‹ Histoire de la marine française (volume 2)Chapitre 66 sur 72 · II · texte numérisé non relu

II

i> capitnlatioos da royaume, et coutume de ladite ville, lesquelles ») choses étant ainsi établies. »

Après quoi chaque sénateur se mit à genou& devant M. de Vivonue, après avoir étendu la main sur les saints Évangiles, présentes par rarchevéque sur un coussin de drap d'or.

Alors M. de >ivQnne se le\a, étendit aussi la main sur les saint^ Évangiles, et dit d'une voix haute et claire :

— Nous, vicG:roi susdit, prêtons à vous, sénateurs, le serment contenu dans la cédule ci-après , que notre secrétaire va vous lire.

Alors d'Antiége lut fort la formule suivante :

« Nous , Louis-Victor de Rochechouart , prince de Tonnay- » Charente, duc et pau' de France, gouverneur et lieutenant » général des provinces de Champagne et Brie, général de toutes 9 les galères de France , et lieutenant général de Sa Majesté ès- » mers et armées du Levant, vice-roi et lieutenant général re- » présentant la personne du roi de France en celte ville de » Messine , et dans les autres lieux de File dans lesquels les » peuples auront secoué le joug de la domination espagnole , » promettons et jurons sur la croix de Notre Seigneur Jésus- » Christ et sur les quatre saints Évangiles, mis devant nous , et » par nous touchés, à vous, séuatem's, établis spécialement de- » vaut notre personne de la part de toute la ville , d'observer à » ladite ville son district et ses droits , les capitulations , privi- » léges , immunités et libertés accordés par quelque roi que ce » soit, et empereur; les «rites, coutumes et les bonnes usances » de ladite ville, comme ils en ont usé jusqu'à présent, et autres » qui s'accorderont ci-après ; que nous les garderons, observe- » rons , et commanderons être gardés et observés par tous et » un chacun les officiers. En témoin de toutes lesquelles choses, » et chacune d'elles, nous voulons et commandons, à la prière » desdits sénateurs, que, des choses susdites, il en soit fait et » donné instruments originaux par notre secrétaire ci-dessous » nommé, autant que vous et les autres, à qui il appartient d'en » avoir , en demanderez et en demanderont Nous promettons » encore, par le présent jurement, de la part du roi de France A et de Navarre, la ratification de notre jurement dans le tenue » de quatre mois, sous la foi royale. »

Cette cérémonie terminée, Yivoimo retourna au palais avec le même cortège et dans le même ordre. Le soir, ce furent des réjouissances et des fêtes sans fin, et Ton pariait encore longtemps après, dans Messine, des merveilleux festins, et de la non moins merveilleuse fête donnés par Vivonne aux iMessinois.

Depuis l'arrivée de Yivonne jusqu'au jour de sa réception , comme vice-roi, il s'était passé quelques événements impoi^tants, dont le rapport du chevalier de Yalbelle , qui embrasse depuis le 30 mars jusqu'au 6 mai, donne un compte exact et détaillé. Tous les passages soulignés sont chiffrés dans la dépêche originale.

RELATION ENVOYÉE PAR M. LE CHEVAIJER YALBELLE DE CE QUI s'est passé a MESSINE DEPUIS LE 30 MARS JUSQUES AU 6 MAI 1675.

« Pour VOUS obéir, je continue à vous écrire ce que je sais des affaires de Messine. Le 30 mars , on y arrêta un prêtre qui découvrit une grande conjuration, et accusa don Joseph Barna, gentilhomme de cette ville , d'en être l'auteur et le chef.

» M. le duc de Vivonne le fit arrêter et conduire au château d^ Landria, et l'abandonna aux formes ordinaires de la justice. Trois jours après , il fut décapité et exposé au public. Certes , le peuple parut extrêmement satisfait de cet exemple ; nous eu avions besoin pour rassurer les esprits, que la douceur naturelle à notre nation avaient effrayés, et pour rendre sages ceux qui pourraient avoir songé à de pareilles entreprises.

» Huit jours durants on prenait un prêtre le matin, et le soir un autre, qui accusaient indifféremment toutes sortes de personnes. Nous croyons que c'est un stratagème et une ruse des Espagnols, afin d'embarrasser monsieur le général, qui ne se laissera point surprendre à la colère , mais à la défiance que ces avis peuvent faire naître. Il me fit l'honneur de me demander le mien sur ces ecclésiastiques, et de m'appeler au conseil qu'il tint avec M. de Vallavoire et le sénat sur ladite conjuration. Je le lui dis avec toute la sincérité possible et selon la disposition des mœurs des Messinois , qui ne nous sont pas entière-* ment soumis. Toutes h» fois qu'il me fera la même grâce , jo

continuerai de le lui dire avec une grande liberté de jugement et sans aucrnie attache ni aux malvizi ni aux merii , qui sont les deux termes des factions de cette ville.

