AVRIL. DU VAL
{Archives de Versai (les.)
Après ce formidable échec, on prit en France les mesures les plus efficaces pour le réparer, et on ordonna dans tous les ports de construire des vaisseaux.
En Espagne, on songea surtout a conserver Cadix, menacé d'une descente des Anglais, et mis hors de défense par le manque de fortifications, de soldais, de fonds et de munitions. On fit partir de France le pins de secours qu'il fut possible , avec quatre vaisseaux et six galères aux ordres de M. deChampigny, qui se plaça sous le pavillon de M. le comte de Fernand Nugnès, en qui le roi semblait avoir toute confiance. On y envoya aussi M. Petit-Renan, dont on a tant parlé, ainsi (pie M. Arnoul, intendant de la marine : ils avaient mission d'examiner l'état de cette place, dont la conservation importait si fort au royaume d'Espagne, et de chercher tous les moyens possibles de la ravitailler.
Enfin, à force de soins, Cadix fut mis en état de quasi-défense, ce qui n'empêcha pas M. d'Ormond, amiral anglais, de faire une attaque contre Santa-Maria, qui, d'ailleurs, n'eut aucune suite importante.
Les expéditions de cette année n'offrent d'autre but que celui de montrer le pavillon. Ainsi, M. le comte de Toulouse fut envoyé de foulon à Messine avec quinze vaisseaux, et revint bientôt en France.
L'année 1703 commença parla création de douze maréchaux -de France, dont trois, d'Estrées, Chateaurenault, Tcssé, appartinrent à la marine.
Il ne se passa d'ailleurs rien d'important. Car toute cette année fut employée pour ainsi dire aux préparatifs de 170a.
Le roi de Portugal, pour qui la France s'était épuisée par les secours de toute espèce qu'elle lui avait donnés, oubliant ses engagements, reçut dans ses ports les flottes combinées de Hollande et d'Angleterre; et accédant au traité, il obligea l'em-
pereur et le roi des Romains de céder leurs prétendus droits sur l'Espagne à l'archiduc, sous le nom de Charles III, qui vint en Hollande, de là fut à Londres, et de Londres s'embarqua pour le Portugal. La princesse de Danemarck, fille de Jacques II, veuve de Guillaume, la reine Anne enfin, persuadée que la guerre civile en France opérerait une puissante diversion, pratiqua des intelligences avec les protestants des Cévennes, et entreprit d'y porter des armes et des munitions. Elle y serait parvenue sans les mesures prises pour la garde des côtes du golfe de Lion, qui empêchèrent les alliés d'y pénétrer.
L'Angleterre et la Hollande ne tirèrent d'autres fruits de leurs nombreuses flottes que celui d'avoir fait de vaines teutatives sur les côtes de France et d'Espagne; on se tint sur la défensive, et à la réserve de quelques actions particulières, tout se borna a une tactique d'observation réciproque.
Cependant la pénurie augmentait dans les ports : les ouvriers étaient mal payés, et on fit de nouveaux efforts, néanmoins, pour porter un grand coup l'année suivante.
Du côté de l'Amérique, la sûreté du passage des flottes d'Espagne qui partent ordinairement en mars et en juillet, l'une pour Porto-Bello, l'autre pour la Vera-Cruz, était un des objets es plus intéressants pour les deux couronnes; on craignait que ces flottes ne fussent inquiétées par les escadres d'Angleterre et de Hollande qui gardaient ces parages, et auxquelles on ne pouvait, cette année, opposer de forces égales. Pour y remédier, M. de Pontchartrain proposa à M. de Chamillard de faire faire ce commerce par des vaisseaux séparés que l'on ferait convoyer en partant des ports de l'Europe jusqu'au delà des dangers ; qu'ainsi on préviendrait les mésaventures que courent les grosses flottes, dont la marche toujours lente assure un plein succès à qui veut les attaquer.
Ce projet fut approuvé, et M. de Pontchartrain en écrivit de la part du roi an cardinal d'Estrées, ambassadeur extraordinaire en Espagne ; l'Espagne suivit les mêmes errements , car on en fit partir à diverses époques des vaisseaux pour France.
On envoya séparément MM. de La Harteloire, lieutenant-général, Chabert, chef d'escadre, et le chevalier Phelippeaux, capitaine de vaisseau, croiser vers le cap Saint-Vincent et d'au-
1res parages, afin d'assurer par leur présence le retour des vaisseaux d'Espagne et de les ramener suivant les circonstances dans les ports de France.
