‹ Histoire de la marine françaiseChapitre 21 sur 87 · MM · texte numérisé non relu

MM

LE MAGNIFIQUE. Mnr.j. h' Ijihimui .

lieuUuant-qtneral.

Le Contînt (Jointe tic St-Pi< i te.

Le Verma,„tni, Diuhallard.

Le Chevai-Mu.in... CUev. d' AmlYcvillc.

Le Fongueux De Sl.Marc. [Ri-p.)

Arrière .garde.

U Cnmle Marqui. do Bleftae.

Le Vigilant Clit-r. «le ("balais.

f.e Par/nlt MaclianU.

LE TRIONPUANT. Chev. dk Fucoiat.

chef n~ r< cadre.

Le Bourbon Dhorrault.

Le Dm. Pailllire.

Lt Vmllant. Fouquiire*.

Le Cu.pnl.le Lu Routière. ^Rôp.

Le Brave De ('h»mpl(rny. ^

Le t> rani ,m Cher. d'Ailly.

L'Agréable .' . La Moite.

Le Florittani T>c Cogolin.

I*e Belliqueux DosfroDc*

Le Piinee Daroo de« Adrru.

Le Prit, lent Du Herbier».

Ire Modéré Deutugea. (Répèt.)

Le AVcMini (,'linUcrt.

1/ Aimable Ihl MaC„ou.

L'INTRÉPIDE IH (UB.t*kT, liutc-

nant-gitUrul.

Le Glorieux Rillc-Ile Érar.l.

Lltlnsfe Cher, de Rounadek

Le TeinUe Purmelié, chef d'ei-

La flotte mit à la voile par un temps favorable , mais qui fut de peu de durée, car à l'entrée de la Manche les galères furent obbgées de relâcher à Gamaret 1 , et la flotte lutta long-temps contre la mer et les cornants avant que de pouvoir joindre les ennemis.

Ce fut un grand malheur, ainsi qu'on va le voir par la dépêche de Tour ville , que les galères n'aient pas pu suivre le reste de la flotte; car après le combat qui se livra le 10, sur les cinq heures du soir, le calme étant venu , un grand nombre de vaisseaux anglais et hollandais complètement désemparés mouille-

1 Camaret. Au S. du goulot de Brest; petite ville maritime devant laquelle il y a une bonne ude, dont le 6eul inconvénient est d'être ouverte au nord.

104 HISlOIRi: DE LA MARINE. — 16!»0—

rent au jusant; il fut impossihlo à Tourville de les poursuivre, à cause de ce calme qu'on a dit ; tandis que si les galères du brave bailli de Noailles eussent été là, au moyen de leurs raines elles auraient été brûler ou amariner les bâtiments ennemis, faisant ainsi l'office des bâtiments à vapeur de nos jours. Aussi ne peut-on que louer extrêmement Seignelay d'avoir compris tout le service que pouvaient rendre les galères dans l'Océan.

Enfin ce ne fut que le 2 juillet que Tourville reconnut l'île de Wigbt; et les vaisseaux qui étaient à la découverte a|)ei curent plusieurs navires de l'année ennemie mouillés hors de la pointe de Sainte-Hélène.

L'avant-garde anglo-hollandaise était commandée par l'amiral Everstzen , Hollandais.

Le corps de bataille hollandais et anglais était commandé par l'amiral hollandais Vanderkulm , et l'arrière-garde par l'amiral Herbert.

Voici la relation de M. de Tourville sur le combat dit de Bevezicrs1, écrite le lendemain même de cette affaire.

- - A siv lieues du eap do Bevezicrs. le 1 1 juillet ItWO.

Monseigneur.

Je n'ai pas le temps de vous faire le détail du combat que nous venons de rendre contre la flotte ennemie , il est impossible que j'en puisse savoir les particularités. Les ennemis avaient le vent sur nous; j'ai formé notre ligne; les Hollandais se sont trouvés à Pavant-garde, Herbert faisait le corps de bataille, et le pavillon bleu anglais l'arrière-garde; M. de Chateaurenault se trouva à Pavant-garde par la disposition de notre

