‹ Histoire de la Martinique, depuis la colonisation jusqu'en 1815; (volume 2)Chapitre 1 sur 18 · Histoire de la Martinique, depuis la colonisation jusqu'en 1815; · texte numérisé non relu

Histoire de la Martinique, depuis la colonisation jusqu'en 1815;

S'il osl \rai que l'histoire 5oit la narration liée et suivie des événemens du passé, écrire l'histoire dans un pays où le passé a laissé si peu de festiges après lui 9 c'est entreprendre une tâche pleine de longueurs et de fliffmiUés. Dans la Mère-patrie , il o»l, peiit-ctro, peu d'ancienues provincrs qui ne possèdent leur histoire circonstanciée ; là , les do* curoenssont ahondans : statues, monumens^ pdnluros, récits parliculiers, correspondance privée, archives, i*elation s authentiques, goût des lettres, permanence des hommes, proximité du centre des lumières, tontes ces choses sont des sources où Ton va puiser à pleines mains, sont des causes de l'abondance des documens oilerts à l'historien. A la Martinique , où est la statue de celui qui , le

yi PRÉFACE.

premier , brava la fureur dea £loU , quitta amis > famille, patrie, pour venir fonder la colonie et

défricher son sol, de ceux qui dotèrent le pays de plantes qui font sa richesse, de ceux qui l'illustrèrent de leurs exploits guerriers? Où est le piédestal qui supporte celle qui éleva le nôm de son lie au faite des grandeurs? Où est le monument qui atteste, où est la toile qui représente la bravoure des Créoles , la défaite de l'ennemi, ou quelquë solennité célèbre de nos fastes ? Où sont ces narrations particulières, ces correspondances intimes qu entante le goût des lettres et qui fournissent des matériaux à l'bistorien ? Où est Thistoriographe que le gouverne* ment a chargé de transmettre à notre postérité les faits qui s'accomplissent annuellement dans ses possessions d*outre-mer ? Où sont nos archives P Où sont nos vieillards ? Hélas ! nos places publi** ques sont vides; les lieux, témoins de nos exploits, sont muets et le soc seul de la charrue peut, quelquefois, remuer les ossemens de nos pères ou heurter le fer rouillé de leurs mousquets ; dans notre contrée, éloignée du foyer civilisateur, les beaux arts n'eurent jamais d'asyle; le labeur des campagnes, le commerce des villes-, l'indolence que produit un climat énervant , ont été peu propices au culte (les lettres; la Métropole n'a jamais, songé à faire écrire nos annales , et c'est aux missions religieuses que nous devons les premiers

Digitizeo Ly oOOgle

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récits sur le berceau deia colonie; nos rares archives sont la proie des insectes rongeurs qui pullulent sous notre zone, ou sont mtitilcrs par ies débris, de la poussière desquels elles ont été retirées ; dans notre île, les hontmes ne sont que des voyageurs, cl, fies vieiilatdh que la faux inexorable du temps n'a pas encore moissonnés , la plupart se reposent dans la Mère-patrie. Hâtons-nous de dire que tous ces tristes înconvènîens ne peuvent être rcprèrhés quà noire silualiou transatisialique.

Pourtant^ l'histoire s'écrit avec Thistoire, et nous ne pouvons raconter les événemens des cent qiiatie-viiii(ls an lires qui se sont ( rouh'es depuis la colonisation jusqu'en 1815, et surtout des premiers temps dcf cette période , qu'en redisant, à notre manière, ce qu*ont dît déjà les contemporains, ou ce qu'ils ont transmis par tradition, ou ce qui résulte .des documens conservés. Une histoire de la Martinique, avec quelque soin, quelque patience qu'elle soit élaborée, sera donc toujours plus ou moins iniparlaile, à cause du silence sojus lequel des faits importans seront restés ensevelis ^ du défaut de liaison de ceux qui sont connus , à cause de l'ignorance des causes qui ont amené tel ou tel événement ; il y aura , infailliblement , des lacunes que toute la sagacité de l'historien ou d^s lecteurs ne pourra parvenir à combien

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l'RI KAci:.

C'est à cause de cela, principalement , que l'aputeur s'est fait \\n scrHpiile de mettre; à la connaissance de ses lecteurs, les sources auxquelles il a puisé, eC les documens, de diverse nature, qui lui ont servi à écrire cette histoire. Ils pourront juger, par eux-mêmes , sli a été narrateur lidèle et s'il faut lui reprocher, personnellemeiit, les nombreuses imperfections de cette histoire.

