‹ Histoire de la marine française (volume 2)Chapitre 69 sur 72 · À M. ARNAULD DE POMPONNE · texte numérisé non relu

À M. ARNAULD DE POMPONNE

ce A Messine, ce 26 juin 1675.

» J'ai bien du déplaisir, monsieur j que la fortune n'ait pas secondé nos desseins dans l'entreprise que nous avions faite sur Melazzo ; et quoiqu'il ne soit pas extraordinaire qu'avec deux mille hommes on ne prenne pas une telle place, je ne laisse pas d'avoir la même douleur que si nous eussions été en état d'exécuter ce que nous avions projeté ; ma seule consolation est que le roi verra du moins, par la qualité de cette entreprise, qu'on peut appeler téméraire, que je ne manque pas de ^èle pour son service, et que je n'ai pas manqué de conduite dans l'exécution de notre dessein.

» D'abord que nos troupes furent arrivées, on tint un conseil de guerre pour savoir l'usage que nous en devions faire , et voici ce qui fut résolu : que j'irais faire camper nos troupes à Saint- Stephano, qui est un poste près de Sainte-Placide et de l'Escalette, pour obliger les ennemis à y jeter toutes leurs forces, tandis que M. de Valbelle, du côté du nord , irait croiser avec trois vaisseaux et un brûlot , pour empêcher les secours qui pourraient entrer dans Melazzo.

» Toutes ces choses furent exécutées etieurent l'effet que nous nous en étions en quelque façon promis; car les Espagnols voyant cette démarche crurent que nou» en voulions à ces premiers postes, et ne laissèrent dans Melazzo que deux cents Espagnols , trois cents Milanais ou Calabrois et cinq compagnies de cavalerie.

» Gela m'obligea de partir le soir du 9 de ce mois, avec MM. de Momas et dé La Villedieu , pour aller investir cette place.

» Je ne vous dirai point la peine que nous eûmes à passer par des montagnes et des défilés qui sont autant de précipices , et où dix hommes en peuvent arrêter dix mille ; mais je me contenterai de vous marquer seulement que notre marche fut si secrète que les ennemis n'en eurent aucune connaissance. -

» Nous prîmes en passant tous les environs de Melazzo , qui se rangèrent volontairement sous l'obéissance du roi ; il n'y eut qu'un certain endroit appelé Montfort, oàles ennemis avaient sept

Sae HISTOIRE DE LA MARINE. — 1675 —

OU huit cents hommes retranchés , qui fit de la résistance ; mais nous le forçâmes Tépée à la main, à la réserve de Feuceinte du château, où les ennemis se retirèrent , et où nous ne voulûmes pas nous arrêter, parce que nous crûmes qu'il valait mieux suivre notre premier dessein , et tâcher d'empêcher que les ennemis ne jetassent du secours dans IVlelazzo.

» Nous continuâmes donc notre marche jusqu'à cinq milles de cette place, et le lendemain nous partîmes dès la pointe du jour pour l'aller investir ; mais nous trouvâmes qu'il était difficile au peu de troupes que nous avions d'en faire la circonvallalion , parce que la langue de terre sur laquelle nous étions était beaucoup plus grande que l'on ne nous l'avait marqué. . » D'ailleurs, nous croyions y trouver les vaisseaux et les galères, ainsi que nous en étions convenus, et pouvoir, avec une partie de l'armée de mer, nous rendre maîtres du fauboui^ du côté duquel nous étions , tandis que le reste des vaisseaux et des galères aurait fait une descente de l'autre côté de la ville.

» Mais tous ces desseins avortèrent par le manquement desdits vaisseaux; et cependant Les ennemis ayant assemblé toutes Leurs garnisons, se mirent en état de ne plus rien appréhender de notre part,

» Il faut ajouter à cela que M. de Valbelle, qui était, comme je viens de dire, parti pour aller croiser du côté du nord, ne se trouva pas assez tôt à l'entrée du port pour empêcher certains bâtiments majorquins d'y débarquer des troupes allemandes le jour même que je partis pour l'aÛer investir ; et toutes ces choses jointes ensemble produisirent l'effet que je vous dis.

» Il ne se passa rien de remarquable dans le séjour que nous fîmes près de Melazzo, si ce n'est à l'égard d'une sortie d'infanterie et de cavalerie que les ennemis firent à la faveur d'un brlgantin et de deux galères qui vinrent canonner notre camp.

