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Histoire de la marine française

Cette période; commencée par Tinsurreclioa des provinces américaines et terminée par leur entier aijfranchissement du joug de la Grande-Bretagne , diffère esr senliellement de la première époque de notre histoire navale.

i HISTOIRE DE LA BIAEINE FRANÇAISE. 1778.

La France, jusqu'alors en bitte avec les puissances continentales, était forcée, par le besoin de sa conservation, de veiller surtout à ses frontières menacées. La marine ne jouait alors qu'un r61e secondaire et devenait, pour la plupart de nos hommes d'Etat , ivo^ peu éclairés pour s'en former une idée juste, plutôt un fardeau importun qu'un grand moyen de prépondérance. C'est à cette oause qu'il fattt attribuer, em partie , ces guerres interminables qui ont répandu tant de maux sur la France et sur le monde entier. L'Angleterre , dès qu'elle domina sur les mers, eut pour système d'y maintenir son despotisme à tout prix, et elle a persévéré dans ce système.

La première conséquence de ses victoires i«aritimes fut, pour elle, de fouler aux pieds toute justice, et de violer le droit des gens chaque fois qu'elle a cru que cela était nécessaire à ses intérêts. Elle établit, en paix comme en guerre, le blocus de toutes les mers, proclama comme son droit le permis de visite et de recherche^ si abusif et si élastique dans ses interprétations, et , au besoin, elle sut l'imposer aux nations qui osaient protester contre cet abus monstrueux de la force. H y a, dans Tofgueil insoient avec lequel l'Angleterre impose aux peuples qui ne peuvent lui résister, les conditions les

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pkis dure», (pnnd il»'agit de tear marine , beaucoup de ce despotisoie romain qui s acharnait à la ruine de Car- Aage et lui înterdiBait même de réparer ses yaisseaux. Le detenda Cariltago du vieux Gaton signifle mainte* nant, quand c'est l'Angleterre qui parle, rabaissement et la destraetion des autres marines.

Quoique la France ne soit pas Carthage et que Paris n'ait rien à craindre des armées britanniques, la marine d^ Angleterre, laissée à ses propres forces , prit stir hndtre, pendant et depuis la dernière guerre, un ascendant presque semblable à celui de Rome sur sa rivale. Elle aussi s*opposa, systématiquement, à toutes les tentatives que nous pouvions faire pour relever notre puissance maritime. Elle surveilla nos ports, nos chantiers ; elle épia nos moindres mouvemens pour les arrêter par des insinuations hautaines ou des démonstrations menaçantes. C'est ainsi que, depuis Louis XIY , elle s'est conduite avec la France ; et nos hommes d'Etat^ trop préoccupés des affaires du continent, ayant peu de confiance dans nos forces de mer, ont presque toujours cédé à des exigences que le grand roi n'aurait pas tolérées. Cette faiblesse imprudente a été, pour nous, la cause des plus grands malheurs. Que manque-t-il donc à la France pour avoir une marine du premier or-

dre ? Rien assurément. Les avanlages naturels du pays^ les ressources du sol, une immense population y compacte» riche et guerrière, pleine d'enthousiasme patriotique, quand on sait lui tenir un langage digne d'elle, toute celte force, toute cette puissance, mises en œuvre: avec habileté, dirigées avec fermeté et énergie* auraient bientôt ébranlé le colosse de la puissance britannique. La nation anglaise est trop iatelligente pour ne pas le. sentir. Son attitude, lorsqu'il s'agit d'une guerre avec, la France, confirme .ces faits ; on se croirait transporté au temps où Rome, menacée par les Gaulois nos ancêtres, déclarait qu'il y avait <umu//e. En dépit de leurs succès, dû tant de motifs de confiance et d'audace, les Anglais ne peuvent se débarrasser d'un sentini^nt prpfond de leur faiblesse, s'ils venaient à étre*at laqués dans leurs foyers. Aux époques les plus critiques de notre his-. toire, quelques régimens rassemblés sur nos côtes ont suffî pour lui montrer le défaut de sa cuirasse ; mais la France n'a pas su encore profiter de cette terreur salutaire.

