‹ Histoire de la marine françaiseChapitre 24 sur 36 · CHAPITRE XVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI

SuAren se dirige sur Tranquebar. — Prise de Trinquemalé. — Nouveau OMpl^al. -^ PQurfuoI Sofiren ne ren^rtepas «m victoire édalaiile*

— Goudelour. — L'ennemi croise devant Trinquemalé. — Le générai Stuart et Tamiral Hughes attaquent Goudelour. — Suffren fait voile pour GoMdèlouf. — Cette viUe eel ravUaiMée. -«- Deinier conbttl.

— garnirai Hughes profite de U nuit pour fuir. — Fin de la guerre. Lapérottse. — Conclusion.

StrfRrèH n'était pas homme à s'eiMlormit au miKea des plaisirs et des pompes asfatiqBes. Pendant son séjour à terre ^ îl avait preisé les réparations de ses vaisseaux. Là Pourvoyettse s^élait rendue à Matac pour prendre un chargement de bois de mâtures. Les corvettes arttée» en flûte donhèfent leurs mâts. On put ainsi, toni bien ^[ue mat, mâtef les vaisseaux qui en manquaient et €Mit»^^iidfê de Qèufëlès êx|^i4iods.

Dans les premiers jours d'août; Suffren, averti que Tescadre anglaise^ après avoir quitté Négapatnam, s*était portée sur Madras, où Ton faisait de grands préparatifs^ appareilla et se dirigea sur Trinquebar; n'ayant pu obtenir aucun renseignement sur le but des armemens de l'ennemi, il cingla sur Batacolo où il mouilla le l""' août 1782.

Suffren trouva en rade la frégate la Consolante venant de rilede France, qui lui apprit l'arrivée du comte d* Aymar à la pointe de Galles (île Geylan); avec deux vaisseaux et huit transports chargés de troupes et de munitions de guerre. Il espéra^ au moyen de. ce renfort, exécuter le projet qu'il méditait depuis quelque temps.

Trinquemale ou Trinquemalé, situé au fond de l'immense baie à laquelle il a donné son nom, était un port vaste et sûr; mais avant d'appareiller, il expédia un navire à Trinquemale, afin de s'assurer si l'escadre anglaise n'y était pas. En môme temps la frégate la Fine partit pour la pointe de Galles, avec l'ordre de presser le convoi de rallier l'armée. Le 21 août, le comte d'Aymar, avec le oonvoii 86 réunit à Suffren, qui fit aussitôt embarquer les troupes à bord de son escadre et -attendit un vent favorable pour partir. C'est alors que le outter le Lévvrd

mouilla en rade et apporta des lettres et des ordres de France. Bientôt on sut que la conduite de SufTren avait obtenu l'approbation du gouvernement ; toutes les grâces qu'il avait demandées pour ses officiers étaient confirmées; le grand maître de Malte ^ juste appréciateur de la gloire de SufTren , venait de le faire bailli. Ces nouvelles accrurent l'enthousiasme de la flotte.

Le 25 août les Français firent voile pour la baie de Trinquemalé : en deux jours ils furent en vue de terre; mais, s'étant trop rapprochés des forts, ils reçurent quelques boulets à leur bord; ils mouillèrent dans la partie i^rd de la baie. La côte ayant été reconnue, deux mille hommes débarquèrent le 27 à trois heures du matin sans opposition ; à six heures ils campèrent à deux portées de canon de Trinquemalé, parmi des bois touffus qui les dérobaient à la vue de l'ennemi.

Le 29 , les canons et les mortiers mis en batterie, les Français ouvrirent la tranchée du côté de la mer. Les Anglais tentèrent plusieurs sorties , mais ils furent toujours repoussés. Le 30, les généraux français soffljnèrenl le gouverneur de se rendre. Après quelques pourparlers, l'Anglais se soumit et capitula. Blille prisonniiarg obtinrent les honneurs de la guerre et leur renvoi à. Atstdras.

3iSS HMTOIRE DE LÀ MÀRIHB nUNÇAWfi. 1T82.

La forteresse de Trinqaemalé ayant capitulé, restait encore un fort nommé Oslembourg , lequel dominait la baie qui porte son nom ; M. de SufTren en ordonna l'attaque. liC 1"^ septembre, après un feu bien nourri, le fort capitula y alors on arbora le pavillon français sur tous le» points de la baie.

Cependant les autorités de Madras avaimt été prév.e* Ajies d«is prejieM du bailli de Saffren. Connaissant son activité, elles pressèrent l'amiral Hughes d'aller a« secours de Trînquemalé. Hughes eiftbarqua sur ses vais^ seaux plusieurs régimens et se mit aussitôt en route. Le) â 86pteoibre , à la nuit , il arriva en vue de la baie et y mouilla à une portée et demie de canon de la forte* resse.

Le baiUi de Suffren achevait à peine de faii>e réemharquer une partie des troupes qui avaient fait le siège de la f lace, que te Héros signala l'escadre ennemie. Â ce signal, Suffren, qui était encore à terre, s'empressa de veftir à son bord, a Voilà donc, dit-il, nftessieurs lee Angbts arrivés! Bon combat par mer et par terre! Sans jdo«te qu'ils viennent pour rmnpre Texpéditioii, maie il n'est plus tempe, cette place est française^ et je répMidsqu'ilsfie réwÂr^it pas à lar^[)rendre, d'autant plus que j'y mettrai ordre* » Ayant reconnu les ÂH^|tiE^,

it attendit la pointe du jour, 3 septembre^ poor mettra sous voile; il envoya la Fine pour reconnaître la forée de l'armée anglaise. Cette frégate signala peu de temps après douze vaisseaux de Kgne et plusieurs frégates; il ventait bon frais de la partie ouest-sud-ouest et sud^mest. Suffi*en se dirigea sur Fennemi (i).

(i) bscàdrb française.

Atani^§mrdê,

L'Artéûen De SoinlrFéUx.

Le Sévère De MaanriHe de Langle.

Le Saint-Michel. . . D'Aymar.

L'Oriem. De Chrisli IMière.

Le Brillant. .... De Kersauson.

Carpe de bataille.

L'Ânnibal De Galles.

Le Sphinx Du Ghilleao.

- „. rSu(n*en.

Le Héros 1 ix. m •

(DeMoissac.

LlUustre De Bruyères.

Le Flamand Perler de SaUert.

Àtriète-garde.

L'Ajax. ..... DeBeaumoou

Frégate. -^ La C(m^lol«nt«. De Péan.

L*Ânnibal DeTromelin.

Le Vengeur DeCdvefvine.

LeByzarre. .... De La Làndelle.

Tués et blessés. 547 hommes.

L'Exeter. King.