» Je commandai , pour le repousser, M. de Léry avec cent chevaux et trois cents mousquetaires, et ceux-ci exécutèrent mes ordres avec tant de vigueur et tant de bravoure qu'ils furent jusque dans le faubourg de Melazzo, y^tuèient un officier d'infanterie sous la porte , et y mirent les Espagnols dans un tel désordre, que si nous eussions pu le prévoir, nous aurions entré pêle-mêle avec eux dans la ville.

» Nous n'avons eu qu'un cavalier de tué et trois ou quatre de blessés dans cette occasion; du côté des ennemis , il y en a eu cinquante ou soixante , et cinq ou six prisonniers que nos gens firent en se retirant : le grand nombre des ennemis ne leur permettait {)as de leur donner quartier.

» Voilà, monsieur, de quelle manière les choses se sont à peu près passées. J'espère que Sa Majesté sera contente à mon égard de la volonté que j'ai eue de les faire réussir selon sa satisfaction , et qu'elle me fera bien la justice de ne pas me rendre garant de succès aussi incertains que le sont ordinairement ceux de la mer, surtout dans ce pays, où je trouve ^ hélas! que l'on ménage bien extrêmement les vaisseaux de Sa Majesté et ses galères.

» J'en écris amplement à M. de Louvois, aussi bien que de l'ordre que nous avons gardé ici pour ce qui regarde les postes que nous avons pris et la sûreté de Messine. Je vous conjure, monsieur, de vouloir encore, de votre côté, appuyer vos raisons auprès de Sa Majesté; et, en me continuant vos bons offices , me peripettre de me dire, avec autant de respect que d'inclination, » Votre très-humble et très-obéissant serviteur,

» VALLAVOIRE.

» Je vous supplie que ma lettre ne soit vue que par vous ; je vous en dirai les conséquemes, et vous apprendrez toutes choses d'ailleurs.

» Je joins ici une relation que j'avais faite pour vous , et que je croyais faire dernièrement partir par un bâtiment qui devait aller en France. »

Nul doute que Vivonne ne fût frappé lui-même de tout ce qu'il y avait eu de cruellement blâmable dans son inertie, à propos de l'expédition de Melazzo : aussi se résolut-il de faire quelque apparence d'action , afin de balancer le mauvais effet de sa conduite passée.

Après avoir renvoyé Du Quesne en France pour chercher des vivres 5 dont Messine commençait à manquer, le vice-roi ' monta le Sceptre, et, à la tête de ce qui restait de vaisseaux français, il mit à la voile pour Naples, afin d'y aller brûler, disait-il, les vaisseaux espagnols qu'on y radoubât alors; mais

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malgré ces beaux dessetns, dont on verra plus bas une juste appréciation de la main de Tourville, Yivonne revint à Messine, après quelques jours de croisière , sans avoir même paru devant Naples*

A son retour, le vice-roi trouva i^usieurs dépêches du roi, et entre autres celle-ci, par laquelle Louis XIY lui accordait le bâton de maréchal de France.

« A Versailles, le 2 juillet 1675.

» Vos services ne m'ont pas permis de faire une nouvelle création de maréchaux de France sans vous y comprendre. Je suis bien aise qu'ils aient mérité cet honneur que Tamitié que j'ai toujours eue pour votre personne me sollicitait de vous accorder. Je m'assure que vous continuerez de répondre comme vous devez . en toute occasion.

» Louis. »

{Bibl. roy. Mss.)

Parmi ceux qui furent plus surpris de cette nomination , on peut compter, sans aucun doute , Yivonneet Louis XIV; car ce roi ne s'attendait pas plus à accorder cette récompense à son beaufrère (adultériquement parlant) que celui-ci ne s'attendait à la recevoir.

Uneanecdocte des Mémoires de Choisy donne le secret de ce bâton si inattendu ; et les documents que l'on trouvera plus bas démontrent jusqu'à l'évidence le fait avancé par Choisy.

Voici d'abord la citation empruntée à ses Mémoires.