» Les nouvelles même de Melazzo sont que la patronne de Sicile et la galère Sainte- C laite , de Tescadre de Naples, se sont perdues dans le golfe de Saleme ; il ne s'est sauvé de ce naufrage que quarante ou cinquante personnes, et il s*est noyé beaucoup d'officiers et de gens de qualité , parmi lesquels on compte le juge de la monarchie, don Antoine Génaro, le ccmimandeur Bragamonte, et Cerimaldi, qui avait trahi les Messinois en introduisant les Espagnols à la tour qui est au sud du phare.

» 31. de Vivonne l'a fait réparer , et il fait travailler en diligence au poste des Capucins, à la tour Yittoria et aux autres lieux qui n'étaient pas hors d'insulte. M. de YaUavoire et lui sont présentement en bonne intelligence, et je crois qu'elle durera , puisque ce marquis a reîidu ses respects à M. d'Antiège, Tout le monde en est fort aise, parce que c'est le bien du service, et que nous savons par expérience qu'il n'y a rien de plus propre à ruiner et gâter les affaires que la division de ceux qui les manient et les conduisent.

» Il me semble que les Messinois n'en ont point aujourd'hui de plus grande que de briguer des voix. Leur principale application est de faire des cabales pour être jurats ou pour faire nommer leurs parents. M. le duc de Yivonne a nommé pour délégat M. de Vallavoire, c'est-à-dire pour président de l'assemblée qui se tiendra au palais le 23 de ce mois, jour de la nomination des sénateurs. Je vous assure d'avance qu'elle se fera fort tranquillement

» Je ne me suis point trompé de mon opinion : l'élection s*est faite très-paisiblement Dans trois jours, nous saurons les six jurats; il y en a deux que je ne voudrais pas. Je l'ai dit, et à M. le duc de Vivonne , et à M. de Vallavoire ; mais ils ne peuvent se résoudre à faire ce que je leur ai proposé , et qu'ils avaient déjà pensé. Cela étant, je n'ai d'eq[)érance ni de conûance qu'en la fortune du roi.

» Comme je ue vous écris ce qui se passe qu'à diverses reprises et à mesure que les choses arrivent, je vous dirai qu'aujourd'hui, 26 avril, le sort a fait en notre faveur ce que les

puissances n'ont osé faire , puisqu'il nous a donné presque tous les sénateurs que nous désirions : les trois nobles s'appellent don Jean-Francisco Chrisaphi, don Francisco Belli, don Gaspare Rederano; et les trois citadins se nomment Ghristophore Majurane, Francisco Carousse, et P. Jacob. Majurane a beaucoup de sens et beaucoup d'esprit ; il a été trois mois à Toulon, et a fait le dernier voyage des galères avec monsieur le général. C'est sa créature, et son fils sort seulement de la juratie; maisil est timide, ses collègues le sont aussi, et de plus on ne les estime pas habiles. Je crois qu'il vaut mieux pour nous quil soient tels que s'ils avaient du courage et de la science, Chrisaphi et Carousse sont mes bons amis.

» Les consolenti, qui sont ceux qui les assistent, suppléeront à leurs défauts. Heureusement pour nous, il n'y en a point de suspects. Don Philippe Cigale en est un ; les autres sont don Joseph Marchèse , ennemi irréconciliable des Espagnols , don Pedro Faraone, don Pedro Chrisaphi et don Jean Arcos; ce dernier a du mérite et de la bravoure. Je vous supplie très-humblement de le recommandera monsieur le^énéral, et de croire que, dans la prière que je vous fais pour lui, je ne regarde que le pur service du roi; il en a déjà rendu d'importants et m'a toujours donné de bons avis. J'ai peur, et peut-être avec raison, qu'on ne le rebute.

» Plusieurs dévots que nous avons dans le royaume sont étonnés et surpris de voir le P. Lipari juge de la monarchie, parce que c'est une dignité qui n'a jamais été possédée que par des gens de la première sphère et de la plus grande qualité; et plusieurs Messinois sont dégoûtés à cause de la domination des juges de la cour astradigociale et du juge des appellations , quoique les personnes qui remplissent ces charges soient habiles et vertueuses.

