ESCADRE HOLLANDAISE
La Princesse-Émélie.
L'Oudenarde.
L'Ofler Stellingh. Le Prince-de-Frise.
Stadenland.
Le Zeereepe.
Le Beschermersbeschenners , ou le
Défenseur des Défenseurs.
La Ville de Flessinguc.
{Arch. de la marine de Versailles.)
On voit par l'extrait suivant de la Gazette quel était l'effroi inspiré par Jean Bart : le roi Guillaume s'étant embarqué , et apprenant que Jean Bart était sorti de Dunkerque , fut obligé d'attendre que le corsaire fût rentré pour oser se remettre en mer.
{Gazette 16%, p. 573.) De la Haye, le 18 novembre 169k
« Le vent s'étant mis à l'est le 15, le prince d'Orange partit de cette ville le 16, entre six et sept heures du matin , et alla s'embarquer à Orange-Polder ; mais le vent ayant encore changé, il l'obligea pour la seconde fois de revenir ici le soir. Le vent est encore devenu favorable ce matin ; mais la nouvelle qu'on a reçue dans le même temps a de nouveau retardé son départ. On a appris en effet que le capitaine Bart, étant sorti de Dunkerque, le 13 de ce mois, avec cinq vaisseaux, pour aller, à ce qu'on disait, du côté du nord, était venu sur nos côtes ; qu'ayant trouvé à s'ancrer devant Schowen, l'une des îles de Zélande, la flotte d'Écosse escortée par deux vaisseaux de guerre , il l'avait attaquée : qu'il en avait pris une partie ; que l'autre, s'étant jetée dans la Meuse, s'était sauvée à Gorée et en d'autres ports, et que comme on n'avait point vu paraître les deux vaisseaux de guerre d'escorte , on craignait qu'ils n'eussent été pris. Sur
cet avis , le marquis de Carmarthen , qui commande l'escadre venue d'Angleterre pour escorter le prince d'Orange, s'est mis à la poursuite du capitaine Bart, et ainsi le prince d'Orange sera contraint d'attendre son retour pour oser partir. On vient d'apprendre que le prince d'Orange est allé s'embarquer à Orange-Polder et a fait voile avec un vent favorable. »
Après la prise du convoi de blé, dont on a parlé, cette denrée qui valait 30 liv. le boisseau tomba à 3, et ce qu'il y a d'étrangement bouffon c'est que ce fut à sainte Geneviève, dont la châsse avait été promenée en grande procession , qu'on fit l'honneur de cette abondance subite. Une médaille fut frappée à cette occasion, et fort singulièrement dédiée à cette patronne de Paris. Car si quelqu'un dut être canonisé dans cette affaire, ce fut sans doute saint Jean Bart, dont l'influence paraît beaucoup plus prouvée à propos de l'enlèvement de ce convoi de blé qui fit si miraculeusement cesser la disette.
Ce fut ensuite de cette brillaute affaire, le 1er août 1694, que Jean Bart reçut ses lettres de noblesse.
En 1695, les Anglais et les Hollandais formèrent le projet de bombarder et de ruiner entièrement Dunkerque. Ils firent un armement formidable , dépensèrent des sommes immenses , et le 8 août neuf vaisseaux de guerre allèrent mouiller à la fosse de iMardyk , éloignée d'une lieue de la ville. Le 5, les ennemis ne firent aucun mouvement. Le 6, l'amiral Barkley, commandant cette expédition, fit tirer quatre coups de canon qui étaient le signal d'appareiller, on vit à l'instant plus de trente navires à la voile, et à midi toute la flotte mouilla entre les bancs. Les jours suivants les ennemis ne fireut aucune entreprise ; mais le 1 1 , à sept heures du matin, ils entrèrent dans la rade : leur flotte était composée de cent douze vaisseaux ; les galiotes a bombes commencèrent à tirer, mais sans effet, à cause de leur éloignement ; elles allèrent alors mouiller devant le fort de l'Ouest, formèrent un croissant à la portée du canon de ce fort. Jean Bart eut le commandement du fort Bonne-Espérance, situé à l'ouest du port et le plus exposé.
Pendant toute la journée les galiotes et les frégates ne cessèrent pas de canonner la ville, et sur le soir ils envoyèrent un
brûlot sur le fort de Bonne-Espérance que commandait Jean Bart ; mais ils pointèrent, lui et son fils , les canons avec tant de justesse qu'il fut coulé ; enfin, le soir à sept heures, l'escadre anglaise quitta Dunkerque après l'avoir inutilement bombardé pendant quinze heures. Voici quelles avaient été les mesures résolues dans le conseil présidé par l'amiral Barkley.