Celui-ci était appareillé, ej;, à son grand étooDemeot^ venait d'apercevoir le pavillon blanc qui flottait sur les forts de la baie, et l'escadre française au vent à lui qui manœuvrait pour l'approcher. Hughes prit chasse en laissant porter jusqu'au sud-sud-est, et fit former son ordre de bataille. Sufiren aussitôt signala à sa flotte d'arriver tout à la fois sur Tennemi, puis de s'établir en bataille dans l'ordre naturel. Cependant, comme la marche des vaisseaux français était très inégale, Suffren venait de temps à autre au vent pour attendre ses vaisseaux arriérés. Vers onze heures et demie, ayant son avant-garde en panne, il indiqua de diminuer de voile pour attendre le serre-file qui restait en arrière quoiqu'il fût couvert de toile. La frégate la Belbne alla de

VX&Ib Zuneley,

LeHero Hawker.

LeScepter Graves.

LeBorforC Rèiner.

Le Sultan Watt.

LeSoperbe f ?"«''«••

*^ (Neweome.

LeMonarca Gell.

L'Eagle. ..... Reddal.

Le Magnaniine. . . . Wolsely.

Le Monmouth. • . . Alms.

^e Worcester. . • '. Wood.

Tués et blewâi. 584 hpmme^r

Indes

Imposition

2* Poffllion

HISTOIRE DB LA MARmË FRAKÇÀISE. 1792. 365

vaisseau ea vaisseau porter à la voix les instructions de Tamiral. Le Vengeur et la frégate la Consolante reçurent Tordre d'attaquer Tarrière-garde ennemie par dessous le vent (1). Cependant les vaisseaux arriérés de Toscadre française s'étant assez rapprochés, Suffren fit les signaux d'arriver à Test et de courir en échiquier sur Tennemi, qui, voyant qu'il ne pouvait éviter le combat, avait serré ses distances et semblait vouloir Taccepter sous l'allure grand largue. (Position 1.) Les Français, que cette succession d'ordres et de mouvemens avaient mis en désordre, se présentèrent enfin devant la ligne de bataille anglaise ; mais le Saint-Michel et l'Artésieny craignant qu'en gouvernant toujours sur la tête de la colonne anglaise, ilsjie la dépassassent, vinrent au vent. Suffren, qui voulait combattre de plus près, fit le signal d'arriver de nouveau. Un coup de canon tiré à bord du vaisseau amiral pour en presser l'exécution, est mal interprété dans les batteries du vaisseau, et les canonniers font feu; successivement nilustrey le Flamand et ceux qui sont à portée de canon envoient leurs bordées, l'action devient générale. (Position 2.) Au milieu de la canonnade etd'une fumée épaisse

(1) Le plus sûr moyen en général, pour forcer Vennemi à nue action décisive, comme le voulait Suffren, c'est de faire aborder quand cela est possible un ou deux de ces vaisse aux.

jM6 pwftfiiifi w lA MAJÛNE jnuifçiass. 178SL

les ordres de Suffreo ne sont pbis ni vus, ni écoutés. Son avani-garde reste immobile, plusieurs des vaisseaux du oentre el de rarrière-garde sont trop éloignés. Pour comble de malheur le calme se fait d^à sentir^ tout semble conspirer contre Suffren; un instapt il croit à la trahison <}es siens, il est du moins résolu à se faire couler plutôt quç de se rendre. Pourtant les vaisseaux f Illustre et /'Ajax le secondent vaillamment; lé Brillant se porte à son aide^ mais avec une mollesse inexcusable. Au lieu de prolonger la ligne ennemie en passant sous le vent de la nôtre, ce qui e(U soulagé le Héros et l'Illustre^ il tint le vent et ne se mit en ligne qu'après une perte de temps considérable.

A l'arrière^rde, le Vengeur et la Consolante essayèrent de mettre entre deux feux les derniers vaisseaux anglais , mais , reçus par une vive canonnade, ils vinrent au vent pour combattre. Bientôt un événement imprévu frappa d'étonnement et de tristesse Tarmée française. Le brave capitaine du Vengeur ^ au moment du feu le plus meurtrier, vient à manquer de poudre. Cuverville, au désespoir, voulait aller aborder Tennemi , ses officiers lui montrent les difficultés de Tentreprise avec le peu d'ensemUe qu'il y a daiàs la ligne française : il écoute les conseils de la prudence; il quitte sa ligne au

rhqnâ de laissa f\9Jiv 9^ ^ t^to vœ pensée 0étri4js^ta. L'armée XrauçaUe paraissait partagée eu d^x.: une partie ccuabattait aveciuie grao4d bravoure^ l'autre restait spact^itrice, ou peu ^'ea fauJt, du cosabat

Sufirea nmllipliait les signaux ; pourtant à quatre bei^ res quelques uns des vaisseaux de TairaDl-garde avaient à peinç donné. La faible brise de Tq^est-sud-tuest venait de passer au sud-est Su0ren signala aux vaisseaux de virer par la contre-i^arcb^ et aux frégates de venir le prendre à lareinorque. L'armée eipécuta l'ordre, excepté le Héros et l'Illustre , qui, étant hors d'état de man^qvrer, continuèrent à combattre.

Cependant le çbangement de vent avait fait prendre bâbord amures à Tescadre anglaise, qui se concentra <fe plus en plus- sur nos d^ix vaisseaux» Des ennemis plus audacieux les auraient pris ou détruits. Deux vaisseaux anglais se portant au vent à eux, les contraignaient à se rendre ou à se faire couler; mais, comme nous l'avons dit, Suffren était résolu à cette terrible extrémité^ et il avait su en pénétrer tout son équipage. Au plus fort de l'action , son grand mftl étant tombé et ayant entraîné le perroquet de fougue et le pavillon, les Anglais jetèrent des cris de triompbe* Suffren en dçmai^da la cause ; on li^i montra le pavillon et la marque distinetive de son

368 HISTOIRE DE LA MARINE FRANÇAISE. i782«

commandement abattus par la chute du grand mât. Furieux j il s'écrie : <( Des pavillons ! qu'on apporte des pavillons blancs et qu'on pavoise mon vaisseau. »

Cependant quelques capitaines^ que la confusion^ la faiblesse des vents et leur variation avaient tenus éloignés de Suffren^ faisaient les plus louables efforts pour partager ses dangers. LArtésienj dont la vitesse secondait le courage de son commandant^ s'apercevant que les vaisseaux de léte de l'armée ennemie allaient virer pour mettre entre deux feux le Héros et tlUustrej se porta par leur travers^ et^ contre trois, il les combattit avec beaucoup de bravoure.