' Bevezisrx. Cap sur la côte d'Angleterre , dans la Manche, par.'>0°44' 23" N. et par 2° 5' 4" à 10. de Paris. On trouve dans le Petit Flambeau de la mer la description suivante du cap de Beveziers. « Bevezicrs est un haut cap plein de falaises blanches et escarpées, qui met fort au large à la mer. Des deux côtés de ce cap il y a un bon ancrage; du côté de l'E. c'est une grande anse où l'on est à l'abri des vents d'O. ^t de S.-O. On y mouille par sept ou huit brasses d'eau ; en dedans de cette anse, et au défaut des falaises de Bevezicrs, dans un plat pays, est une petite rivière nommée Tiborne, et dans laquelle il entre de petits bâtiments ; mais elle se bouche quand il fait mauvais temps. Les marées y sont N. et S. A 10. de Bevezicrs il y a un bon mouillage où l'on est à l'abri des vents du N. du N.-E., et même de l'E. Toute cette terre est de hautes falaises blanches, ce qui la rend facile a remonter. »

-IGnO- UVRK VW, CHAPITRE III. 10;,

armée, et M. le comte d'Estréesî» l'arrière-garde. Los Hollandais vinrent avec toute la vigueur possible sur notre avant-garde : Herbert ne voulut pas me combattre et même ne combattit avec aucun de nos pavillons. Je combattis avec son vice-amiral et deux seconds aussi gros que lui, >!. le comte d'Kstrées combattit avec le pavillon bleu. Nous tînmes le vent si heureusement, que les Hollandais s étant un peu trop abandonnés ne purent se rallier au vent avec facilité, ce qui fut cause qu'ils furent entièrement désemparés; il y eut, comptant tes Jnff(aisy douze de leurs navires rasés sans aucuns mâts. Je ne crois pas que pour un combat donné sous le vent on ait eu un pareil avantage. Le calme vint, ce qui fut cause qu'il n'y eut qu'un de leurs vaisseaux qui tomba entre nos mains, et qui était un hollandais de soixante-huit pièces de canon. Il est sûr que si nous avions eu nos galères , nous prenions tous ces navires démâtés qui mouillèrent au jusant. Le soir le vent tourna de notre côté environ une demi-heure; s'il eut continué, il y avait dix vaisseaux hollandais de coupés. Lorsque l'armée ennemie eut mouillé pour ne pas tomber sur nous et se conserver la marée, je m'aperçus de leurs manœuvres, quoiqu'ils eussent toutes leurs voiles, et je mouillai avec quelques vaisseaux de mon escadre a la portée du canon de sept ou huit vaisseaux hollandais qui étaient près de moi. Après la marée finie , ils levèrent l'ancre et se firent remorquer avec leurs chaloupes; ce sont des bâtiments plats qui tireut peu d'eau, et par conséquent plus aisés à remorquer que les nôtres. Ils s'éloignèrent un peu de nous; nous sommes toujours en présence : le vent est toujours de leur côté. L'avant-garde , commandée par M. de Chateaurenault , soutint parfaitement bien les vaisseaux ennemis; M. le comte d'Estrées, qui était de l'arrièregarde, soutint de son côté parfaitement l'escadre bleue qui le vint attaquer ; il y eut deux vaisseaux anglais de l'arrière-garde qui furent démâtés , le reste des vaisseaux fut démâté par l'avant-garde et notre corps de bataille. Vous ne doutez pas qu'après un combat de huit heures nous ne soyons fort désemparés, la plupart de nos vaisseaux n'ont plus de munitions ; nous suivons cependant l'armée ennemie. Je saurai plus de particularités dans la suite que je vous manderai. On ne peut être plus

satisfait que je suis de tous les capitaines : M. de Yillette , qui était le troisième ou le quatrième vaisseau de l'avant-garde, commandée par M. de Chateaurenault , a fort bien soutenu. Je suis fort content de mes- deux matelots, qui étaient le marquis de Laporte et Coëtlogon ; le premier a été entièrement désemparé. Il y a eu trois à quatre vaisseaux de l'arrière-garde , commandée par M. le comte d'Estrées, qui ont été fort désemparés, particulièrement Pannetier. Il y a beaucoup de nos vaisseaux qui n'ont plus de poudre. Le vaisseau ennemi se rendit à M. de Nesmond. Je trouve que les ennemis se sont parfaitement bien battus; il n'y a eu qu'Herbert et ses seconds qui n'ont pas tiré de près et qui n'avaient choisi que des vaisseaux particuliers de l'escadre du marquis d'Amfreville. Si nous avions eu le vent, l'affaire aurait été plus complète ; mais vous pouvez assurer le roi qu'elle ne le peut avoir été davantage , les ennemis ayant le vent sur nous. Je suis fort content des chevaliers de Bouillon , d'Armagnac et de Luynes; Pimon a parfaitement bien fait son devoir et ne m'a pas été inutile. Je puis aussi rendre témoignage que j'ai été fort secouru de M. de Vauvré par sa présence et par ses conseils. Le major-général m'a fort bien secondé en tout. Le petit Renau a eu (a basque de son justaucorps emportée d'un coup de canon, qui lui a passé entre les j amies en ce temps qu'il dressait un plan; il a de l'esprit, de la capacité et beaucoup de valeur, et est d'un bon conseil.

