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HtSTOIKfi BE LÀ MARim PltÀNÇAlftE. 1T82. 299
L'armée anglaisé avançait toujonrfe ; te Sowerairij qui était venu porter secours au César y lui échappait à grand' peihe. La flotte française, forcée de se masser à mesure que Tangle de bataille ennemi se fermait, prenait chasse à Touest-nord-ouest. La division de M. de Bougainville, qui avait le moins souffert, se mettait en tête et se couvrait de voiles. Dans cette situation désespérée, le comte de Grasse multipliait les signaux. Il ordonna à Tarmée, 1* de tenir le vent ; 2® de se former en bataille par rang de vitesse en serrant le vent; â"" de se former en bataille tribord amures. A cinq heures, la yilte de Paris fut attaquée et peu après entourée. M. de Grasse, se croyant abandonné, ioulait mourir, mais cette dernière consolation lui fut refusée. Enveloppé par six vaisseaux, il faisait une résistance héroïque. La Bourgogne, la Couronne et le Languedoc essayèrent de le secourir. Dès Tinstant que la déroute était générale, que pouvait faire le dévoûment de quelques vaisseaux ? Vers cinq heures et demie, le marquis de Vaudreuil, jugeant qu'il n'y avait aucun espoir de sauver Tamiral, prit le parti douloureux de Tabandonner. Il se dirigea sur le gros de larmée française, signalant Tordre de ralliement.
Bientôt après la Ville de Paris ^ accablée par le nombre» démâtée de tous ses mâts, sans boulets ni mitraille,
allait couler sous les efforts de rennemi. Les officiers proposèrent alors au comte de Grasse de se rendre. « Avez- vous envoyé mon argenterie à l'ennemi (1)? » s'écria-t-il. Enfin ; il fallut céder à des circonstances impérieuses. Â six heures et demie du soir, le premier vaisseau amiral d'une armée navale de France se rendit, après avoir combattu depuis huit heures du matin jusqu'à la nuit.
Comme toujours, la bravoure de plusieurs de nos capitaines sauva l'honneur de nos armes et peut-être Tannée entière. Rodney ne put nous enlever que les vaisseaux la yUle de Paris, Œectovj l'Ardentj le Glorieux et le César y dont il lui fut impossible de tirer le moindre parti (2).
MM. du Pavillon, de Saint-Césaire, le vicomte d'Escars, de la Clochetterie, de La Vicomte, capitaines de vaisseau, une foule d'officiers et de matelots, perdirent la vie dans cette journée funeste.
(1) Historique.
(2) Tous ces vaisseaux eurent la fin la plus déplorable : \eCé$ar sauta en Tair au milieu de la nuit pendant une révolte de l'équipage français. VHeelor coula sur le banc de Terre-Neuve après un combat très vif contre les frégates V Aigle et la Gloire. La YiUe-^-Parit et le Glorieux périrent corps et biens en revenant en Europe. L Ardent gagna Antigoa, mais il fut condamné.
BISTOIRE DE Là MiSME FRANÇAISE. 1782. 301
Rodney /quoique très maltraité, tenait à profiter de la victoire. Les Français, dans le désordre de la déroute, lui offraient d'autres avantages s'il parvenait à les joindre. La nuit, à la faveur d'une brise de terre^ il s'approcha de la Guadeloupe. Le lendemain il fit calme ; il envoya reconnaître les rades et les baies où auraient pu se réfugier les vaisseaux fugitifs. Ses recherches n'amenèrent aucun résultat. U supposa alors que l'armée française avait dû, par les deux directions principales qu'elle avait suivies, se partager en deux pelotons, dont un avait certainement fait route pour Saint Domingue ; il prescrivit en conséquence au vice-amiral Hood de se diriger vers cette île. Pour lui, après avoir exploré les tles voisines du champ de bataille , il devait se rendre au cap Tiberon, qu'il désigna à Hood comme le point de ralliement général. Tous les deux se promirent de se tenir à une journée au plus l'un de l'autre.