En tête de cette nomenclature, se placent deux religieux de Tordre des frères.Précheurs ou Domi-^ nicains : le P. du Tértre et le P. Labat. Le premier est THérodote de nos contrées in ter tropicales, Fhistoric n unique , à peu près , des premiers âges do St.-Ghristophe,de la Martinique,de la Guadeloupe, de St.*Don)îngue et des autres îles du golfe du Mexique , qui appartinrent à la France. Sans cup missionnaire savant ei ingénu, nous serions en peine de connaître ce que firent les premiers Français qui vinrent cultiver les mornes de la Martinique. Son récit, qui embrasse Thistoire de toutes les Iles françaises de l'Amérique, commence en 1627 et s'étend jusqu'en 1667, à k paix de Bréda. Le P. LabaL, chroniqueur plutôt qu'historien , se livre à la description d'une iniinité de détailfif plus pfTopres à faire connaître les mœurs que l'histoire proprement dite des colonies dont il parle. Son ouvrage uu ses mémoires comprennent une époque de douze ans, de 1693 a 1705. Après

PHKFACE.

ce» deux sources les plus antiques de notre histoire lorale, vieniictit le Code de \a l\lai iiuiqiie, dépôt ( hroiM)k>gique des lettres-patentes , édits , déclarations^ arrêts, ordonnances^ lois, réglemcïis, instructions ministérielles, arrêtés, concernant la Martinique, depuis 164!2 jusqu'en 181 /i , collection précieuse pour le pays» et dont la lecture attentÎTc , comparée aux événemens contemporains , éclairo (1rs pailics. qui resteraient obscures, de l'histoire de la Martinique ; les Annales d(* De&sales, compulsation patiente, jusqu'en 1782, des registres du Conseil souverain, ouvrage qui renferme (}uclques inexactitudes historiques , mais œuvre utile d'un magistrat consciencieux , le pre* mier livre sérieux sorti de la plume d*un Martiniquais; les Antille s Irançaiseset particulit rcmeiil la Guadeloupe y par le colonel Boyer de Peyreleau, L'auteur a consulté ^ avec fruit « le Dictionnaire bistorique et biographique des généraux français , par le chi^vaiicr de Coiu celles ; la Biographie des marins célèbres par Hennequin, lliistoire de I9 marine française par £• Sue, l'histoire des colonies anglaises des Indes-Occidentales par Bryan Edwards, celle de la vie de Christophe Colomb par Washington Irving ; il a parcouru les mémoires- de tous les personnagc\s ^ marquans de la révolution française, qui se soiil mêlés aux chosi^ coloniales, tek que Mirabeau, Baraave,

Robespief|*e4 Grégoire* et quoique» antres , ainsi qu'un assez jn^rand nombre de livres I railanl , d*uno iliauière plus ou moias directe, des cotonies, en général cru en particulier, et qu'il est inutile de citer, parce qu'ils sont propres, plutôt à former des opinions lliéoritjucs qu'à iourair dos tails et évènemens histovtques ; il a eu le bonheur, â peu près comme un avarcf sur un trésor, de poser la main sur (jnelqucs mémoires luauusci ils enfouis et oubliés dans des papiers de successions; ses recherches des actes imprimés des difi^rents pouvoirs qui se suctédèrenl durant la demiètie période de >oii iiistoire, et des gazettes qui se publiaient alors, n'ont pas été sans quelques succès; il -a compulsé, des archives de Tadministratiott, ce que les insectes et les tremblemcns de terre ont laissé de lisible et. d'intact, et il saisit, avec empressement, cette occasion de témoigner toute sa gratitude aux fonctionnai red publics qui lui ont-ouvert, avec une cordiale bienveillance, l'accès de ces archives; ii doit, aussi, à la. mémoire encore virile de quelques anciens et à des notes obligeamment fournies, des relations et ées récits dont il ne s'est servi qu'après la pius sévère attention cl une scrupuleuse comparaison. Enfin, depuis la première jusqu'à la- dernière année de ce laps' de près de deux siècles qu'il ]>;u < our! . l'auleur a marché, assez souvent, avec l'iirstoirc d'Angle-

PaCFAGE.

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terre 9 toujours avec celle de France à la matu. Il n'est pas rare de trouver, dans la Métropole, la

cause de Févènement qui s'accomplit dans la colonie; c*est par ce qui s'est passé dans le royaume , qu'on peut souvent expliquer ce qui se passe dans Tile : l'hisloirc de la colonie n'est pas loin de ressembler à un appendice de celle de la Mère^patrie.

L'auteur l'avoue de nouveau, avec des docu^ mens de fond, insuffisants, une lusLuire de la Martinique, composée surtout loin des archives du royaume , doit être incomplette. 11 reconnaît donc, d'avance, qu'il y aura, dans son ouvrage, des cotés restés un peu dans l'ombre, des lacunes, des faits qui manqueront, des noms qui seront omis, des personnes à qui, peut-<étre, toute justice n'aura pas été rendue. Qu'on veuille, bien le lui pardonner : il lègue à quelque jeune compatriote de la génération présente, la mission de recueillir les réclamations, de réparer les involontaires injustices, et de donner, un jour, à son pays, une histoire moins imparfaite et qui embrassera, en même temps, des années plus récentes. L'auteur, lui, s'est arrêté en 1815, parce qu'il lui a paru que, pour les temps qui sont au-delà, la postérité n'était pas encore venue. Après l'époque qui forme son point d'arrêt, il y a trop d'existences actuelles qu'un historien serait expose à rencontrer dans

PRJÉFACX.

sa route, il y a des questions sociales et politiques que le tenîps a fait swigir et qui exigent d*étre vues â une longue distance, pour être traitées avec calme» avec dignité, avec impartialité.