A la fin les autres vaisseaux, aidés de la brise qui fraîchissait, joignirent au fur et à mesure Suffren et le couvrirent de leur feu. Les événemens malheureux de la journée, la bravoure héroïque de Suffren, qui, avec Y Illustre et l*Ajax , avait tenu tête pendant plusieurs heures au gros de Tarmée apglaise, surtout leur absence prolongée du feu, imprimèrent aux officiers et aux équipages une impulsion terrible dont les Anglais éprouvèrent bientôt les effets. Affaiblis, ayant plusieurs de leurs vaisseaux très endommagés, craignant tout de l'attaque furieuse des Français, ils cessèrent le feu, prirent la bordée du nord-ouest et allèrent relâcher à Madras. L'esca-

Hi8T<»R£ DE U MÂUKK FRANÇAISE. 1782. 369

dre française resta en panne toute la nuit sur le champ de bataille; le lendemain, n'apercevant plus rennemi, elle cingla snr Trinquemalé^ traînant à la remorque le Héros et l'Illustre.

Ainsi se termina une afiEsiire, à laquelle la supériorité des Français, Tardeur des équipages et le courage de Suf* fren promettaient une tout autre issue. Rien ne put ûter à l'amiral la pensée que plusieurs de ses capitaines l'avaient abandonné. Le soir même du combat, un vaisseau qui passait sous sa poupe, lui ayant demandé de ses nouvelles, un silence absolu fut sa seule réponse. Suffiren se borna à lui faire donner sèchement ses ordres.

Malgré les torts de quelques capitaines, Suffren n'est pas à Tabri de tout blâme. Dans la confusion et Téloignement où se trouvaient plusieurs de ses vaisseaux, il aurait dû serrer le vent pour se reformer et ne pas s'opiniàtrer dans un engagement si disproportionné. Son extrême bravoure lui fit oublier son habileté ordinaire. Le Héros, l'Illustre et V Artésien arrivèrent à grand'peine à Trinquemalé. Sir Hughes, dans ses dé* pèches, ne dissimule pas ses. pertes. <( Gomme V Aigle y le Monmouthy le Burforty le Superbe et plusieurs autres vaisseaux de notre escadre, dit -il, faisaient T. m. 24

beducotrp d'eau par eutte éé» biMitets qa'ite mmit reçus à la flottaisoû^ et qot Tescadre toot «utièra avait de très fartes avaries, je m« déterminai à faire route pour ces parages, ne pouvant mouiller k Trin(}u^ malé. »

Le 7 septembre, Tarmée française prit son iMuUligiê dans la rade ouverte d'Ostembourg. Le vaisseau tOrienl échoua en entrant, et il fut impossible^ non seutemeni de sauver la coque, mais sa mâture dont le besoin se flïisait si cruellement sentfr. L^équipage Ait distribué à bord de Tescadre. Cette perte affecta d'autant pins deu-* loureusemenl Suffrén, qu'il savait que Iç» Anglais attendaient de jour en jour un renfort de cinq vaisseaux. Poov remàter le Héros et l'IUustre, Sotfren fit porter les mâts des petits vaisseaux sur les plus gros, et désarmer ta Consolante qui donna sa mâture au Bigarre. Pendant quMt s'occupait de ces détails itreçut plusieurs avis qui lui donnèrent des inquiétudes pour Ooudelour. Alder-Aly, attaqué sur son propre territoire par les Anglais réunis aux Mahrattes, avait abandonné la côte de CioromandeL Son éloignement avait inspiré aux Anglais Tidée de conquérir ce point important. Le 1^'' octobre, Teseadre flran* çaise mit sous voile et se dirigea sur Goudelour, où elle mouilla le 4. Un nouveau maflbeur, là pertedu vaisseau

ttSTOIRft K Là MAfiHIG fRAIÏÇAflBË. ITM* VH

k Bimrref ((ut,6*éehoita dansnat vîmtiMt twrt arfièlre, vint attrister tous les cosuri^.

CependaDt l'armée anglaise n'aTait pas encore para; Vennami, comptant plus sur les difficmltét qui naissent dans ces parages de la saison des Moussons^ que s«r I4 force de ses armes* s'était déeidé à dififfiver Feupédii^ tien jusqu'au printemps prochain. '

La .oftte de Coroœandel n'est pajs abordable Thiver pour une escadre; il était à présumer que lesi Français aeloa lews habijudes^ iraient hiverner à Vile de France^ à qviuEe cents lieues du théâtre de la guerre. Ge cas probable échéant, Hughes gagnait la côte de Malabar el passait son hiver à Bombay où des bassini^ propres à construire des vaisseaux et à les réparer^ où des appro^ visionnemons de tout genre le mettaient k méaie de primer son adversaire^ qgielqu'acUf qu'il le supposât. La conquête de Goudelour dépendait du parti qu'aUaH prendre Suffren*

Ce dernier était lui-même très incertain sur ce qu'il avait à £aire.. Devait-il se rendre à llle d4 France? mais alora il livrait la côte de Coromandel auk forfies de rctn* nemi. Trinquemalé loi offrait un port cononode pour le mouillage, mais il «sanqtiait d'approvieiannealms^ <t Ihiverns^^ mt mortel ponr les équipages âûr(^éeÉB<

Gqpenâant Saffiren paraît avoir adopté le premier plan; le bruit s'en répand aussitôt. Les Anglais regardent cet événement comme une victoire, les Français n'en sont pas moins heureux. Les plaisirs vont remplacer pendant plusieurs mois les fatigues et les dangers qui les ont si rudement éprouvés. Quelques officiers de terre obtiennent de prendre les devans.

Le 15 octobre l'escadre française appareille. Tant qu'elle est en vue de la place elle gouverne au large, mais bientôt elle porte à Test et se dirige sur la côte d'Àchem dans l'île de Sumatra. Cette île forme la partie orientale qui borne la mer des Indes. Achem en est la capitale; elle a une rade assez bonne, abritée au large par des îlots très élevés. Le pays abonde en bestiaux et en pâturages; l'eau est excellente et le climat sain. Une escadre peut s'y approvisionner. Le 1" novembre les Français mouillent en rade d'Achem; des tentes sont aussitôt dressées à terre pour y déposer les malades ; de toutes parts les vivres arrivent et mettent l'escadre dans Tabondance. Les frégates la Bellone et ta Pourçoyeuse, expédiées à Malac pour prendre des bois de m&ture, rejoignent Tarmée y qui en quelques jours est prête à appareiller. Sur ces entrefaites , une corvette expédiée de l'Ile de France, annonce à Suffren ledépart, pour la

HISTOlliB DE LA MARINE FRANÇAISE. 1782-83. 373

côte do Coromandel, de M. de Bussy avec un convoi chargé de troupes. Le 20 décembre y Suffren met sous voiles, s'arrête quelques jours à Gamjam^ comptoir kol-' landais» sur la côte d'Orixa, et y détruit plusieurs na« vires anglais qui faisaient des vivres pour le compte de l'escadre britannique. La frégate la Cons^ntry tombe au milieu 4e l'escadre ; le capitaine Hughes, neveu de l'amiral, n'admettant pas la possibilité de la présence des Français daos ces parages, se livre lui-même. Il apprend à Suffren la mort d'Âïder- Àly , arrivée le 9 novembre 1782, au camp d'Atour, au milieu de son armée. Suffren donne des larmes à ce prince habile et courageux» le plus formidable ennemi que les Anglais aient jamais eu dans les Indes. De là il lève l'ancre et gouverne à prolonger la terre; chemin faisant, il capture une corvette, un vaisseau de la compagnie et deux autres navires. Longeant toujours la côte, il chasse devant lui les Anglais étonnés de son apparition, et mouille le 6 février à Goudelour. La mort d'Aider lui est confirmée ainsi que lavènement au trône de Tippoo-Saib, son fils, campé alors à Yandabouchi avec le comte de Félix, commandant les troupes françaises à la place de M. Duchemin, décédé depuis peu^ La belle saison avançait, le bailli de Sqffreft comprit

37$^ fitSTOIRË DE Là HARIlfE PAA1H{iAISË. 17S3.