» On dit que la politique ne voulait pas qu'on les donnât encore, et qu'il fallait pour le bien du service les faire exercer par commission , aujourd'hui par un docteur et demain par un aurtre, afin de ne pas dissiper l'espérance d'une infinité de prétendants qui ont très-bien servi, et qui sont fâchés du choix qu'oit a fait à leur préjudice. Pour moi , je pense que la nouvelle du voyage de M. De Terron a précipité cette nomination. Dieu

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veuille que les autres ne se fassent qu'après son arrivée. Nos équipages commencent à sentir les bons eiïets que produira le départ de M. de Courville , qui a cessé de faire vendre les victuailles. 11 a fait des profits extraordinaires , particulièrement sur le vin : ce qu'il en avait eu à Toulon pour un écu, il Fa vendu ici sept, voire davantage; les moutons achetés à Tunis à une piastre et un quart la pièce se vendent ici cinq, encore faut-ii être de la faveur pour les avoir à ce prix-là ; il est vrai qu'il en est mort beaucoup en chemin ; mais il n'y a que les malades qui souffrent de cette perte , car faute d'aliments ils ne peuvent reprendre leurs forces. Si toutes les vérités étaient bonnes à dire , je ne vous jmettrais pas à [deviner celles que je supprime.

» M. de Preully est revenu de Barbarie avec deux barques chargées d'huile, trois de légumes et une de blé ; deux jours après lui sont arrivés en ce port un vaisseau français chargé de blé aussi , et deux barques chargées de toute sorte de victuailles ; cela réjouit extrêmement le peuple.

» Nous attendons d'un moment à l'autre M. de La Bretcsche, qui est allé à la Morée, comme vous savez : son retour apportera bien de la joie et de la satisfaction , quoique je sois assuré que les secours de mer, qui ne sont pas naturels et qui sont d'une très-grande dépense , ne sauraient nous donner l'abondance et le bon marché. // est certain, et vous le savez mieux que moi, que ces avantages ne peuvent se tirer que du pays, et qu'il n'y a que la Sicile qui puisse entretenir une ville d'une aussi grande consommcuion que Messine. Vous n'êtes pas à faire ces reflexions, et néanmoins il n'a pas été en ma puissance de m'em^ pêcher de vous les écrire,

» Les Espagnols, qui connaissent cela, font comme le renard qui tourne le dos au soleil pour en connaître le levant, et, voyant qu'ils n'ont pas assez de force pour réduire une ville si puissante , ils ne s'occupent qu'à se fortifier sur les avenues et ne songent à mon avis , de nous vaincre que par leur patience. Je prie Dieu qu'ils n'y réussissent pas et que nous conservions Messine. Je ne vtfis Hen de pltu glorieux pour Sa Majesté ni de plus utile pour ses sujets; car je suis persuadé que te Phaie nom eu ptms ùnpin*tata qu'au peuple du Nord le détroit du

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Sund, et quà /<i Mcditeîranée cclm de Gibraltar, Tous leg priuces d'Italie , qui eu voient les conséquences, pestent contre le conseil d'Espagne, et nous souhaitent un mauvais succès; les Barbares mêmes sont fâchés de nous voir si près et si voisins de leurs côtes.

» Monsieur le général a de bonnes nouvelles de Catania, et je ne voudrais pas jurer qu'à la venue de nos troupes et de nos galères cette ville ne fasse le saut ; la disposition des habitants nei saurait être meilleure. Que nous serons heureux s'ils n'en demeurent pas à leur bonne volonté, et si nous sommes bientôt ^i état de les aider à secouer entièrement le joug I Le marquis de Ferrandine en a peur, et le marquis d'Astorgue tremble pour Naples et pour la Calabre.

» Tous les transfuges disent qu'il y a beaucoup de troupes à lleggio et qu'il y en vient incessamment. Je ne saurais croire que ces préparatifs soient pour défendre la côte et conserver les peuples dans l'obéissance; c'est assurément contre nous qu'ils se font , je veux dire qu'on n'assemble du monde que •pour le transporter dudit Reggio à llîlscalette, dès qu'ils sauront la force du secours que iu)us attendons et qu'ils nous sauront en campagne , afm <f éluder tous nos efforts et s'opposer à nos progrès ; mais si nous sommes maîtres de la mer, et par conséquent du canal, nous leur donnerons bien de la peine.