Je suis obligé de vous dire que le sieur Truillet a fait des merveilles; il commandait les batteries : c'est le meilleur officier de France ; il y aurait de la justice que vous lui envoyiez une commission de capitaine ; dans une occasion comme celleci , cela donnerait de l'émulation aux autres officiers.

M. de Colombe s'est parfaitement acquitté de son devoir avec les gardes qu'il commandait.

Je suis avec beaucoup de respect ,

Votre très-humble et très-obéissant serviteur,

Le comte de TOURVILLE.

(Archives de la marine.)

La relation suivante est de M. de Chateaurenault , qui donne les plus grands détails sur la manœuvre de l'avant-garde qu'il commandait.

RELATION , PAR M. DE CHATEALRENAULT , DU COMBAT DONNÉ PAR L'ARMÉE NAVALE DU ROI, COMMANDÉE PAR LE COMTE DE TOURV1LLE, VICE-AMIRAL DE FRANCE, CONTRE LES FLOTTES D'ANGLETERRE ET DE HOLLANDE.

Il juillet 1690.

La nuit du 9 au 10 de juillet, M. le comte de Tourville m'envoya des ordres et me fit dire par l'aidc-major qu'il était résolu d'engager le combat à quelque prix que ce fût , même au vent des ennemis. 11 parut ensuite aux officiers de mon lx>rd qu'il aurait fait des signaux de forcer de voiles. J'y répondis dos feux et du canon , et je fis force dé voiles avec toute mon escadre. Je mouillai sur les deux heures après minuit, ayant ouï moi-même les signaux de mouillage que j'attendais avec impatience, l'heure de la marée étant venue et tout étant prêt pour cela. Quelque temps après, le jour paraissant , je fus assez surpris de me voir à pareille distance de M. de Tourville et dès ennemis; ils étaient encore sous voile; ils avaient le vent , et me voyant mouillé et éloigné du reste de l'armée avec mon escadre , je ne sais si cela ne leur aurait point fait croire qu'ils pourraient profiter de cet avantage ; aussi ne tardèrent-ils pas d'arriver sur moi. Je ne m'en embarrassai pas : je me mis d'abord sous voile avec toute mon escadre, et je vins regagner en bon ordre la tète de la ligne, où je mis en panne pour les attendre, ainsi que fil M. de Tourville avec le reste de l'armée. Les ennemis continuèrent d'arriver et vinrent aussi en bon ordre attaquer notre ligne presque de front, et en même temps les Hollandais me tombèrent en partage et arrivèrenrun peu plus tôt que le reste de la ligne. Ils firent une faute bien considérable |H)ur des gens du métier. Je vis bien d'abord que j'en profiterais; mais je les laissai engager le combat , et lorsque je vis qu'ils allaient commencer et qu'ils n'avaient pas assez prolongé leur ligne pour combattre les vaisseaux de la tête , je fis le signal ordonné pour que la division de M. de Villette fît

