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CHAPITRE XIV

Campagne de Flnde (1). — Spffren. — Combat de la Praya. — Le cap de Bonne-Espérance secoaru. — Sufn*en se rend à l*I1e-de-France.-*n se réunit à la division en comte d*Orvfs. — Départ de Tescâdre (hi»r çaise pour la côte de Corogiandel. — Prise du vaisseau anglais VÀnnibal. — Mort du comte d'Orves. — Suffren lui succède dans le commandement de Fescadre. «^ Il arrive sur la côte. — L'amiral Hughes.

Les campagnes du bailli de Suffren y dans Tlnde , offrent une étude pleine d'intérêt et féconde en grandes IfiQons. On y voit un général lutter victorieusement ^ avec de faibles ressources ^ contre un amiral habile, qui a sous ses ordres des vaisseaux doublés en cuivre

(1) Pour rendre la lecture de la campagne de Tlnde pins ûKile, nois avons eru devoir faire suivre tons Je»ldlrfli|i s'y rittadi^t sans obser- Y^ Tffdie rigoureux des dites.

et des équipages sans cesse approvisionnés et renouvelés.

Les ressources deSuffren sont si insuffisantes^ qu'il est obligé plus d'une fois de désarmer ses firégates pour m&ter ses vaisseaux rasés par les boulets ennemis; il en vient jusqu'à faire démolir des maisQus pour se procurer des bois de charpente. Sur son Héros^ il fait tirer à poudre dans un combat pour cacher à l'ennemi son manque de boulets et de mitraille. Au combat de Triquemalé y le Vengeur est contraint de sortir de la ligne faute de poudre. Suffren a tout à combattre, car plusieurs de ses capitaines le secondent mal^ le contrarient et l'arrêtent dans les plus belles occasions ; les uns par manque d'énergie^ les autres par des motifs peut-être moins humiliansy mais plus criminels.

Cette campagne de l'Inde n'offre pas ces combats décisifs qui donnent à un pays de la puissance et une gloire éclatante. L'amiral anglais, qui sent peut-être son infériorité comme talent, a soin de ne pas compromettre dans une action, les destinées "de son armée et peut-être de l'Inde entière. Il fait plutôt une guerre d'escarmouches qu'une grande guerre ; grâce à la vitesse supérieure de ses vaisseaux , il neutralise les conceptions habiles et hardies de son adversaire. Deux fois cependant il est

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menacé d'une défaite sanglante , et^ deux fois aussi j il est assez heureux pour y échapper.

L'homme de guerre ne juge pas les grands capitaines ^ comme la masse, qui n'a d'applaudissemens que pour les grands résultats. Le peu de moyens qui sont à la disposition du chef, l'habileté de Tennemi, sont autant de faits qui exercent, sur son esprit, l'influence la plus décisive, et lui donnent une admiration raisonnée pour le succès, quelque faible qu'il soit, en raison de sa difficulté même.* Suffren réunissait tout ce qui caractérise l'homme supérieur : intrépidité, activité, coup d'œil sûr et prompt. Â toutes les connaissances nécessaires à l'homme de mer, il joignait celles qui distinguent l'homme d'Etat. Sa tactique se ressentait de la vigueur de son caractère. Prendre l'initiative au combat, engager l'ennemi le plus près possible, le mettre entre deux feux, tel est le résumé de ses instructions à ses capitaines.

Ce grand homme, à qui son extrême bravoure aurait dû faire trouver un glorieux trépas sur les champs de bataille, mourut obscurément un peu avant TAssemblée de$ notables. Les uns, et c'est le plus grand nombre, le font mourir des suites d'une indigestion ; les autres, s'ap-

puyant sur le témoignage d'un de ses officiers de bouche, T. m. ai

asaureai qu'il (ut tué par un certain moDsieur de Mitepoix. Quoi qu'il en soit, et sans vouloir décider la questioo, convenons que sa mort, au moment des guerres de la révolution, fut plus qu'une victoire pour l'Ân^^eterreu Qui peut douter que TÂssemblée oonslituante eût tout fait pour garder un patdl hoByne, et que celui-ci eût obtenu la non exécution des mesnres qui proscrivaient tout un corps d officiers brams et instruits, et qui ne demandaient pas mieux que de servir le pays(l).

Nous avons vu que le combat de Dogger-fiank avait causé une grande émotion en Hollande. Ce pays avait paru sortir de sa torpeur; les républicains surtout, partisans de l'alliance française, avaient demandé remploi de toutes les forces maritimes dont le pays pouvait disposer pour protéger les colonies. Nous avons vu que celte émotion n'avait été que passagère, et que les Hollandais, encore une fois asservis aux intérêts de la mai* son d'Orange, étaient retombés dans leur apathie.

Le cap de Bonne*Espérance avait ea effet à craindre une attaque sérieuse ; la cour de Versailles était avertie, et c'est dans le but de délendre ce point im portant, dent

(1) La preuve en est dans les correspondances des chefs du pori de Bresi avec le gonvemeiiieni.

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la rade sert, en tout temps, de lieu de relâche aux navires français qui vont aux Indes et en reviennent, que Tescadre et le convoi, aux ordres du bailli de Suffren, après avoir quilté la flotte du comte de Grasse, se dirigeaient vers les tles du cap Yert^ appartenant aux Portugais, pour y renouveler son eau et faire des provisions de bouche. La division française approchait de l'entrée de la baie de la Praya, dans File de San-Yago, lorsque, le 16 avril 1781, le vaisseau l'Artésien^ qui était en avant, aperçut, à l'entrée de la rade, un navire avec pavillon anglais ; aussitôt ce vaisseau revira sur l'amiral français avec le signal de voiles ennemies. Le bailli de Suffren ordonna alors à la corvette la Fortune da faire route pour le cap avec le convoi ; mais, lui, prenant la . lôte de sa division, il signala successivement la ligne de bataille dans Tordre renversé et dans l'ordre naturel, et gouverna sur le mouillage de la Praya. Suffren, avec Tintenlion bien arrêtée de combattre, aurait dû, en raison de la neutralité du liou , donner des instructions précises à ses capitaines. Le signal de se préparer au combat fut pris à bord dQ nos vaisseaux pour un signal de précaution; il en résulta, pour les capitaines, une certaine indécision qui dégénéra, chez quelques uns d'entre eux, en une sécurité funeste. Étant parvenu à

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dix heures et demie du matin à la pointe orientale de rile, Suffren serra le vent, en laissant les voiles aperçues à bâbord sous le vent. Après avoir examiné la position de l'ennemi, il forma aussitôt le dessein de passer entre les deux premiers vaisseaux et de mouiller au vent à eux, afin de les aborder ou de les canonner à son gré, pendant que les quatre autres vaisseaux auraient mouillé près de lui et dans l'endroit où chacun d'jeux aurait pu faire feu avec le plus d'avantage. Suffren s'avança courageusement à portée de pistolet des vaisseaux anglais, le Monmouth , le Jupiter et le Héroj passant devant la frégate la Diane^ la bombarde la Terror et le brûlot /'/nfernal, qui, séparés du reste de l'escadre anglaise, en étaient à quelque distance. En ce moment Suffren arbora pavillon blanc et envoya deux boulets à l'Isis; puis, mouillant par le travers du Monmouth^ il fit feu sur les vaisseaux anglais dont les batteries commençaient à jouer avec beaucoup d'effet (1).

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