Ce furent ces exigences, de plus en plus intolérables, qui déterminèrent la coalition des branches de la famille de Bourbon, et qui donnèrent naissance au célèbre pacte de famille, ainsi qu'à lacté non moins fameux de la neutrali lé armée de 1780.

Louis XYI^ depuis son avènement ao trône, aspirait à relever le payillon français de l'état (L'<'ibaissem€nt où ravaicnl fait tomber les guerres de Louis XV. Favorisé, dans ce dessein, par la situation des colonies anglaises, tranquille du côté de l'Allemagne, il put s'occuper plus spécialement de la marine. Les instructions, données à ses ministres, témoignent hautement de son patriotisme sincère et de sa raison éclairée. Observer tout ce qui peut nous [avertir des approches dxi danger ; surveiller, par des croisières, les attérages de nos tles et les entrées du golfe du Mexique; être au courant de ce qui se passe sur le banc deTerre^Neuve et suivre les allures du commerce anglais; observer, en Angleterre^ l'état des troupes, dos armemens, la situation du crédit public, celle du ministère; s'immiscer adroitement dans les affaires des colonies de la Grande-Bretagne ; donner aux colons insurgés les moyens de s'approvisionner de munitions de guerre, tout en gardant une stricte neutralité; développer activement et sans bruit nos forces maritimes; réparer nos vaisseaux ; tenir des escadres armées ; remplir nos magasins et nous mettre en position d'équiper promptement une flotte à Toulon et à Brest, pendant quo TËspagne en armerait une' au Ferrol ; enfin, à là première crainte sérieuse d'une rupture, rassembler dos

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troupes nombreuses sur les côtes de Bretagne et de NornuBdie, et tout disposer pour rinTasion de l'Angle^ terre afin de l'obliger à concentrer ses forces et à res^ treindre par là ses moyens de résistance aux extrémités de son empire : telles étaient les instructions que ce prince donna à ses différei» ministères. Aussi, quand le grand jour de Fémancipatiofi américaine vint remuer la vieille Europe, la France avait une marine formidable, exercée aux évolutions et brûlant du désir de se mesurer avec son ancienne rivale* En 1T78, année où comment cèrent les hostilités, près de 80 vaisseaux se trouvaient en état, et 67,000 matelots étaient portés sur les registres de l'inscription maritime. L'Espagne, qui s'était constituée médiatrice 4ans cette grande question , empôrtéOt vers nous» autant par ses sympathies que par sa haine nationale contre TÂnglelerre , lui déclarait la guerre en juin 1779. Elle comptait, dans ses ports, près de 60 vaisseaux. De tels moyens, dans les mains d'un gouvernement habile et énergique, eussent produit d'autres résultats que ceux dont l'Europe fut alors témoin. ' A toute cette puissance il manquait un homme audacieux et à grandes vues, capable de donner aux efforts icombinés des deux peuples une direction ferm^, et dent la liante influence fit taire les mesquines jalou-

sies qui 1^ divisaient. Au lieu de tirer parti d# la super riorité de leurs forces navales et de leurs iu>mbreUse9 troupes de terre en faisant, contre rAngleterre« une ex-^ pédition formidable en Amérique^ aux Antilles et dan4 rinde> en attaquant TAnglelerre elle-môme au sein à^ sa puissance, les cours de Madrid et d(^ Yersai}liw semblèrent n'avoir d'énergie et de volonté que pour s'^t parer d'une place imprenable. Les croiseur^ ne furent pas assez multipliés; des divisions de vaisseaux et d# frégates, sillonnant les mers, auraient forcé TAngUt^irre à donner de plus fortes escortes à son commerce et enlisent diminué ses forces actives. Un pareil système livrait la nation britannique aux mains de la maison de Bourbon; mais l'Espagne avait à cœur la prise de Gibraltar* et le gouvernement français, par des raisons d'élat, coopéra à un siège qu'il savait devoir être fatal m% in^ térêta des deux .couronnes ^