» Leur flotte ne saurait être prête qu'à la un du mois de juin, et peut-être plus tard, les guerres passées nous ont appris qu'elle ne sort des havres et des rades qu'au mois d'août; c'est sur quoi uous devons prendre des mesures. Le prince de Moûtesarcîo commandera ladite flotte. Don Melchior de la Cueva et don Joseph Sentine, son vice-amiral, sont prisonniers an château d» Baye : on les accuse d'avoir reçu trois mille pistoles du roi notre maître , à la charge de le laisser secourir Messine et ne s* oppose?' point à l'entrée de M. de Vivonne dans le Phare y et on publie que je leur ai envoyé cet argent par l'officier qui fut demander de ma part- le passeport qui fut accordé à monsieur, votre frère pour aller à Malte. Bon Dieu I quelle imposture et quelle calomnie!

» On parle toujours du voyage de don Jehan d'Austria, et on uuus menace de temps m temps d'une «acadre de vaisseaux bot-

landais ; mais nous poumons bien insulter les Espagnols à Baye avant que Tromp soit en ces mers. Dès que M. Du Quesne sera ici, on verra ce qu'il y a lieu d'entreprendre sur eux; je ne le tiens pas difficile ; et si nous étions assez heureux pour réussir, nous ne craindrions ni le nombre , ni la force , ni l'habileté de ces bourguemestres. Enfin M. le duc de Vivonne a pris passession, et le 28 de ce mois, après avoir fait un peu trop bayer messieurs du sénat, qui demeurèrent près d*une demi-heure à l'attendre, on le proclama vice-roi avec les cris de joie et les applaudissements qui suivent d'ordinaire ces fêtes : les châteaux et les vaisseaux la célébrèrent à coups de canon. Le même jour, les sénateurs prêtèrent le serment de fidélité, et on remarque que c'est le même jour que le roi René, dernier comte de Pro- \e\\ce , perdit ce royaume , et que celui qui commandait pour lui , passa de cette ville à Reggio , et se sauva des Vêpres siciliennes. Agréez que je vous fasse souvenir que celui qui lui porta cette mauvaise nouvelle le trouva faisant le crayon d'une perdrix.

» Nous sommes au 1*' de mai, et il vient d'arriver deux bar-ques chargées de légumes et un vaisseau chaîné de blé , et il y a treize jours qu'ils sont partis de Livoume. A ne vous rien cacher, nous avions besoin de ce secours pour soulager les inquiétudes de M. le duc de Vivonne, car il n'y avait dans la ville du blé que jusqu'au 15 de ce mois, et maintenant nous en avons jusqu'à la fin, mais grassement. Je suis persuadé que monsieur le général baillera des ordres pour empêcher qu'on n'en vende ni à droite ni à gauche ; au moins il ne saurait rien faire de mieux pour le bien du service et pour son repos.

» Il est revenu quelque monde dans la ville ; mais non pas tant qu'on nous voulait faire accroire: l'induit ou l'amnistie n'en a attiré que très-peu. Pour les faire revenir, il faut les galères, du blé, des troupes et de l'argent Quelques-uns des absents et de grosses têtes ont des négociations vives avec monsieur le général; mais j'estime toutes les propositions qu'ils font des amusements, et ne puis croire qu'ils se déclarent que lorsqu'ils nous verront forts en campagne et les Espagnols faibles.

» M. le duc de Vivonne a remis à M. de VaUavoire le soin de choisir les persmmès propres à commander quatre régiments

inessinois qui se doivent faire; on parle d'y mettre les lieutenants colonels et deux capitaines français. Ce mélange n'est pas au gré de bien des gens^ et moi feu appréhende les suites. Nos gens sont fort décriés déjà pour leurs débauches et leurs insolences; aussi les levées ne se feront pas avec la facilité qu'on se figure. Je vous ferai savoir le succès de ce dessein gui pourrait échouer ^ à cause que les soldats qui sont ici ne s'ac^ commodeivnt pas de la paie de cinq sous, n'en ayant jamais eu moins de quinze et le pain,

» M. de Moissac et M. de Rouys se retirent et n'attendent qu'une commodité sûre pour passer à Toulon ou à Marseille ; le premier s'en va parce qu'il n'a pas l'honneur d'être dans les bonnes grâces de Son Excellence, et l'autre, parce qu'il n'est pas employé sur les états venus de la cour, comme on lui faisait es- |)érer. Tout le monde les voit partir avec regret : ce sont assurément deux bons acteurs; ils ont très-bien servi et dans le temps difficile. Les autres qui viendront après eux , ce sera comme l'on dit en méchant proverbe : pa?w facto.

» Aujourd'hui , 4 de ce mois , M. de La Bretesche paraît et entre dans le Phare avec douze barques et cinq vaisseaux : voilà un convoi très-considérable ; c'est un secours miraculeux , si tous les bâtiments sont chargés de victuailles , car nous n'attendions de lui que trois ou quatre mille charges de blé. Si nous nous réjouissons de le voir revenir avec beaucoup d'avantage , les ennemis qui le regardent de Reggio s'en affligent et perdent absolument Tespérance de nous affamer. Je quitte la plume pour aller aux nouvelles , je les ajouterai ici.