Nous avons vu que le marquis de Vaudreuil, un peu avant la prise de la Ville de Paris, avait quitté le champ de bataille, snin de quelques vaisseaux. Cet officier général étant parvenu à en rassembler, les jours suivans, une quinzaine, s'était dirigé sur Saint-Domingue, où il arriva sans obstacle. M. de Bougainville s'était réfugié à Saint-Eustache. Les deux amiraux anglais, soit que Tétat
de leurs vai$seau:iL ne leur eût p^9 pctrmis de hâter leur navigation, aoit qu'ils eussent épjo^v^ des accidans de mer, ne mirent pas toute la célérité possible dans la poursuite ^e$ Français. Hood re^contra cejpendant et prit le 19 avrils a4 passage de la Mena, une frégs^te et une corvette, et les vaisseaux le Catçn^ et le Jo^on, qui, ^ans appréhension^ avaient remis à la vmle de la Gua^eloupç pour Saint-Domingue.
Les Anglais, après cette capture, parurent aussi s(fiaiblis que les Français ; au lieu de chercl^er à profiter de leur stupeur, ils allèrent mouiller à la JaQûiaïque, où ils restèrent dans une inaction absolue, sans oser même contrarier les mouvemens des différentes expéditions que nous flmes à cette époque. Malgré nos revers , le marquis de Yaudreuil se trouvait à Saint-Domingue vers la fin d'avril, avec des forces encore imposantes ; il avait vingt- trois vaisseaux , qui , réunis aux seize espagnols, formaient une superbe flotte. Avec de telles ressources et les vingt mille hommes de troupes qui étaient toujours prêts, il ne fallait que vouloir pour venger Téchec du %% avril et conquérir la Jamaïque. Le marquis de Vaudreuil, brave et digne officier, manquait de cette fermeté qui trouve, dans le malheur môme, les inspirations du courage. Il n'entreprit rien qui fût digne ^u pays qu'il re*-
pfiéMntaH ; U forioa trois divisions <k son armée : YmQ^ réunie k qu«lque9 vaisseaux espagnols, escorta un convoi qui partait pour rËur€{>e ; l'autre, sous les ordres de l'illustre Lapérouse, se rendit dans les mers du nord de rÀmérique; avec le reste de h flotte, au nombre de qiiatorze vaisseau:^ et quelques frégates, il se dirigea vers les provinces insurgées, où son apparition, le 10 août, jeta l'alarme dans tous les postes occupés par les Anglais.
Deux convois, chargés, l'un de troupes, l'autre de munitions de guerre el de bouche pour New-York , au moment d'arriver ^ leur destination , se réfugièrent ep désordre à Halifax. Une habile diversion, simulée par les alliés, sur Charlestown et Savannah, fit croire au généralissime anglais qu'il allait ôtre attaqué par terre et par mer; s'exagérant les dangers de sa position et redoutant, peut-être, le sort de lord Gornwallis, il évacua ces deux places pour se retirer à New-York. M. de Vaudreuil alla mouiller à Boston.
Les besoins de tout genre de la flotte française lui iuterdirent l'clfensive; dans un de ses fréquens appareillages elle perdit le vaisseau le Magnifiquej qui s'échoua sur une roche à l'entrée du port (t). Le marquis de
(1) Les Américains, pour dédommager h France de ceUe perte, Ûrenl construire à leurs frais V America ûe, JH.
d04 HISTOIRE DE LA MARinE FRANÇAISE. 1782.
Vaudreuii passa Thiver à Boston» s'efforçant de rendre de plus en plus étroite notre alliance avec les insurgés.