^e Veseadre bîitannique ne pouvait tarder à se présenter, il la savait forte de dix -huit vaisseaux parfaitement équq^s. La sienne^ affaiblie par la perte de POrient et du Bizarre ^ avait en outre quatre vaisseaux disons le plus triste état, presque tous manquaient d'équipages. Goudelour n'offrait aucune ressource, &ais Trinquemalé pouvait suffire jusqu'à un certain point à ses besoins. Suffren, qui sentait le prix des instans, fit voile pour ce port Les vents contraires relardèrent sa navigation ; il arriva enfin le 23 février. Il y trouva les frégates l'Apothuy la PouriH)yeuse y ta Natfode et la Ckm9olant$ qui s'était remàlée. Quelques jburs ap^às la frégate la Cléopâtrey venant de l'Ile de France ) confirma la nouvelle de l'arrivée prochaine du convoi.

Le 11 mars» M* de Peynier, avec les vaisseaux le ^endanty V Argonaute et le Hardiy escortant trente-cinq nàvifes marchands chargés de vivres, de munitions de guerre et portant trois mille hommes de troupes, fut si-^ gnalédans le sud. Ce chef d'escadre ne tarda pas à mouiller dans la baie, il avait sur son bord le marquis de Bussy, si impatiemment attendu.

Cependant l'armée anglaise avait paru sur la côte de C6fomandel ôh elle avait appris les derniers événem

HISf 0*l£ B£ hk lOJUm TEAJtÇAttB. 1788u: 3T5.

matritimÊs, ainsi que le départ de Trinquemalé, et rarri- MéeaGoudelour deU^de Bufisy et de des troupes. Hughes n'en persista pas moins à poursuivre ses desseins sur Goadèlour^tnais il foulait surtout proQter de sa supériorité numérkitte pour attaquer l'eacadre françatee; aoit d'ailleurs qu'il labattft ou qu'il la bloquât^ la prise 4le cette place semblait assurée. Il se présenta à l'entrée 4e / la baie te S4 i&ai i783. Une partie des vaisseaux français \ étaîept ndwiUés dau$ l'arriéré l>aie et s'exerçaient aux manœilvjres; la raatiï se réparait; plusieurs vaisseaux étiûeût à la bande. Uu^et approcha de terre« mais vograntlatyooAefioatenance de nos vaissefuix^solidenàeat embeasés softs la prpliottond'un fort situé aur la lAontaf^ de laJOécuusenie^ il vira de bord et geuywna aiu

Depuis te.ttMMMljtage de rescadre française & Trinqueitalé^ ta rade et iQS chantiers avaient pris une physionomie inaOQOutilméô, tout respirait la plus grande activité; dés qu'un vaisseau était r^aré, il Êtisait place à un aulne et allait mouiUer dans l'arriére htiie en état d'appareil^

Les 25 et 31 du mois de mai, et les 1"*' et â joio, l'ar*méé anglaise vint réooiuiattre l'esèadre française. €eHe iuHtaueé de rMÔemià^roiier dorant ïrin^

376 HISTOIKE DE LA MÀRIlfE FRANÇAISE. 1783.

quemdlé, cachait un piège qui n'échappa pas à Suffren. Il pressa ses réparations, et bientôt Tarmée entière put prendre la mer.

Au moment de partir, une estafette de M« de Bussy changea les soupçons de Suffren en certitude. Bussy lui annonçait que la place de Goudelour venait d'ôtre at-

Xtaquée par terre.

./ La situation de Tlnde n'était pas aussi favorable ^que le supposait M. de Bussy lors de son débarquement. Depuis la mort d'Aider-Àly, Tippoo-Sa!b, son fils, intruit qu'un [corps de troupes anglais s'était rendu maître de Bednore, capitale des États de ce prince sur la côte de Malabar, avait évacué le Carnate et rappelé toutes ses forces, auxquelles s'était joint un bataillon de troupes françaises. Tippoo-Saîb repritBednore et fit prisonnier le général Mathew avec tout son corps d'armée. Ces revers de l'armée anglaise, quelque graves qu'ils fussent, étaient contrebalancés^ par les avantages que les Anglais retirèrent de Téloignement de Tippoo-Sa!b de la côte de Goromandel. Bien supérieurs en nombre aux Français, l'armée anglaise , au nombre de cinq mille européens, neuf mille cjpayes, avec une nombreuse artillerie, aux ordres du général Stuart, vint investir Goudelour. La situation était alarmante pour la garnison. M. de Bussy écrivait

HISTOIRE DE LA MAliniE FRANÇAISE. 17^3. 377

lettre rar lettre à Suffren pour le presser de venir le secourir. « Je manque de vivres, disait-il, je manque de munitions de guerre, et votre inaction est d'un mauvais effet dans le pays, quoique cependant je ne me dissimule pas les dangers qu'il y a de venir me délivrer en présence de forces supérieures aux vôtres. > Bientôt de nouvelles dépêches de M. de Bussy invitèrent Suffren à rester au mouillage de Trinquemalé , sauf le cas où la garnison française serait forcée de se retirer dans Goudelour et bloquée par Tescadre anglaise. En effet, les communia cations étant déjà difficiles, un blocus eût été une complication redoutable. Suffren, ne voyant plus Tennemi, se détermina à appareiller. Il le savait plus fort en vais? seaux et en équipages ; mais, habitué à ne rien craindre, Suffren appareilla le H juin et reconnut le surlendemain Tranquebar. Continuant sa route, ses frégates lui signalèrent l'escadre anglaise qui paraissait mouillée entre Porto-Nove et Goudelour^ Aussitôt il ordonna de jeter Fancre. Le 15, s'étant mis sur la frégate la CléopâtrCf il fit voile de nouveau et s'avança sur Fennemi. Un vent d'ouest-sûd'ouestpermettait aux Français de s'approcher, en bataille, de l'armée anglaise; mais Hughes, qui redoutait une attaqueà l'ancre, appareillaetprit la bordée du large. La brise presqu'aussitôt passa au nord-ouest et

donofi à VeDMi^i Tavanlag^ 4» vent ; 4î96rwl4& aan^iir* vr^s f^r^ftt foîtee p^ fes dôui amicwn s Suffir«D , pour g^gï^ ie vaut 6( Ste «mettra ^qe hm^sufô 4ie commimiqu€ir a^tac <30iidQlouiri Hugk^ po«r Tea ampéober.

