‹ Histoire de la marine françaiseChapitre 26 sur 87 · IV · texte numérisé non relu

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ou mortelle , mais juste toujours , et due à toute rébellion ; car ce que j'ai fait , moi , uniquement par raison , conscience et bravoure , d'autres le peuvent faire par vertige , bassesse ou lâcheté. »

On le répète , cette conduite semble bien noble el bien grande , et Tourville , Du Quesne et Turennc la tinrent plus d'une fois.

Que si l'on objectait, avec une apparente solidité, qu'au temps de Louis XIV la discipline militaire était loin de se montrer aussi effrayante et aussi implacable à l'insubordination qu'elle aurait pu l'être, on répondrait assurément que la volonté toute-puissante d'un ministre aussi royalement irascible , . brutal et emporté (pie Louvois, que l'influence d'un homme aussi sûr de l'appui de madame de Maintenon et de Louis XIV, que l'était Pontcliartrain , était alors autant à redouter que le plus intraitable des conseils de guerre, et que dans ce temps-là la perte du crédit ou de la faveur de la cour entraînait de telles et de si mortelles suites , que des gens comme Racine el bien d'autres moururent de regret de l'avoir déméritée.... Mais encore une fois, vengeance de roi, de ministre, de maîtresse, dès que la voix de son dc\oir parlait, Tourville brava toujours de si enrayantes conséquences, comme il se fût noblement résigné à subir, l'équitable sé\érité d'un conseil de guerre.

On va maintenant entrer dans le détail de la manœuvre de Tourville pendant l'année 1691.

Les opérations maritimes de cet amiral dans la Manche durant cette campagne furent attaquées en France avec une violence extrême, et les détracteurs de ce grand marin lui surgirent de tous côtés. Cela était d'ailleurs concevable : une si noble carrière, encore récemment illustrée par le beau combat de Beveziers, dans lequel l'intrépité la plus rare s'était si merveilleusement unie aux sages tempéraments d'une tactique froide et profondément méditée, une si belle carrière, dis-je , ne pouvait manquer aux insinuations de la haine et de l'envie.

Et d'abord il faut dire que pour les gens prévenus, ignorants ou intéressés dans le débat que souleva la pensée stratégique de Tourville , pensée qui fut le germe de toutes les évolutions de sa campagne de 1691, jamais peut-être plus d'apparences ne

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furent réunies contre un gênerai d'année, jamais circonstances plus fâcheuses ne se liguèrent contre lui.

Au nombre de ces dernières , il faut nécessairement ranger . la complète et superlative inexpérience de M. de Pontchartrain dans les choses de la marine , et l'obligation où il se trouvait alors de faire dresser les instructions pour Tourville par des commis de bureau incapables de tout point de cette grave mission, ou par des officiers-généraux qui, ravis de trouver celte occasion de susciter mille embarras au rival qu'ils jalousaient , rédigeaient ces instructions d'une manière ambiguë , obscure , ou y inséraient quelque clause des plus compromettantes à exécuter.

Ainsi, dans l'instruction qui fut donnée à Tourville le 26 mai par M. de Pontchartrain, instruction que l'on va plus bas citer en entier avec les sages réflexions que Tourville y ajouta en la renvoyant au ministre, il lui est enjoint de montrer le pavillon . du roi, mais d'éviter le combat le plus possible.

A cet article Tourville fait cette observation : « Il ne faudrait •» pourtant pas hésiter a attaquer les ennemis si leurs forces « n'étaient supérieures aux nôtres que d'un petit nombre de •> vaisseaux, de 6, 7 ou 8. J'ai déjà eu l'honneur de le dire au » roi : dès le moment que deux armées sont en présence et en -> état de se pouvoir reconnaître , il est impossible d'éviter un » combat quand une armée ennemie voudra engager l'autre et » qu'elle aura le vent , surtout dans une saison où la nuit n'est » que de trois ou quatre; heures et où les coups de vent ne peu- » veut |ws faciliter une séparation. Il n'y aurait d'autre expé- » (lient que d'abandonner tous les vaisseaux qui ne seraient pas » fins de voile, ce qui ne se peut pas pratiquer; car ce serait •> une manœuvre qui intimiderait de telle manière les équipages «qu'il serait très-difficile de les pouvoir rassurer lorsqu'il faudrait combattre. Tous les officiers-généraux et ceux qui ont » de la pratique à la mer conv iendront de ceïait, et que le meil- » leur parti (quoique inférieur en nombre) est d'attendre l'en- « nemi en bon ordre et de tenir une brave contenance. »

On ne peut répondre, ce nous semble, d'une façon plus digne, plus nette et plus raisonnable ; il en est de même de l'observa tion pleine de force et de justesse qu'on lira plus bas, a pro|M>s

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