M. de Lapérouse, sur le vaisseau le Sceptre avec les frégates l'Astrée et l'Engageante y aux ordres de MM. de Langle et de la Jaille^ portant M. de Rostaing, qui cornmandait un détachement de soldats y alla dans la baie d'Hudson^ pour y détruire les établissemens anglais. Il rencontra beaucoup d'obstacles ; le plus grand fut h saison avancée. Il parvint cependant à incendier les comptoirs de Wales et d'York, dont la perte fut estimée 10 à 12 millions; le gouverneur et la garnison se rendirent prisonniers de guerre.
C'est alors que le gouvernement anglais, mécontent de la conduite de Rodney, et ignorant encore l'événement du 12 avril, nomma l'amiral Pigot au commandement de sa flotte d'Amérique. Rodney, instruit de son remplacement, partit pour TEurope, emmenant son illustre prisonnier ; c'était donner un éclatant démenti aux imputations dont il avait été l'objet, de la part de la chambre des lords. Il arriva en Angleterre quelques jours après que la nouvelle de sa victoire se fût répandue. Cet homme, auquel on réservait les derniers outrages, fut reçu avec des transports de joie incroyables ; le peuple de Londres accueillit également
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bien là comte de Grasse; les Anglais admiraient, en lui, le courage malheureux.
En France, la nouvelle de cette journée funeste produisit la plus douloureuse sensation. A de beaux succès, aux plus brillantes espérances succédaient des catastrophes qui semblèrent d'abord irréparables ; mais, léger et naturellement brave, le peuple français reprit bientôt sa confiance accoutumée.
Pour réparer ces désastres, on mit douze vaisseaux sur les chantiers. Les frères du roi, les Etats de Bourgogne , la ville de Paris, 1^ commerce de Bordeaux, de Lyon et de Marseille, s'engagèrent à fournir chacun un vaisseau de cent canons. Des particuliers offrirent des sommes considérables. Le roi accepta les offres des premiers, mais il refusa celles des derniers, ne voulant pas augmenter les charges que supportaient ces généreux citoyens. Notre France est capable de toutes les vertus, même du patriotisme le plus pur ; mais il a fallu» en général , que l'impulsion première lui vint de TEtat luimême, et que son enthousiasme reçût une haute di-^ rection.
Dans les combats particuliers, nos marins, qudque-
fois vaincus, n'en soutenaient pas moins bien l'honneur
du pavillon.
â06 msroiRE de lx marine rR^f?çA)SB. 17M.
Van Stabel, depuis officier général diertiBgué dans ia marine de la république, et déjà eité, commandait le corsaire de Dunkerque, le Robecq de dix-huit canons^ lorsque, près d'Ambleteuse, il fut joint, le 94 avril }783, par la frégate anglaise le Crocodile de trente-quatre canoBS* Le combat s'engagea à six heures du soir et dura jusqu'à dix heures et demie avec un acharnement égal de part et d'autre. Van Stabel, sans s'inquiéter de la supériorité de l'ennemi, tenta Tabordage à différentes reprises, l'Anglais l'évita avec soin; on se battit plusieurs heures à la petite portée de pistolet, jusqu'à ce que la frégate anglaise arrivât vent arrière après avoir éteint ses feux. Van Stabel, hors d'état de la poursuivre, fit hisser trois fknaux à la corne d'artimon pour la défier au combat, mais le CrocodUe était trop maltraité pour recoouuenoer rengagement.
Le 38 juillet, la frégate l* Amazone, commandée par M. de Montguyot, fut obligée de se rendre à la frégate anglaise la Sainte-Léocadie, capitaine Salt^r. Le tiers de l'équipage français et trois officiers périrent.