« Le roi avait fait avec Louvois (dit Choisy) la liste de peux qu'il devait honorer du bâton de maréchal de France ; il aDa ensuite chez madame de Montespan, qui, en fouillant dans ses poches, y prit cette Uste, et n'y voyant pas M. de Vivonne, son frère , se mit dans une colère digne d'elle. Le roi , qui ne pouvait ni n'osait lui résister en face, balbutia, et dit qu'il fallait donc que M. de Louvois eût oublié de l'y mettre. Envoyez-le quérir tout à l'heure^ lui dit-elle d'un ton impérieux , et le gronda comme il faut. On envoya chercher Louvois, et le roi lui ayant dit fort doucement que sans doute il avait oublié Vivonne, ce ministre se chargea du paquet, et avoua la faute qu'il n'avait pas commise. On mit cette fus Vivonne sur la liste; la dame fut

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apaisée et se contenta de reprocher à Louvois sa négligence dans une affaire qui la touchait de si près. »

Maintenant , quant aux raisons qui font croire qu'en effet Vivonne n'était pas porté sur le premier travail , c'est qu'il va être démontré tout à l'heure jusqu'à l'évidence que Louis XIV était fort peu content de la conduite de son vice-roi la veille même du jour où madame de Montespan exigea si impérieusement cette . faveur pour Vivonne, et qu'ainsi le roi ne pouvait avoir alors la moindre pensée d'élever à ce grade éminent le frère de sa maîtresse.

Ce mécontentement du roi était fort concevable, puisque dans cette campagne de Sicile l'insouciante paresse du joyeux général des galères avait été si loin, quelle avait même nui à sa réputation de bravoure dont il avait pourtant donné de si nombreuses et de vaillantes preuves. Madame de Scvigné, tout à fait des amies de VivcMine , dit, à ce propos , dans une lettre à madame de Grignan ; « D'ici à demain je ne pourrai pas vous dire à quel point votre » épisode de Messine m'a divertie; mais qu'est devenue cette va- » leur dont on se piquaitautrefoisdans sa jeunesse? Leprince (Vi- » vonne) me parait comme le cwnte diCulagna dans la Secchia, » et pour la figure, n'est-il point exactement comme on dépeint le » Sommeil , dans l'Arioste, ou comme Despréaux représente la » Mollesse dans son Lutrin? »

Défait, M. de Vivonne était tellement sous l'empire de cqtte mollesse, ^ue pendant 'plus de trois rviois le vice-roi n'eut pas le courage d'écrire au roi une seule dépêche sur les affaires de la Sicile.

Une pareille incurie chez un homme chargé d'aussi grands intérêts , chez un vice-roi , à la fois général des troupes de terre et de mer qui occupent les possessions qu'il gouverne, une aussi dédaigneuse insouciance , lorsqu'il faut à peine vingt jours pour écrire en France et en recevoir une réponse , serait à peine croyable sans les extraits suivants qui prouvent que, par un singulier raffinement de cynisme , Vivonne, bien sûr du crédit de ses sœurs, mesdames de Montespan et de Thianges, sur Louis XIV et Seignelay, se faisait sans doute un malin plaisir, d'ailleurs fort en rapport avec ses goûts d'oisiveté, de ne se gêner en rien, et de laisser le roi et son mtnî^e dans la plus

complète et la plus inquiète ignorance de tout ce qui se passait en Sicile.

Et ce n*est pas seulement Louis XIY qui se plaint, ce sont les commerçants , les intendants , qui supplient Yivonne de leur écrire et de ne pas ruiner leurs différents services par sa funeste négligence. Mais le joyeux général ne s*en inquiète pas le moins du monde, et depuis le roi jusqu'aux intendants, tous restent sans réponses.

Le premier fragment d'une lettre de Louis XIV, datée du 30 juin , est fort curieux et fort significatif^ si on le rapproche de la seconde lettre de Louis , du 2 juillet de la même année, par laquelle il aimonceà Yivonne qu'il le nomme maréchal de France : or, il est clair que le 30 juin Louis XIY n'avait pas l'idée de faire le vice-roi maréchal de France, puisqu'il ne lui en dit pas un mot dans sa longue dépêche de cette date (30 juin), au contraire toute pleine de reproches, et que le surlendemain il lui annonce tout à coup qu'il lui donne le bâton.

A notre avis , ce fait confirme l'anecdote de Ghoisy , et démontre suffisamment que Yivonne ne fut inscrit sur la liste que lorsqu'elle fut close , et , qui plus est , dans une circonstance peu favorable pour lui, mais qui n'en prouve que davantage la haute et puissante influence à laquelle il devait cette faveur inespérée , puisqu'à ce moment même son silence et son incurie avaient presque irrité Louis XIY contre lui.

