‹ Histoire de la marine françaiseChapitre 28 sur 87 · IV · texte numérisé non relu

IV

Sa Majesté veut qu'aussitôt que l'armée sera rassemblée, elle mette à la voile, et qu'elle vienne se mettre à l'ouvert de la Manche, de sorte qu'il n'v puisse entrer ni sortir aucun bâtiment sans tomber au pouvoir des vaisseaux de Sa Majesté.

Klle est bien aise de l'avertir, j>our cet effet, que les Hottes anglaise et hollandaise de Smvrne, qui sont parties de Livourne le septième du mois d'avril et (fui ont paru devant Alicante le septième de ce mois, pourront être à l'entrée de la Manche au commencement de juin ; qu'il est de la dernière ini|)ortance que ledit sieur de Tourville soit en état de l'attaquer; et Sa Majesté veut bien lui dire que le service qu'il lui rendrait s'il enlevait cette flotte, qui est

riche de 30,000,000, serait plus important pour l'exécution des desseins de Sa Majesté que s'il remportait une seconde victoire sur l'armée navale des ennemis.

Outre cette flotte , dont la perle ruinerait sans ressource le plus considérable commerce des ennemis, il est certain qu'il s'en présentera plusieurs autres dans le cours de cet été, dont ledit sieur de Tourville |>eut se rendre maître sans que les vaisseaux d.' Sa Majesté courent aucun risque.

' Quoique ces services soient très-importants, et qu'ils demandent une grande application de la part du sieur de Tourville, cependant, comme ce n'est pas le principal objet que Sa "Majesté a eu en niellant son armée navale à la mer, elle est bien aise de lui expliquer ses intentions sur ce qu'il doit faire pendant celle campagne.

Sa Majesté est informée que ses ennemis ont armé tous les vaisseaux qu'ils ont pu mettre en mer, et elle ne doute pas que lorsque les Anglais et les Hollandais seron%joints, ils ne soient supérieurs en nombre à ses vaisseaux ; mais

elle est en même temps persuadée que ses vaisseaux sont supérieurs par la \uleur et la bonne contenance de ses olïiciers, par la qualité de leurs équipages; et par la grosseur de leur artillerie. Ce-

pendant l'intention de Sa Majesté n'est pas que ledit sieur de Tourville aille chercher les vaisseaux ennemis dans la Manche ; elle veut seulement qu'il croise à l'ouvert de ladite Manche, afin d'y pouvoir entrer si son service le demandait.

Comme la principale vue de Sa Maorforeë'dM'larbomix'do jesté est de garantir ses côtes des desguerre de l'armée ennemie; centes des ennemis et de tâcher de renï Z ïtîminr^V^1" (,re ,eurs armements inutiles , elle veut

a les attaquer, si leurs ,., . ' , „

forces n étaient supérieu- qu il attende, dans la croisière qu elle

lui a marquée ci-dessus, des nouvelles des mouvements des ennemis.

.V. li. Les apostilles à ces divers articles sont des observations écrites au crayon de la main de Tourville.

Il serait nécessaire d'être informé du nombre

res aux noires que d'un petit nombre de vaisseaux , de six, sept, jusqu'à huit.

Comme j'ai déjà eu l'honneur de le dire au Roi, dès le moment que deux armées sont en présence, et en état de se pouvoir reconnaître, il est impossible d'éviter un combat. Quand une armée ennemie voudra engager l'autre et qu'elle aura le vent, dans une sai

En cas qu'ils sortent de la Manche et qu'ils soient en nombre supérieur , Sa Majesté ne veut pas qu'il les attaque ; elle veut au contraire qu'il les évite , en ménageant cependant autant qu'il se pourra la réputation de son année na-

tronisOÙà 1yXnhetes1' rt vale» cl P™*"™* des occasions favorables où les coups de vent ne que sa capacité et son expérience peuvent faire naître, étant certain qu'il peut y avoir des dispositions telles à la mer que le petit nombre peut devenir supérieur au grand.

peuvent pas faciliter une séparation; il n'y aurait d'autre expédient que d'abandonner tous les vaisseaux qui ne seront pas tins de voiles, ce qui ne se peut pas pratiquer, car ce serait une manœuvre qui intimiderait de telle manière les équipages, qu'il serait très-difficile de les pouvoir rassurer lorsqu'il faudrait combattre ; tous les officiers -généraux , et ceux qui ont de la pratique à la mer, conviendront de «•e fait, et que le meilleur

liC HISTOIRE DE LA MARINE. -1691-

paiti (quoique inférieur J est d'attendre l'ennemi en bon ordre et tenir une brave contenance.

Mais en cas que les ennemis sortent de la Manche avec un nombre de vaisseaux inférieur ou égal à ceux de Sa Majesté, elle veut que ledit sieur de Tourville les attaque, qu'il les combatte, et qu'il tâche pour cela de les attirer autant qu'il se pourra sur les côtes de France.

Si les ennemis , étant sortis de la Manche, prenaient la route des côtes de France, comme la baie de Bourg-Neuf, La Rochelle, ou la rivière de Bordeaux, l'intention de Sa Majesté est que ledit sieur de Tourville les suive, qu'il les attaque sans marchander, et qu'il les combatte quoiqua nombre égal , se remettant à lui de prendre les précautions convenables en pareille occasion.

Mais si les ennemis, étant sortis de la Manche, faisaient route en Irlande, Sa Majesté veut que ledit sieur de Tourville les suive; et s'ils entraient dans la rivière de Galloway ou dans celle de Limerick, qu'il les y attaque de la même manière qu'il lui est ordonné sur les côtes de France dans l'article précédent.