Au mois d'août, la frégate la Bellone, de 32, se vît attaquer bord à bord par la frégate anglaise le Congentry , chargée de troupes ; le capitaine et le second de la Bellone furent tués , d'autres officiers rc^rept
nmoiRE im liA MAtimB rnAUçAtgE. 17M* MT
des blessures graves. La mésintelligence se mit parmi les premiers mattres et les gardes-inarines; remiemi en profita pour tenter l'abordage. L'é(]iiipage français, Hvré à Tanarcbie la plus complète , sans cbef poor rétablir Tordre, s'éloigna du combat et parvint à s'é^ chapper grtee à la vitesse de marcbe de la BeUme. Dans le même mois, le Duc de Chartres ^ sloq> anglais^ de seize canons , capturait la corvette t Aigle, de dixhuit canons, capitaine de Premeuf; l'action fut tràs meurtrière ; la corvette ne se rendit qu'après la movt de son capitaine et de la moitié de son équipage.
Le 17 octobre, le vaisseau le Seijnon, commandé par le chevalier de Grimouard , revenait d'esoorter , aite la frégate la Sy bille ^ capitaine de Kei^riou Locmaria, un convoi parti de Saint-Domingue pour TEurope^ lorsque ces deux capitaines firent la rencontre d'une division anglaise (1).
'< Nous trouvant, dit le rapport officiel, à l'ouvert du canal de Porto-Rico , courant bâbord amures , les veiïts de rèst-sud*est, à huit heures du matin la frégate qui^
(i) Noos n'avons pas fait connaître l«s cointiali partidoliBra qiM Ici Kipagnols ^t les Hollandais livrèrent ans Anglais; ils forent peu n9Bibreox et se balancèrent en général. Les Espagnols eurent qoelqoes rencontres où le courage de la nation brilla do plus vif éclat.
MS fllSfOUUS DB LA MARINB FRANÇAISE. 1783«>
éUit au vent à nous et un peu de l'avant, nous a signalé des voiles en avant» et peu de temps après nous en a marqué deux par un signal numéraire. Ce signal a été suivi du numéraire de cinq voiles ; la frégate a mis toutes voiles dehors pour les aller reconnaître, et nous toutes celles que nous pouvions porter pour la suivre. Nous nous sommes bientôt aperçus que ces bâtimens portaient directement sur nous> et la Sy bille nous a £adt signal de nous préparer au combat. Sur les dix heures, la frégate, après avoir viré de bord et resté en panne quelque temps tribord au vent, a fait à ces bàtimens les signaux de reconnaissance auxquels ils n'ont pas répondu. La frégate alors les ayant bien reconnus pour ennemis, a fait servir toutes voiles dehors. Sur ce nouveau bord , en nous signalant qu'ils nous étaient supérieurs, nous avons viré comme elle et gouverné de même. Elle nous a fait signal alors de prendre chasse en suivant sa route et ses mouvemens. Ce signal a été suivi peu de temps après de celui de prendre diasse sous le vent , ce que nous avons exécuté en laissant arriver comme elle, et ce dernier suivi de celui de faire la route que nous croirions la plus convenaMe à la circonstance.
1» Nous avons continué la même route, nous attachant à gouverner de la façon la plus avantageuse relative-
HISTOIRE DE LÀ MARINE FRANÇiUSE. 1782. S09
ment à notre position vis-à-vis des deux vaisseaux qui étaient les plus rapprochés de nous et que nous reconnûmes bientôt pour l'un à trois ponts et l'autre de soixante-quatre, le premier dans nos eaux et le second plus au vent; les trois autres bâtimens nous ont paru deux frégates et une goélette.
» Dans l'après-midi ces vaisseaux s'étant infiniment plus rapprochés, nous commençâmes à envoyer quelques coups de canon de retraite à celui qui était dans nos eaux, et il nous répondit à diiîérens temps par deux bordées qu'il nous envoya en donnant des arrivées, mais qui ne firent pas grand effet. Cette fausse manœuvre de sa part nous donna le temps de gagner un peu de l'avant; mais ce vaisseau s'en étant aperçu, s'en tint là après avoir remis en route et continua à nous chasser comme il l'avait fait jusque là, nous gagnant sensiblement, et de manière qu'entre huit et neuf heures du soir, se trouvant placé à bâbord et à une encablure à peu près de notre arrière, il eût pu, en donnant de petites arrivées, nous écraser par la hanche. Ce qu*il aurait incessamment fait sans doute si nous ne l'eussions à dessoin laissé autant approcher sans changer de route; pour le ^ prévenir, nous le mîmes dans cette position en arrivant tout d'un coup de manière à lui passer de Tavant à por*«
9iO BintHRE m LA MARINE FRANÇAISE* 1782.
tée de pistolet et en cherchant à lui faire le plus grand mal par une bordée chargée à double charge.
