FORBIN, LE 25 JUIN
Suivant l'ordre que vous m'avez fait l'honneur de m'envoyer par M. de Nargonne , de retourner sur mes pas , je le fis partir sur-le-champ en |)oste pour vous représenter que le navire armé par les ennemis à Malamoc a trente-six canons, qu'ils en ont un autre à Trieste de vingt-six, qui sont joints à dix bâtiments de rames; que je suis resté à Ancôue avec deux frégates de dix-huit canons de quatre livres de balle, ayant ren-
m HISTOIRE DE LA MARINE. -1705-
voyé la troisième à Brindes , suivant l'ordre que j'avais reçu de la cour de m'y en aller : vous estimerez par là que les ennemis sont trop forts pour m'allor exposer, étant si faible que je croyais procéder plus sûrement d'aller à Brindes prendre le secours qui me vient de France , et de retourner incessamment continuer ma première mission dans le golfe, après ce renfort. Je n'ai point de nouvelles de M. de Nargonne depuis huit jours qu'il est parti : je crains qu'il ne lui soit arrivé quelque mauvaise rencontre, et que si les ennemis qui me savent ici me venaient attaquer, me fissent quelque mauvais parti, le port d'Ancône n'étant pas en état de me défendre. Toutes ces rai- , sons bien considérées m'ont fait penser, n'ayant point de vos nouvelles , que vous ne trouveriez pas mauvais que je suivisse la première destination de la cour. Je me rendrai incessamment au port de Brindes, où j'y attendrai vos ordres avec impatience; aussi bien , la présence des vaisseaux du roi dans ce port ne sera pas inutile pour rassurer les esprits : car, suivant ce que me marque M. le cardinal de Janson , qu'il y a eu une révolte à Naples, il pourrait bien y avoir de ce côté-là des esprits malintentionnés et qui pourraient remuer dans cette conjoncture.
De plus, les ennemis ne tireront nul avantage de ma retraite, puisqu'il était public à Venise que le roi m'a ordonné de sortir du golfe.
Je vous renvoie votre domestique , qui ne m'a joint que dix jours après être sorti de Venise, son voyage de Brindes n'étant plus nécessaire, puisque je m'en y vais moi-même. Il vous informera de tout ce qu'il a vu à Fiumé, où il a été me chercher. Ce voyage a causé une cruelle affaire au pauvre patron de la péotte qui l'a amené ; il n'ose plus s'en retourner à Venise : ses parents lui ont mandé qu'on l'y attend pour le châtier sévèrement pour avoir servi les Français.
J'ai arrêté les comptes des fournitures que M. de Benincasa a faites pour les vaisseaux du roi , et dont il vous envoie copie.
J'ai eu avis de Savaguai qu'un marchand a acheté de M. le cardinal de Médicis quarante mille charges de blé , et qu'il les fait charroyer journellement à la maison Mezola, et que ce sont des bâtiments de Chiosa qui le portent, et prétendent que c'est partie pour un noble Vénitien , ou pour un seigneur de Fer-
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rare; ces bâtiments ont déjà fait plusieurs voyages. J'ai armé la felouque a\ec trente hommes , et la fais partir ce soir pour aller croiser sur la pointe de Goro; et ordonné à l'officier de brûler tous les bàtimenls qu'il rencontrera chargés de blé, qui feront la route de Ferrare, et de sauver au plus vite, s'il fait quelque expédition. Il y a ici au port d'Ancône deux brigantins du marquis del Vasto, qui n'attendent que mon départ pour sortir. 11 est venu quarante Seignans pour les monter.
Je suis, etc. Forbin.
(Aff. étrang. — Venise, 1702. P. supp.)
M. de Charmont annonce de la sorte les nouvelles prises du chevalier de Forbin.