» x\L de La Bretesche vient de me dire qu'il y a dans ces bâtiments, venus avec lui, quatre mille charges de blé , trois mille quintaux de riz , mille salmes de vin , trois cents quintaux de viande d^ cochon, une grande quantité de légumes, cent bœufs, cinq cents poules , et du bois. Le convoi est considérable , et il y a assurément aujourd'hui abondance de tout dans la ville pour deux mois. Il m'a dit qu'on lui a confirmé à Zanthe et à Gorfou la nouvelle que nous avions, des Allemands qui passent par Venise pour venir ici, et qu'il en a déjà passé environ trois cents. C'est tout ce que je sais. Je suis avec plus de respect que personne da monde votre très-humble et très-obéissant serviteur.

HISTOIRE DE LA MARINE. '•^im^

« 6 mai 1675.

» J'ai oublié de vous dire qu'un docteur, nommé Laurence Scopa, merle avéré, ayant été introduit dans la secrétairerie de son excellence , le sénat et généralement tout le monde s'en scandalisa; on s'en plaignit, ce qui fut cause qu'on Téloigna , mais avec bien de la peine ; et deux jours après, il fut tué à l'entrée de la nuit y et par qui2 l'on ne le sait pas; mais on croit qu'il y entre de la prudence politique,

» Je viens d'apprendre que le sénat a déclaré pour résident en France don Antonino Caffaro, qui est en cour, et que, par conséquent , les vieux sénateurs prétendaient être échoué. Vous saurez aussi qu'on a donné au seigneur Vicentio Pelegrine , que vous avez vu à Saint-Germain , la charge du secret qui n'avait jamais été possédée par des citadins, mais toujours par des personnes de qualité. Le dernier qui l'avait donna tiente-trois mille écus pour l'obtenir du vice-roi. C'est un oflice qui a inspection sur les gabelles et les douanes.

» On vient de faire défense à toutes sortes de personnes d'acheter de l'huile à d'autres que de 31. de Courville ; car il est ici le maître de toutes les victuailles qui arrivent. Je ne sais s'il est bon de lui permettre cela; mais je sais bien que cela fait crier miséricorde à tout le monde, parce qu'il ôte la liberté de commerce, et c'est ce qui désespère ceux qui ne subsistent et n'entretiennent leurs familles qu'en achetant en gros et à bon marché pour vendre après et en détail.

» Le chevalier de Valbelle. »

— 1«74— LIVRE V, CHÀPliaE VIII.

Entreprise sur Melaz/o. — Projet de M. de Vallavoire, — Il le cotniiiuni(|iie à M. de Yivoune. —Le vice-roi paraît l'adopter. — Départ de M. de Vallavoire. — Ciomhat devant Monlfort. — Son arrivée devant Melazzo. — Son désespoir de ne point voir arriver^les vaisseaux que lui avait promis M. de Vivoune. — M. de Ynllavoire est oblige de battre eu retraile sur Messine. — Le plat pays, qui s'était soulevé en faveur des Français, est ravagé. — Lettre du - chevalier de Vallavoire à M. de Vi vomie et à Pomponne. — Vivonne veut tenter une expédition sur Naples. — Le calme Ten empêche.— Il revient à Messine.— Lettre du roi qui lui donne le bâton de maréchal de France, — Combat sous Rcggio. '- Lettres de Vallavoire et de Tourville à ce sujet.

Le 2 juin, jour de la célébration de la fête de ta l€ttre\ les galères de France arrivèrent remplies de volontaires de haute qualité et donnèrent fond à iMcssine dans le meilleur et le plus bel ordre du monde, les galères d'Espagne n'ayant pas songé à leur disputer Tentrée du phare, car elles étaient en partie dispersées à Melazzo, à Palerme et à Naples. On menait alors à Messine une vie des plus tranquilles, grâce à l'insouciance apathique de M. de Vivonne incessamment occupé de bonne chère , de jeu et de fort obscures , mais fort nombreuses amom-s.

Cependant, M. de Vallavoire ne partageait pas la quiétude du vice-roi , prenant l'occupation de Messine fort aux sérieux , ce général ne comprenait pas les motifs de l'inertie de M. de Vivomie, qui, satisfait de garder Messine et de tenir la mer libre , n'avait encore tenté aucune entreprise dans l'intérieur de la Sicile , qui appartenait toujours aux Espagnols.