» Cette manœuvre , en nous procurant cet avantage , nous éloignait en môme temps du second, qui se trou<^ yait au vent et qui commençait déjà à nous envoyer quel^ ques coups de canon. Ce mouvement nous réussit au delà de ce que nous pouvions raisonnablement espérer vis-àvis d'un vaisseau de cette force ; notre travers se trouva par sa jouQ de tribord y et ce fut dans cette position que nous lui envoyâmes une première bordée, qui dut être bien meurtrière et à laquelle il répondit par toute la sienne le moment d'après.
y> L'air qu'avait ce vaisseau le porta sur nous, à nous toucber, et il serait peut-être parvenu par sa masse à nous forcer et nous doubler de l'avant , si nous n'étions venus au lof pour lui présenter le travers et éviter cette dangereuse position. Ce fut alors que nous nous trouvâmes les canons croisés de long en long et les deux vaisseaux joints ensemble.
» Nous combattîmes comme cela un certain temps , après lequel ce vaisseau arriva en dépendant et s'éloigna en avant, ce qui procura au second le moyen de diriger tout son feu sur moi, ce qu'il me parut qu^'il n'avait osé ÊiirepeBdantquelesdeuxvaisseauxnenavaientfaitqu'uiit
1U8T0IRJ& B£ hk MAJOHE FKANÇAISS* i792. 311
)» Nous laissâmes au premier, en répondant à cdui-ci de tout notre feu, le temps de courir assez en avant,, pour réarriver de façon à présenter le travers à sa poupe , et le combattre dans cette position avantageuse, qui m'éloîgoait encore du second et me faisait éviter son feu , puisqu'il était obligé de gouverner comme moi pour me suivre.
n Je parvins à m'écarter assez des deux pour qu'en faisant route je pusse un peu réparer mon gréémeot, qui se trouva criblé ainsi que mes voiles.
i> Les ennemis cependant se remirent bientôt en route à ma poursuite, et forcé de diriger la mienne, relativement à ma position vis-àrvis d'eux, je gouvernai sur la terre de Saint-Domingue à peu près sur le cap de TEnganno, duquel je me faisais à environ douze lieues.
» Les ennemis furent constamment à la même distance de moi toute la nuit, sans me gagner ni me perdre sensiblement. Je me trouvai au point du jour à peu près à quatre lieues de terre, le cap de l'Ënganno à bâbord à moi, et je continuai à courir comme je Tavais fait jusque là, de manière à me rapprocher le plus près possible de la côte comprise entre ce cap et la pointe d'Icagne^ dans la baie de Samana, dans Tintention d'aller mouiller et m'embosser dans une autre baie qu'on appelle port
aux Anglais, formée par celte pointe, et dans laquelle mon pratique, qui passait pour excellent, m'assurait un bon mouillage et le bien connaître, y ayant été sonder.
» Le vaisseau à trois ponts mit en panne au vent à moi, et nous nous aperçûmes qu'il envoyait des canots à bord de quelques uns de ses b&timens, sans pouvoir deviner à quelle intention.