108 HISTOIRK DK LA MAR1NK. — iCiiO—

force île voiles pour être en état de revirer sur les ennemis et les mettre entre deux feux. Les ennemis , presque en même temps, présentèrent le côté et commencèrent à tirer à la petite portée du canon. La division do M. de Langeron répondit la première, et je le fis ensuite quand je les vis bien engagés el ayant vu qu'on avait réj>ondu à mes signaux. Le feu de la tète des ennemis ne fut guère bien établi que par le travers du chevalier de Montbron et du sieur d'Aligre, qui était mon matelot de l'avant. Le vice-amiral et le contre-amiral des ennemis, avec deux autres vaisseaux bien serrés, se mirent par mon travers et celui de l'Ardent \ commandé par le sieur d'Infreville ; nous fîmes très-grand feu de part et d'autre fort longtemps; le Pompeux, commandé par le sieur d'Aligre, qui lit toujours beau feu et bien son devoir dans toute l'occasion, laissa tomber sa misaine, croyant devoir forcer de voiles, comme la division de M/de Villette à qui j'en avais fait le sigual, se trouva un peu loin de moi, et je fus obligé de laisser tomber la mienne pour m'en rapprocher. L'Ardent, mon matelot de l'arrière , fut si maltraité qu'il fut obligé d'arriver sous le vent de la première ligne pour se raccommoder. Ce contre-temps m'exposa seul quelque temps au feu de ces quatre vaisseaux , sur lequel il fallut partager le mien. Je mis dans ce temps-là le signal à la division de 3J. de Villette de revirer, ayant forcé de voiles pour cet effet. Je n'aurais pas été en peine que M. de Villette n'eût rev iré de même aussitôt qu'il l'aurait jugé à propos, puisque lui, 31. de Kelingues et moi en étions convenus en pareille occasion , et plus encore en celle-ci que j'avais fait le premier signal de forcer de voiles qui ne pouvait être qu'à cette intention , que je jugeai aussi devoir être celle du général qui m'avait donné cet ordre par les signaux généraux ; mais je fus bien aise de le faire entendre à tous les vaisseaux de l'avantgarde , «fin que chacun reviràt à son tour et suivît bien M. de Kelingues.

M. de Relingues, à ce que j'ai appris depuis, avait déjà eu la même intention , puisqu'il avait déjà rev iré ; mais ne se trouvant pas assez au veut des ennemis, if avait été obligé de courre son premier bord pour être plus au vent. Je crois que cela aurait été en intention de me soulager plus tôt du grand

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feu qu'il voyait tomber sur moi. Étant ensuite reviré à la tête de sa division , M. de Villette vint envelopper avec elle les ennemis et achever de les mettre en désordre, se trouvant entre deux feux. Après que MM. de Relingues, de La Harte-Loire, de La Galissonnière, de Villette, de Pointis et de Septèmes eurent reviré, je revirai tout court, sans attendre que le sieur de Riberé, le comte des Gouttes, le sieur du Persain, le chevalier de Montbron et le sieur d' Migre les eussent suivis, afin de suivre mieux les ennemis; mais je le fis avec beaucoup de peine à cause du calme, en étant autant incommodé qu'un navire qui pouvait encore se mouvoir un peu le pouvait être; et pour ne point perdre de temps, j'envoyai M. le chevalier de Heaujeu, major, qui voulut aller lui-même pour avertir ces vaisseaux qui n'avaient reviré de revirer en même temps derrière moi et de faire force de voiles autant qu'ils le pourraient. Par ce moyenlà, je joignis promptement ces premiers vaisseaux qui avaient reviré avec MM. de Villette, do Relingues et de La Harte- Loire , et les ci-devant nommés de la division qui avait reviré.

Le sieur de Perrinct, qui suivait le sieur d'Infreville qui avait été obligé de se tirer de la ligne , avait été aussi incommodé de ses mils et un peu largué; quelques vaisseaux des ennemis passèrent par cet intervalle de la ligne et arrivèrent sous le vent pour éviter notre feu. Nous eussions infailliblement fait périr toute cette escadre , qui se trouvait engagée dans la nôtre et dans une partie de celle de M. de Tourv ille; mais le calme qui survint m'ôta, et à tous nos vaisseaux, tout mouvement, hors celui que nous pouvions avoir par nos chaloupes.

Vous saurez l'état où nous avons mis les Hollandais par la perte qu'ils ont faite de leurs vaisseaux ; mais sans le calme nous les aurions eus presque tous, n'ayant plus de moyens de se rejoindre aux Anglais qui les avaient ab indonnés.

Le sieur de Pcrrinet soutint fort bien le feu , aussi bien que les sieurs de Beaujeu , de La Vigerie, de Sevigny, de Vaudricourt et Du Riv au , que je retrouvai avec M. de Langeron dans une bonne situation pour nous assurer une victoire plus complète de tous les Hollandais. Je ne vous dirai rien des Anglais , que je ne vis plus au retour que je fis du côté de M. de Tourville. J'ai su seulement que M. Herbert n'avait osé se trouver

par son travers, ni d'aucun vaisseau considérable, et qu'il avait " préféré de se trouver par celui du Modéré, du Comte et du Chcv ai-Marin, ce qui vous confirmera ce que je vous ai dit de ce général à l'occasion du combat de Bantry.