n y avait d'autres erreurs à redresser. Les armées navales ne sont vraiment redoutables qu'autant qu'elles prennent l'initiative dans les opérations de la guerre» Pour (p prendre sans témérité, il faut, à ces flottes, des armées de réservedisposéesdanslesports;c'estcaqu'ilétaitfaciUde concevoir et d'exécuter. Mais il fallait se dégager des préjugés funestes des époques de la réfenice et de Lp^^ ^V^

et les malheurs dont elles furent remplies étaient trop récens pour que nos ministres les oubliassent aussi vite. On ne sut pas avoir de volonté suivie; grâceàde déplorables hésitations, des armées^ qui avaient si justement effrayé l'Angleterre, se réduisirent à des proportions ordinaires. Dans la cour de France , cependant y des esprits éclairés sentaient très bien les inconvénîens du faux système qu'on avait adopté; mais, se retranchant dans une économie mal entendue, ils prétendaient qu'en rai* son des dépenses excessives qu'exigeait l'entretien des flottes, il fallait ordonner à nos amiraux la plus grande circonspection, comme si, à la guerre, les demi-mesures n'avaient pas toujours produit des désastres. Ainsi les instructions données à nos chefs d'escadre leur prescrivaient de tenir la mer le plus long-temps possible sans en venir à des batailles dont pouvait résulter la perte de vaisseaux trop coûteux à remplacer ; en sorte que, plus d'une fois , des victoires complètes, qui auraient couronné l'habileté de nos amiraux et la braToure des capitaines, se changèrent en des succès de peu d'importance.

Un système, qui mettait en principe qu'un amiral ne devaitpas faireusage de sa puissance effective, qui l'envoyait contreTcnnemi avec le projet arrêté de recevoir le corn*

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bat plutôt que de le donner ; un système, qui compromettaitlaforeemoralepourépargner la force matérielle, derait avoir de bien funestes conséquences. Ses premier^ effets amenèrent l'irrésolution et le manque de caractère chez plusieurs de nos amiraux : ils consacrèrent des opinions dangereuses sur la tactique et achevèrent de porter le découragement et l'indiscipline dans le corps de la marine (1). Les combats des guerres précédentes, ceux d'Ouessani, du 12 avril, les affaires où commandaient Suffren, Yillaret*J6yeuse, ont dû leur peu de succès ou leur mauvaise issue à ces différentes causes. Le respect exagéré porté à la ligne de bataille, qui est un des résultats de cet état de choses, est d'autant moins fondé qu'un capitaine de vaisseau est toujours maître de trouver des raisons pour se justifier d'avoir mal exécuté les signaux qu'il a reçus. Dans toutes les sciences

(1) Il est certain que ce déplorable système fut une des causes de Tin* discipline et des défeetions éclatantes qui ont marqué les époques de Louis XVIf de la république et de Teiopire; en sorte que Tamour du bien public ne passionnant pas assez certains officiers généraux ou capitaines, on vit, dans plusieurs mémorables affaires, les mêmes hommes abaiidoniier« par dtsmotifo personnels, leur amiral au mUieii du feu' Qu'un siècle avait mis de distance entre ces deux époques et celle de Louis XIV, alorsr que nos capitaines se faisaient un honneur de quitter leur division pour voler au secours de leur amiral en péril !

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nécessaires à la gaerre, la théorie est bonne pour don* ner des idées générales qui forment l'esprit, mais leur Btricte exécution est toujours dangereuse: ce sont les axes qui doivent servir à tracer la courbe*

La première loi de la tactique navale doit être qu'une fois le combat engagé, chaque capitaine ait à faire les mouvemens nécessaires ))our combattre un vaisseau en* nemit soutenir ses matelots» et surtout le vaisseau por* tant pavillon de commandement. Personne) n'ignore qu'uaamir«l dépend plus de ses capitaines qu'un gêné* rai de terre de €ies officiers supérieurs. Ce dernier a la faculté de prendre» lui-môme, le commandement direct des troupes, de se porter sur tous )ef points et de re- Biédi^r aux faux mouvemens par d'autres plus habiles. L'amiral, au contrairot n'a d'inffuence immédiate que sur les hommes d«i vaisseau où il se trouve. La fumée dérobe à la vue de tous la plupart des signaux, les vents et d'autres circonstances imprévues peuvent paralyser ks plus habiles combinaisons. C'est de tous les métiers celui où les subalternes doivent le plus prendre sur eux. Un amiral compterait en vain sur le succès des ordres qu'il SMiroùt donnés, s'il n'était pas secondé par des généraux et des capitaines qui suppléassent à l'insuffisance des BÎgnau^ en parant à tout ce que la position