Après avoir longtemps réfléchi à l'expédition qui pouvait le plus servir à l'occupation française, en cas de succès, 31. de Vallavoire s'était proposé d'attaquer Melazzo, ville forte, distante de dix lieues de Messine par terre, de près de vingt lieues par mer, et située au nord de la Sicile vers la partie occidentale d'une

' Voir plus^haut les cii^coiistances de cette fête à pro|iûs d'un autographe d« la Vierge.

baie formée à Touest par rextrémité du capBianco, et à l'est par la prolongation des terres du cap Di Faro.

M. de Yallavoire trouvait avec raison de nombreux avantages dans ce plan qui ouvrant à Tannée française les vastes et fertiles plaines de Catania, situées dans le plat pays, mettait ainsi et pour toujours iMessineà Tabridc la famine: puis, Melazzo pris, et les Espagnols obligés de se retirer à Palerme , presque toute la côte septentrionale de la Sicile demeurait libre , ce }X)rt de Melazzo éunt la seule position maritime que Tennemi pût y tenir.

Persuadé de l'importance de ce projet , M. de VaHavoire en conféra longtemps avec plusieurs l\!essinéis parfaitement informés de l'état du plat pays, puis s'étant assuré des intelligences parmi ses populations généralement peu espagnoles, le général alla soumettre ses vues au vice-roi, ne lui demandant que deux mille cinq cents hommes de troupes françaises, et quinze cents Messinois, pour se saisir de Melazzo, — certain — disait-il — par ses relations dans la campagne, de la révolte du plat pays en faveur de la France , et de pouvoir après s'être ainsi assuré des communications et des vivres, arriver facilement, enseignes déployées , jusqu'aux faubourgs de la ville, qu'il promettait d'emporter de vive force si, de son côté , M. de Vivonne venait l'attaquer par mer à la tôte d'une escadre de vaisseaux et de galères : or, pressée de la sorte, il était probable que Melazzo ne pourrait tenir longtemps et qu'ion ruinerait ainsi d'un seul coup presque toutes les forces espagnoles en Sicile , puisqu'elles étaient concentrées sur ce point

M. de Vivonne écouta ce plan et l'accueillit à merveille, quoique sans doute il fût bien résolu déjà de ne pas joindre à l'armée de terre les forces navales dont il pouvait disposer, et qu'il eût été forcé de commander en raison de l'importance de l'expédition; en effet , pas un vaisseau ne sortit de Messine.

Toujours est-il , que confiant dans la coopération de la flotte de M. de Vivonne sans laquelle cette tentative sur Melazzo eût été des plus chimériques, M. de VaHavoire s'aventura dans des montagnes impraticables à la tète d'un corps de deux mille hommes à peine, et que lorsque après des traverses et des dangers sans nombre; il arriva devant Melazzo et commença d'attaquer les faubourgs comptant sur mie prochaine diversion par mer,

— 1675— LIVRE V, CHAPITRE VIH. S2S

quel ne fut pas son désespoir lorsqu'il apprit que M . de Vlvonne avait changé d*avis et que les vaisseaux de France ne viendraient pas à Melaïzo,

On conçoit quelle dut être la position de M. de Vailavoirc , sans compter que par une foute impardonnable, M. le chevalier de Val belle , détaché avec trois vaisseaux et un brûlot pour empêcher tout secours arrivant d'Italie, d'entrer à Melazzo, garda mal son point de croisière, et que deux mille hommes de troupes allemandes vinrent renforcer la garnison de cette place. Qu'on pense alors dans quelle extrémité se trouva M. de Vail:»voire, hors d'état de rien entreprendre contre des forces aussi siipérieures, sans le secours des vaisseaux , ayant sur ses derrières un pays affreux, des montagnes et des gorges presque impraticables, et obligé d'opérer sa retraite au milieu d'une population presque sauvage , qiii s'était d'abord déclarée en sa faveur, mais qui le voyant se retirer pouvait se joindre aux Espagnols contre les Français, dans la crainte que les premi^^s ne leur fissent payer cher leur rébellion ; joignez à cela que les vivres manquaient à ce général, et vous aurez une idée de son horrible situation dont on verra d'ailleurs l'exposition dans quelques-unes de ses lettres citées plus bas, et qui sont comme un journal de cette fatale retraite.