Les flottes ennemies tentèrent, mais en vain, quelques entreprises sur lîelle-Isle, parurent devant Cadix et passèrent le détroit sans faire aucune action de vigueur.
Louis \1V, qui avait cru leurs forces beaucoup plus considérables qu'elles ne l'étaient réellement, n'avait pas voulu permetlre à M. le comte de Toulouse, qui ne comptait que quinze vaisseaux armés à Toulon , d'aller à leur rencontre avec des forces inégales ; mais sur ce que le roi apprit de leur faiblesse, il lui manda de se rendre au détroit pour leur intercepter le passage a leur retour; néanmoins les ennemis le prévinrent, repassèrent le détroit avant que M. de Toulouse eût pu les joindre, et ce prince reçut l'ordre de désarmer.
Le marquis de Coëtlogon, M. Chabcrt, M. de Champigny et M. de La Harteloire, qui devaient joindre M. le comte de Toulouse avec leurs vaisseaux au détroit de Gibraltar et lui compléter ainsi une flotte de trente-huit vaisseaux, reçurent pareillement l'ordre de désarmer à Brest.
M. le marquis de Coëtlogon rencontra, à son retour, une flotte hollandaise qui revenait des ports de Portugal en Hollande, richement chargée; il en coula à fond une partie, et enleva quatre vaisseaux de guerre qui l'escortaient. La campagne devant bientôt finir, on envoya M. de Chaleaurcnault au détroit avec quatre vaisseaux, et MM. de Uouvray et d'Artigny, avec trois frégates, en Levant, pour chasser les corsaires flessinguois qui infestaient ces mers.
En Italie, M. Du Quesne-Mounier continua de croiser dans l'Adriatique et sur les bouches du Po pour ruiner le commerce ennemi.
Dans le Nord, une flotte de bâtiments marchands, escortés par M. de Toorouvrc, fut rencontrée auprès de (Iran ville par des forces supérieures, et plusieurs de ces bâtiments furent pris ou brûlés; d'après l'expérience de cet échec, on se résolut d'attendre la mi-septembre pour le passage du convoi dans la Manche, parce que les coups de vent d'équinoxe empêchent les fortes escadres de tenir la mer.
c )n doit parler dans ce tableau rapide d événements pâles, sans couleur, qui ne sont pour ainsi dire qu'une exposition de faits plus graves ; on doit parler du traitement fait en France lui prisonniers anglais. On a vu et dit en son lieu quels étaient 1rs odieux traitements que les Anglais faisaient supporter aux Français ; il est bon de mettre en parallèle la façon dont on les traitait 60 France.
Les marins et les officiers anglais étaient mis dans une ville, soi leur parole, ou à leur eboix, avec une sentinelle à leur porte, jusqu'à ce que leur échange fût conclu. On donnait quinze sols par jour aux capitaines, dix aux lieutenants et cinq aux soldats; mais sur les délais qu'apportèrent les Anglais à signer le cartel, et sur les nouvelles qu'on reçut des mauvais traitements que l'on faisait subit-' aux prisonniers français en Angleterre, on se résolut de traiter ces derniers de même que les Français étaient traités en Angleterre, et l'on réduisit la solde des prisonniers anglais , capitaines ou matelots , à trois sols par jour ainsi que cela était pratiqué en Angleterre à l'égard iles Français ; cette mesure fut efficace, car bientôt les Français furent mieux traités et eurent la même paye que les Anglais avaient d'abord touchée , paye qui leur fut rendue dès que les procédés convenables pour les Français remplacèrent ces misérables et oppressives mesures.
On encouragea, cette année surtout, beaucoup la course; mais les armateurs de Dunkerque se# plaignirent de ce que les capitaines de vaisseau du roi les forçaient souvent de se joindre à eux , ce qui les obligeait de perdre le fruit de leur course. Le roi défendit à ses officiers d'en user ainsi à l'avenir, et il fut décidé que tout vaisseau qui se trouverait à la vue d'une prise, et qui par conséquent aurait pu y contribuer par sa présence, serait admis au partage de la prise a proportion de la force de son équipage.
Malgré tous les armements du roi et des particuliers , on ne put empêcher le passage de l'archiduc en Portugal sur la Hotte ennemie, et l'on ne crut pas prudent de tenter de le [wursuivre.
Fnfin, l'année suivante, 1704, vit, à bien dire, la dernière grande bataille navale qui fut livrée pendant le long règne de Louis XIV.
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