CHAPITRE X
Déclaration de guerre de l'Angleterre , de la république des Sept-Provinces et de l'Empire contre la France. — Expédition de M. le chevalier de Forbin dans la mer Adriatique. — Ses dépêches à ce sujet à MM. le cardinal de Janson et le cardinal d Estrées. — Combat devant Tneste. — Le chevalier de Forbin brûle deux vaisseaux anglais. — Réclamations de la république de Venise sur les violences du chevalier de Forbin. — Lettre du roi û ce sujet. — 11 ordonne à M. d»; Forbin de revenir en France. — Affaire de Vigo. — Perte des galères que M. de Chàteaurenault amenait d'Espagne. Procès-verbal de M. Gastines, intendant île l'armée navale, à propos de cette perte. — MM. d'Estrées et de Chàteaurenault sont nommés maréchaux de France. — Croisière do MM. de CoiHlogon et de La Harteloirc. — M. le comte de Toulouse , amiral de France, se rend à Toulon pour commander la flotte destinée à agir Tannée suivante (17oi).
Le 15 mai de cette année 1702, la république des sept Provinces Unies, l'Angleterre et l'Empire déclarèrent simultanément la guerre à la France.
Louis XIV fit passer des troupes dans le Milanais, et le prince Eugène y entra à la tête d'une armée formidable; mais comme le pays ne pouvait suffire à la substance de deux armées, le prince étant obligé de tirer ses vivres de Times, de Triesfe et de Boucari , villes situées sur le littoral de la mer Adriatique , M. de Forbin reçut l'ordre de la cour d'aller, avec une frégate, croiser dans ers parages pour intercepter les communications du prince Eugène , en enlevant les convois de vivres destinés à son armée. ^
Cette mission d'une grande importance était extrêmement délicate à remplir, en cela qu'il fallait, tout en surprenant les vaisseaux d'approvisionnements, ménager les Vénitiens encore apparemment neutres dans cette guerre générale, mais qui de fait av taillaient secrètement l'armée impériale.
Malheureusement le caractère hautain et emporté de M. de Forbin, ses viole nées, ses dédains, compromirent singulièrement les intérêts dt la France dans cette rencontre,
et, ainsi qu'où va lè voir, il s'y comporta si follement, bien qu'avec une rare intrépidité , qu'il fut rappelé à la cour pour y rendre compte de sa conduite ; les documents suiv ants vont d'ailleurs servir de journal à celte expédition.
Dans cette première dépèche , M. de Gharmont , ambassadeur de France à Venise , donne avis à M. de Puisieux de l'arrivée de M. de Forbin dans le golfe Adriatique.
EXTRAIT D'UNE DÉPÊCHE DE M. HENNEQUIN DE CHARMONT, AMBASSADEUR DU ROI A VENISE , A M. DE PUISIEUX.
M. le chevalier de Forbin est venu mouiller à Ghiosa avec La frégate qu'il commande , ce qui a donné beaucoup d'alarme et a obligé le prégadi à s'assembler extraordinaircment ; mais les inquiétudes de la république ont cessé par la manière honnête avec laquelle il s'y est comporté. Ge qui avait servi à augmenter la peine de la république, est qu'il y avait dans le port, lorsqu'il y a jxaru , quatre barques chargées de grains et de farines pour les Allemands, dont il pouvait facilement se rendre maître; mais les ménagements que le roi veut avoir pour la république l'ont empêché de faire cette prise dans un port qui est regardé comme une des portes de Venise : ainsi ils ont eu le temps de s'en retirer à la faveur de la nuit
(Aff. étranff. — Venise, 1698-1704.)
Les lettres suivantes du chevalier de Forbiu contiennent le détail de ses différentes prises.