Ainsi donc, comme on l'a dit, le duc de Vivonne parut approuver fort la tentative sur Melazzo et donna à M. de Vailavoirc tous les pouvoirs nécessaires pour agir par terre. Le secret le plus profond fut gardé, et dans la nuit du 9 au 10 juin, les troupes françaises , conduites par des guides qu'on croyait sûrs , sortirent de Messine pour cette expédition sous le commandement supérieur de M. de Vailavoirc qui avait sous lui MM. de Momas et de LaVilledieu; malheureusement, le deuxième jour de marche , fût-ce impéritie ou trahison , les guides égarèrent les troupes françaises, qui, tombèrent sous le canon d'uii fort appelé Monte-Forte^ alors occupé par huit cents Espagnols.

Après une vive attaque , M. de Vailavoirc força ce dangereux passage défendu par huit pièces de canon , mais il y perdit quinze hommes et vit grièvement blesser à ses côtés un de ses neveux qui le servait comme aide de camp.

Alors le général entra dans le plat pays, qui se rendit à lui et

«M HISTOIRE DE LA MAKINE. — i6?5 —

86 dédira immédiatement \\om la France. Les villes de Sainte- Lucie , de Barcelounetteetd'Égoste suivirent le même exem[)le, ot vingt-quatre villages les imiièrent A ce soulèvement général, les Es|)agnols qui tenaient garnison dans ces villes, effrayés de cette rébellion , se retirèrent à Melazzo , croyant avoir affaire à une armée beaucoup plus considérable que celle de Yallavoire et donnèrent une telle alarme au marquis de Bayonna, président de Sicile, pour le roi d'Espagne, qu'il se mit en mesure de s'en aller aussitôt à Palerme , ne se croyant plus en sûreté à Melazzo. Tous les boitants qui étaient Espagnols ou partisans de TEspague suivirent le président et allèrent se réfugier à bord des galères en emi^rtaut tout ce qu'ils purent de leurs objets les plus précieux, ue doutant pas que les forces navales ne vinssent les attaquer par incr, comme .^L de Yallavoire les allait attaquer par terra et croyant alors toute résistance impossible.

Tel était Tétat des choses quand M. de Yallavoire arriva , le 15 juin, devant les faubourgs de Melazio, à la tête de troupes «guerrios encouragées déjà par un premier succès , et abondamment |ioun ues de vivres qu'il avait tirés de tous les villages où il avait passé.

Ce fut alors seulement que M. de Yallavoire apprit par un détachement de trois galères que >I. de Yivonne avait changé de résolution , et que j^usieurs raisons empêchant l'armée navale de se rendre devant Melazzo , le vice-roi ordonnait aux troupes de terre, destinées à cet{^ expédition « de revenir à Messine.

La position de ce général élait affix^use , et l'on conçoit qu'il en eut un chagrin terrible , ainsi qu'U le dit naKemeiit dans sa réponse à cet ordre étrange du vice-roi.

£n effet, sur le point de mettre à un la [dus utile entreprise de toute la campagne , après apoir sunnouté des difficultés sans nombre, obtenu des résultats ines|)érés , vu, pour ainsi dire, et touché les imnienses avantages que Toccupation française devait retirer de cette ex|)édition , puisque, par la possession de Melazzo, on se procurait dans le plat pays, et en grande abondance, les vivres qu'il fallait faire venir de France à si grands frais , et si incertaineoient, on sent quels durent être les n^rets de Yallavoire; et ce n'était ))as tout, car en opérant sa retraite il fut

— 467S LIVRE Y, CHÀPITI^E Vni, W

obligé d^ahandonner à ]'a fureur des Espagnols tout le fribft pays qui s'était donné à lui si généreusement

Aussi à mesure qu'il se rétirait vers Messine, beaucoup de gentilshommes et d'habitants des villes qui s'étaient déclarés pour la France , redoutant la vengeance des Ësqpagnols se joignirent à sa petite armée, embarrassèrent sa retraite et augmentèrent encore la population de Messine qu'il était déjà si onéreux et s difficile de nourrir. Ceux, du plat pays qui y restèrent furent massacrés par les Espagnols , et le sort de ces malheureux si lâchement abandonnés à la rage de l'ennemi après avoir été pour ainsi dire reconnus par la France comme des alliés , fut un terrible exemple pour le reste de la Sicile ; aussi , dans la suite , toute tentative pour opérer quelques nouveaux soulèvements en faveur de la France , demeura inutile.

Quant aux raisons que M. de Yivonne donna à M. de Yalla* voire pour justifier son étrange conduite , elles étaient au moins puériles. Il dit :

1° Que le vent avait empêché de sortir les vaisseaux du port ;

2'' Qu'on avait surpris un émissaire du gouverimtr de i'Es^ calette (autre ville de Sicile) au marquis de Bayonna, qui lui annonçait un secours de quatre mille hommes pour Me^ lazzo.