4° Commencer par bombarder le Risbank et les forts de bois avec six ou huit galioles à bombes, qui devaient cesser do tirer sitôt que les frégates et les machines approcheraient des forts ;
2° Quatre frégates anglaises devaient d'abord s'y rendre avec des pilotes hollandais , et y mener deux brûlots et autant de machines incendiaires , qu'on devait laisser contre les forts de bois , et qui seraient escortés par quatre vaisseaux des États- Généraux , d'environ cinquante canons chacun , destinés pour y jeter l'ancre et battre ces forts ; trois petites frégates hollandaises, un brigantin anglais et une barque d'avis devaient s'approcher des brûlots et des machines, afin de prendre leurs chaloupes quand on y aurait mis le feu.
5° Dans le même temps, deux frégates anglaisrs, deux quaiches et deux brûlots devaient être envoyés derrière le Brakel pour disperser les petits navires des ennemis; deux machines avec autant de brûlots pour être consumés contre le Kisbank, et un brigantin ainsi que quatre bateaux a faire de l'eau devaient emmener les chaloupes ;
U° Deux brûlots et autant de machines devaient se tenir prêts pour former une seconde attaque contre le fort de bois, situé î\ l'ouest , en cas que la première ne réussît pas , et être; soutenus par une frégate anglaise , par une quaiche et par les barques de deux vaisseaux de guerre : le reste des frégates hollandaises avaient l'ordre de se tenir prêtes à agir et de rester sur leurs ancres.
5" Tous les grands vaisseaux devaient prendre leur poste à la hauteur de G ravelines; caries pilotes étaient d'avis qu'aucun de ceux qui tiraient plus de quinze ou seize pieds d'eau ne pourraient franchir sûrement le passage de l'Ouest.
{Arch. de la Mur, , — trad. de t'angt.)
On le répète, cette tentative contre Dunkerque n'eut aucune suite.
En 1696, Louis XIV, voulant encore tenter quelque diversion en Angleterre, fît quelque semblant d'une nouvelle descente en. faveur de Jacques II.
Jean Bart fut chargé , ainsi qu'on le voit par les dépêches suivantes , de protéger ces opérations par sa croisière dans la Manche.
M. BOURS1N A M. DE VILLERMONT.
Dunkerque, le 6 avril 4 696.
Monsieur,
En réponse de la vôtre du 2 courant, je dois vous dire qu'elle m'a fait beaucoup de plaisir et à mes amis des nouvelles que vous me faites part. J'ai cherché partout, autant que mes affaires me l'ont pu permettre, l'occasion de rencontrer M. Brodeau, lieutenant de vaisseau du roi , pour lui faire part de vos nouvelles, je ne l'ai pu trouver, lequel j'aurais prié de vous faire le détail de l'escadre de M. le chevalier Bart ; mais, à son défaut , je m'en vais vous dire ce qu'on m'a dit. M. Bart a eu ordre de la cour, le 22 du passé, de commander une escadre de sept vaisseaux ou frégates de guerre avec un brûlot, qu'on prépare avec toute diligence , et vers dimanche ou lundi prochain, ils seront tous carénés. Les vaisseaux que je vous ai cidevant dit qu'on avait armés ici, sont désarmés pour armer te Maure, de 5U canons, commandé par M. Bart ;
Le Mignon, de Uk canons, M. de Saint-Paul ; Le Gerzay, de 40 canons, M. de Doroigue ; Le Comte, de canons, M. de Meneville ; Le Droit, de 40 canons, M. de Ville-Luysan ; Le Mil fort, de 36 canons, M. ...
L'Alcyon, de 38 canons, M. de Saint-Pierre ; Le Tigre, de 36 canops, armé en brûlot, M. le chevalier de La Pomarède.
Voilà , monsieur, l'escadre de M. Bart , qui , si on continue
la diligence, sera bientôt prête; il ne manque plus que M. de Chateaurenault, passé dans la Manche pour faire retirer les ennemis qui sont devant Calais, et qu'avant-hier, k du présent mois, ils ont jeté six bombes, dont une a tombé dans les glacis de la citadelle. Je ne sais ce qu'il en sera dans la suite. On a fait retirer, à la faveur de la nuit , deux cents petits ou grands bâtiments , qui se sont sauvés dans leurs ports le long de la côte , de crainte du bombardement des ennemis. Le vaisseau dont vous me parlez , naufragé sur notre côte , appartenait à M. Hustin , marchand de cette ville , lequel a été brûlé après trois jours de naufrage par deux longues barques ennemies.
Le roi d'Angleterre est à Boulogne. M. de Cabaret est parti il y a huit jours pour Paris. Le vaisseau naufragé n'était pas si considérable qu'on vous a dit ; car il n'était chargé que de planches.
Il n'y a pas d'ennemis à la côte , comme on vous a dit. Je vous salue , et suis , monsieur, votre très-humble serviteur,