» Arrivé fort près de la c6te » et , la sonde à la main, je vins sur tribord pour la longer et aller chercher le mouillage, le vaisseau de soixante-quatre me chassant toujours, tandis que l'autre restait en panne au vent, sans doute pour me couper le chemin de Samana, qui est de l'autre côté de la baie; et comme j'arrondissais la pointe d'Icagne , le premier, qui m'avait considérablement gagné depuis que j'étais revenu sur tribord, m'en* voya, en dirigeant sa route au large toutes voiles dehors, une canonnade sans aucun effet , étant beaucoup trop loin, et ne voulant pas sans doute, en s'engageant plus près, s'éloigner davantage du vaisseau à trois ponts auquel il se joignit peu de temps après.
» Nous arrivâmes donc dans cette baie, mais là fut le terme de tout le bonheur que j'avais eu jusqu'alors, et prêt à y mouiller par sept brasses que les sondes avaient données le moment avant, les voiles carguées et amenées
HISTOIRE DE LA HÀRIME FRAMÇABE. 1783. 813
revenant au vent, le perroquet de fouque sur le juàt pour perdre notre air, qui était presque entièrement amorti, le vaisseau toucha sur un haut fond, et quelques efforts que nous ayons pu faire, il ne nous a jamais été possible de Ton rçtiirer- »
H. deKergariou Locmaria, commandant la SybUle^ combattit le 2 janvier 1783 la frégate anglaise la Magi^ cknne , à la vue du vaisseau anglais l'Endymion. Après une action meurtrière, la Magicienne fut démâtée de tous ses mâts et sauvée par l'Endymion. La SybUle^ ayant fait de fortes avaries quelques jours après^sur la côte d'Amerique, tomba au milieu de forces supérieures qui Tobli* gèrent à se rendre.
La Nymphe et l^Amphytrite^ capitaines de Morte* mart et de Saint-Ours, se rendent maîtres^ le 10 février 1783, près de l'ile Sombrero, du vaisseau anglais Largo, de cinquante-deux canons, capitaine Butchart; de part et d'autre on montra beaucoup de bravoure.
Avant de poursuivre notre récit, présentons quelques observations que nous inspire la prise de l'Amazone.
La frégate française était de vingt-six canons , tandis que la Sainte-Léocadie portait trente-deux bouches à feu. Cependant les rapports officiels, publiés en Angle^ terre, annoncèrent tout Ti^posé. D'après ces rapports.
V Amazone était de trente^kupK et la SamteLéoeadie de vingt-six. On donna spnsi l6 change à l'opinion pttr bliqne, et, gr^ee à cemenscmge , l'Ângletorracrat qM le eapilaine SaHer s'était emparé d'un navire franr çais plus fort que le sien. Un fait isolé n'impliqae pas la ccmdamnation d'ail goiivemement; nais^ ittalbeureusement pour tes Anglais » ce manque de sinoérité et cette exploitation hardie d^ patriotisme popa-* laire trouvèreni de nomlmuses applications à dater éa
Seus la R^nblique et l'Empire, dans beanoeup de combats que les deux marines se livrèrent, le ministère anglais ne manqua jamais de comparer le nombre pré^ tendu su^rieur des canons de pos navires au petit nom* bre des canons des navires anglais. Le but était évident ; on voulait persuader au monde entier qu'avec des forces inférieures les Anglais étaient sârs de nous vaincre!* 4t Les Français , quand ils rencontraient les Anf^aîs, ne songeaient à rien autre chose qu'à s'échapper; ils ne se déiEmdaient qu en fuyant, et cédaient aussitét qu'il 7 avait du danger à se défendre. »
Telle est roj>inion de James, l'historien anglais le plus accrédité des guerres maritimes de la République et de l'Empire. Cette opiodoù» si Uesnante pour nairo QanH>
mtndsRB M LÀ màMsn i raaçaibk; t^tSSL 815