Lç 17 s^u matin» la vapt à Touaqt^ Tas^yidra angtoi^i^ ra&Uât À r^sit-AOïd-aat) faisant routa au sud dani TintaAtion da se 4i:<>«^ver au vent loMqdâ la JmtIm do large viandraU à soufiler. Un va^seau da Teseadm firançaisat qui avait été à Goudalour , rallia l'amiral at lui raaût las dépôchas du marqois da Buwy . Ca gôoérad lui appr^ nait qu'un coaU)at avait au U^ ia 13^ fifaia Im murs da Goudatour; q«a las Anglais avaient MiéM partes coasidarablast mais qu'attendu son infériorité, ils'.étaitvu contraint da s'anfarmer dans la place. SuflÉefi» mattre de sas mou¥em^pis> ciugla aussiliM; sur Ooudielaur oà il qaouiUa la 17 à huit heures du soûr. C'était un avantage précieuK qu'il venait d'obtenir Bur Un^bm; Gouddlaw fut ravitaillé.

Cependant 9 sur les prières de $affiren,iW*^.Quâsy QOflNsenlit à lui deniker.un rcnfarl dequrnseeenta hettmes pouf comUar las vides que les ooMbats et les o^ladieé ayaîent'CEtits dans las équipages. Les ofaattces de la guerre étant moine inégalas ^ ^i4£Ër9n^^{^i!eiUa k 18 iiu matin ave(OUA>v(u»t d'iW0«^DnlKW««t;^ sar4^ An*

wnroiRB m M MÂMtm jnuanQiME, 1788» STOT

glaU ^ui veMΜt d'élxe apBrçus (1)« des derniers cou-* raiw( awr h terre; Teseadre frâûçaise^ foriniée au beri

JbmMlre flraafalM»

U^pIdBX.

DuehiUeati.

Le Brillant.

De KersausoD.

Le Fendant.

( De Peynier.

(DiSain^Félii.

Le Flamand.

DeSalvert.

L*Ajax.

Dupas de la Honcelière

L'AMtita).

De Beaiilieti.

L'Argonaute.

De Clavières.

Le Hérvi.

(Suffran.

(DeMoissac.

L'IlIuslre.

De Brufèrefi.

Le Saint-Michel.

De BeaumoQt.

Le Vengeur.

De Cuverrillc.

LaS^vèro.

DeLongle.

L'Annibai.

D'Aymar.

Le Hardi.

De Kerhué.

L'Artésien.

De Vigues d'Arrac.

Escadre anglalae.

La Défense.

Newnham.

L'Isis.

IloUaday.

Le Gibralur.

• BlkerUm.

Nickt.

L'IiiOexiUe.

Cbetwind.

L'Exetar.

Schmiih.

LeVoNMlcr.

Hd«ke8.

L'Africa.

UmimuHi.

LeSoltan.

. muàfiU.

380 HISTOIRE DE LA MARINE FRANÇAIgE. 1783.

opposé, arriva sur eux en dépendant. Parvenu par le travers de leur ligne, Suffren, pour se mettre au même bord, fit signal de virer vent arrière. A quatre heures et demie rennemi* revira , les Français firent de même en gouvernant sur lui; le vent calma sur le soir. Toute la nuit et la journée du 19, Hughes manœuvra sans fuir, mais évitant avec soin d'en venir aux mains ; son impétueux adversaire, obligé de se conformer à ces différentes manœuvres, appelait de tous ses vœux une action gêné* raie.

Le 20 , les vents à Touest-sud-ouest petit frais, Suffren gouverna sur Tennemi qui venait sur lui au bord opposé. Comme la brise semblait devoir passer au nord* ouest, Suffren chercha à s'élever dans cette direction , tout en se conservant la possibilité de joindre Tennemi.

Le Superbe.

l Hughes.

(Newcome.

Le Monarca.

Gell.

Le Burfopt.

Renier.

Le Sceptre.

Graves.

Le Magnaniine.

Mackensie.

rEagle.

Clarke.

Le Héro.

King, commandant Jones.

Le Bristol.

îîO

Burney.

Le Momnonth.

Alms.

|Le Gnniberland.

Allen,

ComuiXlihiioJum r^3 ^.

l^'.^Posilioii

2^Posili(.n

5^ Po si il on

nSTOIRB jm Là MAftUtt FRANÇàISB. 1T8S. 3St

(Position i .) A onze heures^ en efiCet^ la brise étant nordouest, joli frais, son armée au vent, Suffren fit le signal de virer vent arrière tous ensemble , puis d'arriver en écbiquier sur Tennemi^ qui prit bâbord amures. Parvenu à un mille de Tescadre anglaise^ pour ne pas s'exposer aux mêmes accidens de^Trinquemalé^ Suffren tint le vent bâbord amures. (Position 2.) Cependant » soit que Famiral Hughes eût semblé honteux de fuir devant un ennemi qui lui était inférieur^ soit que la fatigue, causée par tant de manœuvres, Teût fait prendre un parti vigoureux, il diminua de voile et se tint sur ses huniers bâbord amures comme pour attendre les Français. Suffren se dirigea au^itôt sur l'ennemi.

Le combat devenait inévitable. Suffren, se conformant aux instructions récentes du ministère (1), va à bord de la frégate la Cléopâtre et prolonge sa ligne en encoura*

(i) a Considérant qu'il est imposible au commandant d'une armée navale de juger, pendant un combat, du mouvement de sa ligne et de celle des ennemis, tant à cause de la Tumée du canon dont il est enveloppé, que par l'attention qu'il est obligé de porter à la manœuvre particulière du vaisseau sur lequel son pavillon est arboré; considérant en outre que les vaisseaux de tête distinguent difficilement les signaux qui leur sont adressés du centre de la ligne, et que le moment de les exécuter est souvent passé lorsqu'ils les aperçoivent , je vous fais cette lettre pour vous dire que mon intention est que, si dorénavant vous trouvez Toccasion de combattre mes ennemis, vous ayex à quitter le vaisseau sur lequel votre pavillon sera aii)oré, et que vous passiez sur la frégate dont vous aurez

^eatit ses équif^ageà. Il veut que son arriére-garde double tes Anglais sou» le vent ; îe corps de bataille et Tavant-garde contiendront le reste de l'armée ennemie. Ces ordres, exécutés ponctueTlemenf, doivenf consommer la défaite totale d^nne de^deux escadres. A trois heures et demie de Taprès-midi, k Héros signale de serrer les distances ; mais les vaisseaux les pluà avancés , entraînés par leur ardeur, poursuivent leur route ; ils nuisent ainsi â la régularité de leur ligne et laissent soupçonner les desseins de Suffpen il famiral Hughes.

