‹ Histoire de la marine française (volume 2)Chapitre 68 sur 72 · IL · texte numérisé non relu

IL

» Hkf les ennemis, sous la favenr de deux galères et d*un brigantin , vinrent pousser nos gardes de cavalerie et d'infanterie. Nous fîmes marcher trois cents hommes et quatre compagnies de cavalerie; les coureurs poussèrent leur cavalerie et infanterie jusqu'à la porte , ils en tuèrent même un. Ils demandent toujours quartier , et les nôtres n'en veulent pas donner. Il y eut bien trente de leurs cavaliers tués sur la place ; nous en eûmes cinq. Toutes les troupes allèrent de la meilleure grâce du monde; ' MM. de Momas et de La Yilledieu y étaient en personne : c'est assez vous dire que tout alla très-bien ; je ne crois pas que les ennemis y retournent. Les galères et brigantin tirèrent beaucoup sans nous endommager , non plus que tous les canons de la ville.

» Vous savez ce que nous sommes, et vous jugez aussi bien que nous ce qui nous peut annver sans votre secours; néanmoins nous attendons vos ordres avec toute la fermeté de gens que vous honorez de votre estime.

» Je crois que les brigantins ou chaloupes nous peuvent apporter de vos nouvelles, j'avais oublié de vous dire que nous aurions été plus tôt ici, sans que nous fûmes obligés dans notre chemin de forcer des retranchements que les ennemis avaient à Montfort Nous aurions pris le château , si nous nous fussions avancés jusqu'au fort; mais notre pensée était de venir incessamment à Melazzo , où nous arrivâmes mercredi à une heure de jour. La distribution du pain est faite ; nous attendons demain matin de vos nouvelles; on dit qu'il s'assemble du monde pour nous venir voir , nous nous tenons fort alertes. J'ai envoyé deux régiments messinois à Sainte-Lucie : elle s'est venue mettre sous l'obéissance ; il y a encore d'autres bourgs qui y sont venus. Envoyez-nous du pain , et notre dernière résolution est d'être prêts d'obéir avec joie à vos ordres.

» Vallavoire. »

« Les ennemis font leur assemblée à la Vogue ; tout ce qui est du côté d'Ibbiso et de l'Escalette marche de ce côté-là : ils prétendent nous mettre entre deux. Voilà tout ce que je sais. »

Dans la lettre suivante, Vallavoire répond à la lettre de Vitonne, qui, lui ordonnant de se retirer, lui annonce que les vaiss eaux ne viendront pas attaquer Melazzo par mer. On peut ju-

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iger, par cette lettre, de reffroyable position dans laqudlc ce

général devait se trouver.

« Je viens de recevoir votre lettre, monsieur; vous savez pourtant ce que je vous ai écrit ; je suis bien en peine quel parti prendre présentement , la place n'étant pas en état d'être assiégée paille secours qu'ils ont reçu , et je ne sais comment me retirer si les ennemis occupent les montagnes comme ils le peuvent faire y car les peuples nous voyant retirer , se mettront contre nous. Voilà un temps effroyable, nous n'avons pas de pain, — en cas que nous soyons obligés de demeurer quelques jours aux montagnes y je prendrais du biscuit , des vaisseaux ou des galères ; si je vous avais au moins vu pour prendre votre résolution, je serais content ; demain au soir, si je n'ai poirit de vos nouvelles et que le temps dure, je me retirerai. Dieu veuille que vous receviez assez à temps ce billet, afin (f avoir de nos nouvelles. Je suis dans un chagrin terrible, il entre des felouques tous les jours dans Melazzo. »

Vallavoire, ayant reçu de nouveaux ordres de Vivonne, abandonna Melazzo. Les lettres suivantes rendent compte de sa retraite sur Messine; on verra que les vivres des troupes n'étaient plus assurés; car il se plaint, dans plusieurs billets, de ne plus avoir de pain.

« A Spadafore, ce 17 juin.

« Nous partîmes hier sur les onze heures du soir de Melazzo, et aujourd'hui nous sommes arrivés & Spadafore au point du jour. La forteresse nous a tiré ; messieurs des galères Tout canonnée , et je les ai reçus à discrétion. Il y avait cinquante-cinq Calabrois, dix-sept barils de poudre et treize à quatorze barils de plomb : j'ai tout fait charger sur les galères. Il y avait force fromage , force biscuit , mais de tout ce que les galères attrapent , elles ne rendent rien. Je ne sais si votre sentiment serait qu'on rasât Spadafore , ou bien que l'on y mit garnison. Nous y campons et nous y demeurons jusqu'à ce que vous m'envoyiez votre sentiment. Nous n'avons du pain que pour demain. Vous auriez de la peine à croire comme nous sommes fatigués. La généra-

Saa HISTOIRE DE LA MARINE. —1675 —

lité salue Votre Excelleiice, et moi je suis avec beaucoup de respect,

«Monsieur,

» Votre très-humble et très-obéissant serviteur,

» Vallavoire. »

« De Spadafore, ce 18 juin, à 10 heures.

