CHAPITRE XI
Combat de Malagu. — État des flottes française . hollandaise et anglaise. — Relation du combat. — MM. de Rel ligues, de Beile-lsle, le comte de Chàteaurenault , le bailli de Lorraine sont tués. — Le comte de Toulouse est blessé deux fois. — La Hotte française rentre ù Malaga. — Armements confiés à des ufticiers de la marine marchande. — Pénurie des fonds de la marine. — MM. de l'ointis et de Coetlogon sont chargés de croiser sur les côtes de Bretagne et de Normandie pour mettre cette partie du Jiltnral à l'abri de toute insulte. — État des armements depuis 1704 jusqu'en 4707.
Ainsi qu'on vient de le voir, roule l'année précédente avait été employée à préparer les immenses éléments d'un armement destiné à défendre et couvrir les cotes d'Espagne, de France et d'Italie, vaste opération pour laquelle une marine de trois cents vaisseaux de guerre eût à peine sufli.
On avait tout tenté pour balancer les forces réunies des puissances alliées et |)our empêcher l'archiduc Charles d'entrer en Espagne; et pourtant* il faut le dire à la honte des Espagnols, leur négligence et leur inertie vinrent encore paralyser le fruit de tant de soins et faire avorter ce dernier effort.
Le 9 mars, l'archiduc Charles débarque à Lisbonne avec % huit mille hommes de troupes anglaises et hollandaises , commandées par le duc de Schomberg, prend le titre de roi d'Espagne et est reconnu comme tel par les alliés.
Le V\ août Gibraltar, cette clef de la Méditerranée, est surpris par les Anglais, n'ayant que soixante hommes de garnison. Il faut voir dans l'Histoire navale d'Angleterre la juste et amère ironie avec laquelle ces insulaires parlèrent de cette défaite. On crut d'al)ord |>ouvoir reprendre ce poste d'une si haute importance, mais cela fut impossible, et ia suite montra toute l'énormité de cette perte irréparable.
La campagne commença , ou du moins parut commencer
plus heureusement contre le Portugal, mais l'issue en fut terrible , et la France n'éprouva plus que des revers.
Nos finances étaient dans un tel état de délabrement , que l'objet qui fixa le plus l'attention pendant cette année et à l'ouverture de la campagne , fut d'assurer d'abord le retour des flottes du Mexique dans les ports de France et d'Espagne; flottes dont les commandants n'étaient pas prévenus de la rupture de Louis XIV avec le Portugal (qui s'était, on l'a dit, entièrement déclaré pour l'arcbiduc, et l'avait reçu et proclamé-roi à Lisbonne). On craignait donc que , par cette ignorance des événements, les transports du Mexique ne se vinssent jeter dans quelque port de Portugal qu'ils pouvaient croire toujours allié de la France, ou bien entrer dans un port d'Espagne, autre détermination non moins dangereuse, tous les |>oints d'arrivage étant strictement gardés par l'amiral Rook, qui avait fort habilement partagé son armée en quatre escadres pour que la riche proie qu'il attendait ne pût lui échapper.
On envoya donc un grand nombre de barques d'avis pour avertir cette flotte, l'espoir et la dernière ressource de la France et de l'Espagne, du danger auquel elle était exposée ; heureusement ces avisos la rencontrèrent, et à la faveur inespérée d'une brume épaisse et d'un coup de vent de sud-ouest très-violent qui obligea l'amiral Kook de rentrer dans la rivière de Lisbonne, ' la flotte du Mexique mouilla dans le porl de Cadix , à la grande joie des deux couronnes.
Hors d'inquiétude sur cette question des plus décisives, en cela qu'elle était, comme on l'a dit, la seule ressource pécuniaire que possédassent' les deux nations en ce moment , on' songea à donner à M. le comte de Toulouse une flotte assez considérable pour qu'elle pût combattre les ennemis avec avantage et réparer enfin l'ineffaçable échec de La Hogue, dont la terreur retentissait encore dans l'imagination des matelots.
On réunit donc toutes les forces navales du Ponant et du Levant , et M. le comte de Toulouse s'embarqua à Brest , le ih mai, avec une escadre de trente vaisseaux, entra à Cadix, passa heureusement le détroit et se rendit au commencement de juin a Toulon , où il devait trouver pareil nombre de vaisseaux; mais, grâce au mauvais vouloir de M. de Pontcharlrain,
M. de Toulouse demeura plus d'un mois à les y attendre , et |K>ndant ce temps-là les ennemis opérèrent la réunion de leurs escadres, commandées par les amiraux Hoock ei Showell; jonction que M. de Toulouse voulait empêcher, et qu'il eût empêchée en effet si le ministre de la marine n'avait pas arrêté les armements, afin de rendre les chances de l'amiral de France moins favorables.
La flotte anglaise , composée de soixante-deux vaisseaux de ligue, était plus nombreuse de dix vaisseaux, mais moins bien armée que celle de M. le comte de Toulouse, qui avait de plus les galères de France et d'Espagne à ses ordres; avantage immense, ainsi qu'il a été dit plusieurs fois, en cela que ces bâtiments sont de la plus grande utilité pour remorquer les vaisseaux désemparés.
M. de Toulouse sortit de Toulon le 22 juillet, et fut chercher les ennemis; enfin, après diverses évolutions, les deux armées se rencontrèrent à la hauteur de Malaga, le 30 août au matin.
Tel était l'effectif des flottes des deux nations :