Je ne vous parlerai point de ce qui s'est passé ailleurs que dans mon escadre. Vous saurez seulement en général que la marée qui suivit le calme nous éloigna peu à peu des ennemis, parce qu'ils avaient mouillé avec toutes leurs voiles; nous nous aperçûmes quelque temps après que M. le comte de Tourville fit mouiller.

A dix heures du soir il leva l'ancre pour poursuivre avec quelques vaisseaux les ennemis qui avaient fait la même chose; et n'en ayant aucune connaissance par les signaux, non plus que vingt capitaines de toute l'escadre et quelques officiersgénéraux qui se trouvèrent près de moi, j'eus le chagrin de le voir mouillé éloigné de moi, à la pointe du jour, avec un petit nombre de vaisseaux, auxquels je me rejoignis aussitôt que je le pus. J'ai reçu de M. le comte de Tourville et de M. l'intendant dans la suite tout le secours dont je pouvais avoir besoin pour les hommes dont j'avais en morts et blessés près de cent hors de serv ice.

J'ai travaillé à remettre en état toutes mes manœuvres, qui avaient généralement été coupées, et présentement je suis bien mieux en état de combattre que la première fois, mou équipage ayant fait une épreuve dont il avait besoin , n'y ayant pas six hommes qui l'eussent faite.

Pour le vaisseau , il n'a point largué du tout , et il est heureux que le bois n'en éclate point. Personne presque n'a été blessé que de balles : le marquis de Fretoir l'a été légèrement à la jambe, et le sieur Baudoin, gardr-marine , à la tête, faisant fonctions d'enseigne , dont je suis obligé de vous recommander le mérite et l'application. Le sieur Delcampe, capitaiue, qui a bien fait tout ce qui dépendait de son zèle et de son courage; Us sieurs de Champagnet, de Gcofroy et de Boisfort, lieutenants, y ont commandé leurs batteries; le chevalier de Noret, enseigne, a servi à tout, étant destiné pour attaquer les brûlots dans l'occasion avec les chaloupes ; quand il vous plaira ce sera un des meilleurs lieutenants du corps. Le cheva-

— 1690— .LIVRE VIII, CHAPITRE III. iU

» lier de Gourdon et te marquis du Frdoy se fout bons officiers; le sieur Baudoin, blessé légèrement, et qui fait les fonctions d'enseigne et de garçon major, est aussi propre pour le service que je n'en ai encore vu. J'ai déjà pris la liberté de vous intéresser sur le sujet du sieur Boistenard , que j'ai trouvé faisant les fonctions d'aide-major , n'étant qu'enseigne ; il a été mousquetaire , il a fort bien discipliné nos soldats (fui étaieut tous nouveaux. Je vous dois nu témoignage sincère du mérite du chevalier de-Beaujeu, qu'on ne peut avoir un meilleur esprit pour tout le service, ni être en effet un meilleur officier, tant pour tout ce qui regarde un vaisseau , (pie pour sou emploi de major qu'il fait très-bien. Le sieur de Sartou , capitaine commandant les gardes - marine , s'applique également au soin des gardes et à tout ce qui regarde le soin de la marine avec beaucoup de distinction de ceux qui ont eu le même emploi ; il a commandé fort bien 4a batterie cl les gens du château d'avant , ayant sous lui le sieur de Saint-Paul , ancien lieutenant de galères, qui commandait les mille soldats des galères embarqués à Toulon avec moi ; il a aussi fort bien fait son devoir : c'est un garçon de cœur et de bon esprit. J'oubliais de vous dire que le chevalier de Clermont , officier des galères , a été tué sur ie Pomjwux , mon matelot d'avant , et le sieur de La Piaudière, capitaine en second sur V Aident, mon matelot de l'arrière , a été blessé considérablement au bras , qu'il est en danger de perdre. Voilà, monseigneur, le compte que j'ai cru être obligé de vous rendre de ce qui a été sous ma charge cl à ma connaissance pendant le combat ; à quoi j'ajouterai que le sieur de Salantin , commissaire de l'escadre, a témoigné plus de valeur qu'il n'est permis d'en avoir à un homme de sa profession. Je réserve à vous dire ce qui regarde son application à son emploi , dont je suis très-satisfait.