« Il est neuf heures, et nous n'avons plus de pain. Je vous supplie de donner des ordres pour cela. Je fais travailler cent cinquante soldats pour faire miner les quatre coins du fort, dans quatre ou cinq heures cela sera fait M. de La Villedicu vous aura entretenu de toutes choses. J'attends vos ordres. J'aienvoj^ du côté de la Vogue , pour savoir Tétat des ennemis , je n'en ai reçu encore aucune nouvelle. J'ai reçu un billet de M. de Valbelle, il est du côté de Stromboli ; le calme l'a arrêté, il ne peut venir à nous. Je n'en ai plus aucun besoin présentement. » Je suis avec respect , ' » Monsieur,

» Votre très-humble et très-obéissant serviteur, » Vallavoire. »

« Il est midi ; il n'est venu encore aucune tartane ni barque chargée de pain , nous prenons du biscuit pour aujourd'hui. Il nous faudrait envoyer une galère qui nous en apportât Je ne connais pas la mer, vous savez mieux les moyens qu'il faudra pour nous secourir. Les ennemis sont à la Vogue , au nombre de quinze cents hommes; l'on nous dit quatre mille, mais je n'en crois rien. »

(c Ibbiso, 23 juin 1675.

« Nous voici arrivés à Ibbiso, je crois pour quelques jours, on trouvera du fourrage. Il faut songer à nous envoyer des farines et des poudres. Les Espagnols y meurent de la malpropreté, et nous nous y porterons bien , pourvu que nous soyons dans l'espérance que vous vous occuperez à faire quelque chose, petite ou grande qu'elle puisse être. Il y a six gdères à Melazzo ; on dit que les ennemis ont laissé peu de monde à ce fort et à la Vogue; j'y ai envoyé pour savoir la vérité. Honorez-moi de vos

commandements, et croyez que je suis, avec le dernier attachement,

» Votre très-humbia et très-obéissant serviteur, » Vallavoire. »

« Ce 27 juin 1675.

» n entra hier trois voiles à Melazzo ; on croit qu*il y avait un vaisseau de guerre. Il y a six galères ; toutes les troupes sont encore > Melazzo ; on croit qu*ils en enverront du côté de Syracuse. Il n'y a que trois cents Calabrois à la Vogue ; si notre cavalerie pouvait demeurer vers la Castanie, nous serions en état de nous en seniren cas de besoin. Vous me ferez savoir, s'il vous plaît, ce que vous avez résolu touchant votre armée de mer, et si celle de la terre ne peut point nous aider, je vous prie de vous informer de ce que les ennemis ont à TEscalette et à Sainte-Placide.

» Les munitions n'arrivent que fort tard , nos soldats travailleront aujourd'hui; demain on enverra quelques mules de cette terre pour porter nos farinea; nous attendons aujourd'hui nos munitions de bouche.

» Je suis avec respect ,

» Monsieur, » Votre très-humble et très-obéissant serviteur, » Vallavoire. «

« Ce 28 juin à dix heures.

« J'ai renvoyé M. l'abbé de Sainte-Lucie comme vous l'avez ordonné aujourd'hui; il est parti pour Melazzo; je lui ai donné un tambour et un cheval.

J'ai envoyé une garde de cinquante hommes et un capitaine à Saint- Viso; toutes les deux fois quatorze heures, on tes relèvera.

J'irai visiter aujourd'hui le lieu de Saint-Salice. Je vous enverrai mon sentiment

Peut-être qu'aujourd'hui ou demain les gens de la Vogue viendront ici pour me rendre maître de ce poste; il y a trois cents Calabrois dedans. Le gouverneur donne leâ mains; c'est pourquoi je serais bien aise que vos i^aires vous permissent de venir

m HISTOIRE DE LA MARINE. ^1875^

jusqu'ici demain matin, et votre yaisseau pour France partirait dimanche.

» Je ferai trouver trente mulets pour aller quérir les munitions de bouche.

» Il fut tué hier un vivandier : c'est assurément un Français; il n'a pas été dépouillé , et il avait une charge d*huile qu'on a ramenée au camp ce matin.

» Hier un prêtre de Saint-François qui vint me dire la messe, et que j'envoyai déjeâner à ma sommellerie , me prit trois gobelets ; il est vrai qu'on a couru après lui et qu'on l'a attrapé aux portes de Messine. Il les a vendus. C*est un parent du duc Jean Paul, à ce qu'il me dit. Il n'en faut parler, s'il vous plaît; je crois que je fais très-sagement en cette rencontre. J'aurais toujours beaucoup de satisfaction d'avoir l'honneur de recevoir de vos lettres. Vous ne devez pas douter de mon respect et du zèle que j'ai pour tout ce qui vous regarde.

n Je viens de recevoir, monsieur, la lettre que vous m'avez fait Tfaouneur dem'écriredu 2^. Tout présentement je n'ai rien à vous écrire de nouveau. Je n'écrirai point à la cour que je n'aie eu l'honneur de vous voir : je crois que ce sera demain d'après votre lettre. Faites-moi savoir, je vous supplie ^ si ce sera à dîner ou à souper. Vigeur est venu me voir aujourd'hui ; s'il y revient, je l'enverrai à Messine.

» Je suis toujours avec respect, » Monsieur,

') Votre très-obéissant serviteur, » Vallavoire. »

{Bibl. roy. Mss. Suppl. Fr. 887. )

Enfin Vajlavoire , arrivé à Messine , alla rendre compte de son expédition au vice-roi , qu'il trouva fort prévenu contre lui. Plusieurs mémoires attribuent cette froideur entre Vivonne et Vallavoire aux sourdes menées de d'Antiége , secrétaire du viceroi , qui , on l'a déjà dit, abusant de l'insouciance de son maître , s'vtait, pour ainsi dire , érigé en premier ministre , avec lequel il Mait compter, sous peine de subir l'inimitié de Vivonne.

Dans la lettre suivante, adressée à Pomponne, M. de Valla* voira rend un compte général de l'expédition de Mdazxo.

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