ffisrôlRfe Bfe Là MAftlM FAANÇiklSfe. tTTt. Il

«l te rtipidîté dis événêmêM l'efflpddbMbMit d« Toîr «t de juger. La marine de Lotiii KIV lEigi ssait d'après MS idées éminemment intelligentes t de ncrs jours, l'expéîienee semMe nous avoir éclairés. Nous revenons auit anciennes matimes.

Où sent qn'en raison de la déconverte de la vapeur et d'an ^semMe de &3ts accumulés, successivement , de^ puis plusd'dtt siède^ les armées navales né tendent pak seulement % se Héduife mimériqdemeiit^ mais ifue la théorie deicombats, en escadre, est déftnMvement modifiée, dans ce èens qu'il he fetit plus regarder hl ligne de bataille , dievenue plus tourte et pks maniable , c^mme tout un système de guerire^ m&îé plutM comme un moyen puissant pour soutenir ou pour engager unb attaque qui sera rude et souvent décisive. €omme autrefois, les armées navales cberdieront à s'approdmr, à se mNer, ou totat au moins & se porter un grand coup aux dépens de Tordre régulier (1).

Les Anglais, attentifs à toutce^ piett perCèotionner rart maritime, fiirent les premieft tfA doublèrent en cuivre leurs navires de guêtre ; de là celte rapétierité

(1) A moins cependant que; dans l'expectaiive des terribles effets qae f on attend de rartillerie, les années belligérantes ne se tiennent, pour ^ aa» réserve ivoëems*

le miïIOIl^ PE U HiAmi> FRANÇàl^ 1779.

de marche det.leur$ vaisseaux sur l^s; nôtres» et, dans maintes occ^^ions^ les avantages signalés qu'ils u'auraienl pas repipçrtés autrement. En yain nos amiraux et nos capitaiAes se plaignaient-ils au ministre de la marine d'une coupable indifférence qui, en les condamnant à une injB^iorité qiatérieUi^, Iqs exposait à des revers presqDM. certains et à I4; douleur de ne pouvoir proÇter de leurs avantages ; le gouvernement français, pris au dépourvu, manquant, de ce minéral précieux et n'ayant pas d'ouvriers qui connussent l'art de le ligniner et de le CQuvertir en feuilles, put à peine en fournir assez, dès .i781»,à lanipilié de uos armemens. Enfin le:gouverne* qi^ent anglais, en faisant saisju: les navires neutres qi^i portaientji en jPranqe, du bois de construction et des approvisionnemens de toute sorte, ne troublait pas seules ment le commeirce maritime des puissances du Nord, il interrompait encore l'équipement et Tarmementde nos escadres.

Le ministère fraoçais, qui pourtant avait rassemblé de nombreux tnatérâaux dans nos ports, sentit qu'il n'avait pas encore assez fait ; il chercha à compléter son œuvre en faisant servir nos canaux de Flandres et de Picardie au transport des mâtures et des autres munitions navales. La France se procura ainsi des approvi-

sionnemens coDsidérables, mais insuffisans pour le nombre de vaisseaux qu'on voulait metlre en mer, et cette insuffisance de nos moyens matériels sauva peutêtre; en 1782; la puissance maritime de la Grande-Bretagne. Â combien de détails un gouvernement; jaloux de la gloire et des intérêts d'un payS; ne doit-il pas songer, s'il veut réunir tous les élémens de force dont il est nécessaire qu'il puisse disposer ! Cependant, si notre marine fut glorieuse et redoutable, on doit ; surtout ; en attribuer la cause à la bravoure héréditaire de la nation ; à la capacité de plusieurs de ses chefs, et à cet esprit chevaleresque qui ne peut périr en France et qui est une des garanties de notre grandeur militaire.

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