Je suis persuadé que n'y M ne parait pas à Sa Majesté que les ayant point de troupes sur- ennemis puissent faire d'autres entre-

numéraires embarquées sur prises en sortant de la Manche que celles

^TflLSw -Pliq««VS;.naiS en cas que

cudo considération , et Ieur dessein fût de rester dans la Man-

qu "elle n en entreprendrait che, d'v faire quelque descente et d'at-

ZXV:^ clrt ville, Sa Majesté veut

Manche, et il est certain que , si c'est à J'ouest du cap de La

qu'une armée qui viendrait Hogue , c'est-à-dire entre ce cap et

r',;;";;:';1;':: zsz » >• "»"•-• <!«•" •«> ^q^ «.

de faire aucun détachement quelque nombre qu'ils soient; mais qu'il de ses équipages, l. a seule attende de nouveaux ordres de Sa Ma-

^.^"«J» ÈU entre ce cap et

euter. étant beaucoup su- Dunkerque. Il concevra aisément qu'il périeurs en nombre de s,.ra tliflicile que les ennemis puissent

vaisseaux, c'est d'en cm- t • , . , j

ployer quelques-uns pour luisS('1 k's vaisseaux qu il faudra pour soutenir les foliotes à soutenir leur attaque , et venir avec un bomixsqu ilsdestineniient assrz grand nombre au-devant de lui ;

a bombarder Dieppe : il ,r -n i ♦ » • . 1

m«.„.«u „ p!„ P ' u ailleurs , comme ils n ont point de me parait, par le raisonne- ' *

ment des pilotes de Saint- troupes surnuméraires embarquées sur Mal., que tout ce qm? peu- |ems vaisseaux, et que les «eus qui se-

vent faire les ennemis est . « ,. <■ i 1». i i

, . . , ront a terre leront des détachements des

d \ fairo approc ner deux

ou trois saiiotes. qui ce- équipages, il sera difficile que les vaispendant seraient a plus de seaux qui viendront au-devant de lui

douze cents toises de la { . j { , bj

place . a moins qu ils ne

voulussent se servir de la opiniâtre. Ainsi , en quelque nombre marée pour approcher les qU<. les ennemis puissent être, il est ^VÏZïïEZ ^mhlMe que les vaisseaux de Sa et très-difficile à exécuter. Majesté seront plus forts; et en cas qu il

eut le bonheur de remporter un grand avantage sur les ennemis, Sa Majesté veut qu'il les pousse le plus loin qu'il se pourra , et que si les ennemis prenaient la fuite devant lui , il les poursuhe jusque dans leurs ports.

n cas que les choses se passent de part et d'autre de manière qu'il n'y ail aucun combat jusqu'au mois d'août, Sa

Majesté est persuadée que les ennemis seront en ce temps peu en état d'attaquer, par le nombre de malades qu'ils auront immanquablement;, étant informée qu'ils en ont déjà plusieurs ; en ce cas, elle s'attend que ses vaisseaux pourront en ce temps entreprendre quelque chose contre eux. Elle espère que la santé se conservera mieux parmi les équipages de ses vaisseaux que par le passé, par le soin qu'elle a pris qu'il ne fut embarqué que de bons vivres; et elle recommande encore audit sieur de Tourville d'examiner avec beaucoup d'attention les causes principales des maladies qui arrivent sur les vaisseaux, et de donner les ordres qu'il estimera nécessaires pour les éviter.

Sa Majesté est bien aise de l'informer qu'elle fait état de faire passer à Brest ou à Ilocbefort , aussitôt que cela se pourra , les sept vaisseaux qui sont à Dunkeiqui» ; et, comme ces vaisseaux pourront le joindre à l'entrée de la Manche ou sur les côtes d'Irlande s'il était obligé d'y aller, Sa Majesté désire qu'il lui envoie les signaux de reconnaissance , afin qu'elle les fasse tenir au commandant de ces vaisseaux ; il faut aussi qu'il en laisse une copie au sieur Desclouseaux etqu'il en envoie aux sieurs Begon, Gabaret, Louvigny et Patoulet, afin qu'ils s'en puissent servir pour les bâtiments qu'ils auront à lui envoyer pendant qu'il tiendra la mer.

On relâchera à Bellc-lle, suivant l'intention du roi, autant qu'on le pourra , le lieu des relâches dépendant des vents et des accidents qui arrivent à la nier ; ainsi je ne peux point déterminer l'endroit où l'année pourrait relâcher, les uns pouvant être obligés d'entrer dans la Manche , d'autres à Brest , d'autres à Belle - lie et d'autres aux rades de La Rochelle ; il est de la dernière importance que tout»

l'armée relâche en même lieu et ensemble par les inconvénients qui pourraient résulter d'une séparation.

Sa Majesté veut absolument que ledit sieur de ïourville tienne la mer depuis le jour qu'il mettra a la voile jusqu'au premier du mois de septembre prochain.

Cependant, en cas que, par quelque accident que Sa Majesté ne peut prévoir, il soit obligé de se rendre dans un port , elle veut que ce soit à la rade de Belle-Ile , à celle de Groye ou autre de la côte , à l'exception de celles de Bertheaume et de Brest , lui défendant d'y entrer , a moins que tous ses vaisseaux ne fussent incommodés après un combat à un point qu'ils fussent hors d'état de tenir la mer le reste de la campagne ; mais , en cas qu'en ce temps , premier septembre, ledit sieur de Tourville n'ait point d'ordre contraire, Sa Majesté désire qu'il renvoie ses vaisseaux dans les ports , qu'il rentre avec trente-cinq à Brest , qu'il en envoie dix à Port-Louis, et vingt-cinq à Rochefort , et Sa Majesté désire qu'il lui fasse savoir son avis sur le choix des vaisseaux qu'il faudra envoyer en chacun de ses ports.

Fait à Marly, le 26 mai 1691.

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