‹ Histoire de la marine française (volume 2)Chapitre 62 sur 72 · PROVISIONS DE VICE-ROI DE SICILE, POUR M. DE YIVONNE · texte numérisé non relu

PROVISIONS DE VICE-ROI DE SICILE, POUR M. DE YIVONNE

Louis , par la grâce de Dieu , roi de France et de Navarre , à tous ceux qui ces présentes lettres verront, salut Les peuples et habitants de la ville de Messine , capitale de Tîle de Sicile , ayant été contraints, par les mauvais traitements et oppressions injustes que les Espagnols exerçaient journellement contre eux, de se soustraire de leur obéissance, et se mettre en même temps sous notre protection, nous croirions manquer à notre devoir et a notre gloire de ne pas profiter d'un événement qui nous promet de si grands avantages , et si nous n'employions tout ce qui est en notre pouvoir pour secourir et assister des peuples qui se sont ainsi volontairement jetés dans nos bras; et, comme pour leur faire sentir des effets de notre puissante protection , nous avons déjà fait passer audit pays plusieurs troupes , et fait jeter quantité de vivres dans ladite ville que les Espagnols tiennent Moquée, et que nous faisons encore préparer de grands secours d'hommes et de munitions pour délivrer entièrement lesdits peuples de l'oppression où ils se trouvent; nous avons en même temps estimé nécessaire à notre service , et au bien des peuples de ladite ville et des autres lieux dudit pays qui souhaitent comme eux jouir dii même repos , d'y envoyer une personne pour , en qualité de vice-roi et notre lieutenant général représentant notre personne, s'employer à tout ce qui regarde la conservation , défense et sûreté des peuples de ladite ville de Messine et du pays , et y maint^iir toutes choses dans le bon ordre et la discipline requis; et , considérant que nous ne saurions nous reposer , pour un emploi de c^te importance , sur un plus digne sujet que sur la personne de notre très-cher et bien amé cousin duc de Yivonne, général de nos galères, tant pour les bons et utiles services qu'il nous a rendus, et à cet état en ladite charge , et en plusieurs autres emplois que nous lui avons confiés, où il a donné des preuves de sa valeur, courage,

expérience en la guerre, vigflance et sage conduite, que pour la connaissance particulière que nous avons de sa grande capacité, prudence et expérience dans les affaires, et pour le bon gouvernement des peuples , nous confiant aussi en sa fidélité et affection singulière à notre service , nous avons résolu de Thonorer de cet emploi. Savoir faisons que pour ces causes et autres, à ne nous mouvants de notre grâce spéciale, pleine puissance et autorité royale , nous avons notre cousin le duc de Vivonne fait, constitué, ordonné et établi ; faisons, constituons, ordonnons et établissons par ces présentes, signées de notre main^ vice-roi et notre lieutenant général , représentant notre personne en ladite ville de Messine , et dans les autres lieux de ladite île de Sicile qui auront secoué le joug de l'obéissance d'Espagne ; et ladite chaîne lui avons donnée et octroyée, donnons et octroyons pour, pendant le temps de trois années , en jouir et user , et icelle exercer aux honneurs , autorités, prérogatives, prééminences, franchises, privilèges, libertés, gages, états, droits, fruits^ profits, revenus et émoluments qui y appartiennent, avec plein pouvoir de commander aux peuples de ladite ville de Messine et autres lieux ; iceux faire vivre en bonne union , et accorder les uns avec les tutres ; pacifier et faire cesser tous débats, querelles et différends qui pourraient survenir entre eux; faire punir et châtier, par les juges desdites villes et lieux , ceux qui se trouveront coupables et auteurs desdites querelles, comme aussi ceux qui contreviendront aux lois y établies; s'employer à ce que lesdils juges rendent la justice en toute équité à un chacun , selon lesdites lois et coutumes ; empêcher toutes pratiques , menées , intelligences contraires au repos desdits peuples et à notre service; commander à tous gens de guerre , tant de pied que de cheval , étant audit pays et dans les châteaux , places et autres lieux d'icelui ; leur ordonner ge qu'ils auront à faire pour notre service; ordonner aussi de la garde desdites places, et de ce qui concernera la sûreté d'icelles quand besoin sera ; contenir et faire vivre lesdits gens de guerre dans l'ordre et discipline militaires ; empêcher que les habitants de ladite ville et lieux n'en reçoivent aucun dommage, fouille^ ni oppression; faire punir et châtier lesdits gens de guerre qui tomberont en quelque crime selon la rigueur des ordonnances et règlements militaires; lever