L'objection basée sur un vent contraire tombe de ^-même par un passage d'une des lettres de Yallavoire à Yivonne , datée du samedi 15 juin, dans laquelle il dit au vice-roi « qu'il espère bientôt voir arriver ses vaisseaux , le vent contraire qui avait régné pendant un jour ayant cessé , et le temps étant des plus favorables du monde. »

L'autre objection : les quatre mille hommes du gouverneur de l'Escalette est des plus absurdes : car il était évident que l'émissaire s'était livré lui-même , dans l'espoir sans doute d'effrayer M. de Yivonne, en lui annonçant l'arrivée de ces quatre mille hommes de renfort Or, si le vice-roi eût voulu réfléchir un instant , il eût vu clairement par ce qu'il savait de l'clfcctif des forces d'Espagne , que l'Escalette n'avait pas une garnison forte de plus de trois cents hommes, et qu'il était matériellement impossible qu'elle eût été portée de trois cents à quatre mille par de nouvoUes levées do trou|)es , puisque tout ce que l'Espagne

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possédait alors de gens de guerre dans la province de Val-Demone était rassemblé «i Melazzo.

Dîrait-on enconç , pour excuser M. de Vivonne^d'avoir'ruiné cette expédition, quil eût fallu trop de troupes françaises pour occuper Melazzo et le plat pays après la conquête ; mais cette raison n'aurait pas non plus de solidité. Une fois Melazzo occupé, le plat pays, défendu par les forts de Monte-Forte , de Spadaforc et d'Ibbiso, qui le couvraient depuis Melazzo jusqu'à Messine , le plat pays se gardait lui-même ; car on pouvait compter sur lui , à en juger par son peu de sympathie pour l'Espagne , puisqu'il était allé au-devant de l'occupation française.

Somme toute , que ces réflexions mêmes eussent eu quelque semblant d'autorité, on les devait faire avant l'entreprise, et non après. M. de Vivonne devait mûrement réfléchir avant que d'aventurer des troupes dans une telle expédition , et craindre de créer de nouveaux ennemis à la Finance, en laissant ravager un pays qui s'était soulevé en sa faveur, et qui se voyait ensuite si impitoyablement abandonné à la merci des Espagnols.

M. de Vivonne devait enfin tout tenter au monde pour assurer le succès de cette expédition de première importance, en cela qu'elle devait ruiner le plus grand obstacle qu'il y eût à l'occupation française en Sicile, à savoir, V incroyable diffîatltê de nourrir l'armée^ puisque jusque-là on avait été obligé de tirer des vivres de France , à frais énormes , en courant encore les chances de ne pouvoir faire entrer ces approvisionnements à Messine, en cas de blocus ou de temps forcé, de sorte que cette malheureuse ville restait toujours sous l'effroi d'une nouvelle et horrible famine ! et cela au milieu du pays Iç plus fertile de l'Europe, à portée de ces grasses plaines surnommées le grenier de l'Italie ! Et cela surtout grâce à l'impitoyable paresse de Vivonne, qui en était venu à regarder avec horreur toute atteinte portée à son repos, au complet far m'ente de cette vie molle est obscurément libcrtiiie au sein de laquelle il s'assoupissait avec une si profonde sensualité.

Et cela enfin grâce à la criminelle faiblesse de Vivonne pour de misérables domestiques qui spéculant avec des bénéfices énormes sur les vivres venus de France, n'auraient pu faire les

mêmes gains si Tarmée se fût approvisionnée en Sicile, usant alors de leur détestable influence pour ancrer encore davantage leur maître dans une apathie qui servait si bien à leur cupidité.

Sans doute tout ceci est fort odieux, et la conduite du viceroi méritait un châtiment exemplaire , et pourtant à cette même époque où il avait abandonné si lâchement l'expédition de Me^ lazzo il se vit revêtu de la plus éclatante dignité militaire, en un mot nommé maréchal de France, grâce à la prostitution effron-' tée de madame sa sœur.

Mais n'anticipons pas sur les faits, voici d'abord les lettres de Vallavoire à Vivonne, donta on parlé; elles sont comme un journal de cette malheureuse expédition de Melazzo.

La dernière dépêche adressée par Vallavoire à M. de Pomponne résume l'expédition ; et à travers ses réticences et sa réserve , qu'imposaient à Vallavoire le crédit et la position de Vivonne , il est facile de démêler tous les regrets et les griefs de Vallavoire.

Dans cette première lettre, Vallavoire arrivé devant Melazzo, rend compte à Vivonne de son expédition , et lui annonce qu'il attend les vaisseaux pour commencer l'attaque de Melazzo.

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