Chateaurenault.

On vient de voir, dans la dépêche de ,M. de Tourville, qu'un iKMilet passa entre les jambes de M. llenau et lui enleva une basque de son justaucorps; et qu'à ce moment M. Renau était sur la dunette à relever les positions de l'année anglaise et hollandaise , et à tracer un plan de l'ordre de bataille des deux

U*2 HISTOIRE DK LA MARINE. — iG<J0—

années. Ce plan fait si intrépidement au milieu du feu , on le ê donne ici , ainsi que la relation de M. Renau qui y renvoie. Il est impossible d'expliquer d'une façon plus claire et plus technique les diverses évolutions des deûx armées pendant le combat.

RELATION DE M. RENAU DU COMBAT DONNÉ PAR L'ARMÉE NAVALE DU ROI, COMMANDÉE PAR M. LE COMTE DE TOUR- VILLE, VICE- AMIRAL DE FRANCE, CONTRE LES FLOTTES D'ANGLETERRE ET DE HOLLANDE, A H LIT LIE LES DU CAP BEVEZIERS, SUR LA COTE D'ANGLETERRE, Y JOINT UN PLAN DE LA BATAILLE.

Il juilK-t IGUO.

Le 10 de ce mois, a la petite pointe du jour , les ennemis parurent à la voile avant la fin 'du jusant, qui porte à l'ouest contre leur accoutumé parce que , jusqu'à ce moment-là , ils s'étaient servis du flot pour s'élever vers l'est , les vents ayant toujours été de ce côté-là depuis leur sortie de la rade de Sainte- Hélène. On jugea par là qu'ils avaient dessein de nous approcher, et, en effet , lorsque le jour fut assez clair, on vit qu'ils se mettaient en ordre de bataille dans la disposition de la ligne 1 1, 5, occupant à peu près cet espace. Le vent était au nord-est, assez frais, et peu de temps après ils arrivèrent et firent vent-arrière. L'armée du roi était alors séparée en deux : l'escadre bleue était à peu près dans l'espace a, h, les vaisseaux étant assez épais d'un coté et d'autre; l'escadre blanche était de même dans l'espace c, ci, et l'escadre blanche et bleue dans celui de cl, e. On fit le signal de l'ordre de bâtaille, et afin de faciliter à chacun le moyen de s'y mettre, l'escadre blanche, qui était trop au vent de l'escadre bleue, arriva et porta à ouest-sud-ouest, c'est-à-dire suivant les routes ponctuées c, g et d , h , et vint occuper l'espace y , h. Pendant ce temps-là, l'escadre blanche et bleue arriva suivant les lignes cl, /iet e, j, et vint occuper l'espace h ,j. Tous ces mouvements se firent à petite voile pour donner le temps à l'escadre bleue d'arriver

1 Voir le plan ci-joint.

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vent-arrière, suivant les lignes a, f et c, y, et venir occujkm' l'espace /', g. Toute l'armée se trouva ainsi en ordre de bataille, suivant la ligne f, g, qui est sud-est et nord-ouest , présentant le cap au nord-ouest , et dans cette disposition on attendait les ennemis de pied ferme. L'escadre de Hollande, qui occupait l'espace 1 et 2, vint de fort bonne grâce et en bon ordre attaquer l'escadre bleue, en se portant dans l'espace 6 et 7. Le vice amiral rouge avec sa division, qui occupait l'espace 2 et 3, vint occuper l'espace 7 et 8, en hésitant un peu et ne s'approchant. pas tant que l'escadre des Hollandais. L'amiral rouge avec le reste de son escadre vint fort lentement occuper l'espace 9 et 10, à la grande portée du canon de notre ligne. L'amiral bleu, avec son escadre, s'approcha beaucoup plus et vint occuper l'espace 11 et 12. Les ennemis commencèrent à faire un fort grand feu- d'artillerie environ à neuf heures du matin. Quand ils furent parvenus à cette distance, une partie de notre arrière-garde répondit en même temps; mais M. le comte de Tourville, commandant le Soleil- Roy al, avec tout le corps* de bataille, ne tira que lorsque les ennemis furent plus près et qu'ils eurent tiré assez long-temps; et lorsque l'on jugea que l'on était à bonne portée , on fit un feu terrible par toute la ligne, qui dura depuis neuf heures et demie jusqu'à cinq heures et demie. On ne fut pas une heure sans s'apercevoir du gain de la bataille par la grande supériorité que notre artillerie prit sur la leur, qui fut presque tout interdite au bout de deux ou trois heures, à la réserve de celle des Hollandais, qui ont toujours combattu avec une valeur extraordinaire et une grande franchise en quelque endroit qu'ils se trouvassent. Il n'en a |»as été tout à fait de môme des Anglais : l'amiral rouge Herbert avec ses seconds se lassèrent en peu de temps de se trouver par le travers du Soleil-Royal. Il se fit remorquer par trois ou quatre chaloupes et sortit de la ligne avec précipitation, étant démâté du mât de hune d'avant. Le reste de l'escadre rouge s'est toujours teuu à la grande portée du canon , allant d'abord vers l'arrièrc-garde et ensuite vers l'avant-garde , et Herbert prit un grand soin de ne demeurer guère par le travers de notre pavillon et de nos gros vaisseaux ; quelque chose que le Magnifique, commandé par M. le marquis d'Amfre- IV. 8