des troupes dans ledit pays s*il est nécessaire; assembler les milices, en former des corps, et les employer et faire agir selon le besoin , et pour la défense de ladite ville et du pays; et généralement faire ce que dessus, circonstances et dépendances, tout ce qu'il estimera nécessaire et à propos pour le repos et soulagement des peuples de ladite ville et autres lieux , et qui dépend de ladite charge de vice-roi et de notre lieutenant général , encore bien que le cas requît mandement plus spécial qu'il n'est porté par cesdites présentes. Si donnons en mandement aux ecclésiastiques, gentilshonmies, magistrats, et autres officiers de ladite ville de Messine et autres lieux susdits, que notredit cousin le duc de Vivonne ils aient à reconnaître et faire reconnaître de tous ceux et ainsi qu'il appartiendra» sans difficulté en ladite qualité de vice-roi et notre lieutenant général. Mandons et ordonnons aux chefs, officiers, cavaflîers et soldats de nos troupes, étant et qui seront es dites villes et pays, d'obéir à notredit cousin, et de faire tout ce qu'il leur commandera et ordonnera pour notre service et le repos desdits peuples de ladite ville de Messine et autres lieux, sans y apporter aucun délai ni difficulté, à peine de désobéissance, le tout pendant ledit temps de trois années, car tel est notre plaisir : en témom de quoi nous avons fait mettre notre scel à cesdites présentes.

» Donné à Saint-Germain-eu-Laye , le premier jour de l'au de grâce 1675, et de notre règne le 32'.

{Arch, de la marine, à Versailles.)

Le lendemain de son arrivée, le duc de Vivonne fit ouvrir les boutiques des boulangers, et distribuer seize onces de pain par personne, ce qui combla ces malheureux de joie. Par l'avis d'un conseil composé de Valbelle, de Vallavoire et de quelques jurats, il maintint à 3Iessine la juridiction ecclésiastique , de la même façon qu'elle était établie à Rome. Il créa des juges pour les affaires criminelles, et ne changea rien d'abord aux attributions du sénat

Les consuls voulurent ménager à Vivonne une entrée magnifique ; mais , objectant la misère et l'état fâcheux de la ville , il refusa, et n'accepta qu'une procession générale pour remercier

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Dieu et la Vierge, protectrice dèîs Messinois, de le» avoir soutenus jusque-là, et de les avoir soustraits à la domination espagnole. Le duc de Vivonne assista donc fort sérieusement à cette procession, à la tête de ses officiers et de l'état-major des troupes de terre et de mer. Les sénateurs y parurent magnifiquement vêtus, et portant des flambeaux de cire blanche; puis douze religieux de Saint-Benoît promenèrent dans la ville la châsse de la Vierge. Tout se passa enfin dans le plus bel ordre du monde.

Les trois mille cinq cents hommes que M. de Vivonne avait amenés furent destinés à tenir garnison dans les forts. On occupa les hauteurs d^Égypso et de Saint-Placide , qui dominaient la ville, et que les Espagnols avaient abandonnées. M. de Vallavoire avait fait commencer un ouvrage à la Porte Reale, de Fautre côté du fort Salvador, afin de pouvoir battre rentrée du port de ces deux côtés. Vivonne fit terminer ce fort, et y mettre, en batterie douze pièces de canon à fleur d'eau.-

Ces premières dispositions terminées, Vivonne écrivit au roi et à M. de Seignelay une relation de son combat, dans laquelle il représentait, avec raison, que le nombre de troupes de terre n'était pas assez considérable pour occuper convenablement tous les forts. Colbert lui répondit par le mémoire suivant qui lui annonçait un nouveau secours d'hommes et de vaisseaux ; mais, grâce à l'incessante jalousie de Louvois, le secours fut de peu de chose et les troupes détestables et de rebut

MÉMOIRE DU ROI AU SIEUR DUC DE VIVONNE, EN RÉPONSE DE SA LETTRE DU 20 FÉVRIER 1675.

« Sa Majesté a appris avec une grande joie la nouvelle de la victoire remportée sur les Espagnols devant iMessine, et de toutes les circonstances glorieuses qui ont accompagné cette action ; et quoiqu'elle fût bien persuadée que les ennemis ne pouvaient pas résister à ses vaisseaux commandés par ledit sieur duc de Vivonne, s'ils pouvaient être rencontrés à la mer, elle n'espérait pas qu'un avantage ausçi complet pût être remporté par un nombre de vaisseaux aussi inégal, et elle voit avec plaisir que ledit sieur duc a relevé par une action aussi éclatante la gloire de ses forces navales ; et qu'elle a lieu d'être

persuadée que si pareilles occasions se présentent dans le reste de la campagne, les ennemis auront de funestes expériences de sa valeur et de sa capacité à la mer ; etqu*elle aura de nouveaux sujets de satisfaction d^avoir remis en d*aussi bonnes mains le commandement de ses forces navales.