Yoici le premier fragment , daté du 30 juin 1675. ^

« Mon cousin , — J'ai reçu-vôtre lettre du 6 mai dernier , par laquelle vous me rendez compte de ce qui s'était passé à Messine jusqu'à ce jour; depuis ce temps, je n'ai reçu aucune nouvelle de vous , j'en suis extrêmement surpris; aussi je commence par vous dire que vous devez chercher plus souvent les occasions de m'écrire, puisque vous ne devez pas douter que je n'attende avec impatience des nouvelles d'un pays où vous devez avoir à présent occasion de signaler votre courage en faisant quelque chose d'avantageux pour mon service. Je veux donc que vous destiniez deux ou trois bâtiments légers pour naviguer de Messine à Toulon et y porter mes lettres, et j'ai ordonné au sieur Âmoul, à Toulon, de tenir toujours des tartanes prêtes, afm de vous porter promptement m^ ordres. »

On voit , par la date de cette lettre , que Louis XIV i^'avait pas de nouvelles de Messine depuis le 6 mai ( depuis environ deux mois). Mais Yivonne ne s'en émeut pas le moins du monde , et n'écrit pas un mot à son maître de toute> l'expédition de Melazzo , que le roi n'apprit que par la lettre de Vallavoire à Pomponne.

Le 23 juillet, un mois après sa dernière dépêche à ce sujet, Louis XIV écrit de nouveau à Vivonne :

« Mon cousin, je vous ai pourtant recommandé^ par toutes mes lettres, de me donner souvent des nouvelles de ce qui se passe à Messine , et de dépêcher de temps en temps des bâtiments pour cet effet; cependant je tien ai point reçu de vous depuis celle du 6 mai dernier (depuis près de trois mois). J'ai reçu plusieurs avis de Naples et d'autres lieux, auxquels je ne puis ajouter aucune créance, n'ayant reçu aucun avis de vous de tout ce qui s'est passé depuis l'arrivée de mes vaisseaux , de mes galères et de mes troupes. Vous pouvez facilement juger de l'impatience avec laquelle j'attends de vos nouvelles; et comme je ne sais pas d'où ce défaut peut provenir, étant impossible que si vous aviez détaché quelque tartane ou autre Mtiment , il n'en fût arrivé quelqu'un; et voulant éviter à l'avenir cet inconvénient, je donne ordre au sieur Arnoul de faire partir tous les vingt jours une tartane de Toulon, qui vous portera mes ordres; mais je désire que vous la dépêchiez aussitôt son arrivée à Messine, sans y apporter aucun retardement, n'y ayant rien de plus né- . cessaire , au bien de mon service , que je sois informé des avantages que vous devez avoir remportés dans le commandement de mes armées de terre et de mer. Gomme je n'ai reçu aucune réponse aux deux dernières que je vous ai envoyées, et qu'elles contiennent des choses importantes , je vous en envoie des duplicatas. »

£nfm Vivonne ne répondant pas davantage, Louis XIV lui écrit de nouveau cette dépêche < datée du 2 août : •

« Mon cousin , je suis fort en peine de n'avoir reçu aucune nouvelle de vous depuis plus de quatre mois, et que vous n'ayez renvoyé aucun des bâtiments de charge qui ont porté des blés et autres vivres à Messine, avec les sieurs Du Quesne et d' Aimeras, ni aucun vaisseau de guerre pour les escorter. Cependant,

quoique je ne puisse douter que ces bâtiments ne soient à présent arrivés à Toulon, et qu*il serait même trop tard à présent d'y pourvoir , je ne laisse pas de vous écrire ces ligues pour vous dire qœ je vous ai averti^ par mes précédentes, du passage de Ruy- ,ter dans la' Méditerranée avec les vaisseaux hollandais, et à présent je suis bien aise de vdus faire savoir qu'il est parti le 20*" du mois passé, en sorte qu'il est absolument nécessaire, pour le bien de mou service , que tous ces bâtiments, dont je viens de vous parler, soient à présent arrivés à Toulon, et qu'ils puissent servir au transport des vivres que j'ai ordonné de tenir prêts , pour maintenir ces vaisseaux qui sont sous votre conunandément dans les mers du Levant, pendant tout le temps que ledit Ruyter pourra y demeurer, c'est-à-dire jusqu'au mois de décembre prochain.