ville , ait pu faire , il ne Ta jamais pu obliger à demeurer un instant par son travers. L'escadre bleue a beaucoup mieux fait : «•lie a chargé l'arrière-garde avec beaucoup de vigueur ; cependant on dit que l'amiral bleu et tous les autres ont été fort attentifs à éviter le côté du Grand , commandé par M. le comte d'Estrécs, de l'Intrépide, par M. Gabaret, et des autres vaisseaux à trois ponts. Notre ligne a reçu un peu plus de choc de ce côté-là que d'ailleurs. Le Terrible, commandé par M. Pannetier, fut obligé de faire vent-arrière, une bombe lui ayant fait sauter tout ce qui est au-dessus de la sainte-barbe jusqu'à la dunette, et mis toute la poupe en feu. Le Fleuron, commandé par M. Chabert, et te Modéré, par M. J)es Augers, furent obligés de faire la même chose , parce qu'ils coulaient bas d'eau. Ils se rétablirent tous, à la poupe du Terribleprès. Ces mouvements furent cause que l'Illustre, commandé par M. le chevalier de Rosmadec, eut toujours affaire à ciuq gros vaisseaux , contre qui il a tenu avec toute la fermeté et la valeur imaginables. Les Anglais ont été fort maltraités de ce côté-là : le Grand et l'Intrépide en ont rasé deux comme des pontons et démâtés, et fort maltraités par toute la ligne et plusieurs autres au corps de la bataille. Ils ont eu soin de se conserver.

Les Hollandais ont été les plus maltraités; il est difficile de représenter le pitoyable état où ils ont été réduits. Le Soleil- Royal, qui avait toujours eu le vent extrêmement avec tout le corps de bataille , voyant les Hollandais qui s'étaient extrêmement abandonnés sur l'avant-garde , presque dans ses eaux , jugea que s'il faisait force de voiles il passerait à bord de trois ou quatre Hollandais , et fit aussitôt appareiller sa misaine pour se trouver par leur travers. Dans le moment qu'il y fut, il en rasa deux comme des pontons , un vice-amiral et son matelot , et passant seulement par leur travers à l'endroit à peu près marqué 7, il en mit encore deux ou trois autres sur le côté. Ce qui lui facilita le plus cela , ce fut la retraite du vice-amiral rouge. Il y a aussi un autre vaisseau rasé de même par le travers du Henry, que l'on prit le soir et que l'on brûla.

La tête de notre avant-garde, qui débordait les ennemis, eut ordre de forcer de voiles et de revirer pour les mettre entre