Cependant les deux armées sont à portée dé pistolet; les Français viennent au vent , la canonnade commence. (Position 3.) Le vaisseau anglais le Gibraltar s'aperçoit d'un vide dans Tavant-garde française , il serre le vent pour y pénétrer. Le capitaine anglais s'est vanté d'enlever le premier vaisseau français qn'il combattra ; le Flamand fait une arrivée pour lui épargner une partie du chemin ; ils se canonnent bientôt à longueur de vergue. LeGibral-

fait cboii« d'où il vous sera plus facile d'observer la maiMSuvre f es enne* mis, d'indiquer les manoeuvres que vous jugerez à |Mropos de faire (aire à Farmée navale dont je vous ai confié le commandement, et d'en pW^sser l'exécution. »

Avec la marine à vapeur, l'exécutina de cetia ordonaanpe no ftm qu'être avantageuse, car elle permeAtra à Tamiral de se portier sur H» poiots où il jugera sa frésence nécessw^ ; kl fiera wm pailoui el mille

pJHTt.

ittr^lôtA de^dngéf à éftpteiFer ëM adversarre/brasse à cut«r 4t s« lafisBe dériver. Pàrtimf on combat avec une gr^de bvarcmM; les Françaii, plus ardeas et tout air;^t opiniàtros qm letirs ennemis, les obligent k fhîre une ar- Wvée. Sans attendre d'ordre, nos vaisseaux se mettent sur leuf s traces , Taction recommence, les^ Anglais cèdent encore; ils sont poursuivis de nouveau. Les deut armées se remettent en ligne de bataille et la canonnade recommence; mais le fea des Français acquiert une supéf iorité marquée sur celui des Anglais. Hughes attend impatiemment la nuit? il craint qu'en arrivant enoore il n'expose quelques uns de ses vaisseaux désem* parés. Éiifin, àla laveur de V obscurité, Hughes se couvre de voiles et s'éloigne; les canonni^'s français, dans leur ardeur, é^ent les feux de Tennemi pour diriger leurs coups; à bord de quelques uns de nos vaisseaux il fallut employer la violence pour les empêcher de continuer à tirer.

SufAren, *près le combat, se dirigea sur Goudelour bipassant près de la côte de Pondichéry, où il momlta te 2f . Le Vi au matin il eut connaissance de Tescadre an* glaise à Tesl-quart-nord-est qui faisait roule ppur Madras* Son premier mouvemeiit fut de l^ii cfeBMrscitôiMç mais connaissant sa supériorité de lùarche et craignant

394 HI8T0IRB DE Là MARINE FRANÇAISE. 1783.

que^ dans la poursuite^elle ne gagnât le vent sur lui pour se porter snt Goudelour^ il appareilla et serra le vent. Hughes avait en effet l'intention d*aller à Goudelour; mais dès qu'il vit les Français sous voiles, il prit chasse et disparut vers dix heures du matin, laissant la mer libre à l'escadre française , qui jeta l'ancre devant la place le 23.

Cependant Suffiren, qui croit n'avoir rien fait tant qu'il reste des ennemis sur le territoire français, se propose de faire débarquer non seulement les 1 ,500 hommes que lui a donnés Bf • de Bussy, mais une partie de ses équipages; avec ces renforts il ne doute pas que l'ennemi ne soit, en peu de temps, forcé de battre en retraite. Il se fait transporter à terre pour conférer avec M. de Bussy. Â son débarquement , une réception triomfdiale l'attendait; les assiégés, sans distinction d'âge ni de sexe, se portent en foule h sa rencontre; chacun veut le voir, veut toucher ses habits ; il est proclamé le sauyeur de rinde. Goudelour, naguère morne et abattu , se livre à la joie et à l'espérance; l'ennemi, au contrairey est rempli de crainte (1). M. de Bussy profite de ces heureux

(1) Sir Thomas Munro écrivait : « La présence d'nn tel homme noas oMigeiik à faire dos approches avec la plus extréne pradeace, à noas eatourer de fortes gardes. U ne eeçse de presser M. de Bussy de noua

piSTOnUB DS U MARINB FRA!IÇÀI8E. 1783. 385

événemens poar diriger udc attaque géûérale contre les lignes anglaises ; quinze cents marins lui prêtent main forte. Le 4 juillet, l'ennemi est attaqué sur tous les points, et partout il est culbuté ; sa destruction entière n'est qu'ajournée. Trois mille matelots français ont l'ordre de se joindre à l'armée. MM. de Bussy et SulTren doivent se mettre à la tôte des troupes; mais, au milieu de ces préparatifs parait une frégate anglaise avec pavillon parlementaire : c'est l'envoyé de l'amiral Hughes qui annonce officiellement la cessation des hostilités entre les puissances ^belligérantes. Bientôt la SutveillarUey arrivée d'Europe, vient confirmer celte grande nouvelle*

Les peuples, depuis long -temps, désiraient la fin d'une lutte sanglante. L'Angleterre comprenait l'inutilité de ses efforts pour rétablir son autorité dans les provinces insurgées de l'Amérique; il répugnait à sa fierté sans doute de reconnaître l'indépendance d'un pays jusqu'alors soumis à son autorité; mais sa victoire du 12 avril, la levée du siège de Gibraltar, si elles ne Tindemnisaient pas de cette perte, semblaient du moins couvrir la réputation de ses armes. Les hommes d'État d'Angleterre, d'ailleurs, mesuraient avec effroi labtme

attaquer, il M offre de débarquer la plus grande partie de ses équipages et de les conidnîre lui-même à Tassaut de notre camp. »

à§§ HistbiRE m LA ïïkfAté HMçkM. 1788i

financier que cette gtierre he cessait de ctettfeei^; le peuple 9 accablé d'impôts , murmurait hautement et demandait la paix. En France , elle n'était pas désirée moins vivement. Malgré Téconômie rigoureuse du gouvernement, le Trésor était épuisé. Les Américains n'avaient cessé de demander et d'obtenir des secours considérables d'argent. Le commerce, d'un autre côté, ne pouvait que beaucoup perdre à la continuation de la guerre, surtout depuis qu'il avait pris une grande extension ; il pressait le gouvernement d'accéder aux propositions pacifiques qui pouvaient lui être faites* On devait compter sur une paix glorieuse. L'indépendance des colonies anglaises, cause de la guerre, était un faiU accompli, et l'on savait, par quelques éomtnu-^ tîications officielles du ministère anglais , que ce point capital ne serait point contesté. Pour le reste, les chances avaient été assez semblables entre les deux peuples pour qu'ils dussent traiter sur le pied d'une parfaite égalité. L'Espagne n'avait pu reprendre Gibraltar et la Jamaïque; mais elle avait Minorque et la Floride qui la dédommageaient, jusqu'à un certain point, de tous ses sacrifices.