» Je vous répète encore qu'il n'y a rien de si important et de si nécessaire que vous fassiez remplacer les vivres qui peuvent avoir été tirés de mes vaisseaux pour être employés à d'autres usages qu'à la subsistance de leurs équipages, d'autant que si vous ne les faisiez remplacer promptement, vous seriez peutêtre obligé d'en renvoyer une partie en France, pendant le temps que vous en auriez le plus de besoin pour combattre. Comme vous en connaissez bien la conséquence , je ne doute point que vous ne fassiez en cela ce qui est du bien de mon service. Je veux aussi que vous teniez la main à ce que les capitaines de mes vaisseaux conservent bien leurs vivres, et qu'ils obser\ent que la distribution ^n soit faite avec tant d'économie,, qu'ils puissent maintenir les équipages jusqu'à ce que les vivres qui partiront* de Provence puissent être arrivés.

» £n quoi vous devez observer que, conrnue Ruyter arrivera assurément dans les mers du Levant dans le courant de ce mois ou au commencement du prochain , il se pourrait bien faire qu'il empêcherait les vaisseaux qui partiraient pour la Provence , chargée de vivres, d'aborder à Messine, ce qui serait causé par le trop long retardement qui .a été apporté au départ des vaisseaux de charge avec des vaisseaux pour les escorter , et c'est à quoi il n'y a qu'une extrême diligence et une grande économie de vivres qui puissent y remédier; et comme il n'y a rien qui soit plus nécessaire au bien de mon service, dans une aussi grande af-

faire que celle que je vous ai confiée, que d*être pardcidièrement et souvent informé du détail de ce qui se passe, ^ mVtonne exiraordinairemepi que vous n'ayez pas dépêché des tartanes et autres petits bâtiments pour mie. donner de vos nouvelles. Ne manquez pas d'y satisfaire plus ponctuellement à IV venir; et lorsque la tartane qui vous^rte mes paquets sera arrivée, il est bien nécessaire que vous l'expédiiez deux jours après son arrivée , ainsi que toutes celles qui vous seront envoyées à Tavenir, afm que je puisse avoir plus souvent de vos nouvelles. Sur ce^ je prie Dieu qu'il vous aie, mon cousin, en sa sainte et digne garde.

«Ecrit à Versailles, le 2 août 1765.

» Louis. » Et plus bas,

« COLBERT

Ce ne fut que trois semaines après, et sur de nouvelles invitations de Louis XIY, que Yivonne se résolut de lui répondre.

Pendant la courte croisière de M. de Yivonne sur la côte d'Italie, un des plus beaux faits d'armes de la marine française avait répandu la terreur dans la ville de Reggio^ située sur la côte de Calabre , et séparée de la Sicile par le détroit qui n'a pas plus de deux lieues en cet endroit. Ce fait d'armes était dû à l'intrépidité du chevalier de Tourville , venu à Messine comme capitaine de la Syrène, qui faisait partie de la division de M. d' Aimeras, composée du Magnifique, de soixante-douze, commandé par M. d' Aimeras; du Comre^ capitaine d'Infreville Saint-d'Aubin; de la flûte la Normande, et du brûlot l'Intrépide, capitaine Serpaut.

En un mot, M. de Tourville avait été incendier, en plein jour, à deux heures de relevée, un bâtiment espagnol, sous le canon de Reggio et de ses forts.

Ceux qui prirent part avec Tourville à cette action, d'une incroyable hardiesse , furent le chevalier de Léry et le brave Serpaut, un des plus anciens capitaines de brûlot de l'armée.

Yivonne était encore en mer à cette époque , et sans doute que, prévenu contre Tourville, ainsi qu'il l'était, il n*eût pas rendu h ce jeune et brillant capitaine, la justice que Yallavoire,

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commandant par intérim, rendit au chevalier, en racontant, ainsi qu'il suit, cet admirable combat à Coibert.

LE MARQUI& DE YÂLLAVOIRE A GOLBERT.

« A Messine, ce 31 juillet 1675.