tère na^ttud, étahcdld de l'Angletef reefe de timte FEu* rope. ÀmioDçaît-on, par exemple, h prias de b frégate fraD^ise la Ftaieuseyle tninistèfeajigkis, par \u mâle voix de b pressé» bUaift dire partout que toFd^ëti^i de cinqtraiiite caneas^ ayait été enlevée par une ecMrvette de dix^^huît, et poortaBl il est oiotôire que h Furieu$ê, viellU frégate armée en flftte^ ne portait que vingt bomdies à lEeu . Citons eieeredettx exemples remarquables : les frégates la Guerrière et la Renommée de quaranteqeatre , sont capturées par les An^ais ; aussitôt en leur pouvdr on didûnue l'effeetif de leurs canons, qu'on avait à dessein exagéré) et on les range parmi les frégates de trente-six. Pour mieux tromper l'opinion en EttropOi la Betwnunée est 2q>pelée la Ja^a. Mais ce système de déloyauté de^ vait, par un juste retour^ retomber sur ses inv€aiteur& Dans la guerre maritime de 1814, entre l'Angleterre et rAmérique, les deux frégates la Gtierrière et la Jam^ celles-là» qui nous avaient appartenu* sont capturées par la frégate américaine laCûnatiiutioUj dans deux combats livrés en ao&t et en décembre 1812* Les journaux amé^ ricains déclarent hautement que les prétendues frégates de trente-siX) portent cinquante-quatre canons, et qu'elles ont été capturées par une frégate de quarante*quatre. Les Américains agissaient comme les Anglais ^ car la
316 HlffrOIIiE M LA MARIlfe FRANÇAISE. 478S«
Constitution portait cinquante à cinquante-deux canons, tous gros calibre. N'importe, TEurope les crut sur parole. Aussi, ce même James, dans un moment de dépit, 8*écrie-t-il : a Les étrangers, les Français, parleront sou* rent et avec une acrimonie presque pardonnable de cette habitude que nous avons de faire constater à notre avantafge le rang de nos navires avec le nombre effectif des bouches à feu des leurs. .... A cela, que pourra répondre un Anglais? Pourrons-nous blftmer les Américains d'à* voir agi avec la même déloyauté?»
On le voit r rien ne coûte au gouvernement anglais pour mettre de son cêté l'opinion de TEurope ; il nous importe désormais de lutter contre une publicité dont le but constant est de déprécier notre marine ; fusons observer ici que les Américains suivent la même voie. Chez eux, un vaisseau de quatre-vingt-dix canons, est dit vaisseau de soixante-quatorze, une frégate de cinquantedeux est appelée frégate de 44 , et ainsi de suite; tout cela est sérieux , surtout en temps de guerre, et peut , comme Texpériènce Ta prouvé, mettre l'opinion du côté des plus habiles.
En France , nous agissons tout autrement ; nous appelons les anciens vaisseaux de soixante-quatorze, vais* ^eaux do quatre-vingt-six canons, par la raison qu'on t)
armé, de bout en bout, la batterie barbette. Ces quelques canons , pour la plupart inutiles ^ constituent tout un système nominal fort dangereux, qui nous' sera certainement funeste à la prochaine guerre. Sans doute le chiffre de quatre-vingt-six sonne mieux que celui de soixante-quatorze; mais, pour ce motif puéril, faut-il s'exposer aux plus tristes résultats? Combien ne serat-il pas humiliant d'annoncer, dans un bulletin y qu'un vaisseau de quatre-vingt-six canons a été pris ou combattu, avec égalité de chance^ par un autre de soixantequatorze? On aura beau objecter que les proportions et les échantillons des deux vaisseaux étaient les mêmes, que les trois quarts des canons de dessus le pont du vaisseau français n'ont pu tirer ^ tout cela sera considéré par TEurope comme la raison du vaincu ; et encore une fois y l'honneur de nos marins sera compromis. La marine impériale ^ pour avoir méconnu cette vérité fondamentale, que c'est plulOt la qualité des vaisseaux, envisagés sous le double rapport du personnel et du matériel, qu'il s'agit de considérer^ perdit la partie contre la marine anglaise.