La Hollande^ déchue par la p<^litique de son gouvernement de sa grandeur maritime , avait été réduite au

ri^sTolRË DE Là jâJmt Française. Ï%È. 387

fAle de satellite obscur de la France. Celle îiatîon, faite pour un autre avenir si le système dynastique de La Haye ne l'avait empbrté sur le génie républicain et èommércial d'Amsterdam^ ne dut qu'à la générosité de la France de recouvrer ses colonies qu'elle n'avait paë su défetldtè. Cependant les négociations, ouvertes en octobre, sejpotirsuivaient au milieu des apprêts les plus fbrmidables. des alliés. L'Amérique, l'Inde, la Jamaïque, étaient le but de ces efforts ; l'Angleterre , elle-même , âemblait menacée d'une invasion d'autant plus formidable que les alliés paraissaient décidés à agit avec Unité.

Le cabinet de Saint-James se hâta de mettre à proit les dispositions pacifiques des puissances pour délourner l'orage. La Russie et l'Autriche interposèrent leur médiation, et le 3 décembre, trois traités définitifs furent signés entre l'Angleterre d'une part, La France, l'Espagne et les États-Unis, de l'autre. La Hollande n'accéda à ces traités que le 20. L'indépendance des États-Unis fut reconnue. Ils eurent pour limites, le Canada et l'Acadie au nord, à l'ouest les lacs et Ye Mississipi dont la navigation resta cofnmune aux deux nations. Les Américairiô conservèrent la pèche dé Terre^ Neuve et du golfe Saint-Laurent. L'Bspigne fut maintenue dans la po&sessfon de Minorc^Ué dt des dèbx

388 HIST<HRE DE LA MAROIB FRANÇAISE. 1783*

Florides; elle reDdit à TÂiigleterre les tles de Bahama, et lui céda un territoire dans le Yucatan pour l'extraction et l'emmagasinage du bois de campéche. La Hollande fut la moins bien partagée : elle céda Négapatnam aux Anglais et vit abolir le privilège de sa compagnie, qui, seule, avait le droit de naviguer dans toutes les parties de la mer des Indes. La France aurait pu obtenir» pour elle-même, de plus grands avantages; elle sacrifia ses intérêts à ceux des alliés : elle accorda à TÂngleterre une extension de pêche sur le banc de Terre-Neuve, restitua les lies de la Grenade et les Grenadines, la Dominique, Saint-Vincent et Saint-Christo*phe. La France acquit en toute propriété les lies de Saint- Pierre etMiquelon, à Terre-Neuve, et celles de Sainte- Lucie et de Tabago, aux Antilles. Aux Indes-Orientales, elle rentra en possession de Pondichéry, de Karical el do tous ses établissemens dans le Bengale et sur la côte d'Orixa. D'autres concessions importantes lui furent faites à l'égard de son commerce et de celui des autres peuples ; elle fit reconnaître le noble principe de l'indépendance de la navigation , aux termes des conventions de 1780, et elle obtint l'annulation des honteuses stipulations dont le port de Dunkerque avait été l'objet. Telle fut cette lutte glorieuse, où la bravoure et le dé-

sintéressement de la nation française ont laissé les plus nobles souvenirs. Quanta la question mari lime , cette époque eut Suffren, qu'on peut opposer aux Duquesne^ aux Tourville et aux Duguay-Trouin; d'Orvilliers et Guichen montrèrent autant d'habileté que pouvait lent en demander Topinion d'alors^ qui admirait les longues et savantes manœuvras en escadre.

Les systèmes absolus de quelques tacticiens, comme MM. de Buor» de Morogues (1) et du Pavillon, contri*^ huèrent à jeter la marine française dans l'exagération d'idées bonnes et utiles, tant qu'elles ne paralysent pas l'ardeur et le talent du capitaine. D'une science essentiellement relative, qui peut et doit varier avec les circonstances, et qui attend, pour ainsi dire, l'impulsion du vent, l'esprit de système composa une sorte de science abstraite, aux règles dogmatiques, et dont l'application servile fut la cause de quelques ubs de nos désastres. Au lieu d'imposer à la pratique de la mer les élucuhrations d'une théorie souvent inapplicable, il fallait exercer nos officiers commandans aux manœuvres d'escadre, comme on l'avait déjà fait avec tant de succès, et leur laisser,

(1) Le Vtconle Bigot de Morogues, chef d'escadre, composa une taeti* que fort estimée, qui a serti de modèle à toutes celles qui ont été laites depuis. C'était un oCfider-géoàral fort disliugué.

390 piBTplRE DE I^\ MAKINE FIUItÇMSE. 1793.

dan3 le combat ^ un pouvoir plus étendu. Une grande responsabilité élève on général les caractères, et donne une force nouvelle à la discipline et aux vertus militaires, tandis que des entraves trop lourdes , qui mettent à l'étroit des esprits généreux » les privent de tout élan et tuent cette initiative qui souvent leur est si nécessaire. Si Ton avait eu égard à ces justes considérations, nos ofQciers, dans la guerre maritime de 1778, auraient montré Taudace naturelle à la natioui et ils eussent marché dans la voie ouverte, sous Louis XIV , par leurs illustres devanciers.

Avant de terminer ce volume, et pendant que nos escadres regagnent nos ports, disons un mot. des voyages et des infortunes de LapérousQ , qu'il était impossible d'oublier. Dès 1769, le comte de Choiseul, pour faire diversion au honteux traité de Paris qui attristait tous les cœurs, avait confié à M. de Bougainvillo une mission importante. Il était entré dans l'Océan -Pacifique, avait visité l'tle d'Otaîti, découvert Tarchipel des Navigateurs , les îles australes , qu'il nomma Grandes - Gyclades ; et il allait reconnaître la côte orientale de la Nouvelle-Hollande , lorsque le manque de vivres l'arrêta dans son expédition. Il revint bientôt en France, où son exemple excita une vive émulation

daps la ouu*iDO. Mais la pénurie du Trésor i^e p^rmetr lait point de sopger aux entreprises lointaines, et Içs Anglais^ témoins du succès de BougainviUe^ résolurent d'çn pro(itar. C'est l'époque du voyage du capilaine Gook.