Mais si les dociimens n*abondent pas, ce n*est pas à dire pour cola que l'histoire de la Martinique soit dépourvue d'importance et d'utilité.

Pour établir son importance, il suffirait de développer l'idée que nous n'avons fait qu'émettre (oul-à-l'heure. celle de la grautle aflinité qui existe entre celle histoire et celle de la Mère-patrie. De 1635 à 1815, presque toutes les grandes et principales figures de la Métropole se projettent jusque dans la colonie : le cardinal de Richelieu , le premier protecteur des entreprises maritimes et coloniales; Louis XIH ; Golbert, le créateur de la puissance navale de la i'raii( t'; Fouquel, ce ministre fastueux qui eut l'idée, un instant, de faire, de la Martinique, le siège de cette vice-royauté qu'il rêva dans le délire de son ambition ; Louis XIY avec lequel Duparqnet eut l'houiieur de converser touciiant la Martinique, ce grand monarcpu qui unît, par un mariage morganatique , ses dernières années à une femme qui avait passé son enfance sur les rivages de notre île; et puis, d'Ksirées, Gassard, d*Ëstaing, de Guichen, de Grasse, de Yaudreuil, La Mothe-Piquet , Bougainville, Lapeyrouse ont Ibulé, ensemble ou lour-à-tour, le

PRKFACE.

soi de la Martiiii([uc. et les mers qui la baignent ont été téinoiiis de leurs exploits et rougies de leur sang. Dans toutes les principales guerres que soutint ou déclara la Mère-*patrie , le théâtre des luttes mai itimes , entre les puissances belligérantes, était, le plus souvent, le golfe du Mexique. La France, â la suite de toutes les guerres comprises dans la période que tiaus décrivons, fil deux traités glorieux pour ses armes: celui do Bréda et celui de Versailles. Le premier, signé en 1667 et qui lui donna TAcadie, lut principalement dû aux exploits d'un gouverneur de la ^Martinique, de Clodoré, qui fit la conquête de la plupart des Iles anglaises, car, en Europe, la politique de Louis , comme on sait , avait consisté à laisser la Hollande et l'Angleterre se déchirer et s 'aii'aibiir dans les terribles combats que se livrèrent leurs flottes; le second, conclu en 1783 et qui fit oublier ce qu'avait eu d'igiionurneux celui lait vingt ans auparavant par Louis XV, acquit Tabago à la France et iîit amené, tant par le succès qui couronna la guerre de Tlndépendance, que par les brillantes expéditions du marquis de Bouille qui, aidé de la jeunesse créole et des amiraux français , s*empara de la Dominique , de St.rEustachc , de St.-Gln'istophe, de la (In nade, de St. -Vincent, de Monserrat, de IMièvre, de St.- Barthélemy, de Saba, et menaça, plusieurs fois.

PRÉl-AŒ.

la Barbade et la Jamaïque , et mil ainsi la puissance coloniair de la (jiaiidi'-Bretagne à deux doigts de sa perle. A une époque plus récuutu, la Martinique, éprouyant les effets du mouvement violent qui agfitait la Métropole, livrée', comme elle, à la gueiro civile, vit comba lire, dans ses mornes, et céder à la bouillante valeur de Percin, Dugommier, Dugommier moins illustre, peut être, pour avoir, plus tard, conduit à la victoire les troupes de la République , que pour avoir deviné le jeune chef de bataillon d'artillerie, dressant, devant Toulon, des batteries . qui contribuèrent à eu chasser les Anglais. La Martinique donna naissance à cette lèmme qui, jetée, sans doute, par la Providence, dans les mains des pirates , devint l'une des plus illustres Sultanes que posséda Constanliuople et fut la mère de ce prince réformateur des mœurs barbares de l'empire ottoman. Enfin*, elle fut l'heureux berceau .de cette Créole qui unit son sort à celui du plus grand héros que les siècles aient produit, et qui eut le mérite d'avoir encouragé sa §^oirc naissante. Ainsi, en récapitulant : dans le cours d'un siècle et demi, la Martinique coulrii>ua aux deux seuls trailes glorieux qui aient couronné les guerres de la Mèrepatrie; dans cet intervalle, elle donna une Reine au phàb graiid des monarques, unv. Sultane à l'empire du Croissant, une impératrice au premier

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