» Sa Majesté a lu la lettre que ledit sieur duc de Vivonne lui a écrite sur la nécessité qu'il y a d'envoyer un secours considérable à Messine, et elle a pris la résolution de fortifier considérablement celui qu'elle voulait y envoyer. Premièrement, elle a donné ordre pour faire acheter à ses dépens la quantité de six mille charges de blé pour l'envoi à Messine, et elle fait tenir deux frégates prêtes à Toulon pour l'escorte des bâtiments sur lesquels ce blé sera embarqué, l'intention de Sa Majesté étant de les faire partir incessamment, afin que par ce secours ladite ville soit en état d'attendre celui des troupes que Sa Majesté a résolu d'y envoyer incessammeîit.

» Elle a donné ses ordres pour faire trouver à Toulon, dans la fin du présent mois de mars, trois mille quatre cents hommes d'infanterie des meilleurs régiments , trois cent cinquante chevaux et quatre cents dragons, qui trouveront des vaisseaux prêts à les embarquer ; et ledit sieur duc de Vivonne doit être assuré que cet embarquement se fera avec toute la diligence possible, et que les troupes arriveront beaucoup avant celles des Espagnols, qui ne sont pas en état de les mettre si promptement sur pied à les faire passer en Sicile.

» Sa Majesté donne pareillement ses ordres pour la subsistance desdites troupes lorsqu'elles seront arrivées à Messine, et pour l'envoi d'un munitionnaire qui aura soin de la distribution des vivres.

» A l'égard des vaisseaux qui sont à présent sous son commandement. Sa Majesté a donné ses ordres pour en faire préparer pour quatre mois, qui seront embarqués sur les flûtes que ledit sieur duc de Vivonne doit renvoyer de Messine, sous l'escorte de deux ou trois vaisseaux de guerre, ainsi qu'il l'écrit par sa lettre.

» Sa Majesté fait armer trois nouveaux vaisseaux à Toulon, qui iront joindre ledit sieur duc de Vivonne à Messine, sous le commandement du sieur d' Aimeras, lieutenant général de ses

armées navales; et Sa Majesté veut qu'il porte le pavilloa de contre-amiral lorsqu'il aura rejoint le reste de la flotte.

» Il trouvera, -ci-joint, la liste des officiers que Sa Majesté a choisis pour commander lesdits vaisseaux. Elle a pareillement envoyé ses ordres pour faire partir de Marseille les galères, au premier avril prochain, qui porteront une partie de Tinfanterie que Sa Majesté fait passer à Messine.

» Elle a choisi le sieur Colbert de ïerron pour envoyer h Messine en qualité d'intendant, et pour avoir soin de tout ce qui regarde les troupes de terre et les vaisseaux. Il doit être informé que plusieurs particuliers de Messine ont offert, lorsqu'ils étaient en France, de donner des Turcs ^ dont il y a un grand nombre à Messine, pour fortifier la chiourme des galères de Sa Majesté; et comme elle envoie à présent six mille charges de blé à ses dépens et qu'elle a dessein d'en envoyer encore cinq ou six mille charges dans un rnoisy en cas qu'il soit nécessaire. Sa Majesté veut que ledit sieur de Vivonne propose aux sénatetrrs du pays ce blé, en donnant en échange un bon nombre de Turcs, ce qui déchargerait toujours la ville d'autant de gens qu'elle est obligée de nourrir, et qui donnerait lieu à Sa Majesté d'armer encore de nouvelles galères, et de fortifier de cette sorte le secours qu'elle envoie à ladite ville.

» Sa Majesté veut qu^avant de leur faire délivrer ce blé, il convienne avec lesdits sénateurs du nombre de Turcs qui sera donné en échange, et qu'il tâche d'en tirer le plus qu'il sera possible, cl quoi il aura d'autant plus de facilité, que cet échange tournera à l'avantage de leur ville, puisqu'elle aura moyen par là de leur envoyer des secours plus considérables en augmentant le nombre de ses galères.

» Sa Majesté approuve tout c qu'il a fait à Messine depuis son arrivée; elle s'attend que les troupes qu'elle envoie pour servir sous son commandement s'ouvriront bientôt le passage de la campagne, donneront moyen à la ville de subsister des vivres qu'elle tirera de l'île, et porteront les autres villes à secouer le joug de la domination d'Espagne, et de prendre le môme parti que Messine a pris.

» Elle lui recommande de ne pas perdre une occasion de lui rendre compte de ce qui se sei*a passée et d'envoyer des hâîi-

ments exprès pour porte)* ses lettres en cas qu'il amvàt quelque événement considérable.

» Fait à Saiiit-Gcrmaia-en-Laye, le 16 mars 1675. %«é?;)> LOUIS.

»COLBERT

{Bibl, roy. Mss, )

Bientôt Louis XIV envoya ce nouveau renfort, commandé par M. d* Aimeras.

LISTE DES OFFICIERS CHOISIS PAR LE ROI POUR SERVIR SUR LES VAISSEAUX QUE SA MAJESTÉ FAIT ARMER AU PORT DE TOULON, sot» LE COMMANDEMENT DU SIEUR D'ALMERAS, LIEUTENANT GÉNÉRAL DE SES ARMÉES NAVALES.

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