Âprè« \/3L mort de cet illustre navigateur» arrivée en (779^ la Fr^ipca^ qui Fïtdiiaip^ity choisit Lapérouse pour continuer se^ tnivaux et «y^ découvertes. Lapérouse quitU^ tîre^t le 10 août 178^ (1). Il avait sous ses ordres la (ré^ ^ie fflBoufisole^qn'il mof^tait, et la cQrvette l^Astrolckbe^ commandée par son ami le capitaine de l^ngle. Après de courtes relâches à Madère et à l'île Sainte-Catherine^ située sur la oôte de l'Amérique méridionale, il doubla le cap Horn et mouilla, le 22 février 1786^ dans la baie de la Conception. Remontant vers le nord; il visita l'ile de Pâque et les tles^ndwicb, et vint attérir, le 23 juin, au Mont-Saint-Elie, sur la côte nord d'Amérique. II parcourut celte côte , y fît divers mouillages, et découvrit une baie qu'il nomma bak de Montiy du nom de l'officier qui l'avait reconnue. Sur cette même côtOi

(1) ftTAT NOMINATIF QSS OFPICIBBS, SAVANTS ET ABTISTES B|qiARQUÊi SDB LES FRÉGATES LA BOUSSOLE ET L' ASTROLABE.

M aoeffOLE : M. de Lapérouse, oomoMiidRiii; de Glonart, duet du détail ; d*E8cure » lieutenant de yaissean.

392 msTOiRE Ms là marine française. 1783-89.

dans le port des Français ^ dont il venait de faire la découverte , un premier malheur arrive à Lapérouse. Deux canots , montés par M. d'Escure, les deux frères Laborde , fils du banquier de la cour^ et vingt-et-un hommes, se perdent sur les brisons de la baie.

Diaprés ses instructions, il devait se trouver dans les mers de la Chine au mois de février, afin de consacrer l'été à la reconnaissance des eûtes de la Tartarie , du Japon et du Kamtchaka. Les deux navires étant mauvais voiliers, Lapérouse convient, avec le capitaine de Langle,

Enseignet : BoutîD» de Pierevert, Golinet.

Gardée marineê : Blichel de Saint-Càrtn, de MoDtarnal , de Roux d^Arband, Frédéric Bondron.

Ingénieurs, Savons y Artistes : De MonnerOD, ingénieur en chef; Bernèrat, ingénieur-géographe; Rollin, chirurgien-major; Lapante Dagelet, astronome ; de Lamanon, physicien ; l'abbé Monges; Duché de Rancy, dessinateur; Prévost, Gollignon, botanistes; Guéry, horloger.

l'astkolabb: De Langle, commandant; de Monti, second.

Enseignes : Friton de Vaujuas, d*Aigremont, de Laborde, MarchaoTiUe» Blandela.

Gardes de la marine : De Laborde Bautervilliers , Law de Lanristoo, Raxi de Flassau.

Savanset Artistes : Monge, astronome; de la Marlinièro, docteur; Dufresne, naturaliste; le Père ReccTeur, Religieux, naturaliste; Pré- T06I, ronde, dessinateur ; Lavaux , chirurgien ; Lesaeps, vio«-<oiisii| de Russie, interprète.

de cingler directement sur Monterey. Ils y arrivent le 16 septembre 1787. Le 14 du même mois^ ils gouvernent à passer au nord des lies Sandwich, donnent le nom de Necker à une petite lie qu'ils découvrent, et courent les plus grands dangers sur les brisans. Us vont ensuite mouiller à Tlle de TÂssomption y poursuivent leur route vers la Chine, et jettent Tancre le 3 janvier à Macao. Ils cinglent vers Manille et se trouvent à Cavitta le 17 février, après une traversée de vingt-trois jours. Les avaries des deux navires réparées pendant le mois de mars, ils appareillent le 10 avril avec une bonne brise de nord-est. Ils reconnaissent et visitent successivement Tlle Formose et l'archipel des lies Bignon; ils entrent enfin dans la mer située entre le Japon et la Chine. Nos intrépides navigateurs rencontrent des obstacles sur la c6te septentrionale de ce dernier pays, ils en triomphent et ils voguent dans le canal du Japon. Le 6 juin y le cap Note, l'Ile Joossi-Sima se montrent à leurs regards ; ils parcourent divers endroits de la Tartarie y et font quelcpies découvertes intéressantes. Ils se dirigent sur le Kamtchaka et y mouillent le 7 septembre. Des nouvelles de France les dédommagent d'une pénible traversée. Lapérouse reçoit le brevet de chef d'escadre^ plusieurs officiers obtiennent de l'avancement. (Test

391 PSTOIBl? DE tk MÀRIIfE FRANÇAISE. 1783-89*

alors cpie Lapérouse charge M. de Leçseps de porter çp France les journaux^ c^rtçç et desi^ixs de l'expédUion. IJmet ensuite à la yoile pour l'hémisphère sud, prend connaissance de Ttle orijentale de l'archipel des Navigateurs Qt relâchç à TUe Mahonna le 7 décembre. Dans cette île, MM. de Langle, (le Lan^apon e\ quelques matelots sont massacrés (!}. Lapérouse, (}ésolé, quitte ce^ tristes parages et fait route pour Ttlç Doyol^ava. Il se dirige ensuit^ vers Vile Pola. Décidé à compléter T^xploration des île? commencée par le capitaine Gook^ il prolonge celles des Goqos et des Traîtres , découvertes par Shouten , et pénètre dans Varchipel de^ Jo Vavap et de Fougatabou, il vogue vers y en fait Thydrographie et mouille à Boanvier 1788. Ici s'arrêtent les renseignamens qu'il a été possible de recueillir çur Tinforluné LapérousO; et l'gn ne retrouve s^s traces qu'à l'tle de Vanikovo ou de M^nnicolo, lieu du naufrage des frér gâtes la Boussole et l'Astrolabe. Après ^enn expédition^ inutilement consacrées à la recherche de Lapérousç et de ses compagnons, un Anglais, le capitaine Pétera

(1) Le capitaine Fleuriot de f^ngle 6'était distingué d^s l'çscadre dji comte de Grasse sur la frégate VAtirèe qu1l commandait, un peu avant

Dillon^ en explorant Mannicolo, parvint à retrouver les débris du naufrage du navigateur français près d'un village appel^ Paion , dans la partie nord de Tile. Les naturels du pays lui racontèrent toutes les circonstances du naufrage.

En 1828, le capitaine Dumont-d'Urville, réservé luimême à une fin déplorable, vint relâcher à Tile Vanikovo, et trouva encore , dans l'endroit où avaient péri les marins français , des objets qui leur avaient appartenu. Il conçut et fit exécuter le projet d'élever un monument, dans cette lie, à la mémoire de Lapérouse et de ses comjgagnons. Ce monument fut inauguré le 14 mars 1828, au bruit solennel du canon et de la mousqueterie d'une nouvelle Astrolabe ^ car c'était le nom du navire que commandait le capitaine Dumont-d'Urville. On eût dit que, lui aussi, remplissant un devoir pieux, allait lire y dans ce coin du monde où s'élait perdu Lapérouse, le sort qui l'attendait en France !

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