deux feux; la division du Conquérant, commandée par M. de Vlllctte , l'aurait fait sans le calme ; il ne l'empêcha pas de se mêler parmi eux et de les achever d'accabler. Enfin, monsieur, sur la fin du jour , les armées qui étaient comme je viens de vous dire, étaient encore dans la situation, savoir : celle du roi selon k , l , et celle des ennemis selon m, n , et par les grands intervalles 13, 14, 15 et 16, vous jugerez aisément que les Hollandais étaient perdus sans ressource, si le calme et le jusant qui nous firent tomber vers le sud-ouest d'une portée de canon ne les en eût garantis; car le Soleil-Royal , avec tout le corps de bataille et même l'arrière-garde , aurait passé par l'intervalle 13, 14, pouvant tout porter au vent de m d'autant plus facilement que les Hollandais n'étaient plus en état do tirer, et que les Anglais, entre 16 et n, les avaient abandonnés, ne songeant plus qu'à se sauver en désordre. Jamais il n'y aurait eu une victoire plus complète que celle que l'on aurait remportée , quoique sous le vent des ennemis ; il n'y avait plus qu'à tendre les mains , ils se rendaient comme celui qu'on a pris. Je crois qu'il est inouï que l'on ait eu huit jours de temps si contraire dans toutes les circonstances que ceux que nous avons eus depuis que nous talonnons les ennemis. Tout cela n'empêche pas, monsieur, que le roi n'ait tous les sujets du monde d'être content de son armée navale. On ne |>ouvait rien désirer d'eux au delà de ce qu'i's ont fait dans cette occasion. Je crois que messieurs les Hollandais conviendront qu'ils ne se sont jamais trouvés en pareille affaire, et qu'ils se souviendront long-temps de l'audace qu'ils ont eue d'attaquer l'armée du roi. Nous les poursuivons toujours ayant le vent contraire. Ils ont brûlé cette nuit un fort gros vaisseau qui a sauté en l'air par notre travers, et ils en ont envoyé tantôt sept ou huit à la côte, que l'on espère prendre ou brûler. Il y a apparence qu'ils en ont coulé à fond quelques-uns par les difficultés qu'ils auraient trouvées à les remorquer. J'oubliais à vous dire que (e Glorieux, commandé par M. de Belle- Isle-Erard , a soutenu, comme V Illustre, commandé par M. le chevalier de Rosmadec, un très-grand feu des ennemis dans la poursuite qu'il a faite.

Depuis cette relation écrite, on les a obligés de brûler quatre

tir. HlSTOlRi: Dr L\ MA'RINK. —1090—

vaisseaux qu'ils avaient envoyés du depuis, et deux autres qu'ils viennent encore de faire échouer , que l'on croit aller- brûler. Ils ont aussi coulé deux vaisseaux à fond, de sorte que voilà dix-sept vaisseaux perdus de soixante-dix à quatre-vingts pièces de canon chacun , sans compter ceux qui périront encore ou que l'armée fera périr dans sa poursuite.

Renau.

(Archives de ta marine.)

On voit facilement par plusieurs passages des dépêches précédentes de Tourville, de Chateaurenault et de Petit-Renau que l'escadre anglaise ne fit pas aussi vaillamment son devoir qu'elle aurait dû le faire . et que les malheureux Hollandais furent en cette occasion un peu traités par l'amiral Herbert, leur allié, comme le furent en 1"2 et 73 les Anglais par M. le vice-amiral d'Estrées. Fut-ce timidité ou secret dessein de l'amiral anglais? le fait est difficile à expliquer ; ce qu'il y a de malheureusement certain, c'est que la fatale affaire de La Ilogue, en 1692, n'eut lieu en partie que parce que Louis XIV se croyait sûr, d'après les assertions de Jacques II, de la défection ou au moins de l'inaction d'une grande partie de la flotte aoglo-hollandaisc: mais la défection n'eut pas lieu, et la flotte française, étant dans une elfroyable disproportion avec la flotte ennemie, fut écrasée.

Ku apprenant la nouvelle du combat de Beveziers, Seignelay lit compliment à Tourville en l'excitant encore à de plus grands succès, et lui envoya des ordres réitérés et précis de tenir la mer pour profiter de sa supériorité, avec défense de renvoyer dans les ports d'autres vaisseaux que ceux qui se trouveraient tout à fait hors de combat, lui enjoignant en outre de se tenir aux rades de Portland et de Torbay , où il recevrait des munilions pour se radouber et d'où il pourrait se remettre en mer pour un second combat, ou bien entreprendre une descente au port d'Amos ou à Kalwaler, considérant cette entreprise comme facile et lui laissant même entendre que le roi ne lui saurait pas mauvais gré de risquer ses vaisseaux dans cette entreprise.

On pense que Tourville n'exécuta de ces ordres que ce qu'il crut convenable, agissant sur mer comme autrefois Turennc

agissait sur terre dans ses relations avec Louvois. Aussi répondit-il de la sorte à Seignelay en lui rendant compte presque jour par jour de ses opérations :

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