyée à Portsmouth. Les armateurs feraient mieux de mener leurs prises dans les ports de France ; car les frais qu'ils feront ici pour en poursuivre le Jugement monteront plus haut que le provenu. Je mande audit sieur de Vauvré d'attendre vos ordres là-dessus, et cependant si le vin dépérit, de le faire vendre par autorité de justice , et à condition d'en payer les droits dus au roi de la Grande-Bretagne.
» Je crois que ledit roi ira demain à Chatam pour presser par sa présence la sortie de ce qui lui reste de vaisseaux ^t brûlots dans la Tamise et en fortifier son armée navale , qui sera ce soir, je crois, à la hauteur de Douvres , et donnera infailliblement combat aux Hollandais si elle les peut joindre. Nous en attendons des nouvelles avec beaucoup d'impatience. Je crois que le roi d'Angleterre fait écrire par cet ordinaire à M. àe Godoi-
phin de témoigner au roi notre maître combien il est satisfait des vaisseaux que Sa Majesté lui a envoyés et de M. le comte d*£strées qui les commande , aussi bien que de la ponctualité avec laquelle Sa i\lajcsté a satisfait à tout ce qu'elle a promis ; et il n'y a personne ici qui eût jamais pu croire qu'une si grande et si belle escadre , dont la moitié a été équiquée à Rochefort , pût être prête à Brest plus de quinze jours auparavant la flotte anglaise. Tout le peuple en témoigne à présent de la jde ; et je ne finirais point si je vous disais tous les bons effets que produit dans ce pays une si grande et si admirable ponctualité.
» COLBERT
{Lettres de Colbe^^t. — BibL roy, Mss,)