» Je croyais, monseigneur, n'avoir à voqs écrire que lorsque M. de Yivonne serait de retour ; mais les dernières actions de MM. les chevaliers de Tourville et de L^ry sont trop belles pour attendre plus longtemps à vous en faire part

» Étant allés dans le golfe de Venise, pour empêcher que les ennemis ne fissent passer quelques troupes du port de Thiery dans la Fouille, et ayant appris que ces troupes étaient déjà débarquées à Piscare, mais que quelques-uns des vaisseaux qui les avaient portées s'étaient retirés à Barlette , ils résolurent de les aller attaquer, et voici comment ils exécutèrent leur dessein.

n Ils arrivèrent à l'entrée de la nuit à vue de Barlette , et ayant aperçu trois vaisseaux sous la forteresse de la ville, ils allèrent mouiUer le lendemain à une portée de mousquet des murailles. Après avoir canonné quelque temps ces vaisseaux , ils mirent en mer quatre chaloupes commandées par le chevalier de Coetlogon, lesquelles, à la faveur de leur feu, allèrent, nonobstant celui du canon et de la mousqueterie ennemie, aborder le plus gros desdits vaisseaux , qui était chargé de blé et armé de cinquante pièces de canon.

» Celui-ci se trouva vénitien et ne fit aucune résistance; mais le capitaine qui le commandait ayant dit audit chevalier de Coetlogon que les deux autres étaient espagnols, il poursuivit son chemin , et malgré tout le feu de la \iUe et d'une galiote armée qui était dans le port, se rendit encore maître d'un de ces vaisseaux, coupa ses amarres et l'emmena aux nôtres.

» Gela fait , il retourna au vénitien pour le faire mettre à la voile , et pour cela essuya derechef tout le feu du vaisseau qui restait , sur lequel les Espagnols avaient encore jeté quantité de monde.

» Us n'en demeurèrent pas à cette action ; mais la nuit suivante , ils résoluriint de l'aller brûler dans le port : il portait vingt pièces de canon , S(ize pierrie s , et éuit défendu de tous

côtés par la ville : tout cela n*einpécha pas nos^gens d'exécuter leur dessein, et ils attaquèrent ce bâtiment avec tant de vigueur, qu'au premier abord tous ceux de son équipage rabandonnèrent. » On ne saurait dire combien de belles actions se firent en cette occasion , et Ton ajoute que les chevaliers des Gouttes et de Sillery, qui commandaient chacun une chaloupe, y acquirent une réputation toute particulière.

»De là, MM. les chevaliers de Tourville et de Léry,.avec leur escorte et leur prise, allèrent à Raguse, où ils ne firent pas . moins paraître d'esprit et d'adresse qu'ils venaient de témoigner de vigueur et d'intrépidité. Ils envoyèrent quérir lesjurats, leur firent reproche de ce qu'ils fournissaient aux Espagnols des mariniers et de rafraîchissements , et qu'ils ne faisaient pas la même chose pour les Français ; ils les menacèrent sur cela de les venir brûler dans leur port, et enfin les surent si bien intimider, qu'ils, leur promirent de garder à l'avenir d'autres mesures, et de faire pour cet effet publier un ban. Jusque-là toutes choses étaient allées le mieux du monde; ils amenèrent heureusement ici leur prise ; mais la fortune qui nous avait favorisés commença de nous être contraire : les courants ayant empêché M. de Gossonville d'entrer avec les autres vaisseaux dans ce port , et l'ayant ensuite porté jusque sous le canon de R^gio, malheureusement pour nous , les dix galères de Melazzo venant à passer le lendemain matin de ce côté-là , le trouvèrent en calme, et le prirent sans qu'ils nous fût possible de le secourir.

» Nos galères remorquèrent quelques-uns de nos vaisseaux , mais ils n'y furent pas assez à temps ; je fis ce que je pus de mon côté pour animer et diligenter les affaires ; je montai sur le bord de M. de Forbin , et voulus me trouver moi-même en cette occasion; mais tout cela, comme je viens de dire , fut in«utile , et nous eûmes le chagrin de voir prendre ce bâtiment à nos yeux.

» Cette perte , qui se fit le dimanche 21 du mois passé , ne jeta pas moins de consternation dans la ville, qu'elle nous laissa de désir de nous en venger à quelque prix que ce fût

» Nous concertâmes donc , monsieur l'intendant , messieurs de Tourville, de Léry et moi, sur le biais que nous poutions prendre pour la réparer; et après avoir bien consulté, nous

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