CONCLUSION
La dernière guerre maritime du règne de Louis XVI a laissé, derrière elle, un grand résultat, auquel nous devons nous arrêter ici ; ce résultat, c'est une Angleterre du nouveau monde, opposée désormais à la mère-patrie, et dont l'alliance naturelle est avec la France. Jamais plus brillante victoire maritime n'a été remportée sur TÂngleterre que cette création des Etats-Unis, sortis de son propre sein pour lui disputer et lui ravir l'Amérique, pour lutter contre elle, avec son propre génie, avec cette vaste ceinture de l'Océan qui les rattache à l'Europe.
Tant que l'Amérique n'était qu'une colonie, sa destinée, subordonnée à celle de la métropole, n'avait rien que de secondaire; mais, devenue indépendante, elle peut changer, dans un temps donné, l'équilibre des
nations de l'Europe ; car les intérêts commerciaux , la marine qui en est la base^ rapprochent les distances. L'indépendai(6Èr éiàil^ ^dilt là jeune Amérique, naturellement agricole et commerçante, le signal d'immenses relations à créer , d'une marine puissante à fonder.
11 est vrai qu'après la paix, l'esprit commercial rapprocha un instant l'Amérique et l'Angleterre. L'Amérique, pays nouveau , manquait de crédit ; l'Angleterre oublia^ ou parut oublier le passé» elle sembla généreuse et fut habile en lui accordant foute espèce de facilités pour ses transactions commerciales. Il s'ensuivit qu'en peu d'années le commerce libre surpassa de beaucoup Tancicn chiffre du régime de contrainte et de monopole. Les Anglais, surpris de cet accroissement de richesse, ne songèrent plus à la perte deletrr colonie, puisque cette perte agrandissait leur commerce ; et les hommes d'état, qui se bornaient à apprécier les résultats immédiats d'un événement, s'émerveillèrent, dans tous les pays, du développement inattendu que prenait à leurs yeux la grandeur de l'Angleterre. 11 arriva ainsi qu'on se méprit sur la portée de l'œuvre que venait d'accomplir la France. Sans doute, pendant quelques années, l^Angteterre réalisa d'énormes bénéfices j^ar le fait de
dîéTblR£( DE La marine française, f Y8S-8>d. àd§
réihancipation amèfiéâinè, mais étaît-cè tout, etTavenifr ne se m6htrait*il pas menaçante
Le commerce qû*a iait l'Amérique ïuî a donné une mariné; sa population^ sans cesse recrutée par des émigirations d'ÊUiropé, se multiplie âved une rapidité incroyable; et, après un demi-sîècïe^ les progrès jôuirnafiers de la nouvelle natîoii étonnent ses ènfatis euxmêmeâ, pour peu qu'As s*abseiltent de leur pays. Les planteurs infatigables marchent toujours, et ne s'aWétent que pour laisser^ sous leurs pas^ l'empreinte de la culture él la trace de la civilisation ; d'autres les suivent et viennent achever leur oeuvre, lîier, il y avait lâ un village, fl y a une ville aujourd'hui : c'est une transformation Continuelle delà nature inculte en un immense état civilisé, état continental et maritime. L'Angleterre se sent déjà bien gênée, bien resserrée au Canada, et nous voyons que, d'un autre côté, les discussionâ de territoire ont commencé, et qu'on a même pronoùcé le mot de gtrefre.
C*eét donc aujourd'hui que se réalise la grande création lùarilime du régne deLotiis XVI, et, chose remarquable, c*est au moment où le continent eiiropêen subît une transformation nouvelle. L'Ë^urope, en effet, n'est phis seulement continentale, die est toarîtiinè, depuis
que ses capitaux^ à dater de 1814, au lieu d'être employés dans les entreprises contre la France , se reportegit sur l'industrie. Quelles seront les conséquences de cette situation? Sans vouloir les préciser d'une manière absolue, ne peut-on pas prévoir qu'elles amèneront
t6t ou tard des embarras sérieux avec l'Angleterre.
L'Europe, par la raison qu'elle devient industrielle et maritime, ne sera-t-elle pas, dans un avenir plus ou moins rapproché, mise au ban des intérêts anglais, et ses alliances naturelles ne seront-elles pas avec les puissances qui posséderont une marine. La France et les Ëtats-Unis sont donc appelés à jouer le principal rôle : la première, aves ses énormes ressources, comme puissance prépondérante, tête de pont du continent; la seconde, comme puissance auxiliaire.
Il est donc de notre intérêt de voir grandir la jeune Amérique, car tout ce qu'elle ête de force et de richesse à l'Angleterre, elle le donne à l'équilibre européen. Au reste, ce peuple a le sentiment de sa destinée ; il marche, pendant qu'ailleurs on discute. Vous n'aurez pas le Texas ni TOrégon, lui dit la Grande-Bretagne; et tandis .qu'elle parle, l'annexion devient tle plus en plus cer* taine, et des milliers de colons américains émigrent sur le territoire contesté de l'Orégon, et la conquête sV
BiSToms I» LA luioiiB rRANÇAisfi. 1T83-89. 401
père par h seule mise en culture des terres qui àppaartieimmt au premier occupant : c'est la charrue toute seule qui triomphe ici de TAngleterre. A Theure qu*il est y la pèche de la morue et de la baleine» cette péjnnière de la marine anglaise^ menace de passer dans les mains des Américains. Leur habileté dans cette industrie est vraiment populaire; près de vingt mille matelots d'élite y trouvent une santé robuste et s'y forment admirablement comme marins. L'Amérique n'a pas de colonies» il est vrai ; mais, grâce à la modî* cité du fret» aux alhires larges et hardies de son commerce» ses navires couvrent les mers^ trafiquent avec la plupart des nations de TEurope^ et emploient maintenant cent quatre- vingt mille matelots^ qui peu« vent compter parmi les meilleurs du monde. Ce magni^ fique personnel; combiné avec les ressources d'un pays comme la France y qui donnera, lorsqu'il voudra j matelots» argent et vaisseaux, aurait une importance décisive dans une guerre maritime. Enfiu, le moment est venu de reconnaître que, s'il y a quelque chose de colossal dans la marine anglaise, le dernier acte du gouvernement de Louis XYI n'en est que plus politique. Désormais la grande pensée de Richelieu » qui a été
comme le point de départ de cet ouvrage, trouve une T. m. 26
4U ffioode. Nous aw>AS vpnlu « ^yp .gia«id0» ^|^«pBf de notre histoire , dominer sqir ^ cmt^ta^ : 4» là tant de coalitions contre la France, itujouixl'lipi L'exfié^ rience du passée les ingrats du préseat et 4e Taveair, çlairemeiudépiûntrés par les nouvelles tendance? datons les peuples vers Tindustrie et U n^iui^ ÛBfM^eal à fàptre politique uQe transformaticm nécessaire. (Qe n'est pt^s sur les rives du Bhin que nous devons fixer nos Srontjyàres, laissons^les Qotter sur l'Océan. Poissanoe esfentieUement continentale» avec un budget de guerre qui s'^èye à plus de 300 millions y nous aurons toujours Vflujrope et TÀnglet^re contre nous. Puiesapce ma* ritime du premier ordre^ devenant comme le centre et l0 pivot de tous les intérêts commerciaux et maritimes de rpluijope y nous l'aurons avec nous ccoitre l'Angletçrre (1).
(i) En terminani le troisième volume de cet ouvrage , nous croyons 4svpir adresser de nouveaux venorctneis à Wà. d'A^esac^Goinand et Pîthols, pour ToUigeançe qu'ils oni mise à facitller nos rechercha.